Le clair-obscur d’où émergent les monstres : pourquoi l’extrême droite a triomphé en Saxe-Anhalt

Après Meloni, postfaciste, arrivée au pouvoir en Italie en 2022 et peut-être maintenue en 2027, en attendant également peut-être l’Espagne et/ou la France en 2027, en Saxe-Anthalt, ce dimanche 6 septembre 2026, un nouveau pas en avant de l’Europe vers les démons de son présent. Des électeurs, nostalgiques de passés idéalisés ou rejetant les politiques néolibérales qui les frappent, votent ou voteront pour des vainqueurs, actuels ou éventuels, qui s’empressent ou s’empresseront d’approfondir ces politiques néolibérales en politiques illibérales.
À l’heure où le centre néolibéral n’est pas encore tout à fait mort et où une politique de gauche fondée sur la classe, l’internationalisme et la solidarité n’est pas encore pleinement consolidée, des monstres émergent.

 

Maria José Gordillo Kempff, 8 septembre 2026, Heidelberg.

El Salto, quotidien espagnol, Licence Créative Commons.
Traduction POUR Press.

 

Saxe-Anthalt, esquisse des contrastes et des contradictions d'un portrait
Une recherche de Victor Serge, 12 septembre 2026. Dans un land dont la population totale est de 2,12 millions d’habitants  et la population étrangère non allemande de 192000 personnes, soit une population étrangère non allemande du land de 9%, enfants compris, plus faible que dans les autres lands (Saxe-Anthalt ne connaissant pas d’immigration clandestine), la population étrangère non allemande est majoritairement composée de migrants de pays de l’Union Européenne (polonais, roumains, bulgares, italiens notamment, constituant une migration de travail permanent ou temporaire, notamment dans l’agriculture, la logistique, la construction et le secteur horeca, 25%), de migrants ukrainiens (réfugiés,   la nationalité étrangère la plus importante, 17%) et russes, et de migrants extraeuropéens (en priorité, syriens en asile, 11%, employés notamment comme médecins, un quart des médecins en Saxe-Anthalt étant étrangers, ou dans le secteur des soins et dans le secteur hospitalier; turcs, 5%, dont pour un quart de réfugiés notamment kurdes en asile, le solde étant une migration autorisée de travail fortement masculine; afghans, 5%, réfugiés ayant fui lors de l’arrivée des talibans et en grande partie occidentalisés), la migration maghrébine y étant ridicule (250 étrangers de nationalité marocaine, essentiellement étudiants, professeurs, chercheurs, techniciens spécialisés et quelques commerçants provenant pour ces derniers d’autres lands allemands, les étrangers de nationalité tunisienne et algérienne étant très peu et non statistiqués séparément). La part de musulmans de religion est estimée à 1,8% de la population du land, soit environ 38000 personnes (une quinzaine de salles de prières et 3 mosquées étant recensées). Les salaires en Saxe-Anthalt sont près de 15% inférieurs aux salaires moyens allemands. Le taux de syndicalisation hors fonction publique est faible (11%). Le taux de couverture par conventions collectives de branche et d’entreprises régresse ces dernières années et est juste à la moyenne  allemande (si on inclut les conventions d’entreprise), malgré d’importantes luttes sociales victorieuses ces 5 dernières années notamment dans le secteur de la transformation alimentaire (chez des sous traitants de LIDL notamment). Le taux d’emploi des étrangers non allemands croît fortement ces 5 dernières années et devrait, vu le rythme de croissance, rattraper le taux d’emploi des travailleurs allemands, stable, d’ici 4 ans. Malgré cette croissance de l’emploi des étrangers non allemands, près de 30000 postes de travail réels restent non pourvus chaque année, un niveau qui devrait augmenter d’un tiers si la politique anti-immigratoire de l’Afd était appliquée.
La population allemande  jeune et/ou diplômée  fuit le land depuis les années 1990 (perte régulière  annuelle totalisant un million d’habitants depuis les années 90, chute de la RDA dite communiste) vers les autres lands allemands cherchant de meilleures conditions d’emploi et de rémunérations, ce qui en fait le land “le plus vieux” d’Allemagne, seuls 2% maximum des pensionnés  au delà de 67 ans ayant un parcours de migration. Si l’AfD réalise quelques 30% de ses voix chez les pensionnés de plus de 67 ans, soit un score plus faible de 15% que dans les tranches d’âge de 18 ans à 67 ans, cet  électorat, qui avait 31 ans à la chute de la RDA en 1990 et l’avait connue significativement, reste massivement fidèle à la CDU (les organisations chrétiennes furent à l’origine des mouvements démocratiques dans les dernières années de la RDA) et à Die Linke, gauche radicale,  qui y réalisent leurs meilleurs scores par tranche d’âge.

La fédération de l’AfD de Saxe Anthalt est dirigée par des membres de la tendance dissoute de l’AfD Der Flugel (l’Aile) comme 4 autres fédérations régionales de l’AfD Saxe, Thuringe, Brandebourg et Basse-Saxe), toutes les cinq déclarées “d’extrême-droite avérée” par l’OFV, Office allemand de défense de la Constitution, service de renseignements intérieurs allemands, leur idéologie politique étant de tendance nationaliste-volkisch (une des composantes de l’idéologie de la sphère nazie sous Hitler). La remigration (y compris de personnes ayant la nationalité allemande par naturalisation) est au centre du programme électoral de la fédération de Saxe-Anthalt de l’AfD). 40% au minimum de la population de Saxe-Anthalt a au moins un ascendant qui faisait partie des 891000 allemands venant des (parfois très anciennes, datant du Moyen Âge pour certaines) colonies des territoires de l’Est et du Centre  de l’Europe qui ont été rapatriés après la seconde guerre mondiale vers l’Allemagne (près  de 8 millions en RFA et un peu plus de 4 millions en RDA), populations qui souscrivaient à l’idéologie “volkisch” et avaient accueilli l’avènement du nazisme avec enthousiasme (si elles ont dû déchanter par après) et qui, sous la RDA, dirigée par le SED, parti communiste, disposaient, au travers du Front National dirigé par le parti communiste SED, de leur propre parti, spécifiquement mis en place par l’appareil d’Etat d’Allemagne de l’Est pour encadrer et diriger les colons rapatriés des territoires de l’Est et du Centre de l’Europe (également  les anciens membres de la Wermacht et les anciens fonctionnaires des organisations de masse nazies) dans un cadre antifasciste. L’actuel dirigeant de la fédération régionale de l’AfD de Saxe-Anthalt rappelle régulièrement que trois de ses grands parents étaient des rapatriés des territoires colonisés de l’Est de l’Europe et que ce sont eux, les rapatriés et leurs descendants, “les vrais migrants en Allemagne”.
A LIRE, en accès libre, sur El Salto, article en espagnol, traduction en français disponible lors de la consultation.
■Le rôle du BSW (alliance fondée par Sahra Wagenknecht, ex dirigeante de Die Linke, parti de gauche radicale, et ayant scissionné notamment sur une attitude  dure par rapport à l’immigration) pourrait être décisif en permettant à l’extrême-droite de gouverner un premier land allemand depuis la fin de la première guerre mondiale.
L’article de la rédaction d’El Salto revient sur cet aspect.
●”Le vote rouge-brun est considéré comme essentiel à la formation d’un gouvernement en Saxe-Anthalt après la victoire de l’Afd”, Rédaction El Salto, 7 septembre 2026.
A LIRE, en accès libre, sur The Conversation.
■L’AfD, arrivée en tête aux elections régionales de Saxe-Anthalt, a développé depuis plusieurs années une rhétorique anti-éoliennes. L’AfD se donne pour objectif de stopper l’installation d’éoliennes, dans une Allemagne en pleine transition énergétique. Elle ne sera pas en mesure de se soustraire aux objectifs climatiques nationaux et européens.
Bastien Ford documente cet aspect.
●”Derrière la victoire de l’AfD, le rejet des éoliennes ?”, Bastien.Ford, Universités de Berlin et de Caen Normandie, 11 septembre 2026.

By El Salto

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