Arizona : une politique budgétaire inefficace

Grand Angle 

L’accord de l’Arizona engage l’un des programmes d’économies budgétaires les plus lourds qu’ait connus la Belgique depuis des décennies. Cette note analyse la répartition de l’effort budgétaire et confronte les ambitions de réduction du déficit à la réalité des projections budgétaires.

Ce que nous avons fait :

  • Nous avons reconstitué, mesure par mesure, les deux salves d’économies décidées en février-mars puis en novembre 2025, à partir des tableaux budgétaires et autres notifications transmis au Parlement.
  • Nous avons comparé le total des économies (nettes des investissements) prévues par l’Arizona à son impact sur la réduction du déficit, tel que mis en avant par les projections successives du Comité de monitoring.
  • Ce travail systématique n’a pas encore été fait et permet de faire une évaluation budgétaire de l’Arizona après un an et demi de fonction.

Notre analyse met en évidence un double constat :

  • Les efforts budgétaires de l’Arizona n’atteignent pas leur objectif affiché de réduction du déficit (voir graphique 1). 
    • À l’horizon 2029, celui-ci aurait théoriquement dû diminuer d’environ 24 milliards d’euros. Le gouvernement a en effet adopté 18 milliards d’euros d’économies nettes (auxquelles il convient de retrancher 1,2 milliard de corrections techniques) et anticipe 7,9 milliards d’effets retour. Dans ce scénario, le déficit aurait pu être ramené à 18,6 milliards, soit 2,6 % du PIB. Or, selon les projections du Comité de monitoring, il ne se réduit finalement que de 7 milliards pour atteindre 35,8 milliards, soit 4,9 % du PIB, et ce, avant même de tenir compte de l’impact budgétaire de la guerre au Moyen-Orient.
    • Cette différence s’explique en partie par la révision des paramètres macroéconomiques, mais surtout par des hypothèses budgétaires trop optimistes, une sous-estimation des effets multiplicateurs des politiques menées et une baisse tendancielle des recettes publiques.
  • L’Arizona fait peser l’essentiel de l’effort sur la sécurité sociale, les services publics, les personnes migrantes et les travailleurs, tandis que les principales nouvelles initiatives bénéficient à la défense (voir graphique 2).
    • Sur la période 2025-2029, nous recensons 38 milliards cumulés de nouvelles initiatives pour 87 milliards d’économies cumulées.
    • La sécurité sociale concentre le principal poste de coupes (31,2 milliards d’économies nettes), soit près de 46 % des économies nettes. Viennent ensuite l’administration et les services publics (5,7 milliards), la migration (4,8 milliards) et le pouvoir d’achat (3,4 milliards). Les épaules les plus larges ne contribuent que pour 7,5% de l’effort (5,1 milliards).
    • À l’inverse, la défense est la principale bénéficiaire des nouvelles initiatives budgétaires (16,8 milliards cumulés), soit 92% des investissements nets. Les entreprises constituent le seul autre secteur dans lequel les nouvelles initiatives excèdent l’effort qui leur est demandé (1,5 milliard d’investissements nets).
    • Le climat est le grand absent de l’Arizona : aucun investissement supplémentaire n’est prévu. Par contre, l’écofiscalité augmente et fera perdre 1,8 milliard de pouvoir d’achat aux ménages belges.
    • Malgré les promesses, le pouvoir d’achat recule (- 3,4 milliards) car les hausses de TVA et les sauts d’index partiel pèsent davantage sur les ménages que les allégements prévus dans l’impôt des personnes physiques.
    • En parallèle des coupes dans la sécurité sociale, le gouvernement Arizona flexibilise profondément le marché du travail, en misant sur des effets positifs sur l’emploi qui apparaissent largement surestimés.

D’autres voies, chiffrées par le Bureau fédéral du Plan et les syndicats, restent possibles.

Adriano LaGioia et Louise Lambert, 10 juillet 2026.

Athena, Communiqué de presse,  autorisation de publication intégrale
Adriano La Gioia est économiste. Il réalise actuellement un doctorat en économie politique conjointement à l’ULB et à la VUB sur le financement de la transition écologique. Il s’intéresse également à la politique budgétaire et à la politique fiscale à partir de la Belgique.
Louise Lambert est économiste. Après avoir étudié à l’UCLouvain, elle a successivement travaillé pour les services d’étude de la Mutualité chrétienne et du Mouvement ouvrier chrétien (MOC). Elle est actuellement conseillère économique pour le service d’étude de la Centrale générale de la FGTB. Ses recherches portent sur la sécurité sociale, les salaires et les politiques budgétaires en Belgique.

By Athena

Succédant au reseau Econosphères, l'Institut Athena est fondé par le Gresea, la CSC francophone, la Centrale Générale de la FGTB, la CGSP, la MWB- FGTB, la FGTB Wallonne, la FGTB Bruxelles et Solidaris. L'Institut Athena regroupe 21 chercheurs et est un espace de discussion, d'élaboration et de diffusion d'une pensée economique critique en Belgique. L'Institut Athena promeut le dialogue entre les disciplines pour rendre possible un discours économique utile aux citoyen-nes et à leur environnement. Son secrétariat reste assuré par le Gresea.