Le 11 septembre 2001, 25 ans après
« La “guerre contre le terrorisme” a toujours été un concept destiné à être mené, mais jamais vraiment à prendre fin. » Nous discutons des origines et des répercussions de la « guerre contre le terrorisme » mondiale, lancée par le gouvernement américain au lendemain des attentats du 11 septembre à New York et à Washington, D.C., avec Spencer Ackerman, auteur de *Reign of Terror : How the 9/11 Era Destabilized America and Produced Trump*.
10 septembre 2026 | tiré de democracy now !
« Dès le tout début de la “guerre contre le terrorisme”, nos dirigeants nous ont demandé de considérer les attentats du 11 septembre comme une attaque perpétrée par une civilisation étrangère, une attaque qui n’avait rien à voir avec les conséquences de la politique étrangère américaine, axée sur l’exploitation et le pillage, dans le monde musulman, ni avec son soutien à Israël. »
Selon Ackerman, la « guerre contre le terrorisme » et ses répercussions ont dépassé le cadre des guerres terrestres menées par les États-Unis en Irak et en Afghanistan pour s’étendre à la guerre actuelle contre l’Iran, au génocide des Palestinien·nes perpétré par Israël à Gaza et en Cisjordanie, ainsi qu’au développement d’une vaste infrastructure de surveillance et à la répression étatique des minorités musulmanes à travers le monde. « De nombreux régimes à travers le monde, ainsi que des puissances émergentes cherchant à tirer leur propre avantage, ont vu ce que les États-Unis étaient en train de mettre en place et ont compris qu’ils voulaient la même chose pour eux-mêmes », dit-il.
AMY GOODMAN : Vous écoutez Democracy Now !, democracynow.org. Je suis Amy Goodman, avec Nermeen Shaikh.
NERMEEN SHAIKH : Alors que nous poursuivons notre discussion sur l’héritage mondial des attentats du 11 septembre, nous nous penchons maintenant sur les répercussions dévastatrices de la soi-disant « guerre contre le terrorisme », qui a duré des décennies, une série de guerres lancées au nom des personnes tuées le 11 septembre 2001. À peine neuf jours après les attentats du 11 septembre, le président George W. Bush a déclaré le début d’une guerre qui allait définir les 25 années suivantes de la politique étrangère. Voici le président Bush s’exprimant devant une séance conjointe du Congrès le 20 septembre 2001.
LE PRÉSIDENT GEORGE W. BUSH : Les Américains ne doivent pas s’attendre à une seule bataille, mais à une longue campagne, sans précédent dans l’histoire. Elle pourra inclure des frappes spectaculaires, diffusées à la télévision, ainsi que des opérations clandestines, dont le succès restera secret. Nous priverons les terroristes de tout financement, nous les monterons les uns contre les autres, nous les chasserons d’un endroit à l’autre, jusqu’à ce qu’ils n’aient plus aucun refuge ni aucun répit. Et nous poursuivrons les pays qui apportent leur aide ou offrent un refuge au terrorisme. Chaque pays, dans chaque région, doit désormais faire un choix : soit vous êtes avec nous, soit vous êtes avec les terroristes. … À compter d’aujourd’hui, tout pays qui continuera à abriter ou à soutenir le terrorisme sera considéré par les États-Unis comme un régime hostile.
AMY GOODMAN : Le président Bush déclarant le début de la soi-disant « guerre contre le terrorisme », le 20 septembre 2001.
Nous passons maintenant la parole à Spencer Ackerman, journaliste lauréat du prix Pulitzer et du National Magazine Award, auteur du livre *Reign of Terror : How the 9/11 Era Destabilized America and Produced Trump* et de la feuille d’information *Forever Wars*. Son dernier article, publié sur Zeteo et intitulé « Comment la “guerre contre le terrorisme” s’est mondialisée — et s’est retournée contre les États-Unis », traite de ce sujet.
Pourriez-vous nous expliquer cela, Spencer ?
SPENCER ACKERMAN : Merci, Amy. Bonjour. Bonjour, Nermeen. Je vous suis très reconnaissant de m’avoir invité à l’émission.
La « guerre contre le terrorisme » a toujours été un concept destiné à être mené, mais jamais vraiment à prendre fin, qui impliquait un déploiement extrêmement violent de la puissance américaine à des fins de démonstration — selon la théorie selon laquelle cela permettrait d’éviter un nouveau 11 septembre. De nombreux régimes à travers le monde, ainsi que des puissances émergentes cherchant à tirer leur propre avantage, ont vu ce que les États-Unis étaient en train de mettre en place et ont compris qu’ils voulaient la même chose pour eux-mêmes.
Finalement, c’est Vladimir Poutine qui a rejeté l’hégémonie unipolaire américaine et a décidé que, tout comme les États-Unis en Irak souhaitaient avoir la capacité d’attaquer leurs adversaires avant qu’ils n’aient la possibilité, disons, de les attaquer, la Russie se réserverait elle aussi ce droit. On le constate tout récemment en Ukraine.
En Chine, les autorités ont observé les musulman·es de la province du Xinjiang et ont décidé qu’elles voulaient mettre en place le même genre de panoptique et d’appareil répressif de surveillance et de rééducation. À leur sens, cet aspect n’existait pas ici, mais il y avait certainement la surveillance et la répression policière à l’encontre des musulman·es aux États-Unis.
Et en Israël, on a considéré que les États-Unis menaient une guerre sans fin contre ce qui, dans le subtexte, pour beaucoup, visait l’islam, et on s’est dit : « Enfin, les États-Unis vont agir comme nous cherchons à agir contre les Palestinien·nes. » Et le long héritage de cela se manifeste dans le génocide du peuple palestinien.
NERMEEN SHAIKH : Et, Spencer, vous écrivez dans ce même article que vous vous êtes rendu en Israël en décembre 2001. Pourriez-vous nous parler de ce qui s’est passé lors de cette visite et de ce que vous ont dit les personnes à qui vous avez parlé ?
SPENCER ACKERMAN : En effet. En décembre 2001, j’ai participé à un voyage organisé par l’American Jewish Committee à l’intention d’étudiant·es en journalisme comme moi. Ce que nous avons entendu de la part d’Israélien·nes de tous horizons, c’est que, enfin, les États-Unis comprenaient ce qu’Israël avait vécu. Et ils ne comprenaient pas que — ils ne nous l’ont certainement pas présenté ainsi, à nous, étudiant·es en journalisme, d’un point de vue concret — cela découlait d’un contexte historique de dépossession et de spoliation des terres, au fil des générations, du peuple palestinien ; au contraire, ils interprétaient l’histoire d’Israël comme la manifestation du 11 septembre, comme s’il s’agissait d’un conflit religieux qui n’admettait aucune solution concrète et, par conséquent, ne pouvait faire l’objet d’un règlement diplomatique, ce qui impliquait que, tout comme les États-Unis se considéraient comme justifiés de mener une guerre sans limite contre l’islam, ils devaient également soutenir Israël dans la conduite d’un conflit sans limite contre les Palestinien·nes — souvent définis par leur foi islamique, effaçant ainsi les identités chrétiennes palestiniennes et autres identités laïques —, mais surtout une guerre qui ne devait pas être limitée par la pression américaine.
NERMEEN SHAIKH : Et, Spencer, pourriez-vous nous parler de la façon dont le 11 septembre — les répercussions du 11 septembre — continuent de se faire sentir aujourd’hui ? Parlez-nous de l’élection de Trump et de son lien avec le 11 septembre et ce qui a suivi, ainsi que de cette nouvelle guerre d’usure en Iran.
SPENCER ACKERMAN : Tout à fait. Dès le tout début de la « guerre contre le terrorisme », nos dirigeants nous ont demandé de considérer les attentats du 11 septembre comme une attaque perpétrée par une civilisation étrangère, une attaque qui n’avait rien à voir avec les conséquences de la politique étrangère américaine d’extraction et d’exploitation dans le monde musulman, ni avec son soutien à Israël. Cette interprétation nous a été imposée afin que nous ne remettions pas en question ce qu’avait été la politique étrangère américaine et ce qu’elle était sur le point de devenir.
Puis ce fut un désastre. Les guerres en Irak et en Afghanistan se sont transformées en cauchemars, et il était facile pour un démagogue de les attribuer à la faiblesse des élites américaines qui cherchaient à limiter cette guerre contre ce qu’ils avaient déjà qualifié de civilisation étrangère pillarde, rapace et irrationnelle. Une grande partie de ses partisans se trouvait déjà aux États-Unis, ce qui allait justifier une campagne de répression à l’intérieur même du pays contre eux et contre d’autres immigrant·es.
Dès le début, un courant nativiste de la politique américaine a affirmé que l’immigration était la servante du terrorisme et que les institutions qui cherchaient à limiter cette réponse à l’expulsion de ces immigrant·es, aux campagnes de surveillance et d’expulsion, n’étaient en substance pas meilleures que les servantes du terrorisme elles-mêmes, ce qui a grandement contribué à la situation. Cela a presque constitué un affaiblissement de la capacité institutionnelle américaine à freiner le nativisme, ce qui a ouvert la porte à des personnes comme Donald Trump.
Et compte tenu de toute la rhétorique violente de Trump et du mouvement MAGA, il était, selon moi, inévitable que, tout en se présentant comme des détracteurs de la « guerre contre le terrorisme », ils ne finissent que par la mener de manière plus violente et à plus grande échelle. C’est exactement ce à quoi nous assistons actuellement en Iran, et c’est ce que nous voyons dans nos rues avec l’ICE, une création du 11 septembre, qui agit essentiellement comme un escadron de la mort.
AMY GOODMAN : Et dans les 20 dernières secondes, le président Trump affirme maintenant, lors de sa convention nationale des élections de mi-mandat « Trumpapalooza » à Dallas, que la guerre prendra fin juste après les élections de mi-mandat. Un dernier mot, Spencer Ackerman ?
SPENCER ACKERMAN : Au cours des 25 années de la « guerre contre le terrorisme », divers présidents ont donné l’impression aux États-Unis qu’ils pouvaient contrôler les conséquences de la violence démesurée qu’ils ont déclenchée. Ils n’en ont jamais été capables. Ils n’en seront pas capables aujourd’hui non plus.
Dans le cadre de notre série d’articles consacrée au 25e anniversaire des attentats du 11 septembre et au lancement de la soi-disant « guerre contre le terrorisme » menée par les États-Unis, nous nous penchons sur les coûts humains, financiers et environnementaux des interventions militaires américaines à travers le monde avec Neta Crawford, cofondatrice du projet « Costs of War » de l’Université Brown.
10 septembre 2026| tiré de democracy now !
Les chercheurs du projet « Costs of War » estiment que près d’un million de personnes ont été tuées en conséquence directe des violences militaires américaines au Moyen-Orient depuis 2001. On estime qu’au moins la moitié d’entre elles étaient des civils. On peut attribuer 3,8 millions de décès supplémentaires aux effets indirects de la guerre, notamment aux blessures, à la famine et aux problèmes de santé à long terme. De plus, ces guerres ont également accru la dette américaine, l’empreinte militaire, les émissions de gaz à effet de serre, la destruction et la déstabilisation à l’étranger, ainsi que le pouvoir exécutif sans contrôle au pays. « Les conséquences sont partout autour de nous », affirme Crawford.
AMY GOODMAN : Vous écoutez Democracy Now !, democracynow.org. Je suis Amy Goodman, avec Nermeen Shaikh.
NERMEEN SHAIKH : Nous terminons l’émission d’aujourd’hui en nous penchant sur les coûts humains, budgétaires et environnementaux de ces guerres sans fin. Selon les derniers chiffres du projet non partisan « Costs of War » de l’Université Brown, près d’un million de personnes ont été tuées en raison des violences de guerre en Afghanistan, en Irak, au Pakistan, au Yémen, en Syrie et ailleurs. On estime qu’au moins la moitié d’entre elles étaient des civils. Le nombre de morts indirectes causées par ces guerres est bien plus élevé, se situant entre 3,6 et 3,8 millions de personnes.
AMY GOODMAN : Sur le plan budgétaire, le gouvernement fédéral américain a dépensé plus de 8 billions de dollars pour les guerres post-11 septembre jusqu’en 2021.
Pour en savoir plus, nous recevons Neta Crawford, cofondatrice du projet « Costs of War ».
Dans ces dernières minutes qui nous restent, faites le bilan des coûts de la guerre, alors que nous sommes ici aujourd’hui à l’occasion du 25e anniversaire des attentats du 11 septembre.
NETA CRAWFORD : Eh bien, vous avez déjà évoqué les morts directes, les pertes humaines qui résultent de la pluie de bombes, de balles et de feu qui s’abat sur la population. Et les soldat·es qui combattaient pour les États-Unis et leurs alliés ont perdu la vie. Mais il y a aussi les décès indirects, les conséquences de la destruction des infrastructures, qui peuvent représenter deux ou trois fois le nombre de personnes blessées. Et cela s’explique par le fait que les gens n’ont plus accès aux hôpitaux ni aux soins de santé, parce que la production alimentaire a été perturbée. Les dommages physiques sont donc considérables.
Un deuxième préjudice, que Spencer Ackerman a brièvement évoqué, est celui causé à la démocratie américaine. On observe une diminution du contrôle du Congrès et du pouvoir judiciaire sur l’exécutif, ainsi qu’un renforcement du pouvoir exécutif. L’État de droit a été affaibli. Les États-Unis ont mené une guerre préventive en Irak. C’est là une conséquence réelle, qui a facilité le déclenchement d’une guerre en Iran.
Il y a donc le bilan humain, les conséquences politiques, et les conséquences environnementales sont dévastatrices, car non seulement les États-Unis ont intensifié leur recours à la force immédiatement après le début de l’attaque contre l’Afghanistan, mais l’armée américaine a continué d’intensifier ce recours même après la fin de ces guerres. Les États-Unis ont une présence militaire mondiale, avec plus de 750 bases à travers le monde. Et sa présence a causé des dommages environnementaux en raison des émissions de gaz à effet de serre associées au plus grand consommateur de pétrole au monde, à savoir le ministère de la Défense.
Il s’agit donc de coûts humains, politiques et, pour conclure, de coûts économiques, qui se traduisent par une dette accrue pour les États-Unis et une hausse des dépenses militaires. De plus, comme ces guerres n’ont pas été financées par les impôts comme les guerres précédentes — elles ont été financées par l’emprunt —, la dette des États-Unis a augmenté, et les intérêts à payer sur cette dette seront prélevés sur le Trésor pendant de nombreuses années encore. Les conséquences sont donc bien présentes tout autour de nous.
AMY GOODMAN : Je tiens à vous remercier infiniment de votre présence parmi nous, Neta Crawford, cofondatrice du projet « Costs of War ».
