Automne chaud pour les travailleurs agricoles dans l’UE

Enquêtes ouvrières-57

Environ un tiers du cadre financier pluriannuel de l’UE est alloué à l’agriculture. Les exploitations agricoles qui enfreignent le droit du travail et les normes sociales peuvent actuellement perdre une petite partie de leurs subventions. Cette conditionnalité sociale pourrait être supprimée, certains États membres de l’UE en faisant la demande. Les négociations qui se tiendront cet automne entre les ministres européens de l’Agriculture permettront donc de déterminer si la politique agricole commune (PAC) entraînera une dégradation des conditions de travail des agriculteurs.  La conditionnalité sociale est l’une des avancées sociales les plus importantes de ces dernières années : avec l’introduction du cadre financier pluriannuel 2020-2027, le versement des aides de la PAC est, pour la première fois, conditionné au respect de diverses dispositions du droit du travail, notamment en matière de santé et de sécurité au travail. Ces dispositions reposent sur un principe simple : les fonds publics ne doivent pas servir à financer des violations des droits des travailleurs.   On constate encore dans l’agriculture des taux élevés d’accidents du travail, de travail non déclaré, d’exploitation et de mauvais traitements infligés aux travailleurs, touchant particulièrement les travailleurs saisonniers et les ouvriers agricoles chargés des récoltes. Ce problème ne se limite pas aux pays du Sud . Des violations sont régulièrement mises au jour en Europe également, comme le récent meurtre choquant de quatre ouvriers agricoles afghans et pakistanais qui réclamaient leur salaire pour leur travail dans les vergers siciliens. En Autriche, des cas de sous-paiement, d’absence de contrat de travail et de sanitaires inexistants dans les champs font régulièrement surface.

La mise en œuvre de la conditionnalité sociale ne fait que commencer. 

Si la conditionnalité sociale est en vigueur en Autriche depuis 2023, elle n’a été mise en œuvre dans de nombreux États membres de l’UE qu’en 2025. Ce contexte rend la poursuite et le développement de cet instrument crucial d’autant plus importants. C’est précisément ce que prévoit le programme actuel du gouvernement fédéral autrichien : l’Autriche plaidera au niveau européen en faveur du développement de la conditionnalité sociale. Par ailleurs, la Commission chargée de l’article 7 de la loi sur l’agriculture recommande, dans son rapport vert, que le ministre de l’Agriculture défende une PAC qui lutte activement contre les conditions de travail inacceptables et favorise leur évolution positive.   

Cependant, les initiatives de la Commission européenne vont dans une autre direction : elles proposent d’exempter les exploitations de moins de dix hectares de contrôles et de sanctions. Mais cet assouplissement des règles est manifestement insuffisant pour plusieurs États membres, notamment l’Allemagne, les Pays-Bas et les pays baltes . Ces derniers réclament un retour à une époque où les entreprises agricoles pouvaient percevoir des fonds européens sans restriction, malgré les infractions au droit du travail et à la législation sociale, et où aucune sanction n’était possible sur ces fonds. Or, les arguments de ces États sont facilement réfutables.

 

La conditionnalité sociale n’alourdit pas le fardeau bureaucratique des agriculteurs.

Un argument clé des critiques porte sur la question de la bureaucratie. Or, la conditionnalité sociale a précisément été conçue pour éviter d’alourdir les charges administratives des agriculteurs, puisqu’elle n’introduit aucune nouvelle exigence en matière de droit du travail ni aucune obligation de déclaration. Elle s’appuie entièrement sur la législation du travail et les systèmes d’inspection du travail existants, qui s’appliquent même sans être liés au versement des fonds européens. 

 

La conditionnalité sociale ne crée pas de « double punition ».  

La conditionnalité sociale n’est pas une « double peine », car les sanctions du droit du travail et la conditionnalité sociale poursuivent des objectifs différents : les premières visent à garantir le respect des dispositions du droit du travail, tandis que la seconde concerne la bonne utilisation des fonds publics. Si les employeurs bénéficient d’un soutien public pour leurs activités, il est parfaitement légitime d’exiger, à tout le moins, le respect des droits de leurs salariés comme condition.    

La conditionnalité sociale s’intègre parfaitement à la structure GAP. 

La conditionnalité sociale n’est pas un élément isolé de la réglementation de la PAC, car le respect des exigences environnementales, de bien-être animal et sanitaires est lié au soutien de la PAC depuis le début des années 2000. La conditionnalité sociale est un prolongement logique de cette pratique éprouvée. Par conséquent, on ne saurait affirmer, comme le font certains États membres, que la conditionnalité sociale est incompatible avec la PAC.  

La conditionnalité sociale apporte une importante valeur ajoutée – y compris pour les entreprises agricoles. 

La conditionnalité sociale constitue une étape importante vers une plus grande égalité concurrentielle, tant entre les États membres qu’entre les exploitations agricoles. Elle garantit que le respect des conditions de travail est obligatoire pour tous. Ceci protège les employeurs responsables qui respectent les normes du travail contre la concurrence déloyale. Elle renforce les normes sociales et du travail existantes en tant que normes minimales, empêchant ainsi une course au moins-disant où les exploitations qui ne respectent pas les règles bénéficient d’un avantage concurrentiel. Enfin, elle contribue également de manière significative à la lutte contre le dumping salarial et social, car de nombreux travailleurs saisonniers et agricoles viennent en Europe de pays tiers et sont particulièrement vulnérables. 

Conclusion  

La conditionnalité sociale peut devenir un instrument efficace pour améliorer les normes du travail dans l’un des secteurs les plus précaires de l’économie. Parallèlement, elle soutient les employeurs responsables qui respectent ces normes et sont exposés à une concurrence déloyale de la part de ceux qui ne les respectent pas. Au lieu d’affaiblir cet instrument, la nouvelle PAC, à partir de 2028, devrait être l’occasion de renforcer son efficacité, d’élargir son champ d’application et d’améliorer son application. Cela contribuerait également de manière significative à lutter contre la pénurie de main-d’œuvre agricole. Une conditionnalité sociale forte permettrait aussi à l’agriculture autrichienne d’être plus compétitive face aux autres États membres.

 

Peter Hipold, géographe et politologue, et Maria Burgstaller, spécialiste en politique agricole, Chambre du Travail de Vienne, 3 juillet 2026.

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A LIRE, en accès libre.
Au niveau des 27 Etats de l’Union Européenne, 85% de l’emploi dans les secteurs agricole et horticole sont assurés par les chef-fe-s d’exploitation et les membres de leurs familles (essentiellement en Espagne, en Italie, en Pologne et en Roumanie). 1,3 million de salariés permanents sont présents (représentant 50% de la main d’œuvre régulière en France, Tchéquie et Slovaquie),  et entre 2,4 millions (Comité Économique et Social) et 4,5 millions (syndicats travailleurs agricoles) de travailleurs saisonniers (récoltes des fruits, légumes et viticulture), dont 2 millions en provenance de Pologne et de Roumanie, et 500000 de provenance hors UE. Selon les chiffres officiels, dans les secteurs agricole et horticole, l’Italie emploie 370000 saisonniers recensés, l’Espagne 150000 saisonniers recensés (dont 80% de migrants), l’Allemagne 300000 saisonniers recensés (dont 90% de migrants, en provenance majoritaire de Pologne et de Roumanie) et la France 276000 saisonniers recensés. Italie et Espagne assurent 45% de la production de légumes frais des 27 pays de l’Union Européenne.
L’attention est attirée sur le fait qu’il n’existe aucune statistique européenne centralisée et que les systèmes statistiques nationaux présentent, pour certains, divers défauts et biais.
Une recherche de Victor Serge, chroniqueur POUR Press, 19 juillet 2026.
■La France et l’Italie font partie du groupe de quelques  pays européens (avec l’Autriche) qui ont décidé d’appliquer dès 2023 (avant l’entrée en vigueur officielle le 1er janvier 2025), de manière différente, le nouveau dispositif européen de la conditionnalité sociale dans les secteurs agricole et horticole.
●”La régulation du travail agricole par la conditionnalité sociale en France et en Italie”, Carlo Valenti, 1/2025, revue de droit comparé du travail et de la sécurité sociale.
■Dans les secteurs agricole et horticole italiens, comme le montrent divers rapports italiens, la moitié des travailleurs sont non déclarés, la moitié de ceux-ci étant italiens pauvres ou originaires de pays européens, l’autre moitié migrants majoritairement clandestins, tous victimes du “caporalato” lié aux organisations criminelles.
●”En Italie, le modèle agricole profite  encore et toujours du travail invisible et précaire des migrants”, Marco Marchese, 30 septembre 2025, Equal Times.
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Conditionnalité sociale dans la politique agricole commune (PAC), un état des lieux vu de Belgique, ou la lutte de classe à la campagne.
Une recherche de Victor Serge, chroniqueur POUR Press, 22 juillet 2026.
■La conditionnalité sociale dans la politique agricole commune (PAC) qui lie aides et primes de la PAC au respect du droit du travail, à la sécurité et à la santé des travailleurs est entrée en vigueur le 1 janvier 2025. Elle est actuellement en discussion au niveau européen dans le cadre de la PAC post 2027.
La représentation politique de la Belgique au niveau européen est assurée par Mr Ducarme, MR, Ministre de notamment de l’Emploi et du Travail et de l’Agriculture.
■Retour sur l’histoire de la conditionnalité sociale dans la PAC.
La proposition initiale de 2018 de réforme de la PAC formulée par la Commission Européenne ne contenait aucun élément sur le volet social et le droit des travailleurs. C’est suite à un amendement imposé par le groupe socialiste du Parlement Européen que la conditionnalité sociale devint la position du Parlement Européen et le principal point de friction dans les négociations entre le Parlement Européen, la Commission et le Conseil des Ministres de l’Agriculture des pays membres de l’union Européenne, nombre d’entre eux refusant la conditionnalité sociale et le Parlement Européen menaçant de rejetter la PAC si la conditionnalité sociale était retirée, jusqu’au compromis du 25 juin 2021 introduisant la conditionnalité sociale et traduit dans 3 directives européennes.
■En Belgique, les secteurs agricole et horticole, outre les exploitants agriculteurs ou paysans, emploient 38000 travailleurs salariés permanents non familiaux et 60000 saisonniers.
■L’Etat fédéral est responsable  du droit au travail et de la sécurité sociale et assure le contrôle de terrain de la conditionnalité sociale via les inspections sociales (à l’exception des infractions environnementales et sanitaires qui restent de compétence de l’Afsca), les administrations régionales étant responsables de l’attribution des aides et primes de la PAC ou de leur réduction ou retrait sur base des constats transmis par les inspections sociales.
Il n’y a donc pas de double contrôle de la conditionnalité sociale.
■Quelles sont les demandes de simplification, d’atténuation ou de suppression de la conditionnalité sociale dans les discussions européennes sur la PAC post 2027 ?
●Allègement administratif et simplification des procédures de contrôle en introduisant un droit à l’erreur pour la première infraction n’entraînant pas de sanction financière.
●Plafonner ou réduire le pourcentage de réduction des aides PAC en cas d’infraction à la conditionnalité sociale.
●Réduction des sanctions financières, en maintenant les sanctions portant sur les aides à la surface mais en annulant les sanctions sur les aides sectorielles (fruits et légumes, viticulture).
●Dilution de la conditionnalité stricte dans une approche d’incitation plutôt que de sanction.
●Introduction d’une flexibilité nationale du cadre de contrôle (modulation des contrôles selon la taille des exploitations).
■Qui soutient ces demandes et qui s’y oppose ?
●Au niveau européen, sont favorables à l’assouplissement et à la réduction, voire à la suppression, de la conditionnalité sociale dans la PAC post 2027, les  syndicats de grands exploitants agricoles.(telle la FNSEA en France), la Pologne, la Hongrie, la Tchéquie, la Slovaquie, les pays du sud de l’Europe, les partis de droite et de centre-droit. Sont contre l’assouplissement et demandent un renforcement, les syndicats de travailleurs agricoles, les organisations d’exploitants agricoles en faveur d’une agriculture paysanne et de l’agroécologie (telle Via Campesina fondée en Belgique en 1993), les pays du Nord de l’Europe, les partis des différents courants de gauche et écologistes.
●Positions des syndicats wallons des exploitants agricoles.
Les syndicats agricoles défendent des visions opposées,  la FWA soutient le respect des droits sociaux des travailleurs mais insiste sur sa volonté de non double sanction en cas d’infraction (amende sociale et perte des primes ou des aides) et sur une surcharge administrative, demandant une stabilisation des règles et une simplification radicale, tandis que la FUGEA soutient la conditionnalité sociale tout en demandant une meilleure rémunération et une réglementation des coûts.
●Position du MR, de la NVA et du CDV.
▪︎Le MR prône la simplification administrative et s’oppose à toute nouvelle contrainte qui pénaliserait la compétitivité des exploitations. Il demande plus de flexibilité, les aides
(qui sont évaluées par le MR trop complexes à vérifier sur le terrain) ne devant pas être bloquées par des contraintes sociales ou environnementales.
Le MR préfère une politique d’incitation plutôt que de sanctions et souhaite une défiscalisation des aides PAC accordées.
▪︎NVA et CDV partagent une vision commune centrée sur la rentabilité des exploitations et une réduction des charges administratives, et le refus de tout durcissement de la conditionnalité sociale de la PAC.
La NVA refuse de mêler les inspections sociales au mécanisme d’octroi ou de réduction des aides PAC et estime que les conditions de travail doivent rester une compétence nationale sans interférer avec les mécanismes de financement de la PAC. Le CDV estime que la réduction des aides de la PAC en cas de violation de la conditionnalité sociale est une double sanction, des amendes administratives ou pénales étant déjà prévues nationalement par le droit au travail et le droit social.
■Contrôles sociaux de 2000 à 2025 dans les secteurs agricole et horticole en Belgique et où se situe le travail non déclaré ?
Lors des contrôles par les inspections sociales, constat que la majorité des employeurs et des travailleurs contrôlés ne sont pas totalement en règle (absence des documents de contrôle, cartes de cueillettes absentes, déclarations dimona tardives).
Selon les années, le nombre d’entreprises contrôlées et les moments des contrôles, 18% à 30% des exploitations contrôlées sont en infractions, pour occupation illégale et non respect des règles sur le travail occasionnel.
Bien qu’il n’existe pas de statistiques  régionales des contrôles menés par les inspections sociales, à fortiori dans les secteurs de l’agriculture et de l’horticulture, les cultures en champs, en vergers  ou en serres de légumes et de fruits nécessitant des travailleurs saisonniers occasionnels étant  concentrées en région flamande, les contrôles des  inspections sociales se concentrant sur le travail non déclaré, le travail occasionnel et le travail transfrontalier, on peut en tirer la conclusion logique que les constatations de fraude seraient significatives pour certains secteurs
d’exploitations situés en région flamande.
■Et l’aspect fiscal ?《Si tu emploies des travailleurs non déclarés, que tu  payes en espèces, de la main à la main, sans oublier de payer en espèces, de la main à la main, le convoyeur et le collecteur-chef d’équipe, tu mets pas leurs rémunérations dans ta comptabilité, et pour les payer, tu oublies de déclarer une partie des ventes de ta production, tu fais du “black” comme on dit, rassure toi, tu n’es pas le seul en Belgique, ben oui, peut être aussi un peu pour toi》, comme diraient les “Laurel et Hardy”.
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A LIRE, en accès libre, sur le site de la Cour des Comptes de Belgique, le rapport de la Cour des Comptes du 20 août 2025.
Une présentation de Victor Serge, chroniqueur POUR Press, 22 juillet 2026.
■La Belgique a mis en place un régime favorable de réduction des cotisations sociales pour le travail occasionnel saisonnier dans l’agriculture et l’horticulture.
Dans son rapport, la Cour des Comptes de Belgique constate que ” Les employeurs de l’agriculture et de l’horticulture bénéficient, à travers le travail occasionnel, d’une forme d’emploi  flexible assortie de cotisations sociales réduites. Vu le risque de fraude sociale et de traite des êtres humains liés à ces secteurs, un cadre normatif et des contrôles de l’ONSS régulent ce régime social avantageux. Toutefois, les nombreuses modifications réglementaires ne permettent pas de dégager une politique sociale cohérente.
Par ailleurs, l’ONSS ne contrôle pas systématiquement le respect des conditions pour bénéficier du travail occasionnel et n’a pas toutes les données nécessaires pour mener des contrôles structurels. Pour la sécurité sociale, le manque à gagner lié à ce régime est évalué à 29,3 millions d’euros. En outre, le risque de traite des êtres humains persiste”.
Le lien donne accès au rapport très fouillé de 89 pages de la Cour des Comptes et aux 21 recommandations de la Cour des Comptes (pages 86 à 89 du rapport, 1 à charge du legislateur, 7 à charge du Gouvernement, 3 à charge du Gouvernement et de l’ONSS et 10 à charge de l’ONSS).
La Cour des Comptes définit au point 5.3 de son rapport (pages 78 à 80) le risque de traite des êtres humains par quatre éléments, la durée du travail, le travail précaire et la rémunération inconnue, les travailleurs d’origine étrangère et l’absence de contrat de travail.
Le rapport n’aborde pas le traitement des constats des contrôles de l’ONSS dans les secteurs agricoles et horticole par le SPF Finances.
●”Travail occasionnel dans l’agriculture et l’horticulture en Belgique. Contrôle de la politique sociale par l’ONSS”, rapport approuvé par l’Assemblée Générale de la Cour des Comptes le 20 août 2025.
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POUR Press remercie A&W blog, la Cour des Comptes de Belgique et les “Laurel et Hardy” ainsi que 17 revues, sites et bases de données consultés pour leurs informations, articles et traductions.

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