Retour sur les élections nationale, régionales et municipales du dimanche 13 septembre 2026 en Suède
1. Rétroactes.
1.1. C’est ce jeudi 17 septembre qu’ont été publiés les résultats préliminaires consolidés tous districts des élections nationales mais également régionales et municipales en Suède du dimanche 13 septembre 2026.
En Suède, 50% des électeurs votent par correspondance, un des plus hauts taux au monde.
Les résultats de ces 3 élections sont en consolidation finale, ce qui ne devrait pas modifier le nombre de députés de chaque parti au niveau national (le processus de comptage des voix comprend 2 étapes, un processus préliminaire et un processus final de recomptage complet).
Le processus préliminaire prend habituellement 3 jours, il doit en effet intégrer les 300000 votes des suédois à l’étranger et également les votes par correspondance tardifs et les changements dans les votes par correspondance (les électeurs suédois votant par correspondance ont le droit de changer 1 fois leur vote).
L’attention est attirée sur le fait qu’une partie importante de l’électorat suédois matche selon le niveau de l’élection, un vote pour un parti à un niveau électoral n’étant pas nécessairement un vote pour ce parti aux autres niveaux électoraux.
Le système électoral suédois est proportionnel à 1 tour.
1.2. Seuls les nationaux suédois votent aux élections nationales.
Ce qui inclut les migrants naturalisés, près de 15% d’entre eux votant par ailleurs pour l’extrême-droite (celle-ci menant , dans le cadre le plus souvent d’élections locales, des campagnes ciblées vers certaines immigrations naturalisées : par exemple, turcs naturalisés, une immigration originellement de travail; par exemple, au niveau local, vers les immigrations d’origine asilaire, naturalisées ou pas, des communautés chrétiennes d’origine moyen-orientale syrienne ou irakienne).
Le vote des migrants naturalisés pour l’extrême-droite s’explique , selon les enquêtes sociologiques et de vote, d’un refus de la montée de l’insécurité dans les quartiers occupés massivement par les couches populaires notamment migrantes, mais également plus profondément de leurs réticences par rapport au modèle suédois de politique de genre (en faveur des femmes) et de droits des minorités sexuelles, modèle le plus progressiste des pays européens ( qui a par ailleurs été approfondi par divers projets de loi défendus par les partis des Modérés et par le parti libéral, certains combattus par l’extrême-droite et le parti chrétien, et tous adoptés en 2024 et en 2025 avec l’appui unanime des oppositions des gauches et du parti centriste) et de leur attachement à des modèles “culturellement plus patriarcaux” et “nettement moins favorables à la politique de genre et aux minorités sexuelles”.
Les enquêtes sociologiques montrent qu’il faut 15 ans à une immigration spécifique résidente en Suède pour s’aligner, plus ou moins complètement mais suffisamment, sur les valeurs et les dispositions civiles du modèle suédois.
20% des migrants naturalisés votent pour les partis de droite et de centre droit, et 65% des migrants naturalisés pour les partis de gauche et le parti centriste.
Les étrangers résidents en Suède, remplissant certaines conditions de durée de résidence, peuvent voter par ailleurs aux élections régionales et municipales : entre 30% et 40% d’entre eux utilisent ce droit.
Le parti des Démocrates de Suède mène des campagnes publiques violentes contre l’immigration asilaire somalienne et est très réticent aux immigrations asilaires syrienne, irakienne et afghane.
Les Démocrates suédois remettent également en cause le vote des étrangers en Suède aux élections régionales et municipales, arguant qu’il pourrait faire basculer localement le modèle suédois.
L’immigration étrangère (de travail et asilaire) en Suède représente 1, 2 millions de personnes, enfants compris, soit environ 10% de la population, les deux premières nationalités les plus importantes en immigration de travail étant les Finlandais (110000) et les Indiens (93000), les communautés bosniaque (musulmane) et croate (chrétienne), originellement de travail puis asilaire, représentant à elles deux 140000 personnes, dont le taux d’emploi est 85% (équivalent au taux d’emploi des natifs) et citées comme les modèles d’intégration en Suède. La Suède accueille également au moins 263000 migrants en provenance des pays membres de l’Union Européenne hors Finlande (90000 polonais, 55000 allemands, 40000 danois, des dizaines de milliers de roumains et bulgares, certains permanents, d’autres en flux via le détachement). Les migrations asilaires syrienne et ukrainienne sont respectivement de 200000 personnes et de 50000 personnes.
Le parti d’extrême-droite des Démocrates de Suède est par ailleurs opposé au regroupement familial, qu’il soit lié à l’immigration de travail ou à l’immigration asilaire.
1.3. Les Démocrates de Suède, “les valeurs suédoises”, “les valeurs traditionnelles”, l’homonationalisme et le fémonationalisme.
➡️ 1.3.1. Le parti des Démocrates de Suède est le parti d’extrême-droite européen ayant théorisé le plus loin le fémonationalisme et l’homonationalisme.
Un nombre important de dirigeant-e-s de ce parti appartiennent à ces 2 courants, fémonationalisme (5, dont le président des Démocrates de Suède, l’idéologue de la ligne dure, l’actuelle porte parole pour l’égalité et l’ancien porte parole pour l’égalité, l’ancienne dirigeante de l’organisation des femmes qui a contribué à théoriser cette ligne) et homonationalisme (3, tous trois homosexuels, l’actuel directeur financier du parti et député, un député européen ancien député national et
un des intellectuels liés à ce parti et influent dans la sphère médiatique suédoise).
Le fémonationalisme est “l”instrumentalisation de l’égalité des sexes et des droits des femmes par les partis de droite radicale ou nationalistes à des fins xénophobes, antiimmigration et particulièrement islamophobes”.
L’homonationalisme est “l’instrumentalisation des droits des personnes LBGT+ par des partis de droite souvent radicale ou nationalistes ainsi que par des gouvernements, pour stigmatiser les populations étrangères, principalement musulmanes, comme arriérés et homophobes, dans le cadre de politiques du bouc émissaire. Le terme désigne également ce qu’on dénomme le pink washing, pour camoufler le maintien de discriminations internes en détournant sur des considérations d’origine externe. Il couvre également le ralliement d’une partie des communautés homosexuelles occidentales, principalement masculines, à des politiques de droite, leurs membres n’adhèrant qu’aux droits homosexuels au sens strict avec certaines réticences ou oppositions aux droits des autres minorités sexuelles”.
➡️ 1.3.2. Si le fondement idéologique premier de ce parti d’extrême-droite est et reste le modèle familial hétérosexuel traditionnel (papa, maman et enfants), ce modèle est articulé de manière complexe à la société suédoise et à son modèle progressiste de politique de genre et de droits des minorités sexuelles.
1.3.2.1.Selon l’extrême-droite, la situation de la société suédoise et de sa population native en conséquence des réformes opérées depuis de nombreuses années serait la disparition des aspects patriarcaux, la famille suédoise native serait devenue égalitaire. L’extrême-droite suédoise considère que l’égalité est une valeur innée occidentale et non pas acquise ou apprise. Ce que dément l’histoire de l’égalité dans les pays occidentaux et l’histoire de l’égalité en Suède, pour ne pas parler des politiques coloniales.
Ce que ne montrent en Suède ni les enquêtes sociologiques notamment ni les constats de violences conjugales ni les constats de violences sexuelles sur adultes ni les constats de violences sexuelles sur enfants, sur base des statistiques notamment du Conseil pour la prévention du crime, d’études médico-légales, d’études juridiques des condamnations pénales, d’études des services sociaux et d’études universitaires.
▪︎En ce qui concerne les violences conjugales, 53% des femmes en Suède ont subi des violences physiques dans leur vie, soit un des taux les plus élevés de l’Union Européenne, qualifié de paradoxe suédois, à savoir la présence simultanée d’indices d’égalité des sexes élevés et de forts taux de violences rapportées.
On compte 15 à 25 féminicides par an.
On constate également une augmentation de la sévérité des traumatismes lors des agressions domestiques et sexuelles domestiques. Les taux d’autodéclaration sont légèrement supérieurs dans les couples natifs suédois que dans les couples étrangers. Les formes les plus graves de maltraitance physique conjugales touchent les natives nées en Suède de parents nés à l’étranger. L’écart de prévalence de la violence physique entre femme native et femme étrangère est faible lorsqu’on gomme les inégalités de revenus et la précarité (affectant plus fortement les étrangères et les natives de seconde génération nées de parents étrangers).
▪︎En ce qui concerne les violences sexuelles sur adulte, elles sont majoritairement commises par des personnes connues de la victime, des partenaires et ex partenaires.
15% à 20% des viols jugés avec condamnation judiciaire sont le fait d’inconnus ou ont lieu à l’extérieur, dont 80% d’auteurs nés à l’étranger (donc, 12% à 16% d’auteurs nés à l’étranger condamnés).
Sur base des condamnations judiciaires pour viols et tentatives de viols, 37% à 41% des condamnés ont des parents natifs suédois, 11% à 12% sont des auteurs suédois de la seconde génération de parents nés à l’étranger, 48% à 58% sont des auteurs nés à l’étranger (soit pour des viols, soit pour des tentatives).
Les victimes sont majoritairement suédoises, soit natives soit de la seconde génération, 25% des viols étant concentrés dans la tranche des jeunes migrantes, 25% par partenaires, 17% par membres de la famille et 46% par inconnus.
▪︎En ce qui concerne les violences sexuelles sur enfants, le taux de non signalement est important dans le cas des natifs stables en raison du tabou familial, une partie des constats provenant des services sociaux et des services enseignants. Sur base des condamnations judiciaires, 72% à 73% sont des violences sexuelles intrafamiliales représentant la part la plus importante des infractions graves (viols avec pénétration) et 27% ont des auteurs inconnus, le plus fréquemment sans contact physique soit dans l’espace public (exhibitionnisme) soit sur internet (sollicitation en ligne). 20% à 28% des mineurs suédois déclarent avoir subi des abus ou des violences sexuelles dans leur jeunesse. Il y a par ailleurs une surreprésentation des mineurs étrangers victimes vu les parcours de migration chaotiques y compris en Suède. Le taux de non signalement des cas intrafamiliaux des natifs expliquent que, sur base des condamnations judiciaires, une part significative des condamnations judiciaires, parfois majoritaires impliquent, pour les districts judiciaires examinés, des auteurs, nés à l’étranger, la comparaison des peines pour des infractions de même gravité montrant des peines plus lourdes pour les auteurs étrangers que natifs.
1.3.2.2.Le parti des Démocrates de Suède ne combat pas l’avortement, et c’est une des rares exceptions en Europe, de nombreux partis d’extrême-droite européens étant natalistes, et s’est rallié à ce qu’on dénomme en Suède “le consensus abortif”. L’essentiel des partis suédois militent pour l’introduction du droit à l’avortement dans la Constitution de la Suède.
1.3.2.3. Certaines immigrations attachées à des valeurs patriarcales et à des modèles familiaux supposés inégalitaires quant à la place de la femme ou des enfants menaceraient, selon l’extrême-droite suédoise, ce modèle.
Ce seraient ces immigrations qui seraient responsables notamment de l’insécurité vécue en rues par les femmes ou de la montée (constatée) dans certains quartiers populaires abritant des populations migrantes des attitudes contre les minorités sexuelles ou du maintien de certaines pratiques patriarcales (tests de virginité, crimes d’honneur, mariages arrangés ou forcés, ….).
On relèvera que sur ces derniers aspects, la coalition des droites, appuyée par l’extrême-droite, a légiféré en matiere pénale, ces pratiques étant assimilées à des délits ou des crimes spécifiques, selon, avec l’appui unanime des gauches et du parti centriste, dans une logique transpartisane unanime (l’opposition estimant toutes tendances confondues que certaines mesures votées n’étaient pas suffisantes).
Les partis de gauche et le parti centriste n’en tirent cependant pas la même conclusion. Pour ces partis, il s’agit d’un défaut d’intégration (constaté par les militants de ces partis dans ces quartiers quand ces phénomènes y existent), qui peut être corrigé par une meilleur politique d’intégration, ce qui suppose également des crédits, du financement et du personnel en ces matières dans les services publics sociaux concernés, dans les associations d’intégration et dans les associations des immigrations qui oeuvrent effectivement à l’intégration. Soit l’inverse des politiques d’économies pratiquées dans ces domaines.
Les études sociologiques menées en Suède et à l’étranger sur la Suède montrent qu’il faut à une immigration spécifique entre 10 ans à 15 ans pour obtenir une intégration suffisante au modèle et au respect des droits civils et sexuels suédois.
1.3.2.4.Dans le cadre des mesures antimigratoires adoptées par la coalition des droites soutenue par l’extrême-droite, l’Administration suédoise de l’immigration est autorisée à pratiquer des enquêtes et des tests d’intégration, qui peuvent conduire, au titre de sanctions administratives, au retrait des statuts légaux accordés aux migrants réguliers, dans les circonstances suivantes : travail au noir, dettes excessives, non paiement des impots réclamés, faux pour obtenir le statut accordé ou le maintenir, troubles répétés à l’ordre public, non respect manifeste des valeurs de la société suédoise (par ailleurs non précisées).
Cette clause et particulièrement son dernier aspect fait l’objet d’une contestation forte de la Gauche radicale, des Verts et du parti centriste, également plus modérée des Sociaux Démocrates, et avait fait l’objet d’une forte réticence du parti libéral (membre de la coalition des droites et du centre droit), pour plusieurs motifs, tels texte imprécis et sujet à interprétation, une administration n’a pas à apprécier cet aspect des choses en procédure administrative, la Constitution suédoise autorise des modes de vies différenciés, cette disposition viole les libertés constitutionnelles, civiles et sexuelles telles qu’elles sont organisées légalement.
Lors du débat parlementaire, il a été acté que la consommation de drogues et le fait d’être prostituté-e (la Suède a développé un “modèle prostitutionnel” qui pénalise le client, sur lequel aucun parti politique suédois n’entend revenir, et qui a eu comme effet le développement d’une certaine prostitution clandestine) ne constituent pas des motifs de retrait d’un statut migratoire accordé.
Le débat sur le respect des valeurs suédoises s’est poursuivi durant la campagne électorale, le parti d’extrême-droite proposant d’introduire “les valeurs suédoises” dans la Constitution et lors d’un débat télévisuel , interpellant les 8 partis présents sur l’inscription des “valeurs suédoises” dans la Constitution, 7 ont répondu favorablement (tous les partis de l’opposition des gauches et le parti centriste y compris) et 1 seul s’est opposé (le premier ministre du parti des Modérés, qui n’estime pas la chose réalisable).
La centrale syndicale LO s’est également prononcée clairement contre cette disposition, développant sa demande d’intégration par le travail et le marché du travail et par une politique d’intégration civique adaptée.
Mais de quelles “valeurs suédoises” s’agirait-il ?
1.3.2.5.Le parti d’extrême-droite des Démocrates de Suède combat par ailleurs fermement de manière indirecte et directe contre la politique de genre et contre les droits des minorités sexuelles.
Il combat le féminisme classique, le féminisme institutionnel et le féminisme intersectionnel.
Il combat l’obligation légale des 2 parents d’un enfant de se répartir chacun par moitié le congé parental, estimant qu’il s’agit d’une question privée dans laquelle il n’y a pas lieu de légiférer.
Il estime également que la Pride de Stockholm est trop à gauche et ne fait pas assez de place dans son organisation aux sensibilités de droite.
Dans différentes régions, il conteste le financement public des Prides régionales.
Il conteste également la présentation de la politique de genre et des droits des minorités sexuelles dans l’enseignement.
Il a combattu très durement, avec le parti chrétien démocrate, le projet de loi présenté par le parti de droite des Modérés et par le parti libéral de centre droit (qui en faisait un casus belli) sur la transidentité, qui fixe à 18 ans la date pour demander un changement d’identité civile et à 25 ans la date pour accéder aux traitements médicaux de changement de sexe avec remboursements de la sécurité sociale, projet de loi approuvé fin 2025 avec le soutien unanime des 3 partis des gauches et du parti centriste.
Mais de quelles “valeurs suédoises” s’agirait-il ?
Lors de la campagne électorale, le parti d’extrême-droite des Démocrates de Suède a appelé plusieurs fois à défaire le parti libéral de centre droit (qui fut son farouche opposant à l’intérieur du gouvernement des droites et du centre-droit, appuyé par ce parti d’extrême-droite) et qui lui a infligé, au travers du projet de loi adopté sur la transidentité, une défaite cinglante.
➡️ 1.3.3. La question politique, qui se pose à moyen terme, est la suivante. Le parti d’extrême-droite des Démocrates de Suède, dont l’installation dans le paysage politique de Suède est confirmée comme troisième parti et dont la normalisation comme parti pleinement gouvernemental n’aura pas lieu, après sa défaite électorale de septembre 2026, maintiendra-t-il sa double ligne hypocrite sur les “valeurs suédoises” ou reviendra-t-il à la ligne plus classique, publiquement patriarcale et conservatrice, des partis d’extrême-droite européens (ligne qui était celle de ses fondateurs nazis et identitaires) ?.
1.4. La question migratoire en Suède a été focalisée, notamment par le parti d’extrême-droite des Démocrates de Suède au travers d’une ligne ethnonationaliste, sur deux aspects, le premier celui de la migration asilaire, la Suède étant le pays de l’Union Européenne accueillant les plus de migrants asilaires, de différentes nationalités, par rapport à sa population (beaucoup plus que la Belgique par exemple), les statuts d’asile autorisant le regroupement familial, le second le défaut d’intégration linguistique (la maîtrise du suédois en contexte professionnel, qui n’est pas simple à apprendre, étant une condition légale pour obtenir un emploi) et dans certains cas, un défaut d’intégration aux valeurs civiles et aux valeurs sexuelles du modèle suédois, le plus progressiste d’Europe.
Pour ce qui concerne la politique asilaire, le nombre de demandes introduites en Suède a drastiquement chuté à quelques milliers annuellement.
2. Les résultats au niveau national.
2.1. Les partis d’opposition des gauches et du parti centriste obtiennent 176 sièges et battent la coalition de droite et de centre droit au pouvoir, appuyée par l’extrême-droite, grâce à la progression de la Gauche radicale (+ 6), des Verts (+4) et des Centristes (+ 1), les sociaux démocrates perdant 8 sièges.
Progressent au sein des partis d’opposition, les partis quî se sont opposés fermement à la politique antiimmigration de la coalition des droites au pouvoir (Gauche radicale, Verts et Centristes) ainsi qu’à sa politique pronucléaire et antienvironnementale (Gauche radicale et Verts; le parti centriste, économiquement libéral et philosophiquement attaché aux droits constitutionnels et civils, peu enclin aux services publics, et proche de certains milieux patronaux et d’entreprises, notamment dans le secteur de la santé privée, de l’enseignement privé et des entreprises environnementales, ayant par ailleurs effectué un tournant environnemental sous ses 2 derniers président-e-s), les sociaux démocrates s’étant alignés, avec certaines nuances, sur ces 2 orientations de politique migratoire restrictive et de réouverture de centrale nucléaire (la centrale nucléaire de Suède ayant été fermée il y a 30 ans).
2.2. La coalition au pouvoir, droite et centre droit, appuyée par l’extrême-droite, obtient 173 sièges, les 3 partis de droite et de centre droit détenant les ministères gagnant 8 sièges (Modérés + 2, Parti Libéral + 3, Parti chrétien démocrate + 3), l’extrême-droite perdant 11 sièges.
Le premier ministre de l’alliance de droite et de centre-droit et dirigeant du parti de droite des Modérés, qui souhaitait inclure dans le gouvernement l’extrême-droite et donner des ministères à celle-ci (elle en réclamait un nombre assez conséquent) a admis sa défaite.
2.3. Visiblement, la ligne de gauche (développée par les Sociaux Démocrates, la Gauche radicale et les Verts) d’une plus forte contribution des “riches”, d’un ralentissement et d’une non exécution des réductions fiscales à l’IPP et d’une non extension des crédits d’impôts à l’IPP, d’une limitation des bénéfices dans la partie privée du secteur de la santé et dans la partie privée du secteur de l’enseignement (toutes deux également financées par les pouvoirs publics comme leurs pendants publics non bénéficiaires) au profit d’un réinvestissement dans les secteurs publics, dans l’enseignement et la formation et dans les politiques d’intégration (aspects auxquels s’opposaient les partis de droite et de centre droit et d’extrême-droite mais également le parti centriste, ce dernier à l’exception des politiques de formation et d’intégration) n’a visiblement pas rapporté de voix aux sociaux-démocrates, si elle en a rapporté de manière significative à la Gauche radicale et aux Verts.
Le Parti centriste, tout comme il refusait de travailler avec l’extrême-droite, refuse de participer à un gouvernement avec la Gauche radicale et refuse toute imposition supplémentaire des “riches”.
2.4. Egalement, la ligne développée par l’extrême-droite d’un nouveau durcissement sécuritaire et migratoire ne lui aura pas rapporté les voix supplémentaires qu’il souhaitait, ce parti n’étant par ailleurs pas considéré, selon les sondages notamment, comme pertinent sur les questions économiques et sociales.
Sa revendication de la suspension et de la revision des permis de travail permanents accordés, suite à l’acceptation de l’asile ou en cas de refus de l’asile (dans ce dernier cas, si le demandeur avait un travail permanent en Suède), avant le durcissement legislatif migratoire (qui ne prévoit plus que des permis temporaires revisables tous les 3 ans et a supprimé la dérogation qui existait d’un permis de travail si emploi en cas de refus d’une demande d’asile) mis en place par la coalition de droite et de centre-droit soutenue par l’extrême-droite, permis permanents antérieurs non visés par les nouvelles législations, a rencontré l’opposition de tous les partis du bloc des gauches, parti centriste inclu, mais également des milieux patronaux et du syndicat suédois LO, le marché du travail suédois étant en déficit de main d’oeuvre.
Egalement, il apparaît que la prime de retour instaurée dans les mesures antimigratoires est utilisée fortement par les migrants venant d’Inde, qui est une migration de travail encadrée et non pas d’asile et qui constitue numériquement la seconde immigration, active notamment dans les secteurs et fonctions IT, ce qui alarme le patronat suédois.
2.5. Il faut préciser qu’il n’y a pas de concurrence entre natifs et migrants sur le marché du travail en Suède, les deux étant économiquement complémentaires dans les différents secteurs et sous secteurs économiques et les fonctions exercées, mais qu’il existe une concurrence entre les différentes migrations, principalement asilaires mais pas que, sur le marché du travail notamment pour les emplois non qualifiés manuels (désertés dans certains secteurs et sous secteurs par les suédois natifs malgré les salaires minimums d’entrée élevés prévus par les conventions de branche négociées par la centrale syndicale LO, auxquels elle tient pour éviter le développement de la précarisation salariale et dont le patronat suédois n’a jamais obtenu la remise en cause).
La centrale syndicale LO demande l’instauration légale et formalisée d’une procédure sectorielle et/ou sous sectorielle d’évaluation du déficit structurel d’emploi dans le secteur ou sous secteur concerné avant d’ouvrir celui-ci à la migration de travail. Cette procédure existait très antérieurement de manière non formalisée et volontaire dans certains secteurs et sous secteurs et est tombée en désuétude sous l’action des fédérations patronales.
Historiquement, la migration du travail a toujours été très encadrée en Suède et ouverte en priorité aux travailleurs des autres pays scandinaves, considérés comme proches linguistiquement et culturellement (la maîtrise du suédois dans le milieu professionnel étant une condition légale pour obtenir un emploi, ce bien que dans les multinationales et dans les PME suédoises travaillant à l’exportation, l’anglais soit la langue de travail effective et obligatoire, que l’anglais soit la seconde langue obligatoire dans l’enseignement et que la Suède soit le premier pays non anglophone dont la population parle couramment l’anglais à des taux très très élevés), la Norvège et la Finlande ayant par ailleurs été incluses au Royaume de Suède pendant de nombreuses années avant de conquérir leurs indépendances.
2.6.Pour ceux que les votes obtenus par chaque parti intéressent (c’est plus pertinent pour l’analyse des rapports de force réels que les pourcentages), ils sont les suivants (avec comparaison avec 2022, précédente élection nationale) , nombre d’électeurs inscrits en 2026 de 8052355 et votants 6829278, pour nombre d’électeurs inscrits en 2022 de 7775390 et votants 6547891, soit une progression des électeurs inscrits de + 270965 en 2026 et des électeurs votants de + 281447 en 2026 , soit une légère régression de l’abstention en nombre.
- Sociaux démocrates (membre du groupe social-démocrate au parlement européen et proche du parti social-démocrate danois et de sa dirigeante) : 1836535 en 2026 pour 1964474 en 2022 (-);
- Modérés (droite conservatrice devenue libérale, membre du PPE) : 1336802 en 2026 pour 1237428 en 2022 (+);
- Démocrates de Suède (extrême-droite) : 1176834 en 2026 pour 1330325 en 2022 (-);
- Gauche radicale (scission du parti social-démocrate suédois, ayant intégré d’autres groupes de gauche radicale, membre de l’Alliance de la gauche européenne pour les peuples et la planète et de Maintenant le peuple, dont le parti le plus significatif est
- LFI, cette alliance étant une des composantes du groupe de la Gauche au parlement européen) : 565599 en 2026 pour 437050 en 2022 (+);
- Verts (membre du groupe des Verts au parlement européen) : 413091 en 2026 pour 329242 en 2022 (+);
- Parti centriste (membre du groupe libéral au parlement européen et proche du parti liberal-social danois au pouvoir en coalition avec le partî social-démocrate au Danemark): 474541 en 2026 pour 434945 en 2022 (+);
- Parti libéral (membre du groupe libéral au parlement européen) : 359850 en 2026 pour 298542 en 2022 (+);
- Parti chrétien démocrate (membre du PPE) : 415687 en 2026 pour 345712 en 2022 (+).
3. Résultats au niveau régional.
3.1. Perdent des sièges de conseillers régionaux, les sociaux démocrates (- 46, 530 sièges ), le parti libéral (- 25, 32 sièges), l’extrême-droite (- 22, 253 sièges), le parti centriste (- 2, 118 sièges), au profit des Modérés (+31, 359 sièges), de la Gauche radicale (+ 8, 155 sièges), des Verts (+ 41, 72 sièges) et du parti chrétien démocrate (+5, 138 sièges).
3.2.Sur les 20 régions de Suède pour lesquelles des élections ont eu lieu (à l’exception du Gotland dont les compétences régionales sont reprises par la municipalité), 8 étaient gouvernées par des alliances de gauche réelles associant Sociaux démocrates-Gauche radicale-Verts (sans les centristes) qui seraient maintenues et parfois amplifiées, les équilibres internes étant bouleversés au profit de la Gauche radicale et des Verts.
10 régions étaient gouvernées par des alliances de droite et de centre droit, certaines incluant les centristes, d’autres appuyées par l’extrême-droite.
Certaînes régions pourraient passer “au centre ” (sans préjudice de la composition, qui est appréhendée en Suède comme pouvant inclure au niveau régional, avec les sociaux démocrates, parti centriste, parti chrétien démocrate ou/et parti libéral) suite à la progression de la gauche radicale et des Verts.
Pour d’autres, le recul de l’extrême-droite devrait également reconfigurer les alliances de droite et de centre droit locales.
4.Résultats au niveau municipal.
En ce qui concerne les 15 premières municipalités suédoises en terme de population, les tendances sont les suivantes (le classement étant opéré par ordre décroissant de population et le chiffre entre parenthèses donnant la population) :
- 4.1. Stockolm (1 million). Alliance des trois gauches en 2022, avec progression des Verts en 2026.
- 4.2. Goteborg (613000). Alliance centrée autour des Sociaux démocrates en 2022, avec progression des Verts en 2026.
- 4.3. Malmo (367000). Alliance des trois gauches en 2022, avec progression de la Gauche radicale en 2026, moindre progression des Verts et léger recul Social-démocrate.
- 4.4. Uppsala (249000). Alliance des trois gauches en 2022, confirmée.
- 4.5. Linkoping (168000). Centre droit en 2022, Alliance non confirmée en 2026.
- 4.6. Vastras (161000). Parti chrétien démocrate comme arbitre.
- 4.7. Orebro (160000). Parti social-démocrate en 2022, confirmation fragile.
- 4.8. Helsingborg (150000). Alliance Modérés et Centre droit en 2022, progression Parti Social-démocrate, basculement possible en alliance.
- 4 9. Jonkoping (144000). Sociaux-democrates en 2022, basculement possible à droite.
- 4.10. Brorkoping (143000). Alliance de centre-droit en 2022, basculement possible de majorité.
- 4.11. Umea (132000). Parti Social-démocrate en recul.
- 4.12. Lund (128000). Maintien de l’alliance entre Sociaux-démocrates et Modérés.
- 4.13. Huddage (115000). Maintien de l’alliance de Centre droit et Modérés.
- 4.14. Anas (114000). Gestion locale négociée.
- 4.15. Orhilstura (108000). Partî Social-démocrate dans une municipalité à forte fragmentation politique.
5. La Suède n’a pas, au niveau national comme au niveau régional (comme elle peut exister en Allemagne) une tradition des alliances dites transversales, associant Sociaux Démocrates et Modérés (de droite), les 2 plus grands partis et traditionnels opposants depuis plus d’un siècle, aucun cas n’étant connu au niveau national et 1 seul cas au niveau régional, si par ailleurs de telles alliances sont plus fréquentes au niveau municipal.
Si le résultat des élections nationales a comme conséquence qu’il n’y aura pas de nouvelles accentuations négatives du modèle migratoire suédois, on devrait cependant s’attendre à certaines atténuations des aspects considérés comme problématiques (sans que le modèle de politique restrictive en matière asilaire soit remis en cause, ce modèle étant partagé notamment par tous les partis sociaux-démocrates scandinaves), de nouveaux accents étant mis sur la politique d’intégration, et également sur une communication officielle moins sauvage et moins stigmatisante.
6. Toutes les informations figurant dans cette chronique sont publiques, disponibles pour l’essentiel en suédois, subsidiairement en anglais, y compris auprès d’universités anglophones américaines et anglaises.
POUR Press remercie également le Valmyndigheten ou Autorité électorale suédoise et ses fonctionnaires pour leur présentation organisée, transparente et régulièrement mise à jour des résultats des élections en Suède.
Une chronique de Victor Serge,
Chroniqueur POUR Press, 18 septembre 2026.
Victor Serge est bien entendu seul responsable de la structure et du contenu de cette chronique.
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A LIRE, en accès libre.
■ Sur le parti social-démocrate de Suède, son histoire et son évolution.
●”L’antimodèle, les racines de la critique de la social-démocratie en Suède après 1945″, Yohann Aucante, 2013/25, revue Nordiques.
●Interview de Kjell Ostberg, historien, par Niels Morsink,,membre du groupe de réflexion Minerva. Texte en néerlandais, version en français disponible lors de la consultation.
“Kjell Ostberg : La société civile a forcé les sociaux-démocrates a instaurer l’Etat providence”, 13 mars 2026, sur le site du Fonds Masereel.
■Sur The Conversation, sur la Suède, qui n’est plus depuis longtemps le modèle “du rêve redistributif et égalitaire social-démocrate”qu’elle était. Les articles en anglais sont traduits automatiquement en français lors de leur consultation.
●”L’immigration en Suède : comment un pays est passé de l’un des plus accueillants d’Europe à l’un des plus restrictifs”, Henrik Emilson, 7 septembre 2026, Université de Malmo.
●”Élections en Suède : pourquoi les immigrés sont sous représentés aux urnes”, Derek Stanford Hutchinson, 14 septembre 2026, Université de Malmo.
●”La population carcérale suédoise a doublé en dix ans et devrait encore augmenter fortement -voici pourquoi”, Tova Benett et Sigrid Nikka, 10.septembre 2026, Université de Lund.
●”Comment la Suède, pays égalitaire, s’est familiarisée à la richesse”, Hakan Johansson et Axel Vikstrom, date, Université de Lund.
●”La Suède pacifique a jadis chercher à se doter de l’arme nucléaire. Cet héritage influence encore aujourd’hui sa planification de défense”, Bjorn Lundberg, 9 mai 2026, Université de Lund.
●”La flexisécurité scandinaves : au delà des mythes, un vrai modèle de compétitivité”, Serge Besanger, 28 mai 2026, ESCE- International Business School.
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