Le Parlement européen s’apprête à voter une nouvelle réforme de la politique agricole commune (PAC) qui dessine les lignes du modèle agricole européen pour les prochaines années (2023-2027). Pourtant, cette nouvelle version est incapable de répondre aux enjeux actuels : agricoles, sociaux, environnementaux et climatiques. Avec les 400 milliards d’euros de la PAC (+-1/3 du budget européen), pourtant on pourrait engager une transition de notre modèle agricole vers un modèle à taille humaine, créateur d’emplois, rémunérateur et bénéfique pour notre santé et l’environnement. Avec les milliards de la PAC, on pourrait rendre accessible à toutes et à tous une alimentation saine et de qualité.

Cette énième réforme manque ce virage essentiel et trahit les engagements pris par l’Union Européenne avec le Green Deal et en particulier les stratégies « de la fourche à la fourchette » et « Biodiversité », clament des dizaines d’associations réunies lors de la manifestation qui s’est tenue ce vendredi 19 novembre 2021 près du Parlement européen à Bruxelles.

Fatima de l’ONG Quinoa (Photo Fréquence Terre)

Déclaration commune des participants : 

Dès le début des négociations, les syndicats agricoles et paysans qui promeuvent la souveraineté alimentaire, l’agroécologie et l’agriculture familiale, les organisations environnementales, les ONG Nord-Sud et de nombreuses organisations de la société civile ont dénoncé les mauvaises orientations de la réforme actuelle, telles que :

– Le maintien du régime des aides directes liées à l’hectare, qui favorisent la concentration des terres et l’industrialisation des exploitations, au lieu d’aides liées au travail véritable et d’un soutien aux petites et moyennes fermes.

– Le maintien des objectifs de compétitivité internationale de l’agriculture européenne et des Accords de Libre-Échange aux dépens des objectifs de souveraineté alimentaire et de résilience du modèle agricole européen. Les prix d’achat des productions resteront en dessous des prix de production.

– Le manque d’ambition des mesures agro-environnementales au regard de l’urgence climatique et environnementale et le manque de mesures structurelles pour accompagner les agriculteur·rice·s dans une transition vers de meilleures pratiques.

– Les risques liés à la renationalisation de la PAC via les Plans Nationaux Stratégiques, qui va renforcer la compétitivité entre les Etats et va les entraîner dans une course au moins-disant sur les plans sociaux et environnementaux.

– Un manque de cohérence autour du soutien aux jeunes qui ont besoin de pouvoir accéder à des terres, être rémunérés par des prix justes, et être soutenus concrètement dans leur installation.

Malgré des négociations ardues durant des mois, peu d’avancées ont été obtenues. Encore une fois, ce sont les lobbies de l’agrobusiness qui ont mis la pression pour modeler le système alimentaire à leur avantage. Un système qui bénéficie à une minorité de gros acteurs agricoles, qui dégrade la qualité de vie et la santé des agriculteur·rice·s comme celle des consommateur·rice·s, et qui nuit à l’environnement. Un système qui par ailleurs constitue un modèle non soutenable, financé entre autres par les contribuables européen·ne·s et qui ébranle l’économie des pays du Sud.

 

Renverser les logiques

Il faut un renversement des logiques de consultations politiques dans le domaine des systèmes alimentaires. Si les grands syndicats agricoles doivent être entendus, il faut sortir de la logique selon laquelle ils sont les seuls légitimes à définir les politiques agricoles. Les syndicats agricoles progressistes – représentant les petits et moyens producteur.trice.s et les agricultrices et agriculteurs déjà en transition, expérimentant des modèles agroécologiques – et des associations environnementales commencent à être consultés… mais très peu entendues ! Pire, les citoyens et citoyennes ne sont pas consultés du tout. Or la PAC finance un secteur pas comme les autres qui aura un impact important sur le monde agricole mais aussi sur l’environnement, la santé, l’emploi ou encore le contenu de notre assiette. Les organisations travaillant sur l’alimentation durable, la santé, l’environnement, l’aide alimentaire doivent aussi avoir une réelle place dans l’élaboration de la PAC, leur avis doit être considéré.

 

Des exigences à faire entendre

Les enjeux sont donc énormes ! Il est fondamental de ne pas rester silencieu.x.ses lors de cette dernière ligne droite, pour préparer l’avenir. Faisons-nous entendre pour exprimer à nos responsables politiques – que ce soit au niveau européen, national, ou régional – que cette PAC n’est pas la nôtre et que nous exigeons :

– De véritables instruments de régulation des marchés, notamment de l’Organisation Commune des Marchés européenne et de l’Organisation Mondiale du Commerce, et des soutiens économiques efficaces pour les petits et moyens agriculteurs afin de donner une chance à la PAC d’atteindre les objectifs du Pacte Vert ;

– Une cohérence de toutes les politiques qui touchent à l’agriculture et l’alimentation, alignée sur les objectifs du Green Deal et à terme la mise en place d’une Politique Agricole et Alimentaire Commune au niveau européen ;

– De réelles ambitions dans l’élaboration des plans nationaux stratégiques de la PAC : une juste redistribution des subventions, basée sur les forces de travail des fermes, et un véritable soutien aux petits et moyens agriculteurs qui contribuent à une véritable transition vers des mesures agro-écologiques ;

– Un processus de validation exigeant et transparent de ces plans stratégiques par la Commission qui devra s’assurer de la cohérence des plans avec les objectifs du Green Deal ;

– La fin de la mainmise des lobbyistes de l’agrobusiness qui veulent nous imposer de fausses solutions comme les nouveaux OGM, les nouvelles technologies à outrance, et vider de leur substance les stratégies telle que « De la fourche à la fourchette  » et «  biodiversité  ».

 Ces choix nous concernent toutes et tous, car ils conditionnent non seulement la qualité de vie du monde agricole et la disparition (ou non) de nombreuses fermes, mais aussi notre santé, la qualité et le prix de notre alimentation, ainsi que le respect et la préservation de la biodiversité locale et du climat en général.

Des professionnels à soutenir

Au niveau politique, le vote du Parlement sur la stratégie «  De la fourche à la fourchette  » témoigne que l’UE se donne des objectifs ambitieux. Sur le terrain, de nombreux agriculteurs et agricultrices font évoluer – dans des conditions souvent très difficiles – leurs pratiques afin de concilier production et durabilité et afin que les mangeuses et mangeurs aient accès à une alimentation saine, savoureuse, et choisie. Ce sont ces agricultrices et agriculteurs qui doivent être soutenu.e.s par une régulation des marchés et des appuis ciblés. Une transition est en cours, mais pour être amplifiée, des politiques publiques courageuses sont nécessaires.

Ensemble nous avons décidé de nous réunir avec pour objectifs de remettre en question les différentes prises de décisions politiques sur les questions agricoles et d’interpeller nos différents élu.e.s politiques nationaux et européens. En deux semaines, nous sommes plus d’une quarantaine d’associations aujourd’hui réunies et avec les Youth for Climate nous organisons une action commune (prise de paroles + forte action visuelle) devant le parlement européen ce vendredi avant le vote de la nouvelle PAC.

Pierre Guelff – 19 novembre 2021

*Signataires : Mouvement d’Action Paysanne, Boerenforum, Landbouwbrigades, Youth For Climate, Amis de la terre, Autre Terre, Grands Parents pour le Climat, FIAN Belgium, Rencontre des Continents, SOS FAIM, Association 21, As Bean, MIG, Rise For Climate, Réseau Wallon de Lutte contre la pauvreté, Adoc Compagnie, Arsenic2, Champs des possibles, Le Beau-Mur, Inter-Environnement Wallonie, Les GASAP, Les Petits Producteurs, Fédération des Services Sociaux, Entraide & Fraternité, Climaxi, Wervels, LEF-FGE, Réseau des consommateurs responsables ; Acteurs.ices des temps présents, Nourrir Liège, Festival Maintenant, La Ferme du Chant des Cailles, Fédération des services sociaux, CGSP Bruxelles-ACOD Brussel, Boeren Façade Paysanne, les Gastrosophes, Birdlife, Corporate Europe Observatory, Withdraw the CAP !, Good Food Good FarmingEURopean Youth initiative for the future of our Food and AgricultureGlobal Youth Biodiversity Network Europe

Reportage photographique : Fréquence Terre.

Renverser la mainmise des lobbyistes de l’agrobusiness

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[Podcast]

On n’entend pas souvent la parole des jeunes qui sont « placés » dans des institutions. On n’entend pas souvent la parole de tous ces « travailleurs sociaux » de ces institutions. Et quel regard ça donnerait si un jeune placé devenait plus tard à son tour un éducateur mais sans le dire à personne lors de son engagement ?

Graziella Van Loo, qui a réalisé ce docu-fiction Ces jeunes qui écoutent leurs cheveux pousser, anime également l’émission radio “Micro ouvert“, émission qui donne la parole aux gens.

J’ai travaillé trois années dans un Centre d’Accueil Spécialisé pour jeunes filles placées par un juge de la jeunesse. C’était une « maison » qui ouvrait ses portes avec un tout nouveau projet
pédagogique. J’y ai tenu un « cahier » avec une collègue pour y noter les phrases incroyables des jeunes, les manières différentes d’être éduc, les paroles brutes du terrain.
J’ai été « placée » par un juge et enfermée à l’âge de 13 ans au Détour à Chastre, une institution qui a dû mettre la clef sous la porte grâce à la Ligue des Droits de l’Homme.

Ici, c’est mon point de vue de jeune fille enfermée que je relate.

Ce sont des récits tirés de ces expériences que je veux raconter.

Graziella Van Loo

_________

Réalisation : Graziella Van Loo
Prise de son : Gregor Beck
Montage / Mixage / Sound design : Thierry Van Roy
Composition musicale : Béatrice De Bock, Maxime Vétillard et Thierry Van Roy
Production : Across Stickos, avec l’aide du FACSR et de l’acsr

Ces jeunes qui écoutent leurs cheveux pousser

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Voici la 2èmechronique consacrée à l’essai Anarchisme nonviolent et pacifisme libertaire de Sébastian Kalicha qui vient de paraître à LAtelier de création libertaire

Chronique avec quelques citations extraites du 2èmechapitre reprenant plus de 50 biographies d’Étienne de la Boétie (1530-1563) à Judith Malina (1926-2015) en passant par Henry David Thoreau, Gandhi, Tolstoï, Simone Weil, Camus, Bertrand Russel, Aldous Huxley.

  • Pierre Ramus (1882-1942), éditeur, l’un des plus grands théoriciens de l’anarchisme nonviolent au XXe siècle : « Ils sont bien mal placés ceux qui, en général, prennent fait et cause pour la violence de l’État pour nous considérer comme identiques à eux-mêmes, nous autres qui luttons en faveur de la non-violence…»
  • Olga Misav (1876-1950), féministe : « La volonté populaire est toujours plus forte que les mitrailleuses et les canons.»
  • Bart de Ligt (1883-1938), auteur : « Plus il y a de violence, moins il y a de révolution. Le ‘‘pacifisme bourgeois’’ se révèle incohérent, il constate une absurdité, car les rapports d’exploitation de classe sont établis et préservés par la violence et la guerre. Nous, résistants à la guerre, nous acceptons la lutte de classe, mais pas la guerre de classe. »
  • Simone Weil (1909-1943), philosophe : « La guerre révolutionnaire est le tombeau des révolutions.»
  • Bernard Russell (1872-1970), philosophe : « Le capitalisme offre le canal par lequel l’agressivité trouve son exutoire. »
  • Herbert Read (1893-1968), historien et critique d’art : « On croit souvent que la révolte implique le recours à la violence. Mais il s’agit là d’une conception surannée et insuffisante de la révolte. En ce monde violent où nous vivons, la non-violence est la forme de révolte la plus efficace. »
  • Judi Bari (1949-1997), environnementaliste : « Si l’on veut sauver la planète, il faut également aborder les causes profondes des problèmes auxquels nous faisons face, y compris le problème de patriarcat et celui d’une société destructrice et exploiteuse. »
  • Howard Zinn (1922-2009), historien et politologue : « Lorsque les Noirs se sont organisés dans les États (américains) du sud contre la ségrégation raciale, ils n’ont pas attendu que le gouvernement leur donne le feu vert, ils n’ont pas non plus déposé des plaintes devant les tribunaux ou attendu que le Congrès promulgue une loi en ce sens. Ils ont mené des actions directes (là où seuls les Blancs avaient le droit de s’asseoir) et refusaient de bouger. Ils sont montés dans les bus, créant une situation telle qu’ils voulaient qu’elle soit. »

 Pierre Guelff – 12 janvier 2021

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Tous les médias rivalisent pour commenter ce qui s’est passé ce 6 janvier autour et dans les bâtiments du pouvoir législatif des États-(dé)Unis d’Amérique. Beaucoup se disent surpris de cette tentative de contourner les règles de la démocratie. Par contre, un de nos chroniqueurs réguliers, Pierre Guelff, lui, n’est pas surpris : il faut dire qu’il termine un livre qui, justement, aborde la question des extrêmes droites et de leurs délires complotistes. Voici donc ce qu’il avait déjà quelque peu « prophétisé » et qui nous laisse deviner que ce qui se déroule n’est peut-être que le début de tristes événements.
La rédaction de POUR

 

D’aucuns sont tombés des nues en regardant les reportages en direct des événements du Capitole où, ce mercredi 6 janvier 2021, les troupes de Trump, qui les avaient chauffées à blanc, ont envahi ce symbole de la démocratie de manière violente. Eh bien, pas moi !

Je ne suis même pas surpris et, sans faire de la prémonition, à l’occasion de mon ouvrage qui sort en ce mois de janvier dans toutes les librairies de France, à savoir Le temps des comploteurs publié aux Éditions Jourdan, j’avais argumenté cette possibilité de la manière suivante :« Donald Trump lança à l’adresse des suprémacistes blancs lors de la campagne électorale présidentielle un vibrant “Tenez-vous prêts”, sachant que ceux-ci sont quelque 200 groupes, certains comptant de 2.000 à 20.000 membres présents dans des dizaines d’États et qu’ils sont composés de néonazis, nationalistes blancs, fascistes, skinheads, antis juifs, musulmans, gauchistes, féministes, immigrés… Ils forment également des groupes en Europe ou tissent des liens avec ceux existant sur le Vieux Continent.

Ils s’appellent Mouvement National-Socialiste, Fraternité Aryenne, Parti nazi américain, Mouvement identitaire américain, Front Patriote… et militent sur les campus, dans les prisons, sur les réseaux sociaux (principalement). Plusieurs défilent en gangs très violents et commettent parfois des assassinats, mais la plupart du temps ils se “contentent” de proférer des propos racistes et xénophobes, généralement sous le couvert de la Constitution des États-Unis au nom de la liberté d’expression, qui est son premier amendement.

Il y a cependant lieu de relever que, lors des dites élections de novembre 2020, une propagandiste QAnon de Géorgie était élue au Congrès, selon CNN»

Fin de démonstration et d’autres arguments de ce type se trouvent encore dans Le temps des comploteurs et, croyez-moi, vous serez surpris.

Pierre Guelff

Événements du Capitole : la logique complotiste respectée !

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Tous les médias rivalisent pour commenter ce qui s’est passé ce 6 janvier autour et dans les bâtiments du pouvoir législatif des États-(dé)Unis d’Amérique. Beaucoup […]

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La diffusion, dès le 11 novembre 2020, du documentaire Hold-up produit et financé par des internautes (appels à dons se poursuivaient encore après la sortie du film), certains proches de QAnon et de mouvements d’extrême droite, a déjà attiré des millions de vues sur les réseaux sociaux et de nombreux débats dans les médias classiques.

La vision de Hold-up ne fait que conforter la thèse exprimée tout au long de chroniques sur Fréquence Terre et des chapitres de mon ouvrage Le Temps des comploteurs (Éditions Jourdan, sortie en janvier 2021) : l’impérieuse nécessité que la citoyenneté se réveille ou s’accentue pour déjouer et résister face à pareille entreprise de manipulation.

Argumentons, encore, notre réflexion à ce sujet. Quand on analyse la construction de la thèse « Great Reset » qui est développée dans Hold-up, celle d’un virus de fabrication humaine destiné à éliminer une grande partie de l’humanité et, de la sorte, consolider la mainmise d’une élite toute puissante (dont des francs-maçons !) sur la Société, il s’agit d’un assemblage de propos et de fake news déjà parus comme le signalent nos précédents articles.

La puissance de frappe, si on ose dire, de Hold-up, réside par le condensé de prétendues « preuves » qui ne sont qu’un amalgame de déclarations et de situations tirées de leurs contextes : tout est à charge, des raccourcis ou propos coupés (certains intervenants demandent à en être retirés se considérant comme avoir été « instrumentalisés »), pas d’enquêtes sérieuses, une mise en scène qui joue sur le pathos et qui fait monter l’adrénaline avec des fonds sonores choisis, par exemple.

Au risque de me répéter, ce genre de production prêterait à rire ou on la prendrait pour un énorme canular, s’il n’y avait pas autant de victimes décédées dues au Covid-19 : 1,5 million en une année.

Avec Hold-up, il s’agit d’une véritable entreprise paranoïaque qui a pour seul but de prendre le contrôle de la personne qui la regarde, sans lui laisser la moindre possibilité de la réflexion et de la critique, et qui, au final, procède par une manipulation produisant la terreur. Ce qui semble son but. Nous sommes bien en présence d’une technique parfaitement mise au point par les sectes ou des groupements intégristes qui, ainsi, harponnent les personnes fragilisées, incrédules ou peu cultivées.

Cette opération de contrôle sur les gens a un rôle clivant entre ceux qui y croient, la propagent et la défendent coûte que coûte, et ceux qui peuvent faire la part des choses entre un « complot mondial » et des manques et des couacs (il y en a eu, dire le contraire serait malhonnête et ferait, justement, le jeu des complotistes !) dans la gestion de la pandémie.

S’il y a des raisons de critiquer cette dernière, nécessité est aussi de reprendre force et vigueur pour ouvrir la discussion sur la manipulation que d’aucuns mettent en place pour attenter à la Démocratie.

Hold-up est à la propagande complotiste en 2020, ce que fut Forces Occultes, le film nazi dénonçant « le complot judéo-maçonnique » lors de la Seconde Guerre mondiale.

Pierre Guelff

Hold-up est au complotisme, ce que fut Forces Occultes au nazisme

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La diffusion, dès le 11 novembre 2020, du documentaire Hold-up produit et financé par des internautes (appels à dons se poursuivaient encore après la sortie […]

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Sous le fallacieux argument d’apporter la civilisation occidentale dite évoluée, parfois doublé d’un dessein d’évangélisation, le système colonial, loin d’être philanthropique comme il est encore présenté par les défenseurs et nostalgiques du « temps béni des colonies » que chanta Sardou, ce système colonial, donc, a littéralement pillé les matières premières des pays envahis et a souvent avili, voire martyrisé, les populations locales.

Au nom de cette vérité-là, un vaste mouvement de « décolonialisme » est lancé depuis quelques mois et Fréquence Terre en partenariat avec POUR, était présent à une « Balade décoloniale » au cœur de la capitale de l’Europe.

Une remarquable démonstration, espace public à l’appui, du mécanisme de la terreur perpétré par le colonialisme (photo Marie-Paule Peuteman)

En quoi consiste ce genre de rassemblement ? Y a-t-il eu des réticences à l’organiser ? Réponses à écouter dans notre interview de l’animateur de la balade dans le podcast de Fréquence Terre.

Durant cette balade, notre interlocuteur évoqua l’espace public en tant qu’espace politique, que la violence faisait partie intégrante du système colonial et qu’il fut un véritable mécanisme de la terreur. Ce fut l’occasion pour évoquer également l’horreur des mains coupées de milliers d’autochtones…

Les réponses encore dans le podcast :

Exemple concret avec cette action très démocratique dans la commune d’Etterbeek : si les habitants approuvent le principe, la rue consacrée au colonisateur Lothaire pourrait être contextualisée et remplacée par un hommage à une militante écologiste assassinée (photo Pierre Guelff)

Pour conclure ce reportage, rappelons que, suprême injure et injustice aux anciennes colonies, beaucoup d’entre elles doivent encore rembourser de prétendues dettes au système capitaliste qui les a exploitées et qu’il y a encore une vingtaine de pays ou régions colonisés en 2020.

Des « territoires non autonomes », comme dit l’ONU, dont la Nouvelle-Calédonie, Gibraltar, la Polynésie française…, les pays colonisateurs étant, entre autres, la Grande-Bretagne, les États-Unis et la France…, cette dernière qui se targue de clamer qu’elle est « le pays des droits humains ».

 

Pierre Guelff
4 octobre 2020

Sur le site de Fréquence Terre, interview exclusive d’un membre du Collectif Mémoire coloniale et lutte contre la discrimination sur le thème sociétal d’importance : le décolonialisme (photo Marie-Paule Peuteman)

Mains coupées, viols, pillages… : auteurs ou commanditaires sanctifiés publiquement

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Sous le fallacieux argument d’apporter la civilisation occidentale dite évoluée, parfois doublé d’un dessein d’évangélisation, le système colonial, loin d’être philanthropique comme il est encore […]

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PODCAST

Après des années d’âpre lutte, la Belgique consent à restituer la dent de Lumumba à sa famille. Mais plus largement, à Bruxelles, c’est presque 300 crânes de Congolais.e.s qui sont conservées par la Belgique. Ainsi que des squelettes et des fœtus. La Belgique est coupable de recel de cadavres et peine à rendre ces ossements aux descendants qui en font la demande.

A l’ULB, 14 crânes de Congolais.e.s sont encore la propriété privée du Laboratoire d’Anthropologie Physique de l’ULB. A l’époque coloniale, ces crânes ont servis à Emile Houzé, fervent phrénologue, afin d’enseigner aux étudiant.e.s la supériorité raciale des blancs sur les noirs. L’Université Libre de Bruxelles, qui se targue d’être « engagée » et libre exaministe, a encore énormément de travail à réaliser sur son passé.

Ce podcast a pour but de démontrer que les crânes conservés par l’ULB sur son campus ne sont pas accessibles aux étudiant.e.s ou toutes personnes qui désireraient en savoir plus. Cachés honteusement dans d’obscures caves, ces crânes, à l’image de l’histoire coloniale, dépérissent, faute de visibilité.

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PODCAST

Ce dimanche 13 septembre 2020, grande manifestation dite de la Santé dans la Capitale de l’Europe. Elle est symboliquement représentative de bon nombre de citoyens et de services de Santé de la planète. Hélas, face au COVID-19, ces services démontrent encore que le système des soins s’était terriblement détérioré au fil des rationalisations financières et des coupes budgétaires imposées par la politique libérale. Une politique voulant absolument faire du profit, même au détriment de vies humaines.

Manifestation pour la Santé qui a réuni plus de 4.000 personnes dans la Capitale de l’Europe.

Un slogan dans cette manifestation résume parfaitement cette situation : « Nos vies valent plus que vos profits ! »

La mobilisation de ce jour est un appel pour, je cite : un refinancement de la Santé, l’arrêt de la marchandisation, plus d’effectifs et un salaire décent aux soignants, remettre l’humain au centre du système…

Autre slogan qui parle de lui-même : « Rassemblons-nous contre un retour à l’anormal ! » ou, encore « Construisons face à la crise sociale et sanitaire un ‘‘après’’ plus solidaire et plus démocratique. » Et, celui-ci, plus radical : « Après le confinement, réglons nos comptes ! »

Ils sont donc quelques milliers dans les rues pas loin de la Communauté européenne. Les politiciens, décideurs et tous les lobbies qui gravitent dans leur giron entendront-ils la voix des services de Santé en lutte, soutenus par la population qui, visiblement, n’est plus dupe des attaques répétées du monde marchand sur le bien-être.

Tous clament qu’ils sont saturés de la pression productiviste et du bradage de leur existence par les multinationales et les politiciens.

Témoignages (voir podcast ci-dessous) :

  • Un citoyen : « L’Économie ne doit pas passer au-dessus de nos vies »
  • Une infirmière depuis plus de trois décennies : « C’est la première fois dans ma carrière que je n’en peux plus… »
  • Un soignant venu de France par solidarité : « Dans toute l’Europe, les habitants vont trinquer ! Il faut s’engager ! »
  • Une infirmière de Santé en lutte : « Leur management a pris la figure du harcèlement

Reportage photographique : Marie-Paule Peuteman/Fréquence Terre/POUR.

Pierre Guelff

Photos du diaporama : Paul Delmotte

Nos vies valent plus que vos profits !

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Podcast

Comment peut-on expliquer que des gens se fassent manipuler sur base de rumeurs, de bobards, d’inepties, de mensonges avérés et deviennent à leur tour des manipulateurs en les transmettant ? Savent-ils que ce sont souvent des escrocs ou des psychopathes, qui, parfois, ne font qu’un, et profitent de l’empathie des citoyens pour remplir leur compte en banque ou accéder à des fonctions importantes ?

Pour analyser cette situation de la manipulation mentale ou psychique, Serge Tisseron[1], psychiatre et psychanalyste, auteur de Empathie et manipulations chez Albin Michel, donne en exemple Donald Trump qui fit croire qu’il était de la même trempe que ceux qui s’opposaient aux migrants et adopta leurs protestations et insultes à l’égard des réfugiés. Il se montra même une victime qui se rebellait et, au bout de sa stratégie de manipulation, il promit qu’il aiderait le peuple américain à se débarrasser de ces intrus. Donc, « Votez pour moi » !

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Le mécanisme de la manipulation est décrit par Serge Tisseron qui cite en exemples l’idéalisme généreux des adolescents détourné par des extrémistes, de nouveaux systèmes économiques qui exonèrent les acteurs de la maltraitance de leurs responsabilités, des fabricants d’objets plus ou moins utiles qui cherchent à détourner l’empathie naturelle à leur profit. La manipulation peut donc déboucher sur un terrain piégé et miné de luttes idéologiques, d’où danger. « Tout est fait pour que les différents acteurs puissent invoquer que la souffrance des victimes ne relève en rien de leur responsabilité. » En somme, la manipulation est la résultante d’un « cercle vicieux » qui s’est progressivement installé.

« La machine de mort nazie a évidemment constitué un véritable chef-d’œuvre en la matière, si on ose dire : elle était organisée de telle façon que chacun pouvait se percevoir comme un rouage dépendant uniquement du précédent et du suivant dans une chaîne d’exécution qui lui échappait totalement. Mais évoquer une situation aussi extrême nous fait courir le risque de perdre de vue l’extraordinaire banalité de ces organisations anonymes capables de nous faire renoncer à notre empathie, parfois même sans que nous nous en rendions compte. Et ce n’est pas du fait d’une pression de notre communauté, mais parce que nous sommes les victimes de stratégies que nous ne parvenons pas à identifier clairement. »

Pour Serge Tisseron, les manipulations prospèrent avec une empathie pour les semblables « fragilisée », refoulée, absente et le fait d’emmêler et de confondre les repères qui, précisément, permettaient de les identifier. Pour lui, c’est donc sur ces deux points que l’on peut agir, s’opposer. De quelles manières ? En encourageant le développement de l’empathie lors de contacts « de proximité » et en essayant de comprendre les situations sociales impliquant des manipulateurs.

Comprendre puis agir, telle est donc le processus à développer, selon lui, si possible dès le plus jeune âge lorsque l’on constate chez les candidats à la radicalisation, comme il dit, qui ont « une fascination pour une explication univoque qui prétend tout expliquer. » Il précise : « Une personne sectaire est chez elle partout où le point de vue de l’autre est balayé sans même être pris en compte. »

Les conclusions de Serge Tisseron qui, depuis 1985, a écrit une trentaine d’ouvrages psychologiques : « Beaucoup de manipulations prospèrent sur le sentiment d’impuissance et d’incompréhension dont souffrent une majorité de nos contemporains, autrement dit sur leur conviction de ne bénéficier d’aucune forme d’empathie de la part de qui que ce soit. »

En définitive, l’auteur insiste sur le fait que c’est en travaillant sur la compréhension des situations d’emprise et en s’aidant de travaux d’historiens, de sociologues et d’ethnologues que l’on parvient à libérer l’empathie des ornières dans lesquelles elle s’enlise.

Pour notre part, tant à Fréquence Terre que pour notre partenaire POUR, dont la devise depuis près de 5 décennies est « Pour écrire la liberté », c’est aussi en diffusant un maximum d’informations, de reportages, d’expériences citoyennes et humanistes qui contrecarrent les discours de haine et de rejet larvé de « l’autre », que la sensibilisation à un « monde nouveau » tant attendu, c’est-à-dire, enfin, plus juste et plus fraternel, est une priorité absolue.

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Pierre Guelff – septembre 2020

Serge Tisseron,

Empathie et manipulations. Les pièges de la Compassion,

Albin Michel, Espaces libres [2017], version poche septembre 2020, 208 pages, 7,85€.


[1] Serge Tisseron, psychanalyste, psychiatre, est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages dont neuf essais chez Albin Michel : Comment Hitchcock m’a guéri, Vérités et mensonges de nos émotions, Virtuel mon amour, L’empathie au cœur du jeu social, Fragments d’une psychanalyse empathique, Le jour où mon robot m’aimera, Mort de honte.

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