La peine de mort: la solution la moins coûteuse pour un Etat en échec
A partir de ma position de principe et humaniste, je rejette totalement et catégoriquement la peine de mort. Le droit à la vie est un droit inhérent, inséparable de l’humanité de la personne, et aucun Etat, quelle que soit la légitimité qu’il revendique, n’a le droit de le confisquer.
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C’est la solution la plus facile et la moins coûteuse, tandis que le traitement des racines du crime est coûteux et exige un travail sérieux et réel, que les autorités corrompues et incapables ne semblent pas intéressées à accomplir.
La peine de mort est, dans son essence, une peine violente, vengeresse et inhumaine, fondée sur une logique de vengeance et non sur une logique de réhabilitation et de réforme. Elle est aussi, par nature, une peine de classe et discriminatoire: l’écrasante majorité des personnes condamnées à mort dans le monde appartiennent aux classes populaires, aux communautés marginalisées et aux minorités nationales et religieuses, qui n’ont pas les moyens de mandater des avocats et n’ont aucun lien avec les centres de pouvoir et d’influence. Il est rare que l’on entende parler d’une personne riche ou dotée d’un poids politique sur laquelle une peine de mort est exécutée pour une infraction pénale.
En outre, c’est une peine irréversible dans un monde où les tribunaux sont entachés de graves erreurs judiciaires, et où la majorité des aveux sont arrachés sous la contrainte, la torture et la pression psychologique et physique.
Lorsqu’une peine de mort est exécutée contre une personne innocente, il n’y a ni retour possible ni réparation, et cela suffit à lui seul à rejeter cette peine à sa racine.
Les sociétés les plus humaines dans leur manière de traiter le crime et les plus justes dans la distribution de la richesse sont les plus capables de réduire la violence. Tuer au nom de la loi ne produit pas la sécurité, il produit un Etat qui excelle dans la vengeance et échoue dans la réforme, un Etat qui ancre, par la pratique de l’exécution, une culture de la mise à mort et la diffuse dans l’ensemble de la société.
La nouvelle loi: codifier ce qui se pratiquait dans l’ombre
Ce gouvernement n’est pas né du vide et n’a pas gouverné en isolement. Il a atteint ce niveau d’audace dans le crime codifié parce qu’il sait qu’il est protégé au niveau international, et que le prix qu’il paiera ne sera pas assez élevé pour modifier ses calculs.
La couverture politique la plus importante vient aujourd’hui de Washington. L’administration Trump, qui exprime la droite nationaliste populiste américaine sous sa forme la plus débridée, apporte à Israël un soutien stratégique inconditionnel qui dépasse tout ce que les administrations américaines précédentes lui ont accordé.
Ce soutien n’est pas seulement une position diplomatique. C’est une alliance idéologique entre deux mouvements de droite racistes et convergents: tous deux considèrent l’hégémonie nationale comme une source de légitimité, tous deux utilisent le langage de la sécurité et du terrorisme pour justifier les crimes contre les peuples opprimés, et tous deux travaillent à démanteler les institutions internationales de contrôle qui pourraient les tenir responsables. Washington et Tel-Aviv apparaissent ici comme deux expressions d’un même système qui place la force au-dessus du droit et l’hégémonie au-dessus de la loi.
Cette alliance donne à la droite israélienne tout ce dont elle a besoin pour intensifier ses violations: une protection au Conseil de sécurité grâce au veto américain, une couverture médiatique à travers la machine numérique de la droite américaine, et une légitimité internationale fallacieuse qui présente l’occupation comme une défense légitime et l’apartheid comme une nécessité sécuritaire.
La nouveauté ici ne réside pas dans l’acte lui-même. Israël pratique depuis des décennies des exécutions extrajudiciaires à travers les assassinats, les liquidations sur le terrain et les bombardements directs des populations civiles.
Nombre de ces opérations ont coûté la vie à des dizaines de civils entourant leurs cibles présumées, les transformant en une forme d’exécution de masse enveloppée dans le langage de la sécurité et de la dissuasion.
La nouveauté aujourd’hui, c’est que l’Etat ne se contente plus de tuer dans l’ombre. Il le fait désormais au grand jour, lui accordant une légitimité législative et l’intégrant à son arsenal juridique déclaré. Ce n’est pas du courage dans la reconnaissance de ce qui se passe en secret. C’est une audace dans la normalisation du crime.
La structure juridique duale: les deux voies de la peine de mort
Et la peine de mort en Israël n’est pas entièrement nouvelle, mais elle a été historiquement presque gelée et rarement appliquée, n’ayant été utilisée que dans des cas exceptionnels extrêmement limités, le plus emblématique étant l’exécution d’Adolf Eichmann en 1962. Le tournant actuel ne consiste pas seulement dans sa réactivation, il va jusqu’à l’élargissement de son champ d’application dans un contexte politique et colonial explicite.
Le Palestinien dans les territoires occupés n’est pas jugé devant un système d’égalité juridique. Il est jugé devant un tribunal militaire opérant dans une structure coloniale, dépouillé des garanties les plus élémentaires d’un procès équitable, avec des taux de condamnation proches de la totalité, et une majorité d’aveux extorqués sous la contrainte et la pression psychologique et physique.
La condamnation est presque acquise avant même l’ouverture du procès. En revanche, le citoyen israélien juif qui commet une infraction similaire est jugé dans un système juridique totalement différent, qui ne le soumet ni aux tribunaux militaires ni aux mêmes procédures d’exception.
Cette distinction n’est pas une anomalie que l’on pourrait corriger par un amendement de texte.
Elle est le noyau même d’une structure juridique qui répartit les êtres humains en catégories inégales de vie et de droits. Lorsqu’un système de ce type reçoit la compétence d’exécuter une personne dans un délai de quatre-vingt-dix jours sur la base d’un procès militaire caractérisé par des taux de condamnation quasi automatiques, nous ne sommes pas face à un code pénal. Nous sommes face à un instrument codifié de nettoyage ethnique.
Détails de la loi: une exécution sans garanties
Les voies de recours et d’appel sont sévèrement restreintes, avec suppression de toute possibilité de grâce, tandis que les condamnés sont maintenus dans un isolement quasi total avec une restriction sévère du droit à la représentation légale, puisqu’il n’est permis à l’avocat de communiquer avec son client que par contact vidéo.
Au niveau international, l’Union européenne a averti expressément que l’exécution par pendaison constitue une violation absolue de l’interdiction internationale des traitements cruels, inhumains et dégradants, tandis que des experts des Nations unies ont affirmé que les procès militaires israéliens visant des civils ne satisfont généralement pas aux critères du procès équitable en droit international, et que toute condamnation à mort issue de ces procédures constitue une violation supplémentaire du droit à la vie, ajoutant que la privation d’un procès équitable constitue en elle-même un crime de guerre.
Le mouvement colonial de peuplement: de la marge au coeur de la décision
Les colonies israéliennes dans les territoires palestiniens occupés constituent une violation flagrante et documentée du droit international. L’article 49 de la Quatrième Convention de Genève interdit à la puissance occupante de transférer ses citoyens vers les territoires qu’elle occupe.
La Cour internationale de justice a confirmé, dans son avis consultatif de 2024, que l’occupation israélienne continue et l’établissement des colonies sont illégaux au regard du droit international, et elle a demandé qu’ils prennent fin. La résolution 2334 du Conseil de sécurité, adoptée en 2016, affirme à l’unanimité que les colonies n’ont aucune validité juridique et constituent un obstacle majeur à la paix. Sur le terrain, le nombre de colons dépasse aujourd’hui sept cent mille personnes, dans une configuration qui conduit à fragmenter la continuité géographique palestinienne et à transformer la Cisjordanie en îlots isolés.
Les représentants de ce mouvement occupent aujourd’hui des portefeuilles ministériels clés, et les politiques de l’Etat à l’égard des Palestiniens reflètent directement leur agenda. Ce qui était considéré, il n’y a pas si longtemps encore, comme un discours marginal dans la société israélienne est devenu aujourd’hui la politique officielle de l’Etat, traduite en lois contraignantes qui touchent directement la vie et les droits des Palestiniens, ce qui place la communauté internationale devant une responsabilité accrue face à un système qui ne cache plus ses objectifs.
L’apartheid: une qualification juridique, pas une insulte politique
Human Rights Watch a également confirmé dans son rapport de 2021 que les autorités israéliennes commettent les crimes d’apartheid et de persécution à travers des politiques visant à consolider la domination d’un groupe national sur un autre.
Ces conclusions émanent d’organisations internationales sérieuses travaillant selon des méthodologies juridiques et une documentation de terrain rigoureuse. On ne peut les rejeter qu’en recourant à la même logique défensive que celle invoquée autrefois par les architectes du régime d’apartheid en Afrique du Sud.
Lorsqu’on replace la nouvelle loi sur la peine de mort dans ce contexte, il devient clair qu’elle constitue un maillon logique au sein d’un système intégré de domination qui contrôle la terre, le mouvement et l’identité, et qui y ajoute aujourd’hui un contrôle direct sur le droit à la vie lui-même. Le système d’apartheid ne se contente pas de réprimer l’autre, il travaille à saper sa valeur humaine jusqu’à le rendre susceptible d’être soumis et exterminé, sans provoquer de réaction morale proportionnée de la part des grandes puissances qui parrainent, financent et arment ce système.
L’isolement international total: un devoir pour chaque pays du monde
Le régime d’apartheid en Afrique du Sud n’est pas tombé à la suite d’un réveil soudain parmi ses élites dirigeantes. Il est tombé sous le poids de pressions accumulées venues de plusieurs directions: un isolement international global sur les plans politique, économique, académique et culturel, une lutte interne longue et coûteuse, et une érosion progressive de la légitimité du régime lorsque les coûts de l’isolement ont commencé à atteindre des couches de plus en plus larges de la société blanche elle-même. C’est là la leçon historique qu’on ne peut ignorer.
Rompre les relations diplomatiques, imposer des sanctions économiques, geler les accords d’armement, retirer les investissements, instaurer un boycott académique et culturel, et poursuivre les responsables devant les juridictions internationales, sont autant d’outils disponibles et nécessaires. Les seuls obstacles à leur mise en œuvre sont la volonté politique et la soumission au chantage américain.
La posture internationale actuelle révèle une équation honteuse. Des Etats qui parlent de droit international et de droits humains dans leurs forums officiels continuent, dans le même temps, à normaliser leurs relations avec Israël et à étouffer leurs critiques par crainte de la pression de la droite américaine.
Dans le même temps, la pression extérieure seule ne suffit pas. Un changement radical exige la lutte de toutes celles et tous ceux qui vivent sur cette terre, juifs, arabes et membres des autres nationalités, contre le système lui-même. Les Israéliens qui rejettent cette voie existent, et leurs voix méritent le soutien, non l’isolement.
Construire un véritable Etat de citoyenneté égalitaire, fondé sur l’égalité complète des droits pour tous les habitants sans discrimination nationale ni religieuse, un Etat civil démocratique qui dépasse la logique de l’hégémonie nationale et place l’être humain au centre, constitue le seul horizon possible pour quiconque veut réellement sortir de cette impasse historique.
Contre une logique, pas seulement contre une peine
La vraie question n’est pas de savoir comment mettre fin à la vie de celui qui a commis un acte violent. La question honnête est la suivante: pourquoi des êtres humains recourent-ils au combat armé et à la violence au départ, et qui porte la responsabilité réelle du système colonial qui les produit, les perpétue et les finance.
La lutte réelle ne se limite pas à une peine juridique donnée, aussi grave soit-elle. Elle vise une logique entière qui transforme l’Etat en instrument de mise à mort, la loi en couverture de la discrimination, et l’appartenance nationale en critère de la valeur de la vie. Ceux qui alimentent cette logique et la protègent au niveau international portent leur responsabilité historique et morale, qu’ils soient assis à Tel-Aviv ou à Washington.
Rezgar Akrawi
Liens connexes au sujet
Amnesty International. 30 mars 2026: Israël TPO, la nouvelle loi sur la peine de mort doit être abrogée
https://www.amnesty.org/en/latest/news/2026/03/israel-opt-newly-adopted-death-penalty-law-must-be-repealed/
Amnesty International, février 2022, Le système d’apartheid israélien contre les Palestiniens: système cruel de domination et crime contre l’humanitéhttps://www.amnesty.org/en/documents/mde15/5141/2022/en/
https://www.amnesty.org/en/latest/campaigns/2022/02/israels-system-of-apartheid/
https://www.amnesty.org/en/latest/news/2022/02/israels-apartheid-against-palestinians-a-cruel-system-of-domination-and-a-crime-against-humanity/
Human Rights Watch, avril 2021, Un seuil franchi, les autorités israéliennes et les crimes d’apartheid et de persecutionhttps://www.hrw.org/news/2021/04/27/abusive-israeli-policies-constitute-crimes-apartheid-persecution
Illustration : צילום: איציק אדרי, CC BY 2.5, via Wikimedia Commons
