Rapport Alloncle : vers un audiovisuel public aux ordres en cas de victoire du RN en 2027 ?

Sur quelques aspects des médias et de la presse en France.
Un recueil d’articles réuni par Victor Serge, chroniqueur POUR Press, 30 mai 2026
À LIRE dans ce recueil d'articles (sous l'article principal)
De la Commission Alloncle sur l’audiovisuel public, en passant par le conflit C-News contre les médias publics français, en suivant  par la mission sénatoriale d’information sur les médias en ligne, en suivant par l’empire médiatique contrôlé par Vincent Bolloré, milliardaire d’extrême-droite,  et en terminant par la concentration de la presse économique aux mains du milliardaire “qui n’est pas des gauches” Bernard Arnault.

Après des mois d’auditions, le rapport parlementaire sur l’audiovisuel public a été publié ce mardi 5 mai. Que propose-t-il à travers ses 69 recommandations ?

Le rapport de la commission d’enquête parlementaire sur « la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public » vient d’être publié. Cinq cent cinquante et une pages pour « préparer les esprits à la privatisation de l’audiovisuel public », croit le président de la commission, Jérémie Patrier-Leitus (Horizons), en introduction d’un rapport qu’il dénonce. Il s’attaque à la forme, notamment à « l’hypermédiatisation » du rapporteur. Il dénombre ainsi 36 interviews, dont 11 à la radio et 10 à la presse écrite, données par Charles Alloncle, tout au long de la commission. « Il a déplacé en partie notre travail hors du cadre solennel des auditions à l’Assemblée », juge-t-il et note « une utilisation massive des réseaux sociaux (plus de 330 posts sur X, 80 publications recensées sur Facebook, 90 sur Instagram…) » de la part du député, « allant même jusqu’à tweeter en temps réel pendant les auditions ».

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Les idées fixes de Charles Alloncle, futur ministre de la culture d’un gouvernement RN ?

Au-delà du spectacle, qui permet à Charles Alloncle de se positionner comme futur ministre de la culture en cas de victoire de Marine Le Pen ou de Jordan Bardella en 2027, il faut comprendre ce que propose ce rapport à travers ses 69 recommandations.

Ce n’est pas facile, parce que, aussi bien dans les propositions que dans les analyses du rapporteur, la confusion et les procédés caricaturaux, le défaut d’ordonnancement thématique et les nombreuses incises qui ne concernent pas l’audiovisuel public brouillent les pistes ; sans doute de façon intentionnelle. La confusion est permanente entre déontologie journalistique et neutralité ou impartialité ; les procédés sont le « name and shame », la désignation de cibles nominatives, de cas particuliers et des amalgames qui sont érigés en généralités, les incises sur la formation des journalistes dans les écoles professionnelles qui n’accueillent pas de journalistes d’extrême droite (Christine Kelly, Laurence Ferrari, Geoffroy Lejeune, Pascal Praud, etc.) ou Reporters sans frontières (RSF), qualifiée d’association militante.

Enfin, il y a quelques idées fixes, les salaires de France Télévisions (surtout celui de Delphine Ernotte, recommandations 50 et 56), les animateurs-producteurs (surtout Nagui, Rec. 27 à 31) et les groupes de productions (surtout Mediawan), tout ce petit monde qui se « gaverait d’argent public ». Ceci sans tenir compte du contexte médiatique ou de l’histoire. Ainsi, le salaire de Delphine Ernotte est compris entre 332 000 (part fixe) et 400 000 euros brut (avec la part variable), c’est évidemment un repoussoir pour nombre de Français ; mais on ne compare pas avec celui de Rodolphe Belmer, président de TF1, dont la part fixe est de 920 000 euros et la part variable d’un maximum de 1 220 000 euros, soit un total supérieur à 2 millions d’euros (cinq fois plus), ou même à celui de David Larramendy, président de M6, qui culmine à 1,5 million…

L’insistance mise sur les fournisseurs de France Télévisions (producteurs et entreprises, Rec. 24 et 25) ne tient pas compte de l’histoire : depuis l’éclatement de l’ORTF en 1974, tout a été fait pour empêcher la production interne des chaînes, afin de ne pas renouveler l’expérience de la Société française de production (SFP), qui était un foyer de syndicalisme et de grèves. Ainsi, en 1990, les décrets pris par Catherine Tasca pour répondre à la demande des producteurs privés imposent à la télévision publique d’externaliser 95 % de sa production. Certes, Delphine Ernotte a négocié la diminution de ce quota à 75 %, mais, pour produire plus, il faudrait embaucher, alors que l’on demande à France Télévisions de faire des économies…

Confusion encore lorsque le rapporteur veut diminuer les sports à la télévision (Rec. 42), sous prétexte que la loi impose déjà la diffusion en clair de certains événements majeurs. C’est ignorer (ou faire semblant d’ignorer) que cela n’empêche pas de payer des droits pour le Tour de France ou la coupe de France, faute de quoi ces retransmissions seraient reprises par d’autres chaînes. France Télévisions est une entreprise qui vit au sein d’un paysage concurrentiel.

En dehors des mesures d’économie préconisées, suppression de France·tv slash, de France 4, de la radio Le Mouv, de l’absorption de F5 par F2, de l’INA par la BNF, de la fusion France Info radio et TV avec France 24 (Rec. 2, 44 à 49, 52 et 53), et le regroupement de ce qui resterait dans une entreprise unique, que veut Charles Alloncle ? Certes, il s’inscrit dans un mouvement européen et états-unien des partis populistes, en Suisse (avec l’UDC qui propose une nouvelle votation), en Hongrie (Orban), en Tchéquie (Babis), en Italie (Meloni), au Royaume-Uni (Farage), aux É.-U. (Trump), qui veulent la baisse des financements pour mieux contrôler politiquement les audiovisuels publics.

Mais quelles en sont les modalités ?

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Un audiovisuel aux ordres

Le but est de recréer non pas l’ORTF, trop puissante et trop indépendante (quoique…), mais la RTF qui exista de 1949 à 1964 et qui était aux ordres des gouvernements successifs de la IVe et de la Ve République. Créer une radio-télévision française rétrécie, corsetée, surveillée et fonctionnarisée, qui pourra ainsi devenir un instrument de propagande pour l’exécutif en cas de victoire en 2027. Alloncle préconise, sans le dire, des salariés fonctionnaires (Rec. 1-Devoir de neutralité, Rec. 3-Sanctions, Rec. 4-Devoir de réserve), qui obéiraient aux ordres d’une pyramide dont le sommet serait le président de la République. Ce qui entre en contradiction avec les recommandations 54 et 55 qui demandent aux salariés une plus grande polyvalence et un salaire comprenant une part variable…

L’entreprise ne serait plus une ou plusieurs sociétés, mais une administration publique qui ne dit pas son nom mais qui appliquerait le Code de la commande publique et des appels d’offres (Rec. 21 à 23). Ceci sans tenir compte de son environnement concurrentiel… Cette administration, dont le président serait nommé par le président de la République (Rec. 19), les autres membres de la hiérarchie par le ministre de la culture (Rec. 20), ne serait plus gérée par ce dernier mais par le Secrétariat général du gouvernement, dépendant du premier ministre (Rec. 15). Bref, une mainmise totale de l’exécutif. Ce qui permettra accessoirement (ou principalement) de faire un ménage idéologique, comme le montre la recommandation 5, qui propose de supprimer toute mention d’appartenance ethnique dans la promotion de la diversité imposée par la loi de 1986 à l’audiovisuel public.

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Patrick Eveno,
Université Paris 1 Panthéon Sorbonne,
5 mai 2026.

The Conversation, Licence Créative Commons.
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A LIRE, en accès libre, sur la Commission Alloncle sur l’audiovisuel public en France.
■Pendant des mois, la commission parlementaire sur l’audiovisuel public a donné lieu à des  passes d’armes tendues et confuses entre son rapporteur, Charles Alloncle, député ciotiste, proche de Jordan Bardella (Rassemblement National, extrême-droite) et les responsables et vedettes de la télévision publique. Que retenir de cette commission, sur la forme et le fond ?
●”Commission sur l’audiovisuel public : quand la quête du clash pulvérise le débat de fond”, Arnaud Mercier, Université Paris 1 Panthéon Assas, 26 avril 2026.
■Le rapport Alloncle raisonne dans le cadre hérité du siècle dernier (chaînes, temps de parole, obligations éditoriales). Or, les plateformes numériques ont reconfiguré en profondeur l’espace informationnel. Comment penser le futur de l’audiovisuel public dans ce contexte inédit ?
●”Audiovisuel public : le rapport Alloncle ignore la transformation de l’espace informationnel . Comment y répondre ?”, Nathalie Sonnac, Université  Paris 1 Panthéon Assas, 19 mai 2026.
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A LIRE, en accès libre, sur The Conversation.
Le conflit entre les médias du groupe Bolloré (CNews, dont Fox News aux USA est le modèle, chaîne mêlant dans les mêmes émissions  divertissements et opinions conservatrices,  également Europe1) et les médias de service public français interroge les fondements du journalisme et d’une information impartiale.
●”CNews contre les médias publics : une mise à mort du journalisme ?”, Alexandre Joux, Université Aix Marseille, 5 octobre 2025.
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A LIRE, en accès libre,
sur une mission sénatoriale qui “trouve son plaisir” à s’interroger sur les pratiques journalistiques de la presse indépendante et sur son financement, plutôt que sur la concentration d’une partie de la presse aux mains de Mr Bolloré ou de Mr Arnault.
■Carine Fouteau est journaliste, présidente et directrice de la publication de Médiapart.
La commission sénatoriale a auditionné Médiapart. Sur son blog sur les Blogs de Médiapart,  Carine Fouteau s’interroge sur les zones grises de cette mission sénatoriale.
●”Médias en ligne : les zones grises de la mission sénatoriale”, 19 mai 2026.
■Amélie Mougey est directrice de rédaction de Reporterre.
La commission sénatoriale a auditionné Reporterre. Dans cet éditorial, Amélie Mougey s’interroge : pourquoi se focaliser sur les médias indépendants alors qu’une poignée d’industriels possèdent la majorité de la presse.
●”Le Sénat malmène les médias indépendants mais oublie Vincent Bolloré”, xxxx
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A LIRE, en accès libre sur le blog du Fonds pour une presse libre (FPL), sur l’empire médiatique de Vincent Bolloré, milliardaire (353eme fortune mondiale et 5eme fortune française) engagé dans un projet politique conservateur et catholique traditionnaliste, s’opposant au progressisme sociétal, que les commentateurs  qualifient d’extrême-droite.
■Dans l’ouvrage collectif “Le procès Bolloré” publié le 17 mars 2026 par le FPL, l’historien Alexis Levrier explicite “l’extraordinaire singularité” ainsi que “la puissance de cet
empire”.
●”Avec Bolloré, nous n’avons jamais connu un empire aussi vaste et aussi cohérent”, 20 avril 2026.
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A LIRE, en accès libre, sur le site ACRIMED,  sur la concentration de la presse économique en France.
■Bernard Arnault est connu comme 7eme fortune mondiale et 2eme fortune française et comme militant contre le renforcement de l’imposition des ultrariches. Aujourd’hui, via son groupe LVMH, il contrôle l’essentiel de la presse économique française.
●”Monopole mortifère de Bernard Arnault sur la presse économique”, Jérémie Younes, 20 mai 2026.