Le dessinateur Florent Calvez adapte en un volume très didactique l’ouvrage de l’historien militaire Michel Goya, qui revient dans une approche originale sur le conflit israélo-arabe et plus précisément sur les stratégies militaires d’Israël et du Hamas avant et après le 7 octobre 2023.
Florent Calvez est un auteur autodidacte qui a travaillé sur un certain nombre de séries uchroniques chez Delcourt et s’attache régulièrement à des projets documentaires, dont l’excellent Global Police. Sur ce dense volume il adapte l’ouvrage de l’historien militaire Michel Goya, paru en 2024, qui propose d’expliquer l’histoire du conflit, celle du Hamas, des mouvements terroristes/de résistance palestiniens et des forces militaires israéliennes. L’auteur a le bon sens d’expliquer sa démarche en post-face, clamant son envie d’apporter des lumières qu’il recherchait lui-même et anticipant les critiques qui ne tarderont pas à venir sur son ouvrage, d’un côté comme de l’autre. A commencer par moi. Le sujet est inflammable, chacun aura son prisme comme il le dit et si je soulèverai certains problèmes dans les lignes ci-dessous, je respecte infiniment le sérieux du travail d’un non spécialiste et le courage de se jeter dans la mêlée avec uniquement des coups à prendre. Pour cela merci!

Dans un style très dessiné l’auteur dresse un historique de la création d’Israël, de sa colonisation comme foyer juif et des conflits violents avec les populations arabes dès les premières heures, avant de s’orienter résolument vers la stratégie militaire de l’Etat juif et les méthodes du mouvement de résistance militaire palestinien. Il est ainsi très complémentaire de l’ouvrage paru il y a quelques mois et qui traitait plus des origines historiques. Avec son approche technique et stratégique, Michel Goya (qui apparaît ici dans des séquences « Retex » en mode cours magistral) permet de garder la tête froide en restant basé sur des faits décrits comme tels sans analyse politique ou mise en perspective morale. Cela a le mérite d’avancer dans une meilleure connaissance en contournant les jugements qui pointent inévitablement.
Le procédé a le défaut de son avantage, c’est qu’il évacue toute description (factuelle) de la stratégie politique mise en place par l’extrême droite israélienne en parlant de la stratégie militaire d’un Etat (réputée idéologiquement neutre) face à celle de mouvements décrits comme terroristes (donc idéologiquement condamnables). Je précise qu’il n’y a sans doute pas de parti pris ni de Goya ni de Calvez mais plutôt un piège dans lequel ils tombent en pensant l’éviter. Car dans un conflit aussi asymétrique et l’horreur insondable du génocide dans lequel le gouvernement de Benyamin Netanyahu a plongé le territoire il reste illusoire de penser pouvoir analyser cliniquement les choses. C’est une pensée militaire, que n’a manifestement pas senti l’auteur de BD. Ainsi lorsqu’il dessine crument les tueries et exactions du 7 octobre, donnant un visage aux assassins du Hamas, mais qu’il montre ensuite des explosions anonymes dans Gaza, véhiculant malgré lui le storytelling médiatique de l’armée israélienne et de ses assassins anonymes.

Pour revenir au fond, l’ouvrage est passionnant en changeant ce que l’on a l’habitude de lire sur le sujet, il nous permet aussi de comprendre le processus des forces palestiniennes, les variations stratégiques d’un Etat israélien dominé par l’unique problématique de gestion du conflit et de sa sécurité. On réalise alors en respirant un moment qu’à l’image de nos sociétés pressées par des question sécuritaires et qui se tournent vers des solutions d’extrême-droite, il ne pouvait être autrement que la direction d’Israël finisse dans les mains de suprémacistes génocidaires.
L’ouvrage reste à conseiller, car sur de tels dossiers il n’y a que la connaissance qui puisse permettre à tout un chacun de se faire son opinion. Avec le recul nécessaire que j’essaye de proposer dans le respect du travail de Florent Calvez.
Lire sur le blog:
L’embrasement – La guerre Israël-Hamas, dans l’enfer de Gaza

de Florent Calvez
Nombre de pages : 134p., couleur.
Date de sortie : 19 février 2026.
Éditeur : Delcourt.
Autorisation générale de publication intégrale des articles du Monde de la BD et de l’Étagère Imaginaire.
