Remigration Summit : l’extrême droite européenne rassemblée pour promouvoir l’expulsion de masse des immigrés

A gauche, Hilaire Bouyé, membre de Reconquête, et Jean-Yves Le Gallou, ancien membre du FN/RN. A droite, des militants d’un groupe néonazi suisse. Tous participent au Remigration Summit. Illustration Basta!

Retour sur les politiques anti-immigration- 27

La seconde édition du « Remigration Summit », un évènement identitaire organisé par d’ex-néonazis, a lieu ce 30 mai à Porto. De nombreux partis politiques européens y prônent la déportation des immigrés dans leur pays d’origine.

« Save Our Nation ! Re-mi-gra-tion ! », scande l’assemblée, reprenant le slogan lancé par Dries Van Langenhove. L’ex-député du parti d’extrême droite belge Vlaams Belang, condamné cette année à un an de prison avec sursis pour racisme, négationnisme et vente d’armes, expose son plan en trois étapes pour la « remigration » : expulsion des immigrés sans papiers, retour forcé des immigrés régularisés délinquants, et « incitation » au départ pour les citoyens naturalisés considérés comme « hostiles à l’Europe ».

La scène se déroulait devant 400 personnes dans un théâtre de la banlieue de Milan (Italie), lors de la première édition du Remigration Summit, le 17 mai 2025. Un an plus tard, ce samedi 30 mai 2026, se tient la seconde édition de ce sommet à Porto, au Portugal. Les organisateurs de l’évènement se définissent comme une « ONG identitaire de lobby pour la remigration ». Les conférences d’identitaires et d’ex-néonazis venus de toute l’Europe vont s’enchaîner tout au long de la journée.

Leur objectif ? Imaginer des politiques d’expulsion forcées qui visent les immigrés sans papiers, quelle que soit la raison pour laquelle ils ne sont pas encore régularisés, mais aussi les personnes d’origine étrangère naturalisées ou « descendants d’immigrés non assimilés »« Ils ne peuvent pas parler de déportation, qui convoque des univers de représentation rarement positifs. Ils parlent donc de remigration », explique à Basta! Marion Jacquet-Vaillant, maîtresse de conférences en science politique à l’université Paris-Panthéon-Assas, et spécialiste de l’extrême droite.

Parmi les participants, vêtus pour l’occasion de costumes-cravates et confortablement installés dans des fauteuils en velours rouge, se cachent d’ex-néonazis et membres de groupuscules d’extrême droite identitaire. « Le style vestimentaire ne masque pas les idées extrémistes, théories du complot et idées inconstitutionnelles exprimées par les intervenants », commente le groupe antifasciste portugais Boicote Remigration Summit, mobilisé contre le sommet. « Le Remigration Summit normalise les discours haineux et les discriminations, affectant la sécurité, la cohésion sociale et les droits humains. »

 

Des partis politiques d’extrême droite de toute l’Europe

Les intervenants y ressassent un discours nauséabond : l’Europe « blanche et chrétienne » doit se réveiller avant d’être effacée, la remigration constituerait le seul rempart face au pseudo « grand remplacement » – une théorie du complot inventée par l’extrême droite.

À côté des discours, l’évènement permet la mise en réseau de partis politiques et de militants identitaires européens. « Nous voulons dépasser les débats nationaux isolés pour faire émerger un cadre européen commun autour de la remigration », explique Martin Sellner, militant identitaire autrichien et organisateur du sommet, au média d’extrême droite suisse Les Observateurs.

Une dizaine de partis politiques participent à ces deux premières éditions, et ils ne sont plus marginaux. Les Français sont présents, avec Reconquête, le parti d’Éric Zemmour. « Notre civilisation est attaquée par l’immigration de masse et les idéologies woke. […] Nous devons construire des réseaux forts et efficaces, créer des médias alternatifs, des écoles, des cercles d’influence, résister à la censure et déjouer la surveillance », déclarait Hilaire Bouyé, président de Génération Z et future tête de liste Reconquête à la mairie du 6e arrondissement de Paris, lors du Remigration Summit 2025 à Milan.

Le parti allemand AfD y est également représenté par Lena Kotré, une élue régionale. L’AfD a attiré 20 % des suffrages aux élections fédérales anticipées de 2025. L’Italien Roberto Vannacci, alors vice-président de la Lega, le parti de Matteo Salvini qui participe à la coalition gouvernementale de Meloni, soutenait la première édition du sommet. Le Portugais Pedro Pinto Fari, qui fait partie des jeunes avec Chega (23 % des voix en 2026) y intervient. Ainsi que deux députés espagnols de Vox, Carlos Quero et Rocío de Meer. Leur parti réalise entre 10 % et 15 % des voix en Espagne et leurs élus siègent au sein du groupe présidé par Jordan Bardella (RN) au Parlement européen.

Des formations plus mineures y sont également représentées : John McLoughlin pour le National Party irlandais, Frederik Jansen pour le Forum voor Democratie (Pays-Bas), ainsi que le fondateur du Homeland Party anglais, Kenny Smith. Ce mouvement s’est allié à celui du militant d’extrême droite raciste Tommy Robinson, qui clamait, deux semaines plus tôt lors d’une manifestation anti-immigrés et xénophobe le 16 mai à Londres : « Il est temps pour de nombreux musulmans de quitter ce pays. »

Au-delà de l’Europe, la candidate trumpiste du Michigan Jacky Eubanks s’était rendue à la première édition milanaise. A Porto, l’organisateur de l’événement et président du mouvement portugais suprémaciste Reconquista, Alfonso Goncalves, vient d’annoncer la venue d’un invité spécial : le haut fonctionnaire états-unien Gregory Bovino. Le responsable de l’ICE, la police fédérale de l’immigration, s’est fait connaître suite à une vague de rafles contre les immigrés aux États-Unis qui avaient mené le 7 janvier 2026 à la mort de Renée Good, mère de famille tuée par balle par un agent de l’ICE.

 

Derrière la remigration, une politique d’expulsion de masse

Derrière l’image institutionnelle donnée par ces partis, le Remigration Summit est coordonné par les membres d’une plateforme, Action Radar Europe, qui réunit suprémacistes blancs, néonazis et multicondamnés pour violences ou racisme. Créé en 2023, ce réseau a pour but de diffuser des idées et maintenir des contacts entre les groupes identitaires de différents pays.

« Notre culpabilité liée à la Seconde Guerre mondiale est toujours très présente et empêche les Européens de discuter de ces sujets. Les Américains ne souffrent pas de ce complexe ! Regardez Trump, il a ouvertement fait campagne et organisé des déportations de masse. Je pense que c’est un terme qui est plus fort que remigration, n’est-ce pas ? » Ce discours était porté par Eva Vlaardingerbroek, une influenceuse identitaire néerlandaise suivie par un million de followers, sur la scène du Remigration Summit 2025, et joue sur l’ambigüité du terme deportation en anglais, qui signifie à la fois déportation et expulsion (du territoire).

À ses côtés, le militant autrichien Martin Sellner est présenté comme le « pape de la remigration ». Il a appartenu à des groupes ouvertement néonazis, dans le giron de Gottfried Küssel, un militant autrichien condamné à onze ans de prison en 1992 pour « renaissance du nazisme ». En janvier 2024, le média d’investigation indépendant allemand Correctiv révèle qu’une réunion secrète a eu lieu entre l’activiste autrichien et des membres du parti allemand AfD pour « planifier l’expulsion de millions de personnes ». En réaction, des centaines de milliers de personnes manifestent contre l’AfD, et Martin Sellner est interdit d’entrée sur le territoire allemand.

La sécurité du premier sommet de Milan était assurée par Junge Tat, un groupe néonazi suisse. En 2018, le domicile de son fondateur, Manuel Corchia, a fait l’objet d’une perquisition. La police y a découvert plusieurs armes à feu, dont un AK-47. Le groupe est aussi connu pour avoir perturbé une conférence en ligne de l’université d’art de Zurich en criant « Heil Hitler ».

 

De Némésis à la Cocarde, les ramifications françaises

Ce groupe néonazi violent entretient également des amitiés en France, comme avec le collectif Némésis. En 2025, les fémonationalistes françaises organisent une action commune avec leurs homologues allemandes Lukreta et Junge Tat à Bâle. Yona Faedda, figure française du mouvement, s’affiche alors aux côtés du néonazi Manuel Corchia sur une vidéo de promotion. Némésis est aussi proche des organisateurs du Remigration Summit. Alice Cordier, leur présidente, échange régulièrement avec l’activiste autrichien Martin Sellner et l’influenceuse xénophobe Eva Vlaardingerbroek sur le réseau social d’Elon Musk.

« The French are coming »« See you there »« Nous avons hâte de participer ». Sur les réseaux sociaux, les groupes français annoncent d’ailleurs leur venue à Porto ce 30 mai. Tous sont des héritiers régionaux de Génération identitaire, organisation dissoute en 2021 : le groupe lillois Nouvelle droite, les Occitans des Jeunes d’Oc et le mouvement provençal Le Maquis. Selon StreetPress, l’un de ses membres aurait agressé un maire communiste en 2024 « après avoir proféré des insultes à caractère raciste envers sa fille métisse ».

Une intervention de Louise Garnier, du syndicat étudiant d’extrême droite la Cocarde et ex-responsable de l’Uni à Sciences Po Paris, est au programme. La jeune femme fait partie du groupe identitaire Les Natifs, connu pour avoir déployé une banderole raciste contre la venue d’Aya Nakamura aux JO et une autre « Paris Want Remigration » (« Paris veut la remigration ») devant le Sacré-Cœur.

La présence des Français n’est pas anodine. C’est l’auteur d’extrême droite Renaud Camus qui réactualise le concept de remigration dans son ouvrage Le Grand remplacement en 2011. Le terme se répand rapidement dans les rangs de l’extrême droite française, qui organise dès 2014 des « Assises de la remigration ». Le concept est ensuite exporté en Europe, notamment par Martin Sellner, alors proche du mouvement français Génération identitaire et de Jean-Yves le Gallou.

L’homme de 77 ans, ancien membre du Front national (devenu Rassemblement national) et conseiller politique d’Éric Zemmour en 2022, est l’invité d’honneur des deux éditions du sommet. Fondateur du cercle de réflexion français d’extrême droite Illiade, il est aussi l’inventeur de la préférence nationale et fervent défenseur de la théorie du grand remplacement.

 

Vers une banalisation du concept de remigration ?

Pour Martin Sellner, « le sommet constitue un instrument métapolitique », explique le nostalgique du régime nazi au micro de Radio Courtoisie. « Appliquée aujourd’hui à l’extrême droite, la métapolitique n’a pas pour objectif de proposer un programme électoral, mais vise à investir des espaces en apparence non politiques – culturels, festifs, entrepreneuriaux, religieux ou patrimoniaux – pour embarquer les esprits et normaliser des opinions jusque-là impensables »décrypte le politiste Tristan Boursier dans Le Monde.

Une stratégie qui porte ses fruits, puisque le concept a traversé l’Atlantique et est repris jusqu’à Donald Trump et Elon Musk. Le terme gagne peu à peu du terrain dans le débat public : il a dernièrement été scandé par l’assemblée d’un meeting des extrêmes droites européennes à Milan, organisé par le vice-Premier ministre italien Matteo Salvini, en compagnie de Jordan Bardella, ou encore a été entendu dans les rues de Londres le 16 mai dernier.

Le militant autrichien Martin Sellner envisage désormais de créer un Institut de la remigration, sur le modèle des think tanks politiques. « En deux ans, tout le monde a entendu parler de remigration. Nous allons entraîner tous les partis dans notre direction », professait-il à Milan il y a un an.

 

Mael Soto,
29 mai 2026.

Basta Magazine, Licence Créative Commons.
Sur la politique européenne, celle de la coalition Arizona en Belgique et la remigration.
Une chronique et une enquête de Victor Serge, chroniqueur POUR Press, 18 juin 2026.
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C’est aux cris de “Send them back” (Renvoyez les) que droites et extrêmes-droites se sont alliées ce 17 juin au Parlement Européen pour voter, par 418 voix pour, 218 voix contre et 30 abstentions, le règlement européen ouvrant la porte aux hubs de retour pour migrants expulsés.
Un règlement qui oblige également les demandeurs d’asile déboutés ou tout autre personne ne disposant pas d’un droit de séjour à coopérer avec les autorités nationales, sous contrainte d’être placées en rétention administrative avant leur expulsion (si ces personnes constituent un danger pour la sécurité ou si elles risquent de se soustraire à la justice) ou sous contrainte d’interdictions plus longues d’entrées sur le territoire. “Courageusement”, les députés européens CDV, Anders, NVA et Vlaams Belang ont voté pour, les députés Les Engagés et MR se sont abstenus.
En Flandres, le Vlaams Belang, qui dispose sur Facebook de 650.000 abonnés, sature de vidéos associant immigrés et violences, comme le constatent les journalistes du Tijd.
Rappelons que la Belgique compte quelques 120.000 clandestins, 20.000 en transit vers le Royaume-Uni (pays où n’existe aucune carte d’identité et où le travail au noir a explosé ces 10 dernières années, la fraude fiscale de non déclaration du chiffre d’affaires des petites entreprises, principal vecteur de cette fraude, ayant explosé d’un facteur 6 minimum en 10 ans selon les estimations de HMRC, administration fiscale du Royaume-Uni) et plus de 100000 clandestins intégrés, depuis plusieurs années, aux activités économiques, le plus souvent non déclarés  et très souvent exploités, dans les trois régions de Belgique mais principalement résidents en Région de Bruxelles-Capitale (ce qui ne signifie pas qu’ils y travaillent). Serait-ce une caricature que d’écrire que “les partis politiques des petits patrons et des indépendants dont certains utilisent ce travail non déclaré de migrants clandestins” auraient voté “pour expulser ces mêmes migrants clandestins que certains de leurs électeurs exploitent”?
En Belgique, la Chambre des Députés vient de commencer l’examen du projet de loi sur les visites domiciliaires pour étrangers en séjour irrégulier (lesquelles visites domiciliaires concernent également des citoyens belges qui abriteraient des étrangers en séjour irrégulier). Un projet de loi qui amalgame les sans papiers à des criminels et continue de soulever de nombreuses objections techniques et principielles (du Conseil d’Etat, du Collège des Procureurs Généraux, de certaines zones de police, des Ordres des Avocats, de nombreux juges d’instruction,…), de la société civile démocratique et progressiste (Ligue des Droits Humains, de nombreuses ONGs) et de l’opposition politique (PS,PTB-PVDA et Ecolo-Groen). Le projet de loi devrait être adopté par le Parlement fédéral, peut être bien avec le soutien du Vlaams Belang.
Se pose la question sur un plan logistique et technique si les outils juridiques mis en place par la coalition Arizona dans le cadre de ses mesures Migration, l’accord de gouvernement de l’Arizona ne contenant aucune mention explicite ni aucun objectif explicite de remigration, pourraient être détournés ou utilisés dans le futur pour une autre politique soutenant la remigration d’immigrés non européens et de leurs descendants, y compris ceux ayant acquis la nationalité belge.
La centralisation prévue par l’Arizona des institutions migratoires faciliterait le contrôle vertical et l’exécution rapide d’ordres d’expulsion de masse. Le durcissement du maintien du séjour (notamment, limitation du  regroupement familial, limitation du droit de séjour en cas de dépendance trop longue aux aides sociales) et de la nationalité en multipliant les motifs de retrait de titre de séjour et en facilitant la déchéance de nationalité pour certains critères pourrait faire basculer des populations des statuts de citoyen et de résident à celui d’expulsable. L’alignement sur les hubs de retour prévus par le règlement européen fournirait la logistique matérielle indispensable à toute logistique de remigration.
On ne peut donc que conclure que ces dispositifs mis en place pourraient faciliter “une future et éventuelle politique de remigration”, les seuls verrous techniques réels étant du point de vue juridique notamment le Conseil d’Etat, la Cour Constitutionnelle et la Cour Européenne des Droits de l’Homme.
A LIRE, également sur le Remigration Summit à Porto, sur Democracy Now, USA, en accès libre, article en anglais, traduction en français disponible lors de la consultation.
Amy Goodman et Nermeen Shaikh s’entretiennent avec Charles Davis, journaliste basé à Vienne, en Autriche.
En annexe à l’article de Democracy Now, un article de Charles Davis du 30 mai 2026 “Pourquoi la presse a-t-elle ignoré un rassemblement des principaux fascistes au monde?”.
●”Des dirigeants d’extrême-droite, dont l’ancien chef des douanes et de la protection des frontières, Greg Bovino, se réunissent au Portugal pour un sommet sur la remigration”, 4 juin 2026.
A LIRE, en accès libre.
■Venu d’Allemagne et repris un peu partout en Europe, le terme “remigration” est un néologisme utilisé par les populistes d’extrême-droite et les nationalistes pour désigner la déportation, le but étant d’adoucir une réalité trop brutale, l’expulsion massive et par la force des immigrés non européens et de leurs descendants, y compris ceux ayant acquis la nationalité. Comme le précise les analystes linguistiques allemands, c’est un mot qui cache ses véritables intentions.
●”Remigration : ce que l’anti-mot de l’année en Allemagne dit du débat public actuel”, Laurent Gautier, 22 janvier 2024, Université Bourgogne Europe.
■Sur la situation en Belgique, particulièrement en Flandre.
●”Remigration : pourquoi l’extrême-droite de Flandre et d’ailleurs veut-elle banaliser ce concept”, Aubry Touriel, 27 mai 2026, RTBF.
●”Extrême-droite : immersion dans une manifestation du NSV pour la remigration”, Aubry Touriel, 26 mars 2026, DaarDaar.
■Une enquête menée aux USA auprès de plus de 500 Américains blancs suivis dans le temps montre que l’audience de Fox News est associée à une adhésion accrue à la théorie complotiste du “Grand Remplacement”. Une théorie qui influence 6 électeurs républicains sur 10 et 3 soutiens sur 4 du mouvement MAGA. Une théorie associée à de nombreux actes de violence contre des personnes racisées ou de minorités religieuses.
Un résultat qui éclaire le rôle des médias dans la diffusion de certaines croyances politiques.
●”Fox News et le grand remplacement : ce que révèle une étude sur l’opinion américaine”, Adam Eichen, Jesse Rhodes et Tatishe Nteta, 7 juin 2026, UMass Amherst, Massachussets, USA.

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