Le malus pension
La réforme des pensions du gouvernement Arizona vise à réduire le montant des pensions (jusqu’à 25%) des travailleurs n’ayant pas travaillé suffisamment pendant leur carrière et qui veulent partir avant 67 ans. Il serait possible d’échapper à ce malus en ayant travaillé au moins 35 ans, avec un minimum de 156 jours effectifs par an, et 7.020 au total. Selon le Bureau du Plan, 49% des femmes risquent un malus pension. Le calcul du malus pension pénalise, en particulier, les travailleurs à mi-temps, car il suffit qu’ils ratent quelques jours de travail par an pour que l’ensemble de leur année ne compte pas comme une année travaillée.
Notons que la réforme autorise 5 jours de battement sur l’ensemble de la carrière, ainsi que le rattrapage de certains jours d’une année au cours d’une autre.
380.000 travailleurs à temps partiel à risque
Au total, en Belgique, 1,2 million de travailleurs sont à temps partiel et ont donc un risque plus ou moins grand de subir le malus pension même en ayant travaillé toute leur vie. Parmi ceux-ci, 382.000 sont à mi-temps (50%) ou moins et sont donc grandement à risque. Même en ayant travaillé toute leur vie, s’ils sont à mi-temps, il leur suffit de rater quelques jours de travail chaque année pour subir le malus pension. S’ils sont à 45% ou moins, leur année de travail ne comptera d’office pas. Ils représentent 11% des travailleurs en Belgique.
Quels métiers touchés ?
Voici un tableau montrant le pourcentage de travailleurs à mi-temps ou moins, par secteur (données 2024). Les plus exposés sont les aides ménagères en titres-services, le personnel du soin aux personnes, celui des soins de santé, de l’enseignement, de l’Horeca, du commerce et du secteur artistique et sportif. Ces secteurs sont ceux ayant le plus grand nombre de travailleurs à mi-temps ou moins, jusqu’à 27% dans le cas des enseignants ou 25% dans le cas des titres-services.
Notons ici que le malus pension risque d’affecter la plupart des travailleurs à mi-temps ou moins. Mais ce ne seront pas les seuls affectés. Par exemple, un travailleur travaillant à temps plein dans un atelier protégé a légalement un statut de chômeur avec complément d’entreprise. Ce type de travailleurs à temps plein subira le malus pension. De même que ceux à temps plein ayant eu plusieurs années d’interruptions de carrière, par exemple pour s’occuper des enfants.
Des métiers essentiellement féminins
Un autre constat ressort des chiffres. Ce sont majoritairement des secteurs féminins qui seront touchés par le malus pension. Parmi les temps partiels dans la santé, les titres-services ou l’enseignement, le pourcentage de femmes est de près de 90%. Le malus pension est donc en pratique une mesure qui cible les femmes.
Pourquoi les gens travaillent à mi-temps ou moins ?
Dans certains cas, les travailleurs à mi-temps le font, car ils ou elles s’occupent d’un ou des enfants. Il ne leur est donc pas possible d’augmenter leur temps de travail, surtout avec la pénurie existante de places en crèche. Ensuite, la plupart ont un temps partiel subi, car l’employeur ne propose que cette possibilité comme contrat. C’est notamment souvent le cas dans l’enseignement, l’Horeca ou dans le commerce. Enfin, certains métiers sont tellement durs physiquement qu’il est impossible de les pratiquer à temps plein. Par exemple, le secteur des titres-services est un des secteurs le plus difficile pour le corps : selon une étude d’IDEA Consult, 67% des travailleuses font état d’arthrite et de douleurs musculaires, 62% de douleurs au niveau du cou ou des épaules et 50% de douleurs aux poignets et aux coudes. Selon une étude de l’ULB, c’est 35 fois plus que dans les autres secteurs. Il y a des arrêts maladie en moyenne un jour sur cinq. Dans de telles conditions, il est très difficile de travailler à temps plein. Le malus pension va donc pénaliser les travailleurs de ces métiers pénibles, ceux des temps partiels subis, ou les mères qui s’occupent de leurs enfants.
Il rate donc sa cible : le malus pension va toucher nombre de travailleurs ayant travaillé toute leur vie. Il est donc nécessaire que le gouvernement revoie sa copie et abandonne le malus pension.
TABLEAU : NOMBRE ET POURCENTAGE DE TRAVAILLEURS À MI-TEMPS OU MOINS PAR SECTEUR
| Secteur | % Mi-temps ou moins | Nombre de mi-temps ou moins | % femmes parmi les temps partiels |
|---|---|---|---|
| Enseignement | 27% | 116.531 | 74% |
| Activités des ménages en tant qu’employeurs (personnel domestique) | 25% | 1.137 | 77% |
| Titres-services, réparation, associatif, blanchisseries, services funéraires et beauté | 24% | 50.999 | 91% |
| Hébergement et restauration | 19% | 20.208 | 58% |
| Activités de soins aux personnes et action sociale | 18% | 58.267 | 87% |
| Arts, sports et activités récréatives | 16% | 6.405 | 57% |
| Santé | 14% | 37.801 | 90% |
| Activités immobilières | 10% | 2.581 | 73% |
| Activités de services administratifs et de soutien (dont nettoyage et gardiennage) | 7% | 20.559 | 74% |
| Commerce de gros et de détail | 5% | 25.573 | 73% |
| Agriculture, sylviculture et pêche | 5% | 1.252 | 56% |
| Activités d’édition, Diffusion et activités de production et distribution de contenu | 4% | 795 | 62% |
| Publicité, activités vétérinaires et autres activités spécialisées, scientifiques et techniques | 4% | 1.074 | 74% |
| Transports et entreposage | 4% | 9.954 | 38% |
| Industries alimentaires, boissons, tabac | 4% | 3.811 | 60% |
| Activités juridiques, comptables, techniques, conseil de gestion | 3% | 5.259 | 76% |
| Fabrication de produits informatiques, électroniques et optiques | 3% | 239 | 46% |
| Autres industries et réparation | 3% | 937 | 50% |
| Activités financières et d’assurance | 3% | 3.573 | 81% |
| Industrie textile, fabrication de vêtements, cuir | 3% | 536 | 69% |
| Construction | 3% | 5.790 | 38% |
| Activités des organisations et organismes extraterritoriaux | 3% | 82 | 40% |
| Cokéfaction et raffinage | 2% | 78 | 23% |
| Fabrication de matériels de transport | 2% | 750 | 25% |
| Industrie chimique | 2% | 946 | 37% |
| Industrie de bois, du papier, imprimerie et reproduction d’enregistrements | 2% | 589 | 45% |
| Métallurgie et fabrication de produits métalliques | 2% | 1.514 | 59% |
| Recherche-développement scientifique | 2% | 507 | 68% |
| Fabrication d’équipements électriques | 2% | 232 | 55% |
| Production et distribution d’eau ; assainissement, gestion des déchets et dépollution | 2% | 620 | 41% |
| Fabrication de produits en caoutchouc,en plastique et d’autres produits minéraux non métalliques | 2% | 810 | 57% |
| Fabrication de machines et équipements n.c.a. | 2% | 534 | 59% |
| Industrie pharmaceutique | 2% | 538 | 41% |
| Programmation informatique, conseil, infrastructure informatique et autres services d’information | 1% | 1.204 | 53% |
| Industries extractives | 1% | 29 | 30% |
| Production et distribution d’électricité, de gaz, de vapeur et d’air conditionné | 1% | 235 | 58% |
| Télécommunications | 1% | 193 | 56% |
| TOTAL | 11% | 382.134 | 75% |
Source : Calculs personnels, données ONSS 2024. Travail atypique (étudiant, flexi…) exclu des données.
Olivier Malay,
économiste, 12 juin 2026.
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