Plus de 4.700 membres du personnel, étudiants et docteurs honoris causa ont signé une lettre ouverte appelant les recteurs de toutes les universités belges à mettre fin à toutes les collaborations institutionnelles avec des institutions israéliennes impliquées dans des violations du droit international.
Parmi les signataires figurent plus de 1.100 professeurs issus des universités belges. En moins d’un mois, ils ont rejoint la lettre ouverte, représentant plus de dix pour cent de l’ensemble du corps professoral belge. Cet appel constitue ainsi l’une des plus importantes mobilisations académiques de l’histoire récente de l’enseignement supérieur en Belgique. Par ailleurs, 16 doyens et plus de 50 docteurs honoris causa d’universités belges ont également signé la lettre. Parmi ces derniers figurent notamment la Rapporteuse spéciale des Nations unies Francesca Albanese, Agnes Callamard (secrétaire générale d’Amnesty International), le prix Nobel J.M. Coetzee, Ken Loach, Stephen Fry, Greta Thunberg, Rudi Vranckx, Michel Gevers, Sidi Larbi Cherkaoui, Christine Mahy, Ish Ait Hamou, Yves Moreau et Jaco Van Dormael.
Plus de 50 docteurs honoris causa d’universités belges, ainsi que 4.700 membres du personnel et étudiants — dont plus de 1.100 professeurs affiliés aux universités belges — ont signé une lettre ouverte appelant les recteurs à mettre immédiatement fin à tous les liens institutionnels avec des universités et des entreprises israéliennes impliquées dans des violations du droit international.
La lettre ouverte, intitulée « Aucun honneur dans la complicité », a été lancée par des membres du personnel universitaire de Belgian Universities for Palestine. Elle intervient deux mois après que l’Université d’Anvers, l’Université de Gand et la Vrije Universiteit Brussel ont conjointement décerné un doctorat honoris causa à Francesca Albanese, Rapporteuse spéciale des Nations unies pour les territoires palestiniens occupés, et après que l’Université d’Anvers a honoré la professeure Noura Erakat pour ses travaux sur le droit international et la Palestine.
Selon les initiateurs, les universités ne peuvent plus invoquer la neutralité ni la complexité institutionnelle alors qu’elles maintiennent des collaborations avec des institutions impliquées dans l’occupation, l’apartheid et des violences génocidaires.
« L’histoire ne s’écrit pas uniquement à travers les doctorats honoris causa. Elle s’écrit aussi par des institutions prêtes à transformer leurs principes en actions. Dans les années à venir, nos universités seront de plus en plus confrontées à la question de savoir de quel côté de l’histoire elles souhaitent se tenir. »
Elena Aoun, professeure de politique internationale, Université catholique de Louvain (UCLouvain), et l’une des initiatrices de la lettre ouverte
« Honorer Francesca Albanese et Noura Erakat crée des obligations. Les universités ne peuvent pas célébrer leur travail tout en poursuivant des collaborations avec des institutions impliquées dans l’occupation, l’apartheid et les violences génocidaires que ces deux lauréates ont largement documentées. C’est pourquoi nous demandons aux universités belges de mettre fin à toutes les collaborations avec des institutions et des entreprises israéliennes impliquées dans des violations du droit international. »
Gert Van Hecken, professeur à l’Université d’Anvers (UAntwerpen) et l’un des initiateurs de la lettre ouverte
Un appel largement soutenu au sein de la communauté académique
La liste des signataires comprend une coalition exceptionnellement large d’universitaires, de chercheurs, de personnels administratifs, d’artistes, d’écrivains, d’experts en droits humains et de docteurs honoris causa des universités belges. Parmi eux figurent notamment Francesca Albanese, Noura Erakat, la secrétaire générale d’Amnesty International Agnes Callamard, la militante pour le climat Greta Thunberg, le cinéaste Ken Loach, le musicien Brian Eno, l’écrivain et prix Nobel J.M. Coetzee, les sociologues Didier Fassin et Nancy Fraser, l’acteur et écrivain Stephen Fry, le journaliste Rudi Vranckx, l’artiste Marlène Dumas, le chorégraphe Alain Platel et l’avocat des droits humains Frank Mugisha.
Les initiateurs soulignent que cette mobilisation sans précédent témoigne d’une pression croissante au sein du monde académique.
« Si la complexité des situations a longtemps été mise en avant, elle ne saurait exonérer les acteurs académiques de leurs responsabilités. Les universités et les chercheurs restent maîtres de leurs choix de coopération. L’enjeu relève aujourd’hui du respect des obligations juridiques et de la responsabilité éthique qui en découle. »
Elsa Roland, chargée de cours à l’UNamur.
« Après des années de colonialisme et d’oppression israéliens, le génocide à Gaza a conduit à ce que nous observons aujourd’hui : un basculement fondamental au sein de la communauté académique. Les étudiants, chercheurs et professeurs refusent désormais d’accepter que les universités défendent les droits humains uniquement sur le plan rhétorique, tout en maintenant des relations institutionnelles qui contribuent à l’impunité et normalisent et légitiment la violence structurelle. »
Itamar Shachar, professeur de sociologie (Université de Hasselt) et l’un des initiateurs de la lettre ouverte
« Depuis le début du génocide, Israël a systématiquement détruit les universités palestiniennes et tué de nombreux universitaires, journalistes, artistes et défenseurs des droits humains. Les institutions européennes de connaissance doivent reconnaître que les violations du droit international commises par Israël ont des conséquences pour elles et suspendre leur coopération avec les institutions impliquées dans ces violations. Détourner le regard n’est plus une option. »
Brigitte Herremans, experte du Moyen-Orient associée au Human Rights Centre, Université de Gand
De la solidarité symbolique à la responsabilité institutionnelle
Dans la lettre ouverte, les signataires affirment que la situation en Palestine et dans la région environnante s’est encore aggravée ces derniers mois, tandis que les instances juridiques internationales et les experts des Nations unies mettent en garde de manière de plus en plus explicite contre de graves violations du droit international.
La lettre renvoie également explicitement au récent rapport des Nations unies de Francesca Albanese, From Economy of Occupation to Economy of Genocide (2025), ainsi qu’à des analyses d’académiques belges, dans lesquelles les universités sont citées comme des institutions qui, par la coopération, la production de connaissances et des processus de normalisation, s’inscrivent dans des systèmes d’occupation, d’apartheid et de génocide.
Selon les signataires, il ne s’agit plus d’un débat politique abstrait, mais d’une obligation juridique concrète. Dès lors que la Cour internationale de Justice a confirmé que l’occupation israélienne est illégale et que l’État se rend coupable d’apartheid, les États et les institutions publiques ont l’obligation de ne pas apporter de soutien ni d’entretenir de relations normales avec des institutions qui contribuent au maintien de cette situation. Cette obligation s’applique également aux universités.
La lettre formule dès lors quatre revendications centrales :
– la cessation de toutes les collaborations existantes avec des institutions et entreprises israéliennes impliquées dans des violations du droit international ;
– un moratoire immédiat sur toute nouvelle collaboration ;
– une pression active exercée par les universités sur les autorités belges et européennes afin de faire respecter les obligations juridiques internationales ;
– et un soutien structurel à l’enseignement supérieur palestinien via des bourses, des programmes de recherche et des collaborations institutionnelles.
La mobilisation étudiante comme catalyseur
Les initiateurs soulignent que c’est avant tout la mobilisation soutenue des étudiants qui a poussé les universités à prendre à nouveau leurs propres principes au sérieux. Par des occupations, des actions de protestation et des campagnes, les étudiants ont mis en lumière les contradictions entre les valeurs que les universités défendent publiquement et les collaborations institutionnelles qu’elles continuent d’entretenir en pratique.
Les récentes occupations, notamment à l’Université de Gand et à l’Université d’Anvers, ont ainsi reçu le soutien explicite des docteures honoris causa Francesca Albanese et Noura Erakat, à travers des messages vidéo d’encouragement adressés aux étudiants.
« Sans la mobilisation constante des étudiants, ce débat n’aurait jamais atteint un tel niveau. Les étudiants ont sans cesse rappelé aux universités les valeurs qu’elles affirment défendre : les droits humains, la justice et la solidarité internationale. »
Koen Bogaert, professeur de science politique à l’Université de Gand et l’un des initiateurs de la lettre ouverte
Un mouvement international croissant
Les initiateurs inscrivent l’appel belge dans un mouvement international plus large réunissant des institutions académiques, des chercheurs et des organisations de la société civile, qui appellent à des mesures institutionnelles contre l’apartheid israélien et la destruction des institutions éducatives palestiniennes.
En Europe, une large contestation existe déjà parmi les universitaires et les étudiants contre la participation d’institutions israéliennes complices à des projets de recherche et à des programmes d’échange financés par l’Union européenne. Selon les signataires, les universités belges devraient au minimum suivre l’exemple de l’Université de Gand et s’engager à se retirer immédiatement de ces projets européens. Par ailleurs, les universités devraient jouer un rôle moteur dans la mobilisation d’autres universités européennes, afin d’exclure Israël du programme Horizon et de suspendre l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël.
Liste de tous les docteurs honoris causa ayant signé la lettre ouverte :
- Francesca Albanese (UA, UGent, VUB) – Rapporteuse spéciale des Nations unies
- Prof. Noura Erakat (UA) – experte en droit international
- Agnes Callamard (VUB) – secrétaire générale d’Amnesty International
- Greta Thunberg (UMons) – militante pour la justice climatique et la solidarité avec la Palestine
- John M. Coetzee (VUB) – écrivain
- Prof. Didier Fassin (ULB, UCLouvain) – anthropologue
- Prof. Martti Koskenniemi (VUB) – juriste international et ancien diplomate
- Prof. Izzeldin Abuelaish (UA, UCLouvain) – médecin
- Prof. Seyla Benhabib (KUL, UCLouvain) – philosophe
- Rudi Vranckx (VUB, ULB) – journaliste
- Prof. Stanly Plotkin (UA, ULB) – médecin et virologue
- Prof. Anne Lacaton (ULB, UA) – architecte
- Stephen Fry (KUL) – acteur et écrivain
- Prof. Habib Ayeb (UGent) – géographe
- Alain Platel (UGent) – metteur en scène et chorégraphe
- Sidi Larbi Cherkaoui (UA) – danseur et chorégraphe
- Prof. Paul Gilroy (ULiège) – sociologue
- Prof. Diane Reay (UGent) – sociologue
- Brian Eno (UCLouvain) – producteur de musique
- Ish Ait Hamou (UGent) – auteur, réalisateur et scénariste
- Prof. Françoise Tulkens (UGent) – ancienne juge à la Cour européenne des droits de l’homme
- Prof. Nancy Fraser (ULiège) – philosophe
- Ken Loach (ULB) – cinéaste
- Prof. Jordi Sunyer (UHasselt) – médecine préventive et santé publique
- Elia Suleiman (UCLouvain) – producteur et réalisateur de films
- Prof. Agnès van Zanten (ULB) – sociologue
- Frank Mugisha (UGent) – défenseur des droits humains LGBTI
- Prof. Clarice Garcia Borges Demétrio (UHasselt) – biométrie
- Prof. James Volmink (KUL) – santé mondiale
- Prof. Mark Williams (KUL) – psychologue
- Marlène Dumas (UA) – artiste
- Prof. Paul Michael Garrett (UGent) – théoricien du travail social
- Prof. Michel Gevers (VUB) – ingénieur
- Prof. Nancy Kanwisher (KUL) – neuroscientifique
- Prof. Erika Vlieghe (UHasselt) – interniste et infectiologue
- Lize Spit (VUB) – écrivaine
- Prof. Ségolène Aymé (KUL) – généticienne médicale et épidémiologiste
- Prof. Olivier Hamant (UCLouvain) – biologiste et biophysicien
- Rob Hopkins (UNamur) – activiste environnemental et écrivain
- Rik Devillé (UA) – prêtre
- Prof. Laurajane Smith (UA) – études du patrimoine et muséologie
- Prof. Luis M. Liz-Marzán (UA) – chimiste, nanoscience
- Prof. Luca Bertolini (UA) – urbanisme
- Prof. James Elkins (KUL) – historien de l’art
- Prof. Christian Grönroos (UHasselt) – économiste
- Prof. Klaus Kümmerer (UGent) – chimie
- Prof. Françoise Vergès (UMons) – historienne
- Prof. Yves Sintomer (ULiège) – politologue
- Christine Mahy (ULiège) – secrétaire générale et directrice politique du RWLP
- Prof. Chris Butler (UA) – médecine et soins de santé
- Dominique Gauzin-Müller (ULiège) – architecte
- Jaco Van Dormael (ULB) – cinéaste
- Prof. Stella Nkomo (UHasselt) – gestion des ressources humaines
- Lucrecia Martel (KUL) – cinéaste
- Yves Moreau (UCLouvain) – science et technologie
