Du secret fiscal à la transparence fiscale ? Les dix ans de la norme commune de déclaration

La norme commune de déclaration (CRS) a été annoncée en 2014 en réponse à des décennies d’évasion fiscale offshore, durant lesquelles des particuliers fortunés pouvaient tirer parti du secret bancaire dans les paradis fiscaux pour dissimuler leur patrimoine et leurs revenus aux autorités fiscales nationales, entraînant d’importantes pertes de recettes pour les gouvernements du monde entier. La CRS visait à endiguer l’évasion fiscale en fournissant aux administrations fiscales des informations sur l’identité et le montant des avoirs offshore détenus par leurs résidents fiscaux. Cette note d’orientation passe en revue les progrès réalisés dans le cadre de la CRS, ainsi que ses lacunes persistantes, dix ans après son introduction.

Les données disponibles suggèrent que la CRS a considérablement réduit l’ampleur de l’évasion fiscale transfrontalière. Des travaux pionniers menés au Danemark par des chercheurs de l’Observatoire fiscal de l’UE montrent que l’échange automatique d’informations bancaires pourrait avoir comblé jusqu’à 70 % du déficit fiscal offshore dans ce pays.

Cependant, des moyens de contourner les obligations de déclaration persistent dans de nombreux pays, entravant leur capacité à réduire le déficit fiscal offshore : les estimations de l’Observatoire fiscal de l’UE indiquent que le montant des avoirs déclarés au titre du CRS par les paradis fiscaux est inférieur d’environ 40 % au niveau réel de la richesse financière offshore, ce qui suggère l’existence de failles dans le cadre du CRS.

Cette note de politique décrit quatre catégories de failles permettant aux contribuables d’échapper à l’obligation de déclaration :

Problème n° 1 : structures complexes : Les comptes détenus par l’intermédiaire de structures complexes telles que des sociétés écrans sont, en théorie, couverts par le CRS. Dans la pratique, les autorités fiscales reçoivent souvent des informations incomplètes sur les propriétaires de structures complexes de sociétés écrans, ce qui réduit les chances d’identifier le véritable propriétaire des comptes.

Problème n° 2 : actifs non couverts par le CRS : Les crypto-actifs et l’immobilier ne sont pas (encore) couverts par le CRS. Des études montrent qu’avant l’entrée en vigueur du CRS, certains contribuables ont réorienté leur portefeuille des actifs financiers vers l’immobilier afin d’échapper à l’obligation de déclaration. En outre, la frontière floue entre les entités non financières passives – dont les propriétaires sont soumis à déclaration au titre du CRS – et les entités non financières actives – dont les propriétaires sont exemptés – peut également conduire les fraudeurs fiscaux à recourir à des reclassifications artificielles pour contourner les règles de déclaration.

Problématique n° 3 : Non-conformité des institutions financières : Les obligations de déclaration au titre du CRS peuvent incomber à des institutions financières moins incitées à s’y conformer (fonds de couverture ou de capital-investissement, sociétés de gestion de patrimoine, prestataires de services fiduciaires et aux entreprises, etc.). Dans certains cas, ces institutions sont des sociétés à actionnariat restreint, ce qui transforme de facto la déclaration par des tiers en une forme d’autodéclaration, avec peu d’incitations à déclarer de manière véridique.

Problématique n° 4 : pays non participants : Tous les pays ne participent pas au CRS. Parfois, les règles de réciprocité constituent un obstacle à des échanges adéquats, en particulier pour les administrations fiscales à faible capacité. Dans d’autres cas, certaines juridictions refusent d’adhérer. De plus, lorsque des juridictions proposent des programmes d’obtention de la citoyenneté par investissement, elles permettent l’arbitrage de citoyenneté, ce qui masque la véritable résidence fiscale des contribuables.

Les lacunes en matière de déclaration, ainsi que la qualité des informations contenues dans les données CRS reçues par les autorités fiscales et leur capacité à les utiliser à des fins de contrôle, suggèrent que les niveaux de réduction de l’écart fiscal offshore observés au Danemark ne seront pas nécessairement observables dans tous les pays. Il est donc essentiel d’améliorer la norme.

Alors que le CRS fête son dixième anniversaire, un certain nombre de réformes sont nécessaires pour s’assurer qu’il atteigne pleinement ses objectifs :

    1. Accélérer l’extension des obligations de déclaration aux crypto-actifs et à l’immobilier ;
    2. Transférer les obligations de déclaration des entités d’investissement peu réglementées vers les banques, qui ont généralement des incitations plus fortes à se conformer ;
    3. Renforcer les contrôles et les sanctions à l’encontre des institutions financières non conformes afin d’améliorer la conformité des déclarations, en particulier dans les paradis fiscaux ;
    4. Encourager une participation plus inclusive et assouplir les exigences de réciprocité pour les administrations fiscales à faible capacité ;
    5. Œuvrer à la création d’un registre mondial des actifs en renforçant les exigences de transparence, telles que la propriété effective, et en améliorant l’interopérabilité des données entre les juridictions. Publier davantage de données sur le CRS afin de permettre une meilleure évaluation de son impact.

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Quentin Parrinello,
mars 2026

Publication intégrale autorisée, communiqué de presse.
Traduction POUR Press.
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A LIRE, en accès libre, sur le site de la Cour des Comptes de Belgique, son rapport du 16 mars 2026, portant sur l’utilisation des données bancaires par l’Inspection Spéciale des Impôts (AGISI) et qu’aucun organe de la presse mainstream n’a mentionné.
Dans son audit, la Cour des Comptes constate que l’AGISI n’est pas en mesure de suffisamment exploiter les données bancaires dans le cadre de la lutte contre la fraude fiscale. La Cour des Comptes identifie deux obstacles principaux. Tout d’abord, les données du Point de Contact Central (PCC), logé auprès de la Banque Nationale, présente quelques lacunes. Ensuite, des règles de procédures strictes, parfois lourdes, et des restrictions pratiques compliquent les enquêtes bancaires.
Le rapport de 56 pages peut être consulté au lien ci-dessous. Il fournit également d’intéressantes informations sur les comptes étrangers communiqués au PCC par les contribuables, sur les possibilités et projets de datamining sur données bancaires, sur l’absence de procédure en cas d’investigation polyvalente ISR/TVA en matière de fausses factures, bénéfices dissimulés et chiffre d’affaire non déclaré, ainsi qu’une intéressante analyse statistiques des indices de fraude fiscale et des motifs de fraude fiscale permettant une enquête bancaire en ISR (Impôt sur les revenus) et en TVA. Également, d’autres statistiques. Ainsi, depuis 2015, 6551 enquêtes bancaires ont été mises en œuvre par l’ISI en ISR et en TVA (entre 10% et 15% des dossiers selon les années). Le tableau 6 page 46 du rapport donne également l’impôt établi et l’impôt perçu de ces enquêtes.

By International Tax Observatory

L'International Tax Observatory ou Observatoire International de la Fiscalité est un centre indépendant de recherche et de plaidoyer hébergé par l'Ecole d'économie politique de Paris.