Ni préventives ni légales, les frappes américano-israéliennes contre l’Iran ont fait voler en éclats le droit international

Iran. La guerre, par le ciel, des néoconservateurs contre un Etat affaibli et sous sanctions américaines depuis 1979 (révolution iranienne renversant le Shah) et de l’ONU (pour son programme nucléaire) depuis 2006.

Les frappes conjointes américano-israéliennes contre l’Iran constituent une nouvelle atteinte à l’ordre juridique international. Au regard du droit international, ces attaques ne sont ni préventives ni légales.

Israël et les États-Unis ont lancé les opérations « Shield of Judah » et « Epic Fury » alors que les négociations diplomatiques entre Washington et Téhéran sur le programme nucléaire iranien battaient leur plein.

Deux jours plus tôt, le cycle de négociations le plus intense entre les États-Unis et l’Iran s’était achevé à Genève, les deux parties ayant convenu de poursuivre les discussions. Le président américain Donald Trump avait indiqué qu’il accorderait plus de temps aux négociateurs. Puis les bombes ont éclaté.

 

L’illégalité de l’attaque

Israël a déclaré que ces frappes étaient « préventives », c’est-à-dire qu’elles visaient à empêcher l’Iran de développer une capacité susceptible de constituer une menace. Mais la guerre préventive n’a aucun fondement juridique en droit international. Le Conseil de sécurité des Nations unies n’a autorisé aucune action militaire, ce qui signifie que la seule voie légale pour recourir à la force en légitime défense n’a jamais été suivie.

L’article 2(4) de la Charte des Nations unies interdit le recours à la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’un État. La légitime défense préventive, comme nous l’avons souligné précédemment, est soumise à des conditions extrêmement strictes en vertu de la doctrine Caroline. Elle exige que la menace soit « immédiate, écrasante et ne laissant aucun autre choix ». Aucune de ces conditions n’était remplie le 28 février en ce qui concerne l’Iran.

Au cœur de la crise actuelle se trouve le fait que c’est Trump qui a mis fin en 2018 au Plan d’action global conjoint (JCPOA), qui bénéficiait du soutien régional pour contrôler le programme nucléaire iranien. Le directeur américain du renseignement national a déclaré en mars 2025 que l’Iran ne cherchait pas à se doter d’armes nucléaires, ce que le directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique a confirmé.

Les services de renseignement américains auraient également indiqué qu’il faudrait trois ans à l’Iran pour construire une arme nucléaire. De plus, les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran l’année dernière avaient retardé le programme de plusieurs mois. Trump a affirmé que le programme nucléaire iranien avait été anéanti.

 

Le changement de régime par la force est illégal

Trump a déclaré que les attaques visaient à mettre fin au programme d’armement nucléaire iranien et à provoquer un changement de régime. Trump a exhorté les Iraniens à « prendre le contrôle de leur gouvernement », tandis que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré que l’objectif était de « supprimer la menace existentielle posée par le régime terroriste en Iran ».

Le changement de régime par la force viole les principes fondamentaux de la souveraineté des États et de la non-intervention en vertu de la Charte des Nations unies.

Les frappes visaient le guide suprême, le président et le chef d’état-major iranien, ainsi que des infrastructures militaires. Le fait de cibler délibérément des chefs d’État franchit également un seuil qui distingue les opérations militaires des actes d’agression.

Attaquer des chefs d’État est illégal en vertu de la Convention de New York, pour des raisons évidentes de stabilité. Avec la mort du guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, le vide du pouvoir ne fera qu’accroître les difficultés sur le terrain pour les Iraniens.

En outre, les promesses de ramener le shah, l’ancien monarque iranien, n’ont pas pris en compte les implications autoritaires d’un tel régime.

Les informations selon lesquelles une frappe aérienne sur une école primaire à Minab aurait tué au moins 100 filles âgées de 7 à 12 ans soulignent le coût humain d’un changement de régime non planifié.

Les déclarations américaines et israéliennes laissent entendre que le changement de régime est prioritaire par rapport à tout projet de remplacement. Mais tout comme après la mort du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, qui a vu le retour de l’esclavage en Libye, ou comme lorsque l’État islamique a comblé le vide politique après la mort du dictateur Saddam Hussein en Irak, un changement de régime nécessite une planification extrêmement minutieuse.

Dans le cas présent, il n’existe aucun plan évident pour reconstruire ou stabiliser l’Iran après ces frappes. Les alliés occidentaux ont exprimé leur inquiétude quant au fait que Washington ne dispose pas d’une stratégie cohérente pour l’après-guerre, soulignant le manque de préparation pour la reconstruction post-conflit et la transition gouvernementale.

Comme l’a déclaré le représentant du Mexique au Conseil de sécurité des Nations unies à la suite des récentes actions des États-Unis au Venezuela, l’histoire des changements de régime montre qu’ils n’ont fait qu’« exacerber les conflits et affaiblir le tissu social et politique des nations ». Selon The Atlantic, un « chaos total » est probable.

 

Frappes en Iran

La diplomatie comme tromperie

Lancer des frappes pendant des négociations actives viole le principe de bonne foi énoncé à l’article 2(2) de la Charte des Nations unies. Comme l’a noté l’Arms Control Association, les décideurs politiques iraniens avaient déjà accusé les États-Unis de mauvaise foi après que les frappes de juin 2025 aient perturbé les pourparlers prévus.

Le ministère iranien des Affaires étrangères a dénoncé les attaques du 28 février comme ayant été menées pendant les négociations, en violation du droit international.

 

Réaction des dirigeants mondiaux

Nous devrions être consternés par l’acceptation inquiétante d’une illégalité flagrante croissante par les dirigeants occidentaux, y compris notre propre Premier ministre. Anthony Albanese a soutenu les frappes comme « une mesure visant à empêcher l’Iran d’obtenir l’arme nucléaire ». Cela place une fois de plus l’Australie en contradiction flagrante avec les principes fondamentaux de l’ordre international libéral.


La France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont publié une déclaration commune exhortant l’Iran à négocier une solution et condamnant les représailles iraniennes. Cependant, ils n’ont pas commenté directement les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran. Leur silence est assourdissant.

La Russie et la Chine ont critiqué les actions américano-israéliennes et ont appelé à la fin immédiate des opérations militaires et au retour aux négociations diplomatiques.

L’ordre juridique international est en train de s’effondrer. Quand des puissances lancent des guerres illégales au nom de la prévention, se servent de la diplomatie comme d’un alibi et assument ouvertement un changement de régime, le “rules-based order” n’est plus qu’un slogan vidé de sens.

 

Shannon Brincat et Juan Zahir Naranjo Caceres,
Université Sunshine Coast, Australie,
1 mars 2026.

The Conversation, Licence Créative Commons.
Traduction POUR Press.
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A LIRE, en accès libre, les textes en anglais étant traduits automatiquement en français lors de leur consultation. POUR Press remercie The Conversation en français et en anglais, Jacobin USA, Global Times, RTBF Belgique et Alfred de Zayas pour leurs articles. Dossier préparé par Victor Serge pour la sélection des articles en plein écran et en lien et pour les éléments contextuels.
■Sur la guerre des néoconservateurs Trump et Netanahyou.
●Quelques éléments contextuels peu ou pas relevés par la presse en Europe.
▪︎Comme l’a confirmé ce lundi 02 mars le Secrétaire d’Etat américain à la Défense, l’opération de bombardements en Iran n’a pas pour but d’instaurer la démocratie en Iran.  Également, dans le récit “précisé” de l’administration Trump de ce lundi 02 mars, ce serait Israël qui aurait été “à l’initiative” “suivi par les USA”, l’opération américaine (Fureur épique) portant par ailleurs un nom distinct de l’opération israélienne (Lion rugissant).
▪︎Un mise en perspective des attaques et bombardements sur les 4 premiers jours montre effectivement un rôle important israélien dans les bombardements, l’aviation américaine, si elle participe également aux bombardements, assure la couverture et le contrôle de l’espace aérien iranien, sans lesquelles les opérations de bombardement seraient réduites, les attaques israéliennes ayant visé 30 dirigeants iraniens le samedi 28 fevrier 2026.
●”Donald Trump, belliciste en chef”, Branco Marcetic, rédacteur Jacobin, 28 février 2026.
●”Il n’y a aucun prétexte pour la guerre américano-israélienne contre l’Iran”, Arron Reza Merat, ancien correspondant  à Téhéran, Jacobin USA, 28 février 2026.
■ Sur les objectifs et méthodes de la campagne de bombardements en Iran.
●Quelques éléments contextuels non ou peu relevés par la presse en Europe.
▪︎Selon un ex membre du Conseil National de Sécurité américain sous Trump I, l’opération decidée par Trump le serait sur base d’une interprètation non publiée de l’article 2 de la Constitution fédérale des USA, cet article conférant à Trump les pouvoirs de commandant militaire en chef. Cependant, la loi de 1973 sur les pouvoirs de guerre impose que si les opérations ne sont pas terminées dans les 60 jours, le Congrès des USA soit saisi soit pour déclarer les opérations terminées, soit obtenir l’autorisation d’utiliser la force, soit une déclaration de guerre.
▪︎Parmi les cibles en Iran, figurent également des membres du courant des réformateurs islamiques, courant technocratique et libéral, promouvant le respect de l’état de droit, l’élargissement des libertés publiques et le développement des programmes sociaux, considéré comme pragmatique, disposant d’un quotidien, dont plusieurs dirigeants ont été placés en résidence surveillée à la demande du Guide Suprême depuis plusieurs années,  représenté dans les conseils municipaux de plusieurs villes religieuses et théologiques, qui dispose de 47 députés sur 290 au Parlement iranien, de la moitié des Ministres, n’a que très peu ou pas de représentant dans les trois instances centrales du pouvoir iranien (Conseil des Gardiens, organe central, 0/8, Assemblée des Experts, 1/88, Conseil du Discernement, 7/48) et n’exerce aucune influence dans l’Autorité Judiciaire, les Gardiens de la Révolution et les Bassidji, trois piliers du régime iranien aux mains des conservateurs, ce courant ayant par ailleurs soutenu l’élection en 2024 de l’actuel président de l’Iran.
▪︎Il n’y aura pas invasion terrestre de l’Iran  pour les trois motifs suivants, il n’y a pas de troupes embarquées dans la flotte américaine aux larges des côtes de l’Iran, les troupes terrestres américaines stationnées dans la région sont en nombre très insuffisant pour une offensive terrestre en Iran, une telle invasion devrait recevoir l’approbation du Congrès américain que Trump n’obtiendrait pas.
▪︎Il n’y a pas d’opposition militaire en Iran, à l’exception des organisations kurdes iraniennes, toutes des gauches, qui ont constitué un front uni le 22 fevrier 2026, et dispose d’un maximum de 10000 combattants, dont les camps se trouvent dans le Kurdistan irakien et dans les monts Qandil et qui mènent des actions de guerilla dans les trois provinces frontalières de l’Iran,  dans les régions kurdes, et des Moujahidines iraniens, qui disposent de 3000 militants en Iran, en ont perdu une centaine dans des affrontements localisés à Téhéran en janvier 2026 et viennent de constituer ce lundi 2 mars un gouvernement en exil.
●”Trump ne remportera pas rapidement la victoire sur l’Iran”, Interview d’Andreas Krieg (Professeur associé en études de défense au Kings Collège à Londres) par Daniel Finn (rédacteur Jacobin), 3 mars 2026, Jacobin.
●”Destruction ne rime pas avec succès politique : les bombardements américains de l’Iran témoignent d’une stratégie de fin de partie peu convaincante”, Farah N. Jan, Université de Pennsylvanie, 2 mars 2026.
■Sur les perspectives de résistance de l’Iran et sur la réaction de l’Iran d’extension du conflit vers les pays du Moyen-Orient.
●Quelques éléments contextuels peu ou pas relevés par la presse européenne.
▪︎Comme l’a relevé le chroniqueur principal du meilleur journal (qui n’est pas de gauche) d’un petit Etat de l’UE et également Rima Hassan, spécialiste en droit international et député européenne de LFI, la réaction de l’Iran est plus légitime du point de vue du droit international (y compris ses attaques sur les bases américaines et sur Israël) que l’attaque des USA et d’Israël sur l’Iran.
▪︎Dans ses attaques sur les bases américaines dans la région, l’Iran a évité toute attaque sur les deux bases américaines en Turquie, ce pour quatre motifs, éviter une réaction militaire de la Turquie, éviter de mettre en oeuvre les mécanismes d’assistance prévus au pacte de l’Otan dont la Turquie est membre, contrer l’Arabie Saoudite qui souhaite accéder au rôle de leader régional (et aurait encouragé discrètement l’attaque de l’Iran) et est en compétition avec la Turquie pour rôle, enfin aménager la Turquie comme un possible intermédiaire dans d’éventuels contacts ou négociations futures.
▪︎Un certain nombre d’analistes constatent que parmi les objectifs des frappes iraniennes ne figurent aucune entreprise de déssalememt de l’eau de mer, les Etats du Golfe étant en déficits hydriques d’eau courante et d’eau potable. Des destructions totales ou partielles de ces usines provoqueraient d’importantes crises sanitaires et sociales. ▪︎La question dans les esprits, bien que non formulée, est celle de la réaction des populations chiites, représentant 55% de la population à Bahrein, 15 % en Arabie Saoudite (concentrée dans l’est du pays, dans les régions pétrolières), faible à Oman et au au Quatar, significative aux Emirats Arabes Unis (15% de chiites originaires d’Iran, d’Inde et du Pakistan), 25 % au Koweit, 60% en Irak (où existent d’importantes milices chiites, outre la majorité de l’encadrement et des troupes de l’armée irakienne sont chiites), les milices chiites Houthis du Yémen ayant annoncé la reprise de leurs actions contre les navires transitant dans le canal de Suez.
▪︎Enfin, plusieurs analistes spécialisés relèvent que les frappes iraniennes sur les pays du Golfe fragilisent le  modèle économique et financier (le 2eme centre financier mondial, haut lieu du blanchiment et de l’évasion fiscale) des pays du Golfe tel qu’il a été élaboré et vendu depuis de nombreux années basé sur la stabilité de ces États.
●”Pourquoi l’Iran a-t-il bombardé plusieurs Etats du Golfe”, Andrew Thomas, lecturer Middle East Studies, Dealing University, 2 mars 2026, The Conversation.
■ Sur les objectifs de l’Iran en Israël et la situation politique en Israël.
Ce que cherche Netanahyou, notamment détruire les principales institutions du régime iranien et affaiblir fortement celui-ci, un résultat qu’il peut présenter comme une victoire sur “l’axe du mal” dans la perspective de la campagne pour les élections législatives d’octobre 2026, sinon de mai 2026 si le budget de l’Etat israélien n’est pas adopté le 31 mars 2026. Les sondages préélectoraux avant l’opération en Iran donnent 55 députés aux partis des oppositions du centre et de gauche pour 52 députés aux partis de la coalition de Netanahyou (avec une chute du Likoud et 17 députés pour les 2 partis kahanistes de Ben Gvir, en hausse, et de Smotrich, stable), 13 sièges pour une liste arabe unifiée et 10 sièges pour deux listes arabes (situation actuelle), les deux formations mixtes juive et palestinienne Hadad et Parti Communiste étant incluses à ces listes dans les deux hypothèses.
Les sondages actuels sur l’opération en Iran montrent que 70% des sondés approuvent l’opération, 16% des sondés étant contre.
59% des sondés sont pour des frappes communes avec les USA. 55% des sondés se définissant comme électeurs de droite sont pour des frappes d’initiative d’Israël. 66% des sondés se présentant comme électeurs de gauche et du centre sont pour des frappes d’initiative d’Israël uniquement si Israël est attaqué.
Dans sa réponse à l’attaque et aux bombardements américano-israéliens, l’Iran a visé ou frappé des institutions gouvernementales, dont le bureau de Netanahyou, militaires er civiles (immeubles ou groupes d’immeubles résidentiels), soit les mêmes catégories de cibles que celles visées en Iran, à l’exception d’écoles et d’hôpitaux.
■ Sur la mort du Guide Suprême Ali Kahmenei, et son statut de martyr pour une partie de la population iranienne, alors que 90% de la population iranienne se réclame du chiisme, et sur l’attitude des influenceurs-euses français à Dubai, où ils sont par ailleurs exilés fiscaux.
●”L’assassinat de l’ayatollah Ali Khamenei s’inscrit dans la vénération des martyrs au sein de l’islam chiite, mais pas pour tous les iraniens”, Éric Lob, Université Internationale de Floride, 2 mars 2026, The Conversation.
●”Conflit au Moyen-Orient : monétiser la peur, la réalité parallèle des influenceurs français à Dubai”, Hélène Maquet, 3 février 2026, RTBF Belgique.
■Sur un nouveau paradigme dans la guerre moderne, une interview  d’Alfred de Zayas par Global Times et deux propositions pour chercher à restaurer le primat du droit international, notamment l’adoption par l’Assemblée Générale de l’ONU d’une Résolution pour la Paix.
●”Les frappes américano-israéliennes contre l’Iran signalent un changement inquiétant de la guerre moderne”, 2 mars 2026.