Les réseaux sociaux, incompatibles avec la démocratie ?

Le constat de David Chavalarias dans Toxic Data est sans appel : les réseaux sociaux comme X (Twitter) et Facebook sont dangereux pour la démocratie. L’ouvrage détaille les mécanismes derrière ces technologies de manipulation politique à grande échelle.

Issu du projet Politoscope, qui analysait les dynamiques politiques sur Twitter, le petit livre Toxic Data de David Chavalarias, mathématicien, directeur de recherche au CNRS et directeur de l’Institut des systèmes complexes de Paris, défend une hypothèse centrale forte : « le modèle économique actuel de la Big Tech, fondé sur la marchandisation de l’influence sociale, est incompatible avec la pérennité de nos démocraties » (p. 13). L’ouvrage documente avec précision la manière dont les réseaux sociaux ont servi de terrain à des campagnes de désinformation dans une véritable offensive médiatique, impliquant aussi bien des États que des groupuscules et mouvances plus ou moins institutionnalisés, qui trouvent dans ces plateformes des outils de coordination, de mise en réseau, de discussion et surtout d’amplification de leur pouvoir potentiel sur l’espace public à l’échelle internationale.

 

Une technologie de l’influence à grande échelle

L’analyse met en lumière deux caractéristiques essentielles de ces médias, qui doivent être pensées en détail dans leur matérialité socio-technique : d’une part, « n’importe quel individu est désormais capable d’échanger avec un nombre arbitraire et potentiellement très large de ses congénères, indépendamment des frontières géographiques, et à coût quasi nul » ; d’autre part, « l’instantanéité des messages numériques et leur potentiel infini de duplication permettent à ces mouvements d’opinion de se développer à une vitesse foudroyante, bien plus rapidement que leurs équivalents du monde réel » (p. 32). Ces spécificités permettent à des acteurs d’agir sur des espaces distants, éventuellement dans d’autres langues que la leur, et d’aligner leur stratégie sur la spécificité d’un terrain qu’ils peuvent apprendre à connaître à travers la cartographie que leur offrent ces plateformes (avec plus ou moins de succès si les codes locaux leur échappent).

Julien Schuh,
1 juin 2026.

Métropolitiques, Licence Créative Commons.

Bibliographie

  • Hayat, S. 2020. « L’islamo-gauchisme : comment (ne) naît (pas) une idéologie », Le Nouvel Obs, 27 octobre 2020.
  • Lazarsfeld, P. et Merton R. K. 1954. « Friendship as Social Process. A Substantive and Methodological Analysis », in M. Berger, T. Abel et C. H. Page (dir.), Freedom and Control in Modern Society, New York : Van Nostrand, p. 18-66.
  • Zuboff, S. 2020. L’âge du capitalisme de surveillance : le combat pour un avenir humain face aux nouvelles frontières du pouvoir, traduit par B. Formentelli et A.-S. Homassel, Paris : Éditions Zulma.

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