En 2002, le journaliste Denis Sieffert s’attaquait à « l’entreprise de désinformation » orchestrée par le gouvernement israélien d’alors pour nous convaincre qu’il n’y avait rien à attendre des Palestiniens. Avec le soutien des éditions Lux, il revient aujourd’hui avec un nouveau livre.
Denis Sieffert, La mauvaise cause. Les intellectuels et la propagande israélienne en France, Lux, 2026
En 2002, dans un livre court et incisif, le journaliste Denis Sieffert s’attaquait à « l’entreprise de désinformation » orchestrée par le gouvernement israélien d’alors pour nous convaincre qu’il n’y avait rien à attendre des Palestiniens, incapables de saisir la main fraternelle et bienveillante que lui tendaient les Israéliens pour mettre fin à des décennies d’affrontements. Avec le soutien des éditions Lux, il revient aujourd’hui avec un nouveau livre : La mauvaise cause. Les intellectuels et la propagande israélienne en France.
L’action armée du 7 octobre 2023 a frappé à raison l’opinion par sa violence. Elle lui a rappelé également que Gaza était une prison à ciel ouvert que les gouvernements israéliens s’employaient à étouffer à petit feu, que la colonisation de la Cisjordanie se poursuivait dans l’indifférence quasi-générale, et qu’avant le 7 octobre, il y avait eu un 6, un 5, un 4, autrement dit des milliers de jours d’humiliation, de répression et de désespoir. L’auteur fait un sort au « mythe d’un 7-octobre qui n’appartiendrait pas à l’histoire longue du conflit ».
De tous temps, il y eut des « inconditionnels qui (portèrent) sans ciller la parole officielle » de Tsahal. Sieffert ne s’intéresse pas à eux mais plutôt à la capacité que le système médiatique a eu de « cadenasser l’interprétation de l’événement au profit d’un discours islamophobe très favorable à Israël », qui a intérêt à transformer un conflit de type colonial en guerre de religion, en affrontement entre démocratie à l’occidentale et barbarie barbue. Le Hamas est ainsi qualifiée d’organisation terroriste, explication réductrice et paresseuse1, à ranger à côté de Daech, organisation avec laquelle elle ne partage rien sinon la religion. Défendre, dans ce cadre explicatif, les Palestiniens revient à se mettre du côté des fous de Dieu qui depuis le 11-Septembre font régner la terreur sur le monde libre (et chrétien). Oublié le vieux rêve sioniste de s’emparer de toute la Palestine, cette terre sans peuple, au nom d’Abraham : d’ailleurs, hors les Juifs, il n’y a pas de Palestiniens dans la rhétorique sioniste, mais des Arabes qui pourraient très bien aller vivre ailleurs. Oublié la dérive raciste, colonialiste, religieuse et fascisante des élites sionistes israéliennes. Oublié les liens jadis noués entre Israël et l’Afrique du sud en temps d’apartheid, et aujourd’hui entre Israël et les fondamentalistes chrétiens américains et les régimes dits illibéraux. Tout cela vaut bien la liquidation physique des dizaines de milliers de Palestiniens et la purification ethnique de certaines portions du territoire cisjordanien…
Cette guerre du bien contre le mal (le fumeux choc des civilisations), réclame l’union sacrée. Tout antisioniste est donc un antisémite, surtout ceux qui le nient et sont par ailleurs impliqués dans des combats politiques et sociaux émancipateurs. Que certains le soient est une évidence : l’antisémitisme est une plaie, comme tout racisme, et il est tentant de transformer tout Juif en agent d’Israël, puisque c’est également le rêve des sionistes israéliens ! Tout cela rend encore plus difficilement audibles les voix juives opposés au sionisme…
Ne pas défendre Israël reviendrait ainsi à remettre en question son droit à l’existence, et l’accuser de génocide serait odieux, au regard de ce que les Juifs ont subi sous le nazisme. Or, nous rappelle Denis Sieffert, « le génocide des Palestiniens s’inscrit dans un continuum historique dont l’intensité oscille sans cesse depuis 1948 ». D’où la nécessité de « penser le conflit en termes politiques plutôt qu’ethniques et religieux ».
[Version audio disponible]
19 février 2026.
Christophe Patillon,
autorisation générale de publication intégrale des articles de son Blog sur Médiapart.
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1Le Hamas, comme le Hezbollah, est un mouvement politico-religieux réactionnaire, un parti politique, un proto-Etat autoritaire, une des incarnations du nationalisme palestinien, dont le répertoire d’action comprend le recours à la violence armée. Comme dans toute organisation politique, sa doctrine évolue en fonction de l’actualité et du rapport des forces.
