La haine envers les personnes LGBTQIA+ est en augmentation, nous devons donc rester vigilants et continuer à manifester.

Grand Angle
Le samedi 16 mai se déroule la trentième édition de la Brussels Pride. Pour beaucoup, c’est un moment de fête, mais y a-t-il vraiment matière à se réjouir ? La Belgique a perdu deux places sur la Rainbow Map, le classement annuel qui évalue les droits des personnes LGBTQIA+ dans les pays européens. C’est pourquoi il reste important de se pencher sur l’histoire de la Pride, qui est avant tout une manifestation.

La lutte pour l’égalité des droits des personnes LGBTQIA+ a de multiples origines, mais l’ événement déclencheur le plus célèbre  se trouve aux États-Unis.  Le Stonewall Inn , situé à Greenwich Village, à New York, était l’un des rares lieux où les personnes LGBTQIA+ pouvaient se réunir, danser et être elles-mêmes. 

C’était rare dans les années 1960, car les relations homosexuelles et le port de vêtements non conformes au genre de l’époque étaient illégaux. Cela entraînait de fréquentes descentes de police. 

C’est ainsi que se déroula la soirée du 28 juin 1969. La police fit une descente au Stonewall Inn et arrêta plusieurs clients, dont de nombreux hommes homosexuels. Exaspérés par le harcèlement policier incessant, les clients résistèrent. Des personnes transgenres, comme  Marsha Johnson , jouèrent un rôle de premier plan dans cette résistance. Cette soirée marqua le début de plusieurs jours de manifestations qui allaient devenir le mouvement LGBTQIA+ moderne.

Dans les semaines qui suivirent, de nouvelles organisations virent le jour et la toute première Marche des fiertés défila dans les rues de Los Angeles. Au cours des années suivantes, la lutte se poursuivit et le mouvement remporta des victoires étape par étape. 

Jusqu’à la Révolution française, les homosexuels étaient confrontés à une mort douloureuse.

Dans notre région, l’histoire s’est déroulée différemment.  Wannes Dupont retrace cette histoire dans son ouvrage « Verzwegen verlangen: een geschiedenis van homoseksualiteit in België ». Jusqu’à la Révolution française, les homosexuels étaient condamnés à une mort atroce s’ils étaient exécutés en raison de leur orientation sexuelle. Sous l’influence des Lumières, après la Révolution française, ils furent condamnés à une peine de prison au lieu du bûcher. 

Dans les années 1950, les prémices d’un mouvement initialement destiné aux personnes homosexuelles ont émergé. Cependant, dans les années 1990, un mouvement mieux structuré s’est développé, entraînant un changement de mentalité au sein de la population et contribuant à l’ouverture du mariage à tous en 2003.

La situation aujourd’hui

Au fil des années, le mouvement s’est étendu aux personnes LGBTQIA+ (Lesbiennes, Gays, Bisexuels, Transgenres, Queers/En questionnement, Intersexes et Asexuels) et a remporté de nombreuses victoires en Belgique depuis 2003. Par exemple,  l’adoption par les couples de même sexe a été légalisée, les personnes transgenres peuvent  changer de genre par autodétermination et  les thérapies de conversion sont interdites depuis 2023. De plus, diverses marches des fiertés ont lieu en Belgique, dont la Brussels Pride, qui se déroule ce samedi.

Quand on pense à la Pride, on pense souvent en premier lieu aux tenues extravagantes et aux grandes fêtes. Ensuite, on se demande : « Les marches des fiertés sont-elles encore nécessaires ? » La réponse se trouve dans le thème de la  Brussels Pride . Cette année, il est :  « Quand les temps s’assombrissent, nous brillons plus fort. » Le  message   est clair : les droits des personnes LGBTQIA+ sont de plus en plus menacés.

On pourrait d’abord penser à Trump qui, entre autres,  a abrogé la législation contre la discrimination envers les personnes LGBTQIA+. Mais beaucoup de choses se passent aussi plus près de chez nous : la Cour suprême britannique  a statué – en partie sous la pression de l’auteure  J.K. Rowling – que le terme juridique « femme » ne désigne que les femmes biologiques. En Hongrie,  Orbán interdit purement et simplement les marches des fiertés.

Les enseignants LGBTQIA+ rencontrent des difficultés croissantes.

Mais la Belgique, notre propre pays, présente également des signes inquiétants.  Selon Unia , le nombre de signalements est resté stable cette année, mais leur gravité est en augmentation. De plus en plus souvent, il s’agit d’infractions pénales, principalement des agressions et des voies de fait, ainsi que des actes d’intimidation.

Ce constat est confirmé par une  étude nationale sur les conditions de vie des personnes transgenres et non binaires en Belgique : huit personnes transgenres, non binaires et intersexes sur dix interrogées ont déclaré avoir subi des discriminations au cours des deux dernières années. Par ailleurs, l’accès  aux traitements hormonaux pour les jeunes est de plus en plus remis en question.

Une  étude de la Youth Research Platform révèle que l’homophobie chez les jeunes a augmenté de manière statistiquement significative entre 2018 et 2023. Cette attitude n’est pas sans conséquences : les enseignants LGBTQIA+ sont eux aussi confrontés à des traitements de plus en plus durs. Dans un  sondage réalisé par le syndicat de l’éducation COC, plus de la moitié des répondants LGBTQIA+ ont indiqué avoir reçu des remarques négatives de la part d’élèves. Pire encore : 12 % ont déjà subi du harcèlement sexuel, par des propos ou des attouchements. 4 % ont même été victimes d’agressions physiques.

La Belgique a donc perdu deux places sur la carte arc-en-ciel par rapport à 2025. Cela est dû, entre autres, à l’  absence de cadre législatif pour la protection des personnes intersexuées.

Le combat n’est pas terminé.

Face à la situation de plus en plus difficile que connaissent les personnes LGBTQIA+, y compris dans notre propre pays, il est important de prendre un moment pour réfléchir à ces faits. « Nous constatons que la haine envers les personnes LGBTQIA+ est en hausse, nous devons donc rester très vigilants et poursuivre nos actions de protestation », déclare Thomas Jans, porte-parole de Çavaria, association flamande de défense des droits des personnes LGBTQI+.

Une grande partie de cette haine se manifeste en ligne. C’est pourquoi Çavaria a lancé la campagne « Inondez le fil d’actualité ». « Nous avons mobilisé des personnes pour diffuser des messages positifs sur les réseaux sociaux, notamment sous les articles concernant les personnes LGBTQIA+, car nous avons constaté récemment une augmentation des messages haineux sous ces articles », explique Jans.

D’un côté, nous célébrons le chemin parcouru, mais de l’autre, cela reste une forme de protestation.

Les marches des fiertés sont aussi l’occasion de défendre les droits des personnes LGBTQIA+. Pour çavaria, la Fierté est à la fois une manifestation et une célébration. « D’un côté, nous célébrons le chemin parcouru, mais en même temps, cela reste une manifestation », explique Thomas Jans. « Car l’égalité des droits n’est pas encore une réalité pour tous ; pensons notamment aux personnes non binaires et aux jeunes intersexes. » 

La Belgique peut donc encore prendre de nombreuses mesures. À cette fin, Rainbow Map formule  des recommandations concrètes : interdire les interventions médicales sur les mineurs intersexes sans leur consentement, rendre la reconnaissance du genre accessible à tous et toutes, et modifier la Constitution afin que les discours de haine et les violences envers les personnes LGBTQIA+ soient plus sévèrement punis.

Il existe donc encore de nombreuses raisons de protester et de remporter des victoires. Les chiffres sont éloquents : les obstacles se multiplient et les acquis d’hier sont les champs de bataille de demain. La fierté n’est donc pas seulement une célébration, mais aussi une manifestation pour la préservation des droits acquis *et* la reconnaissance de nouveaux droits.

Lorenzo Rouire,
Représentant étudiant à la VUB et étudie le journalisme.,
15 mai 2026.

De Wereld Morgen, Licence Créative Commons.
A LIRE, en accès libre, sur le site de la RTBF,
la Brussels Pride ayant rassemblé 216000 participants ce 16 mai.
●”30 ans de Pride à Bruxelles : le combat n’est pas terminé, confie Chille Deman, l’un des fondateurs de la Brussels Pride”, François Ladouce et Marie Lambert, RTBF, 16 mai 2026.
●”La Pride, c’est aussi la protestation : des milliers de participants pour les 30 ans de la Brussels Pride”, Rédaction RTBF et Belga, 16 mai 2026.
A LIRE, en accès libre, sur Researchgate.net, article complet en anglais, version en français disponible lors de la consultation, PDF téléchargeable.
Si depuis 30 ans, le soutien aux revendications des LGBTQIA+ n’est plus le monopole des partis de gauche, les partis conservateurs, démocrates-chrétiens et libéraux ayant évolué sur ces questions, on connait peu leur communication officielle sur les réseaux sociaux, à laquelle se consacre cette étude. Parmi les conclusions, on peut constater que le Vlaams Belang se sert des droits et revendications des communautés LBGTQIA+ pour alimenter une rhétorique antiislam, et que le Mouvement Réformateur (contrairement à son homologue néerlandophone), au delà d’une position officielle favorable, se débat entre rhétorique antiwoke, positions conservatrices (lors des votes du mariage pour les personnes de mêmes sexes et de l’adoption par des couples homosexuels, un groupe important de parlementaires du MR se sont abstenus) et approches douteuses de certains aspects.
●”Questions LGBTQIA+ dans la communication sur les réseaux sociaux des partis belges”, Romain Bisemans et Luca Kins, ULB, mai 2026.
A LIRE, en accès libre, sur POUR Press.
●”L’appel d’Elio di Rupo à respecter l’identité de genre”, 14 septembre 2024.

Illustration : Oriel Frankie Ashcroft – Pexels.com


By De Wereld Morgen

De Wereld Morgen est un journal en ligne progressiste belge de langue néerlandaise disposant d'une petite équipe journalistique et de chroniqueurs et correspondants citoyens.