Les députés de droite ne comprennent pas pourquoi les gens font grève ; ce sont les gens dans la rue qui l’expliquent.

Parti Pris
Faire la navette entre le Parlement et la manifestation nationale, c’est comme naviguer entre deux réalités. Tandis que les députés de droite prétendent ignorer les raisons de la grève et affirment que les femmes ne sont pas concernées par la réforme des retraites, les manifestants leur expliquent de quoi il s’agit.

« Je pense que beaucoup de gens ignorent pourquoi il y a grève », déclare Tom Lamont, député du Vlaams Belang, lorsque nous l’interrogeons sur son avis concernant la grève au Parlement flamand. Quand nous lui demandons ensuite si, en tant que représentant, il pourrait l’expliquer brièvement aux citoyens, il s’avère qu’il l’ignore lui-même. « Pour demain, je ne sais pas pourquoi il y a grève. »

Le lendemain, nous nous mêlons à la foule qui manifeste à Bruxelles. Contrairement aux affirmations de Tom Lamont, les manifestants savent parfaitement pourquoi ils font grève. La police a dénombré autant de participants – 80 000 – que lors de la manifestation du 14 octobre de l’année dernière. Déjà à l’époque, c’était l’une des plus importantes de ces dernières années. Les syndicats, quant à eux, évoquent plus de 100 000 manifestants. Difficile de donner un chiffre exact, mais la foule est impressionnante.

 

Non à la réforme des retraites

Le mécontentement face aux politiques du gouvernement fédéral De Wever est généralisé : la colère gronde contre le plafonnement de l’indexation, la politique migratoire restrictive, le mépris de l’État de droit et l’absence de politique climatique. Mais ce qui suscite manifestement le plus de colère lors de cette manifestation, c’est la réforme des retraites de Jan Jambon.

Les déclarations du ministre Jambon, selon lesquelles les femmes doivent simplement s’adapter et travailler plus longtemps, ont jeté de l’huile sur le feu. En tête de la manifestation, menée par des organisations féministes, nous rencontrons deux femmes de ménage. « Qu’il vienne nous le dire en face ! », s’exclament-elles. « Nous faisons des doubles journées : au travail, puis à la maison. » « Que sommes-nous censées faire alors ? », s’interroge Julie Hendrickx Devos, présidente de Beweging.net. « Se lever encore plus tôt ? Se coucher encore plus tard ? »

 

 

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« M. Jambon n’avait certainement aucune intention négative », a défendu le député N-VA Marc Hendrickx la veille, en représailles à son ministre. « Les réformes ne démontrent absolument pas que les femmes sont les victimes », nous a-t-il déclaré. Étrange, car ce ne sont pas seulement les syndicats et les organisations féministes qui affirment le contraire. Le Conseil d’État estime lui aussi que la réforme des retraites du ministre Jambon constitue une discrimination indirecte à l’égard des femmes.

 

Le gouvernement sous pression

Les cercles gouvernementaux aiment donner l’impression que les grèves et les manifestations sont inutiles, mais leur propre comportement prouve le contraire. Par exemple, Vooruit et CD&V répondent aux critiques de la réforme des retraites en affirmant avoir considérablement adouci ses aspects les plus épineux. C’est vrai, mais cela n’a été possible qu’après la pression exercée par les grèves et les manifestations précédentes.

Ce n’est qu’après la première grève générale, fin mars 2025, que le gouvernement a décidé d’appliquer la même mesure aux arrêts maladie de courte durée en matière de pénalité sur les pensions. Face à la poursuite de la lutte syndicale, ces concessions ont été systématiquement étendues. De ce fait, tous les arrêts maladie, ainsi que le chômage temporaire, sont désormais traités de la même manière, et la réforme a déjà accusé un an de retard.

L’assouplissement de ces mesures ne constitue pas un revirement complet de politique, ni ne change le fait que la réforme des retraites demeure injuste, mais il témoigne de la pression exercée par le mouvement social sur le gouvernement. Suite aux événements d’aujourd’hui, le Premier ministre Bart De Wever a annoncé qu’il répondrait à la demande de consultation du front syndical unifié. Si l’action avait été moins importante, le front aurait sans aucun doute été en position de faiblesse lors des négociations.

 

Seppe De Meulder


Seppe De Meulder est philosophe de formation et l’auteur du livre *Waarom alles zo leeg voelt. Over vervreemding* (Pourquoi tout semble si vide : sur l’aliénation). Lorsqu’il ne lit pas, il écrit sur l’écologie, la démocratie et l’actualité.
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