Je ne suis pas un professionnel, mais un simple citoyen qui a toujours été intéressé et recherché une information de qualité. Je livre ici mon ressenti actuel.
Depuis quelques années, les médias de qualité ne me semblent plus livrer une vision qui intègre la multiplicité des interactions que nous entretenons entre nous et avec nos milieux de vie. Ils suivent par là une tendance générale qui consiste à casser toute complexité en petits morceaux, les ranger dans des boîtes bien séparées, alors qu’il existe entre eux un continuum complexe, mais riche de possibilités. La réalité du monde n’est pas une collection de tunnels.
Les informations sont publiées comme une compilation d’événements qui sont le plus souvent sombres, pessimistes. Les médians contribuent ainsi à créer un ciel plombé qui pèse lourdement et démoralise, sans parler de l’influence délétère des réseaux sociaux avec leurs cortèges de fausses nouvelles, de désinformations, de manipulations, leurs flux de haines, qui parviennent même à les éclabousser. Les rayons de soleil sont rares.
Il existe aussi une schizophrénie dans l’information. Des horreurs, telles le 7 octobre, Gaza, la Shoah, le Soudan, des politiques comme celles du gouvernement, israélien, de Trump, Poutine et consorts, sont mises côte à côte et rebondissent dans des couches de populations totalement étrangères, voire hostiles l’une à l’autre, créant un chaos moral et intellectuel, idescriptible. Comment des peuples qui ont connu le pire, qui ont résisté, qui ont donné de grands noms à l’humanité, dans tous les domaines, peuvent-ils admettre ces bascules ubuesques ?
Ne faudrait-il donc pas essayer d’inverser ce flux négatif, lui donner une autre couleur, faire entendre une voix nouvelle ? C’est possible, mais cela va demander habilité et courage.
Pour prendre une comparaison, il s’agit de faire changer de cap, à un grand voilier par un temps tempétueux.
À mon sens, il serait possible d’apporter quelques améliorations et nuances dans le traitement de l’information.
Il ne s’agit nullement de changer le récit des événements. Généralement, les faits sont bien présentés et décrits comme, par exemple, dans la couverture des événements récents de Sydney.
Pour beaucoup d’autres cas, la narration est frustrante, car les motivations concrètes sont absentes : pourquoi telle situation se produit-elle, quelle est la prise de conscience du problème par les acteurs, quelles sont les possibilités concrètes de solutions ?
Un premier exemple du manque de contextualisation est la manière dont sont relayés, la plupart du temps, affirmations, actions, déclarations, décisions de Trump. L’effet en est désolant, car ils sont livrés tels quels, sans montrer que Trump ment comme il respire, qu’il est dangereux, qu’il manipule les chiffres et les faits (le New York Times le fait régulièrement remarquer) et en appeler, chaque fois, à une réaction, une résistance ferme. Bref, tout le contexte est absent.
Porter un jugement de valeur, n’empêche pas de reconnaître la réalité de l’impact de ce qu’il dit et fait. Mais la sidération doit cesser. N’oublions pas que la terreur est d’autant plus efficace qu’on se laisse terroriser. Munich en est un triste exemple. Churchill et de Gaulle, ont dit non. Ils ont gagné.
Un autre exemple est le cas des deux heures supplémentaires demandées aux professeurs du secondaire dans la Communauté française en Belgique. Du côté de la ministre, le « il faut résorber le déficit » ne suffit pas. Il faudrait savoir très concrètement pourquoi le déficit en est arrivé à ce point . L’opposition des professeurs est expliquée, mais y a-t-il ou non de leur part une prise de conscience du déficit et proposent-ils des solutions concrètes ?
L’enrichissement de l’information par une contextualisation concrète (motivation, prise de conscience des parties prenantes, pistes de solutions …) permettrait aux lecteurs et lectrices de mieux comprendre les enjeux, de se situer par rapport aux évènements, de tisser des liens, de distinguer plus clairement les éléments positifs, bref, de donner un éclairage moins sombre à l’information.
Cette approche demandera, peut-être, de la part du journal, une affirmation plus claire de sa ligne éditoriale, voire des prises de position, mais, tant qu’elle est clairement publiée et suivie, le lecteur est capable de juger et d’assumer.
Une telle démarche me paraît bien nécessaire dans bien d’autres domaines : la vaccination, le changement climatique, la transition … Les idéologues, les frustrés de la croissance, les manipulateurs des faits, les opportunistes, les habitants de mondes fantasmés pullulent et s’en donnent à cœur joie pour ruiner la réalité, l’intelligence et toute pensée critique.
Enfin, les médias de qualité devraient rappeler, à temps et à contretemps, aux hommes et femmes politiques que le courage politique consiste à dire aux gens ce qu’ils ne veulent pas entendre. C’est évidemment risqué, mais possède l’immense avantage de situer la politique dans une perspective riche de cohérences et de solutions.
Alain Tihon,
Mai 2026
