(Re)-politiser l’écologie, un champ de bataille

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« Capitalisme vert, Transition, Développement durable, Décroissance, Eco-socialisme,…les termes ne manquent pas pour caractériser la nouvelle période économique dans laquelle nous serions entrés, plus ou moins contraints par une réalité écologique et la raréfaction des ressources naturelles. Alors que presque tous les partis proposent des mesures écologistes dans leur programme et que la protection de la planète ou le climat devient l’alpha et l’oméga du jeu politique, il nous apparaît nécessaire de se poser les bonnes questions stratégiques pour renforcer les luttes écologiques et sociales ; De quelle écologie avons-nous besoin ? Toute écologie est-elle bonne à prendre ? Le paradigme libéral d’une croissance sans fin, nous mènent-il inexorablement droit dans le mur ? Est-il possible de concilier capitalisme et écologie ? Que faudra-t-il abandonner du modèle économique dominant pour parvenir à relever les défis écologiques sur les terrains respectifs de nos actions militantes et/ou engagements professionnels ? »

Ce 19 juin, Rencontre des Continents, Bruxelles Laïque, le Mouvement Présence et Action Culturelles, avec le soutien de la Campagne Tam Tam, SAW-B, Solidarité des Alternatives Wallonnes et Bruxelloises et Barricade asb, organisaient une conférence-débat « Histoire et actualité des stratégies politiques et des luttes dans les mouvements écologistes », dans le cadre du cycle de rencontres-débats-ateliers « (re)-politiser l’écologie, un champ de bataille », et qui a mis autour de la table :

▶Daniel Tanuro : Daniel Tanuro est ingénieur agronome et environnementaliste. Il collabore au Monde diplomatique et a fondé l’ONG belge « Climat et justice sociale ». Il est l’auteur du livre « L’impossible capitalisme vert ».
▶Brigitte Gloire – Climat & Justice Sociale & Ancienne travailleuse de chez Oxfam Belgique
▶Alain Adriaens : Porte-parole Mouvement Politique des Objecteurs de Croissance

LA CONFÉRENCE

LE DÉBAT
(Les questions posées se trouvent sous la vidéo)

QUESTIONS POSÉES

  • (José) : Vous avez évoqué la tension entre volonté de travailler sur le terrain ou présence dans des coalitions comme la coalition climat et celles qui existent avec l’institutionnel qui ne contrôle pas ou n’a pas la volonté d’investir dans ces mouvements. Mais à partir du moment où on est sur le terrain et qu’on fait de la formation populaire, on voit qu’on peut faire bouger les lignes et que les gens prennent conscience qu’ils peuvent avoir du poids. Je souhaitais votre avis sur la question.
  • (Francis) : Je suis gilet jaune et au début, dans nos assemblées, il y avait un climato-scepticisme assez présent, mais je n’ai pas vu beaucoup d’associations climatiques qui se donnaient la peine de venir à ces rencontres. C’est en lien avec l’éducation permanente. Est-ce que le fait de ne pas être strictement en rapport avec les associations rend inévitablement cette voix émergente « non digne » d’interaction, d’éducation populaire ?
  • Est-ce que Monsieur Tanuro pourrait préciser les reproches qu’il a à faire à chacune des ONG institutionnelles qu’il a citées, y compris le Giec.
  • (Michelle) Je voulais quand même insister sur la question des médias. Vous avez cité Greta Thunberg. Il est certain que si les médias n’avaient pas relaté son action, il n’y aurait pas eu autant d’impact et de mobilisation. Ils ont quand même joué un grand rôle. Par rapport aux gilets jaunes, par contre, ils ont eu un rôle tout à fait opposé. Donc je pense que les médias ont leur rôle à jouer dans ces mobilisations.
  • (Kristien) J’ai rejoint les gilets jaunes, tout en étant activiste depuis pas mal de temps. Ça m’a ouvert les yeux. Je crois que si on veut arriver à des solutions durables, acceptées par la population, il est important de lui laisser la parole, de leur demander son avis, ses besoins, etc. Et je pense qu’il y a une grande partie de manque de connaissance sur beaucoup de sujet. Notamment sur l’origine des changements climatiques. Il est donc important que les gens soient plus au courant et que les politiques prennent des décisions qui aillent dans ce sens-là (et non pas dans le sens de virer les vieilles voitures diesel, par exemple). Il est important de faire un débat public autour de ces questions.
  • On parle très peu dans ce débat des pays du sud. C’est une voix un peu absente. Et si on veut de la convergence, il est important de prendre l’aspect global. Une convergence interculturelle. Il y a d’autres formes de développement qu’on ne met pas assez en valeur. De plus, on parle souvent de l’importance d’avoir un nouveau récit, qui enchante. Ce qui nous manque, aussi, sans doute, c’est qu’on a peu d’utopies auxquelles se raccrocher. Donc quelles seraient, selon vous, les manières de réenchanter et de fédérer, quelque part, au niveau global, les militants écologiques pour sauver la planète.
  • (Sébastien) J’ai trois questions, une pour chacun.
    • Alain, on a peu parlé des liens entre écologie et anarchisme. Or il y a des liens. Est-ce que l’anarchisme n’est pas un idéal qui peut redonner ses lettres de noblesse à la politisation de l’écologie
    • Pour Daniel, malgré mes tendances libertaires, j’avoue, j’ai été voter. Et je me pose la question suivante : en attendant qu’on soit un mouvement de masse, décentralisé, style gilet jaune ou autre, pour pouvoir bloquer l’industrie et compagnie, est-ce qu’il n’y a pas une urgence qui fait que, quelque part, par tous les moyens, de faire en sorte que ça soit « moins pire ». Et du coup, que penser de tous ceux qui sont dans cette idée de la planification écologique ? (En gros, on va faire des emplois verts, plus ceci ou cela…). Est-ce que dans une situation d’urgence, ce n’est pas aussi nécessaire pour faire en sorte que ça soit moins pire ?
    • Pour Brigitte : Que faire des questions d’intersectionnalité qui reviennent beaucoup dans les mouvements sociaux. C’est-à-dire : on voit toujours les luttes écologiques à partir de nos points de vue de blancs occidentaux. Comment est-ce que toi tu vois que ça percole – ou pas – dans les mouvements actuels, style coalition climat, etc. ?