Une « querelle d’Allemands » : vieille expression française remontant au XVIème siècle (Montaigne, Brantôme, Agrippa d’Aubigné) pour désigner les discussions oiseuses et futiles sur des thèmes sans importance qui auraient été propres à ce peuple que Ronsard définissait comme « gent pronte au tabarin » (gens prompts à la bagarre). Cette expression reprend un coup de jeune dans le cas de la négociation en cours à Berlin entre Die Linke, le parti de gauche arrivé en tête des élections régionales du 20 septembre, le SPD (sociaux-démocrates) et les Verts, en vue de la constitution d’une coalition de gouvernement « rouge-rose-verte ». Les deux principaux points ayant fait l’objet de désaccords sont ceux de l’ « antisémitisme » (en fait, la dénonciation du génocide de Gaza et la solidarité active avec la Palestine) et de la socialisation des logements appartenant à des gros groupes financiers (environ 240 000 sur 1,5 million d’appartements locatifs), réclamée par Die Linke et ayant fait l’objet d’un référendum d’initiative populaire en septembre 2021, dans lequel 60% des votants avaient voté pour l’expropriation des 12 compagnies possédant plus de 3 000 logements. L’opposition du SPD régnant a bloqué la mise en œuvre de cette mesure. Ci-dessous les documents et la chronologie de la « querelle ».
L’accord du 8 octobre 2026
La Berliner Vereinbarung (Accord de Berlin) est un texte de huit points, daté du 8 octobre 2026, par lequel Die Linke Berlin, Bündnis 90/Die Grünen Berlin et le SPD Berlin ont posé leurs conditions communes avant d’entamer les pourparlers exploratoires (Sondierungen) en vue d’un gouvernement à trois.
Le texte (trois pages, sans signataires nommés) porte presque entièrement sur l’antisémitisme, le droit à l’existence d’Israël et le traitement des incidents au sein des groupes parlementaires. Il est devenu l’enjeu d’un conflit entre les trois partis à la mi-octobre, avant que les pourparlers n’aboutissent le 17 octobre.
La traduction a été faite à partir du PDF d’origine, en allemand. Elle n’est pas officielle. Les termes allemands importants sont conservés entre parenthèses, et les choix de traduction délicats sont expliqués en fin de document.
Accord de Berlin (Berliner Vereinbarung) pour le lancement des pourparlers exploratoires (Sondierungen) entre Die Linke Berlin, Bündnis 90/Les Verts Berlin et le SPD Berlin
1. Berlin ensemble
Nous voulons une ville où toutes et tous puissent vivre en sécurité et montrer ouvertement leur foi et leur appartenance. En raison de notre histoire, nous portons une responsabilité particulière dans la protection de la vie juive en Allemagne. Nous protégeons la vie juive, renforçons le vivre-ensemble et nous engageons pour la paix et l’entente. Berlin a besoin d’une politique qui réunisse de nouveau notre ville. Les membres du Sénat ainsi que les titulaires de mandats et de fonctions de nos groupes parlementaires et de nos partis portent à cet égard une responsabilité particulière. Ils défendent une ville où la violence et la terreur ne sont ni glorifiées ni relativisées, où le droit à l’existence d’Israël n’est pas remis en question et où aucune forme d’antisémitisme n’a sa place. Toutes les personnes qui assument une responsabilité pour nous le garantissent, tant à la Chambre des députés (Abgeordnetenhaus) qu’au Sénat.
2. Maintenir vivante la mémoire
Berlin assume la responsabilité de la persécution, de la privation de droits et de l’assassinat de six millions de Juives et de Juifs européens dans la Shoah, perpétrés par l’Allemagne. Nous maintenons vivant le souvenir, rendons visibles les histoires de vie des Juives et des Juifs berlinois dans les lieux de mémoire, les lieux d’éducation et les quartiers populaires (Kieze), et les préservons pour les générations futures.
3. Renforcer la vie juive dans le présent
À Berlin, les Juives et les Juifs doivent pouvoir vivre leur religion, leur langue et leur appartenance en sécurité, de manière visible et autodéterminée. Nous renforçons et protégeons les institutions, soutenons les communautés juives, les initiatives, la culture, la science et la pratique religieuse. Les espaces juifs, les écoles et crèches, les locaux communautaires, les centres culturels et les lieux de rencontre doivent bénéficier d’un soutien fiable. Nous rendons les lieux et les fêtes juifs visibles dans la vie quotidienne et dans l’espace public urbain, et tenons compte des jours fériés et des manifestations juifs dans les établissements publics. Les personnes juives doivent pouvoir se déplacer partout dans l’espace public aussi naturellement que n’importe qui d’autre.
Nous nous opposons à un climat dans lequel des personnes sont mises à l’écart en raison de leur position politique ou de leur origine, réelles ou supposées. Les interdictions d’entrée, les désinvitations ou les slogans comme « No Zionists welcome » dans les bars, les clubs et d’autres lieux publics sont inacceptables. Ils stigmatisent des personnes comme indésirables, créent de l’intimidation et contribuent à la division.
Nous renforçons en outre les échanges internationaux ainsi que le soutien aux étudiant·es et aux acteurs et actrices culturel·les juifs et israélien·nes. Les coopérations scientifiques existantes entre les établissements d’enseignement supérieur et de recherche berlinois et israéliens sont poursuivies par nos soins.
4. Combattre l’antisémitisme
Nous nous opposons résolument à la violence, à l’incitation à la haine, aux récits conspirationnistes ainsi qu’à la négation et à la relativisation de la Shoah. Nous nommons clairement l’antisémitisme lié à Israël (israelbezogener Antisemitismus). Nous rejetons les appels généraux au boycott et les appels indifférenciés aux sanctions contre Israël, des institutions israéliennes ou des personnes, visant celles-ci uniquement en raison de leur nationalité, de leur origine ou de leur appartenance, comme la campagne BDS.
Nous renforçons la police et l’Office de protection de la Constitution (Verfassungsschutz) dans leur mission de protéger la vie juive à Berlin. Ils reçoivent l’équipement et l’expertise nécessaires pour détecter et combattre précocement les infractions et menaces antisémites. Nous garantissons de manière fiable et durable, à un niveau élevé, la protection physique des institutions et des communautés juives. Nous réexaminons en permanence les mesures de protection existantes en fonction de la situation de menace et les renforçons là où c’est nécessaire, en personnel, sur le plan technique et sur le plan de la construction, afin que les Juives et les Juifs puissent vivre en sécurité à Berlin.
5. Le droit à l’existence d’Israël
Le droit à l’existence d’Israël est pour nous non négociable (unverhandelbar). Nous condamnons sans équivoque le massacre commis le 7 octobre 2023 par le Hamas et d’autres groupes terroristes. Aujourd’hui encore, des personnes en Israël, ainsi que leurs proches à Berlin, vivent dans la peur d’attaques. Même une critique légitime des actes du gouvernement israélien à l’égard de la population palestinienne ne justifie aucun acte antisémite.
Nous nous prononçons pour une solution à deux États qui permette à la fois la sécurité d’Israël et l’autodétermination de la population palestinienne. Nous nommons clairement les violations du droit international et des droits humains. Nous voyons la souffrance, la détresse et la destruction auxquelles est exposée la population civile palestinienne à Gaza et en Cisjordanie. À Berlin aussi, la peur pour les proches et des débats envenimés marquent la coexistence.
6. Rendre la responsabilité contraignante
Nous renforçons la prévention, l’éducation, le conseil, la documentation et les poursuites pénales. Nous soutenons durablement les organisations juives d’auto-organisation et les projets de rencontre. Nous renforçons la prévention de l’antisémitisme à l’école, dans la formation continue des enseignant·es et dans le travail avec la jeunesse. Nous finançons durablement les lieux de mémoire et les projets de commémoration berlinois. Nous développons des structures de conseil, d’information et de signalement afin que les personnes concernées reçoivent un soutien, que les incidents antisémites deviennent visibles et que nous puissions y répondre efficacement.
Nous garantissons des concepts de protection dans tous les établissements d’enseignement supérieur berlinois, ainsi qu’un conseil pour les étudiant·es juifs et juives. Nous attendons d’eux qu’ils appliquent systématiquement le règlement intérieur (Hausrecht), tout en préservant la liberté académique (Wissenschaftsfreiheit). La base de travail (Arbeitsgrundlage) fixée dans le concept berlinois pour le développement de la prévention de l’antisémitisme (Berliner Landeskonzept zur Weiterentwicklung der Antisemitismusprävention : original ici, résumé en français ci-dessous, en Note 4) conserve sa validité. Elle reste la référence de l’action administrative et doit être appliquée au cas par cas en tenant compte des droits fondamentaux et du contexte. Nos autorités de sécurité continueront à combattre avec la plus grande fermeté le financement illégal de structures extrémistes et antisémites.
7. Responsabilité commune
Nous nous portons garants, en tant que partis et groupes parlementaires, des principes communs énumérés ci-dessus. En cas de manquement à ces principes, les groupes engagent chacun leurs propres procédures. Les règlements des trois partis et groupes prévoient des conséquences en la matière, pouvant aller jusqu’à l’exclusion de membres. Dans de tels cas, le groupe concerné informe les partenaires de coalition. Il décide des conséquences sous sa propre responsabilité et communique sa décision de manière transparente.
Nous traitons ensemble les incidents antisémites survenant dans les rangs des groupes de la coalition. À la demande d’au moins une ou un des PGF (Parlamentarische Geschäftsführer·innen, voir notes de traduction) des groupes qui soutiennent le gouvernement, les trois PGF convoquent, pour une qualification d’ordre professionnel de l’incident, un comité de trois expert·es dotés d’une compétence particulière et issus de la société civile berlinoise (Berliner Stadtgesellschaft). Ce comité évalue l’incident. Les trois expert·es sont désignés par consensus avant l’adoption du contrat de coalition. Sur la base de cette évaluation, le groupe concerné décide, conformément à ses statuts (Satzung), des conséquences, pouvant aller jusqu’à l’exclusion.
Nous ne soutenons que les manifestations, organisations et coopérations qui renforcent l’entente et la coexistence pacifique. En revanche, nous excluons résolument toute coopération avec des organisations et des acteurs qui diffusent l’antisémitisme, glorifient la violence ou alimentent davantage la spirale de la violence. Cela vaut aussi pour les apparitions publiques communes.
8. Réunir Berlin
Berlin est une ville de diversité. Des personnes d’origines, de religions, de cultures et de modes de vie différents marquent notre ville. C’est ici que vivent le plus de Juives et de Juifs d’Allemagne ; Berlin abrite la plus grande communauté juive du pays et la plus grande communauté palestinienne d’Europe. La vie juive, musulmane et palestinienne fait naturellement partie de Berlin. Nous sommes en échange régulier avec des organisations juives et musulmanes et prenons au sérieux leurs attentes et leurs perspectives. Même face aux conflits non résolus du présent, nous voulons créer de la confiance, maintenir vivante la mémoire et construire un avenir commun.
Nous visons à compléter la Constitution de Berlin, sur le modèle du Brandebourg, en y inscrivant la protection contre l’antisémitisme, l’antitsiganisme, le racisme et d’autres formes d’hostilité envers des groupes (gruppenbezogene Menschenfeindlichkeit). Nous soumettrons une proposition à cet effet à la Chambre des députés.
Berlin, le 8 octobre 2026
Note 1 : chronologie
Les pourparlers exploratoires se sont conclus samedi 17 octobre par un accord sur un document de synthèse intitulé « Mehr gemeinsam, mehr Berlin » [original ici ; traduction française ici). Les instances des trois partis doivent encore valider l’ouverture des négociations de coalition. Les événements vont du plus ancien au plus récent ; toutes les dates sont de 2026. Les personnes citées sont présentées dans la note 2.
Début sept. – Le parquet de Hanovre ouvre une enquête visant Steffen Krach, avant l’élection.
20 sept. – Élections au Abgeordnetenhaus : la Linke arrive en tête avec 25,7 % des voix (47 sièges sur 158), devant la CDU (18,8), l’AfD (16,3), les Verts (14,3) et le SPD (12,1).
Début oct. – Une première rencontre à trois, destinée à écarter à l’avance les sujets de discorde, reste sans résultat.
Jeudi 8 oct. – Signature de la Vereinbarung ; début des pourparlers exploratoires.
9–12 oct. – Environ 120 membres et élus de la Linke critiquent publiquement la Vereinbarung. La communauté juive de Berlin se montre sceptique : son président juge le papier peu contraignant, et près de 400 Juives et Juifs berlinois signent une lettre ouverte.
13–14 oct. – Lors de la séance constitutive du groupe Linke, les 44 députés présents signent une déclaration propre contre l’antisémitisme, dont Vanessa Emde. SPD et Verts suspendent alors les pourparlers. Les sources situent la suspension tantôt mardi soir, tantôt mercredi.
Mercredi 14 oct., soir – Les trois partis s’entendent pour reprendre. Steffen Krach (SPD) déclare que la déclaration commune du 8 octobre reste valable, et Elif Eralp (Linke) confirme qu’elle sera inscrite dans le contrat de coalition. Eralp parle de « malentendus levés ».
Jeudi 15 oct. – Reprise des pourparlers au Haus der Statistik, à Berlin-Mitte, avec le budget, la socialisation et la famille à l’ordre du jour.
Jeudi 15 oct., soir – Vanessa Emde publie une vidéo Instagram de trois minutes. Elle y répète qu’il n’existe « pas de droit à l’existence pour les États », se plaint d’une « contrainte de profession de foi » imposée par le SPD et les Verts, et parle d’un « théâtre de boulevard » orchestré par ces deux partis avec les grands médias. Elle qualifie son admission dans le groupe de « petit gain de terrain contre la raison d’État ». La direction du groupe Linke prend ensuite ses distances avec elle.
Ven. 16 oct. – Après une nouvelle réunion de crise, la direction du groupe Linke indique qu’il n’existe plus de « base de travail commune » avec Vanessa Emde.
Sam. 17 oct. – Les trois partis annoncent la fin des pourparlers exploratoires et présentent un document d’une trentaine de pages. Principaux points : socialisation des groupes immobiliers détenant plus de 10 000 logements (environ 160 000 logements concernés), indemnisation plafonnée à 16 milliards d’euros, exemption des logements construits depuis 2021, projet de loi attendu mi-2028 ; au moins 400 millions d’euros de recettes supplémentaires par an ; pas de réduction des effectifs de la police. Eralp affirme que les accords conclus en amont sur l’antisémitisme « seront mis en œuvre ». Le chef de la CDU berlinoise, Stefan Evers, parle d’une « rupture de digue » (Dammbruch) ; le chancelier Merz avait demandé le jour même l’arrêt des pourparlers.
Lundi 19 oct. (prévu) – Les Verts réunissent leur petit congrès (Landesausschuss, 49 délégués) pour décider d’ouvrir les négociations. Le comité directeur régional du SPD (Landesvorstand) doit se prononcer le même jour, et celui de la Linke débattre du texte.
Sam. 31 oct. (prévu) – Congrès de la Linke, qui doit décider d’ouvrir ou non les négociations de coalition. Il n’a pas pu être avancé, en raison de délais à respecter et des vacances scolaires.
Début nov. (prévu) – Si les trois partis donnent leur feu vert, les négociations de coalition s’ouvriraient après les vacances d’automne berlinoises. Elif Eralp vise un gouvernement en place pour le changement d’année.
Ce que ces événements ont en commun : chaque camp doit montrer à sa propre base qu’il ne cède pas. Les Verts et le SPD sont aussi soumis à des pressions extérieures, notamment de la CDU et du chancelier Merz (voir note 2).
Note 2 : qui est qui
Deux personnes concentrent la querelle : Vanessa Emde (Linke), dont l’appartenance au groupe est contestée par le SPD et les Verts, et Steffen Krach (SPD), principal négociateur d’un parti arrivé loin derrière la Linke. Les autres figures sont présentées ensuite. Pour chaque personne : Qui indique sa fonction, Rôle sa place dans l’affaire.
Vanessa Emde. Qui : Députée Linke au Abgeordnetenhaus, 45 ans, élue directement dans le nord de Neukölln avec 46,2 % des premières voix. Metteuse en scène et autrice. Membre de la Linke depuis 2022, cofondatrice du groupe de travail « Solidarité avec la Palestine » de l’arrondissement. La presse la rattache au réseau trotskiste Marx21. Rôle : Figure centrale du conflit. En mai 2026, elle a déclaré qu’il n’y a pas de droit à l’existence pour les États, mais pour les personnes, et défend un État unique démocratique. Elle rejette l’étiquette d’antisémite et juge le Verfassungsschutz non légitime pour désigner des alliés. Selon la taz, elle qualifie aussi la guerre de Gaza de génocide. Des élus Linke ont envisagé de l’exclure du groupe, mais elle y a été admise. Le 16 octobre, la direction du groupe a indiqué qu’il n’existait plus de « base de travail commune » avec elle ; la suite relève des instances du parti.
Steffen Krach. Qui : Né en 1979. Co-président du SPD Berlin depuis mai 2026 (avec Bettina König) et tête de liste du parti. Ancien secrétaire d’État à la Science de Berlin (2014–2021), puis président de la Région de Hanovre. Rôle : Principal négociateur du SPD. Opposé jusque-là à la socialisation des grands parcs immobiliers ; le 17 octobre, il a accepté un compromis (seuil de 10 000 logements) tout en disant maintenir sa position personnelle. Visé par une enquête du parquet de Hanovre, liée selon lui à la vente d’un site d’une clinique de la Région dont il présidait le conseil de surveillance. Il parle d’accusations infondées ; une enquête n’est ni une mise en accusation ni une condamnation.
Elif Eralp. Qui : Née en 1981 à Munich, juriste, députée depuis 2021, tête de liste de la Linke et candidate à la mairie de Berlin. Présentée par la presse comme présidente du groupe Linke. Rôle : Négociatrice en chef de la Linke. Défend l’accord sur l’antisémitisme face à sa base et annonce qu’un congrès du parti tranchera, le 31 octobre. A présenté le document du 17 octobre aux côtés de Krach et de Graf.
Tobias Schulze. Qui : Co-président du groupe Linke au Abgeordnetenhaus depuis 2024. Rôle : A négocié la Vereinbarung ; a essuyé la colère de militants. Après la vidéo d’Emde, il déclare que le groupe s’est constitué avec une députée qui ne coopère avec le parti à aucun niveau.
Ines Schwerdtner. Qui : Née en 1989, présidente fédérale de la Linke depuis 2024 (réélue en juin 2026), ancienne rédactrice en chef de Jacobin Allemagne. Rôle : Intervient depuis la direction nationale : défend le texte du groupe comme « pratiquement identique » à l’accord et refuse que d’autres partis dictent qui reste dans le groupe. Le 17 octobre, à Hagen, elle a dénoncé une « campagne de haine » et une instrumentalisation de l’antisémitisme contre son parti, et repris la qualification de génocide pour la guerre de Gaza (dpa).
Werner Graf. Qui : Né en 1980, co-président du groupe Verts, tête de liste et candidat à la mairie. Rôle : Négociateur des Verts. Les Verts ont posé l’accord sur l’antisémitisme comme condition préalable. Le 17 octobre, il a dit pouvoir recommander « en toute conscience » l’ouverture des négociations à son parti.
Bettina Jarasch. Qui : Co-présidente du groupe Verts, ancienne candidate à la mairie. Rôle : Autre figure verte du dossier.
Felix Banaszak et Franziska Brantner. Qui : Co-présidents fédéraux des Verts. Rôle : Banaszak a reconnu ne pas avoir siégé à la table de négociation ; Brantner a reproché à la Linke de ne pas avoir respecté l’accord.
Katharina Dröge. Qui : Co-présidente du groupe des Verts au Bundestag. Rôle : Avait dit s’attendre à ce qu’Emde ne siège pas dans le groupe Linke.
Bettina König. Qui : Co-présidente du SPD Berlin, avec Krach. Rôle : Participe aux entretiens.
Franziska Giffey. Qui : SPD, ancienne maire de Berlin. Rôle : A exprimé sa solidarité avec Krach après l’ouverture de l’enquête.
Hakan Demir. Qui : Député SPD au Bundestag, élu à Neukölln. Rôle : Se dit ouvert à la socialisation comme instrument, et juge fausse et juridiquement douteuse une interdiction par le droit fédéral : exemple de divisions internes au SPD.
Stefan Evers. Qui : Président de la CDU berlinoise, sénateur des Finances et tête de liste. Rôle : A tendu la main au SPD et aux Verts en estimant que la Linke avait rompu un consensus. Le 17 octobre, il a qualifié le document de « capitulation » du SPD et des Verts devant une Linke « radicale, en partie antisémite », et critiqué ses mesures sur le logement et le budget.
Friedrich Merz. Qui : Chancelier fédéral (CDU). Rôle : A exhorté SPD et Verts à renoncer à une coalition avec la Linke, qualifiée de « parti d’extrême gauche ». Le 17 octobre, il a de nouveau demandé l’arrêt des pourparlers ; Krach lui a répondu de d’abord mettre de l’ordre dans son propre gouvernement et son propre parti.
Gideon Joffe. Qui : Président de la communauté juive de Berlin. Rôle : Juge le papier peu contraignant (« le papier est patient »).
Ces descriptions reprennent des articles de presse et des notices Wikipédia. Les qualifications politiques d’Emde (« anti-israélienne », « Marx21 ») sont celles de médias, pas des faits établis ; elle les conteste.
Note 3 : ce que le texte dit, et les points litigieux
Le texte ne nomme personne et n’impose aucune exclusion automatique : le désaccord sur Vanessa Emde ne se tranche donc pas avec la Vereinbarung seule.
Le mécanisme de l’article 7. En cas d’incident antisémite dans une fraction de la coalition, un comité de trois expert·es peut être convoqué à la demande d’au moins un·e des responsables parlementaires (PGF). Il évalue l’incident, mais c’est la fraction concernée qui décide des conséquences, « jusqu’à l’exclusion », selon ses propres statuts. Le texte vise l’avenir : il parle des manquements aux principes communs, pas de cas précis.
L’exclusion d’Emde : accord ou non ? Les Verts affirment qu’elle avait été convenue avant le début des pourparlers. La Linke répond que l’accord de la semaine précédente reste valable et qu’elle n’exclura personne à la demande d’autres partis. Aucun compte rendu n’a été publié ; si un accord de ce type a existé, il n’est pas dans le texte et relèverait d’un engagement oral ou annexe. Felix Banaszak (Verts) a reconnu ne pas avoir été à la table de négociation. Le 17 octobre, Eralp a redit qu’il n’existe pas de « base de travail commune » avec Emde et que les instances du parti décideraient de la suite ; je n’ai pas trouvé d’annonce d’exclusion.
Deux textes. La déclaration signée par le groupe Die Linke diffère de la Vereinbarung : elle ne reprend pas le comité de trois experts, ni la formule selon laquelle le droit à l’existence d’Israël est « non négociable » (point 5), et elle affirme que la protection de la vie juive ne doit pas dépendre exclusivement de l’existence ou de la politique d’un État. Ines Schwerdtner juge les deux textes « pratiquement identiques ». Depuis le 14 octobre, les trois partis indiquent que la déclaration commune du 8 octobre fait foi et sera reprise dans le contrat de coalition. Le 17 octobre, Eralp a redit que les accords conclus en amont sur l’antisémitisme seraient appliqués.
Après la vidéo d’Emde. Elle a signé la déclaration du groupe, puis a répété publiquement sa position sur le droit à l’existence des États. La direction du groupe a pris ses distances et, le 16 octobre, a déclaré qu’il n’y avait plus de « base de travail commune » avec elle ; nous n’avons pas trouvé d’annonce de sanction ni d’exclusion à ce stade. Pour les Verts et le SPD, ce rebondissement confirme leurs réserves. Emde, elle, dénonce une mise en scène contre elle.
Le logement, au second plan mais décisif. La Linke voulait socialiser les grandes entreprises possédant plus de 3 000 logements (seuil du référendum de 2021) ; les Verts y étaient favorables ; le SPD de Krach s’y opposait. Le 17 octobre, les trois partis ont trouvé un compromis : socialisation à partir de 10 000 logements (environ 160 000 logements, contre 243 000 avec le seuil de 2021), indemnisation plafonnée à 16 milliards d’euros, exemption des logements construits depuis 2021 et des coopératives, projet de loi présenté à la Chambre des députés mi-2028 sur la base de l’article 15 de la Loi fondamentale, entrée en vigueur au plus tôt un an plus tard. Eralp s’attend à des recours jusqu’à la Cour constitutionnelle fédérale. L’initiative « Deutsche Wohnen & Co. enteignen » [Exproprier Deutsche Wohnen & Co.] salue le principe, mais estime que le texte s’écarte de ce que les Berlinois ont voté en 2021. Au niveau fédéral, une loi-cadre de socialisation, votée en mars 2026 par la coalition CDU/SPD, n’entre en vigueur qu’en 2028 et ne socialise rien en elle-même ; en juillet 2026, CDU, CSU et SPD ont convenu d’exclure par le droit fédéral les socialisations de logements locatifs privés par des lois régionales, ce qui entrerait en conflit avec le compromis berlinois si ce projet aboutit.
Deux lectures de la querelle. Pour les Verts et le SPD, la Linke a failli à un engagement sur l’antisémitisme, et l’accord de départ est une condition légitime. Pour des voix de gauche, dont un commentaire de Loren Balhorn dans Jacobin (14 octobre), la condition équivaut à une auto-accusation, imposée par des partis battus, avant le débat sur le logement. Les éléments publics ne permettent pas de trancher sur les intentions de chacun.
Note 4 : Le « concept berlinois » pour le développement de la prévention de l’antisémitisme » [Berliner Landeskonzept zur Weiterentwicklung der Antisemitismus-Prävention (Sénat de Berlin, 13 mars 2019)]
Nature du document. Ce texte de 63 pages comprend deux volets : une stratégie (p. 3-30), puis un catalogue de mesures des administrations du Sénat et des arrondissements. Il prolonge la résolution de la Chambre des députés du 31 mai 2018 « Gegen jeden Antisemitismus! ». Résumé ci-dessous [traduction intégrale du document ici]
Principes. L’antisémitisme est une tâche transversale pour toutes les institutions, quelle que soit l’origine des auteurs. Le Sénat parle de « concepts apprenants », révisés régulièrement. Berlin se dit solidaire d’Israël, affirme son droit à l’existence et à l’autodéfense, rejette les boycotts de type BDS et refuse locaux et subventions aux organisations qui délégitiment Israël comme État juif.
Définition de référence. La définition de travail de l’IHRA, dans sa version élargie par le gouvernement fédéral, fonde l’action administrative et la formation des agents publics. Les services doivent rédiger des guides d’application avec la société civile et les organisations juives.
Pilotage. La coordination revient à l’administration sénatoriale de la Justice et de l’Antidiscrimination. Un·e interlocuteur·rice du Land à plein temps sera nommé·e. Cette personne assurera :
- la liaison avec l’État fédéral et les arrondissements ;
- l’animation d’un cercle d’experts ;
- un bilan annuel des données (police, parquet, écoles, RIAS) ;
- un rapport tous les trois ans.
Cinq champs d’action
- Éducation et jeunesse : équipes de conseil pour crèches et jeunesse prévues dès 2020, prévention de la radicalisation en ligne, formation des enseignants, visites de lieux de mémoire, centre de conseil aux écoles, intervention en cas d’incident.
- Justice et sécurité : référent antisémitisme au parquet général, formations des policiers et magistrats, encadrement des symboles antisémites en manifestation (Al-Quds-Tag, examen de restrictions pour les rassemblements BDS), meilleure statistique, veille en ligne, protection des sites juifs.
- Culture : soutien aux mémoriaux, musées et à la culture juive ; clause de non-discrimination dans les subventions ; dialogue interreligieux, notamment judéo-musulman.
- Sciences : antisémitisme comme thème transversal de la formation des enseignants ; centre de recherche de la TU Berlin ; soutien envisagé à des archives et à une chaire ; autonomie des universités rappelée.
- Antidiscrimination et victimes : programme régional « Demokratie. Vielfalt. Respekt. » (évaluation en 2019), signalements via RIAS et « Berlin-Monitor », conseil spécialisé, alliances judéo-musulmanes, initiative au Bundesrat pour réformer la loi générale sur l’égalité de traitement.
Limites. Beaucoup d’engagements dépendent des « moyens disponibles ». Le financement détaillé renvoie à une réponse parlementaire séparée. Le texte admet lui-même que les efforts actuels ne suffisent pas.
Notes de traduction
Sondierungen → pourparlers exploratoires. Étape qui précède les négociations de coalition (Koalitionsverhandlungen).
Abgeordnetenhaus → Chambre des députés. Parlement régional de Berlin.
Fraktion → groupe parlementaire. Selon le contexte, « groupe » seul.
PGF (Parlamentarische Geschäftsführer·in) → responsable parlementaire du groupe. Chargé·e de l’organisation du travail du groupe ; abréviation conservée.
unverhandelbar → non négociable. Au point 5, le titre et la première phrase se lisent d’un seul tenant dans l’original (« Das Existenzrecht Israels ist für uns unverhandelbar »).
Landeskonzept / Arbeitsgrundlage → concept régional / base de travail. Le texte ne cite pas la définition IHRA.
Hausrecht → Règlement intérieur
israelbezogener Antisemitismus → antisémitisme lié à Israël.
gruppenbezogene Menschenfeindlichkeit → hostilité envers des groupes. Concept sociologique allemand.
Antiziganismus → antitsiganisme.
Jüdinnen und Juden → Juives et Juifs. Les formes inclusives de l’original sont gardées (point médian).
Sources
Les développements ont été reconstitués à partir de la presse berlinoise et nationale, d’après les articles consultés les 17 et 18 octobre 2026. Ils évoluent d’heure en heure et méritent d’être revérifiés avant toute publication. Le document de synthèse du 17 octobre n’a pas pu être consulté directement : son contenu est rapporté d’après la presse.
• ZDF, fin des pourparlers et présentation du document (17 octobre)
• Tagesspiegel, liveblog du 17 octobre : présentation des résultats
• Tagesspiegel, synthèse et PDF du document
• Tagesspiegel, liveblog sur la reprise des pourparlers
• Handelsblatt, accord du 14 octobre
• Tagesspiegel/dpa, « Auf der Zielgeraden ? »
• ZDF, Verts et SPD suspendent les pourparlers
• ZDF, Schwerdtner sur le papier antisémitisme
• Tagesspiegel, deux déclarations comparées
• Berliner Zeitung, 120 critiques au sein de la Linke
• Tagesspiegel, profil de Vanessa Emde
• Tagesspiegel, la vidéo d’Emde
• t-online, la direction du groupe Linke se distancie
• Jüdische Allgemeine, Emde et le droit à l’existence d’Israël
• web.de, enquête visant Steffen Krach
• Stuttgarter Zeitung, élection de Schwerdtner et Van Aken
• ms-aktuell, socialisation et référendum
• klamm, proposition de référendum du SPD
NOMS MENTIONNÉS
Montaigne, Brantôme, Agrippa d’Aubigné, Ronsard, Steffen Krach, Vanessa Emde, Elif Eralp, Tobias Schulze, Ines Schwerdtner, Werner Graf, Bettina Jarasch, Felix Banaszak, Franziska Brantner, Katharina Dröge, Bettina König, Franziska Giffey, Hakan Demir, Stefan Evers, Friedrich Merz, Gideon Joffe, Loren Balhorn
