1 200 licenciements chez GSK : « Deux milliards d’euros de bénéfices et pourtant 15 % des employés sont licenciés »

Grand Angle
« La direction justifie sa décision par la volonté d’investir dans la recherche. Or, l’entreprise a réalisé un bénéfice de 2,4 milliards d’euros et versé 5,7 milliards d’euros de dividendes. Le capital de GSK Belgique s’élève actuellement à 10 milliards d’euros. Cet argument ne tient donc pas », déclare Nico Coopmans, représentant syndical de SETCa, au sujet des 1 200 suppressions de postes chez le géant pharmaceutique GSK.

Qu’est-ce que la société GSK ? Et que s’y passe-t-il actuellement ?

GSK est l’un des plus grands fabricants de vaccins au monde. Il est important de le souligner. En Belgique, environ 8 200 personnes travaillent pour GSK, réparties sur deux sites : Wavre et Rixensart. À Wavre, l’activité est principalement axée sur la production, tandis qu’à Rixensart, la recherche sur de nouveaux vaccins est menée en priorité. Voilà, en résumé, comment GSK est organisé en Belgique.

GSK a connu une forte croissance ces quinze dernières années. Cependant, ces dernières années, le discours a changé. L’entreprise a fusionné à plusieurs reprises, pour finalement être pleinement intégrée au groupe mondial GSK. Nous constatons un changement de cap au sein du groupe, qui se traduit par des décisions stratégiques pour le moins surprenantes. La décision annoncée hier prévoit la suppression de 1 217 emplois via un plan Renault. Telle est donc la nouvelle stratégie du groupe.

« En tant que représentants syndicaux, nous ne comprenons pas pleinement cette stratégie. Après tout, nous consultons régulièrement les chiffres financiers, et ils sont excellents. Les comptes annuels de l’entreprise montrent que GSK jouit d’une situation financière exceptionnellement solide. L’entreprise a réalisé un bénéfice de plus de deux milliards d’euros pendant deux années consécutives. Ce sont des bénéfices considérables. Et pourtant, aujourd’hui, elle souhaite licencier une part importante du personnel. »

Cela concerne 15 % des employés. La direction justifie cette mesure en expliquant vouloir réinvestir dans la recherche et le développement de nouveaux produits, et plus particulièrement dans la recherche et le développement (R&D). En tant que représentants syndicaux, nous avons du mal à comprendre ce raisonnement, car GSK dispose actuellement de ressources financières suffisantes.

À ces bénéfices s’ajoutent des dividendes. Je ne dispose du chiffre exact que pour 2025 : 5,7 milliards d’euros de dividendes ont été versés cette année-là.

Cela signifie que l’entreprise a réalisé un bénéfice de 2,4 milliards d’euros et a simultanément versé 5,7 milliards d’euros de dividendes. Elle a donc obtenu des fonds d’ailleurs, en puisant dans ses propres capitaux. L’entreprise dispose de capitaux importants lui permettant d’effectuer de tels versements de dividendes. Nous savons aujourd’hui que le capital de GSK Belgique s’élève toujours à 10 milliards d’euros. Dès lors, l’argument selon lequel les ressources allouées à la recherche seraient insuffisantes s’effondre à nos yeux.

Vous disposez de ces ressources et bénéficiez, de surcroît, du soutien de l’État : près de 500 millions d’euros de subventions lui sont octroyés. Il est donc illogique de prétendre vouloir investir dans la recherche tout en supprimant autant d’emplois pour la financer de cette manière.

Cela fait partie de l’histoire. De plus, il faut savoir qu’une part importante des répercussions de cette restructuration concerne Rixensart.

Rixensart est le principal centre de recherche et développement (R&D) de GSK pour les vaccins en Belgique. Par conséquent, le nombre de chercheurs sur ce site sera réduit. Nous estimons que cela concerne environ 30 % des effectifs de Rixensart.

Ce qui se passe ici est tellement incroyable et grave que même un groupe qui ne fait généralement pas grève a maintenant décidé de cesser le travail.

Nous ne comprenons donc pas. Pourquoi dit-on d’un côté : « Je veux investir dans la recherche », et de l’autre : « Je supprime environ 30 % des effectifs du centre de recherche » ? C’est là le cœur du problème.

Je ne retracerai pas l’histoire complète du site de Rixensart, mais si l’on s’intéresse à l’histoire récente, on constate qu’il y avait autrefois des unités de production. Celles-ci ont fermé il y a des années et les bâtiments ont été désaffectés. Ces dernières années, toute la hiérarchie et la direction opérationnelle de la recherche ont également quitté les lieux. Elles ont été remplacées par une direction de la recherche basée principalement aux États-Unis ou en Italie.

Cela signifie que Rixensart n’est plus vraiment le centre de recherche qu’il était. À notre avis, les conséquences sur l’emploi sont directement liées à cette situation. Les employés de Rixensart sont donc doublement, voire triplement, touchés.

Tout d’abord, la production à Rixensart a été arrêtée. Ensuite, toutes les activités de recherche sont progressivement supprimées. Et après cela, il ne restera absolument plus rien. C’est aussi pourquoi les employés de Rixensart sont particulièrement motivés, mais aussi extrêmement déçus et furieux de ce qu’on leur annonce.

Les employés ne comprennent pas. Nous avons vu des employés des trois catégories de personnel rassemblés devant l’entreprise. C’est tout à fait exceptionnel et mérite d’être souligné. Il y avait des employés de bureau, des ouvriers et des cadres. Certains cadres se sont mis en grève pour la première fois de leur vie. C’est un signal fort. Ce qui se passe ici est tellement incroyable et grave que même un groupe qui ne fait généralement pas grève a maintenant partiellement décidé de cesser le travail.

Cela donne une idée du sentiment général. Par ailleurs, un autre chiffre mérite d’être mentionné. Nous avons accès aux données sur l’emploi examinées en comité d’entreprise, et celles-ci montrent que l’effectif total a déjà diminué de 450 personnes au cours de l’année écoulée. Pour ce faire, nous comparons la période d’août 2025 à août 2026. L’effectif a donc déjà diminué durant cette période.

Cela concerne les personnes qui quittent progressivement l’entreprise, par exemple parce qu’elles prennent leur retraite, ou les employés dont les contrats temporaires ne sont pas renouvelés.

Cela signifie que de nombreux emplois ont déjà disparu en un an. À cela s’ajoute le projet de licenciement de 1 200 employés dans le cadre du plan Renault. Ces mesures illustrent l’ampleur des suppressions d’emplois actuellement en cours chez GSK.

Comme vous l’avez dit, l’entreprise engrange des milliards de bénéfices tout en percevant des centaines de millions d’euros de subventions publiques. Or, elle déploie une stratégie internationale. À votre avis, quelle est la véritable raison de cette stratégie ? Que signifie-t-elle, compte tenu des milliards de bénéfices réalisés par l’entreprise ?

Nous pensons que GSK est en train de modifier son modèle commercial pour les vaccins. Il est important que le public comprenne ce qu’implique ce nouveau modèle et en tire des enseignements.

Mais c’est là le message essentiel : un changement de modèle économique est en cours, et il ne profite pas aux employés. Il entraîne des licenciements. De plus, la situation actuelle n’a jamais atteint une telle ampleur.

La réaction des employés est également sans précédent. Nous n’avons jamais vu une telle mobilisation sur nos sites. Le fait que tant d’employés se rassemblent à l’extérieur, devant les portes d’entrée de l’entreprise, est aussi une première.

Comment s’est déroulée la communication entre le conseil d’administration, les syndicats et les employés ?

La procédure a été assez classique. La direction a convoqué une réunion extraordinaire du comité d’entreprise. Des rumeurs circulaient déjà, mais il est important de remettre les événements dans leur ordre chronologique.

En juillet, le PDG a annoncé son intention de mettre en œuvre un plan de simplification, comme il aime à le qualifier, afin de dégager des ressources à investir dans la recherche. Cette annonce émanait du PDG de GSK à l’échelle mondiale.

Suite à cela, deux annonces de restructurations ont déjà été faites sur d’autres sites, avant même que ce soit au tour de la Belgique.

Il s’agit en réalité d’une stratégie globale

Le premier incident concernait le site de production de vaccins contre la grippe à Dresde, en Allemagne. Il a été annoncé que le site allait fermer. Il reste environ un an pour mener à bien une campagne de production de vaccins, après quoi il devra fermer définitivement. Cette fermeture entraînera la perte d’emploi de 650 personnes.

Par ailleurs, un deuxième site à Poznań va entraîner la perte d’emploi d’environ 500 employés, principalement dans le secteur informatique.

Nous sommes donc, pour ainsi dire, le troisième site pour lequel une restructuration a été annoncée. Nous pensons que d’autres suivront. Les sites de Saint-Amand, en France, pourraient également être concernés. Nous sommes donc convaincus que d’autres suivront notre exemple. Il s’agit bel et bien d’une stratégie globale.

Quelle est donc votre principale revendication ? Qu’attendez-vous de l’entreprise à présent ?

Nous espérons que des solutions seront trouvées pour limiter l’impact de cette restructuration. Nous sommes quelque peu déçus aujourd’hui, car nous ne pensons pas pouvoir préserver ces 1 200 emplois. Néanmoins, nous croyons pouvoir en récupérer une grande partie.

Nous allons explorer différentes pistes pour y parvenir. Une première possibilité serait de réinternaliser certaines activités actuellement externalisées.

Par ailleurs, nous pouvons examiner s’il est possible d’ajuster légèrement les types de produits sur lesquels nous travaillons, notamment en matière de recherche et développement. Nous ne devrions donc pas nous concentrer exclusivement sur les vaccins, mais aussi investir davantage dans les médicaments, qu’il s’agisse de petites ou de grandes molécules.

Il semble que de nombreux projets soient en cours pour ce type de produits, bien plus que pour les vaccins. On peut faire un parallèle avec l’industrie automobile : « Nous avons un modèle, mais nous voulons en développer un autre. » Nous souhaitons adopter une approche similaire. Assurons-nous que nos équipes de R&D, en collaboration avec nos experts, développent d’abord des projets pour de nouvelles molécules, puis tentent de produire ces produits dans nos propres installations.

Pouvons-nous limiter autant que possible l’impact de cette restructuration sur les employés ?

En définitive, c’est précisément cette intégration qui a fait la force du site belge. Nous y menions des activités de recherche et développement, de contrôle qualité, de production et d’activités cliniques.

L’ensemble de ces activités nous a permis de commercialiser de nombreux vaccins au cours des vingt dernières années. C’était notre force, et c’est ce qui nous a valu une renommée mondiale. Nous étions, en quelque sorte, le plus grand centre intégrant toutes les activités, du développement à la production.

C’est pourquoi nous proposons d’appliquer cette approche aux médicaments. Nous pourrions ainsi créer de nouvelles perspectives de carrière dans le domaine pharmaceutique, et non plus seulement dans celui des vaccins. Nous sommes ouverts à cette possibilité.

Notre première revendication est donc la suivante : pouvons-nous limiter au maximum l’impact de cette restructuration sur les salariés ? Ensuite, en fonction des résultats, nous envisagerons la suite des opérations.

Organisez-vous actuellement des actions de mobilisation contre les licenciements ? Quel est le programme et comment peut-on vous soutenir ? Quelles sont les prochaines étapes ?

« Nous souhaitons vraiment agir de concert avec les employés et avancer ensemble. Aujourd’hui, nous avons organisé une première action, qui a été couronnée de succès. Il était important d’obtenir ce succès, car grâce à cette mobilisation initiale, nous pourrons rencontrer la direction pour la première fois demain. Nous nous sentons renforcés par le mandat des employés : ils nous soutiennent, nous les soutenons et nous formons un front uni. Nous tenons absolument à préserver cette unité. »

Pour nous, cette unité est la clé de bonnes négociations. Nous devons être en mesure de représenter les travailleurs comme des acteurs à part entière de la lutte.

Nous n’avons pas encore déterminé aujourd’hui avec précision les mesures que nous prendrons. Il est encore un peu tôt pour cela. Nous réfléchissons actuellement à la manière de mobiliser nos employés de façon réfléchie, au moment où nous aurons le plus besoin d’eux.

On pourrait qualifier l’action d’aujourd’hui de répétition générale. Nous voulions vérifier si nous avions suffisamment de personnes prêtes à se joindre à nous dans ce combat. Nous avons même dû freiner certains ardeurs, car ils voulaient aller plus loin. Mais nous avons dit : non, veillons à travailler efficacement. Aujourd’hui, nous franchissons une première étape et nous constatons qu’elle a porté ses fruits. Tout le monde est satisfait du résultat de cette mobilisation.

Dans la période à venir, nous examinerons ensuite les moyens les plus efficaces pour maintenir la pression sur la direction et disposer des leviers adéquats lors des négociations.

Isa Tomasevic, 15 octobre 2026.

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Illustration : ACVBIE – CSCBIE


By De Wereld Morgen

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