La rébellion des Zanj (869-883)

Les Zanj sont les esclaves africains raflés sur la côte orientale de l’Afrique, appelée Zangebar[1] (= « Terre des Noirs ») par les navigateurs persans, ou « Côte des Zanj » (« Côte des Noirs ») ou encore côte swahilie par les Arabes. Elle s’étend sur quelque 3000 km où ceux-ci édifièrent de nombreux comptoirs et cités-états (voir carte).

Les Zanj furent aussi affectés au travail dans le sud marécageux de la Mésopotamie[2], où un système hydraulique permettant des plantations de sucre et de coton[3]. Quoique principalement centré sur la sphère domestique, l’esclavage arabe utilisait aussi des esclaves dans des secteurs comme les plantations – ou les mines -, où les conditions de travail étaient particulièrement pénibles. Les Zanj furent notamment chargés de réhabiliter les sols marécageux du Chatt-al-Arab[4].

POUR lance un “Dossier décolonisation” au sein duquel nous analyserons, durant plusieurs mois, le fonctionnement de nos sociétés occidentales sous le prisme décolonial. Chaque mercredi, nous vous proposerons un nouvel article ou vidéo qui participera à approfondir ce sujet plus que jamais d’actualité.

[1] Zanjebar a donné son nom à l’archipel de Zanzibar, mais aussi au gingembre
[2] Et de l’actuelle province iranienne du Khouzistan qui faisait à l’époque partie du Califat
[3] Gabriel Martinez-Gros, in L’Histoire, n°415, septembre 2015
[4] Le confluent du Tigre et de l’Euphrate, de Bassorah/Basra au golfe Persique, quelque 50 km plus au Sud
[5] Robert Caputo, Swahili Coast. East Africa’s Ancient Crossroads, in National Geographic, octobre 2001
[6] La dynastie califale arabe des Abbassides régna de 750 à 1258. Elle succéda à celle des Omeyyades (661-750)
[7] Samarra, ville aujourd’hui irakienne, à 125 km au nord de Bagdad, fut un temps capitale du Califat abbasside
[8] Les Saffarides se rendirent maîtres, entre 861 et 1003, de plusieurs provinces dans l’est de l’Iran et marchèrent sur Bagdad en 876.. Leur capitale, Zarandj état située dans l’actuel Afghanistan. Les Toulounides régnèrent sur l’Egypte de 868 à 905, et, à partir de 878, sur la Palestine et la Syrie
[9] Les kharijites, les « sortants », furent les premiers schismatiques de l’islam. Partisans d’Ali, le gendre du Prophète, dans le conflit pour la succession qu’il menait contre Mu’awiya, futur fondateur de la dynastie omeyyade, ils désertèrent le camp d’Ali lorsque celui-ci accepta un compromis avec ses adversaires (L’Arbitrage de Siffin, 657). C’est d’ailleurs un kharijite qui assassina Ali en 661. Le kharijisme se diffusera en Arabie centrale, au Yémen, dans le Sud de l’Irak et à Oman, mais connaîtra son apogée au Maghreb, où il exprimera la révolte des Berbères contre le califat omeyyade : des dynasties berbères kharijites régnèrent, comme les Rustémides sur l’actuelle Algérie de 761 à 909. Le kharijisme déclinera après le XIIe siècle: les kharijites se replieront en petites communautés. On les retrouve aujourd’hui à Oman, où ils forment sous le nom d’ibadites (60% de la population) ainsi qu’au Maghreb (région du M’zab en Algérie, de Djerba en Tunisie, dans le nord-ouest de la Libye). Les caractéristiques principales du kharijisme sont le rigorisme moral et religieux: retour à la simplicité, à l’égalitarisme et à l’authenticité des premiers temps de l’islam, aspiration à une communauté juste, fusion du temporel et du spirituel, égalitarisme


By Paul Delmotte

Professeur de Politique internationale, d'Histoire contemporaine et titulaire d'un cours sur le Monde arabe à l'IHECS, animé un séminaire sur le conflit israélo-palestinien à l'ULB. Retraité en 2014.