L’éléphant était dans la pièce

1er épisode 

SOMMAIRE DE L’ARTICLE

1 – À l’assaut des comptes consolidés

78.437.000 euros à l’actif du bilan, soit près de 25% du total de l’actif, sous un libellé certes un peu obscur « Droits d’utilisation locatifs »
Quand on consulte le bilan consolidé 2022 du groupe Hopps, un chiffre saute aux yeux, même à ceux du profane : 78.437.000 euros à l’actif du bilan, soit près de 25% du total de l’actif, sous un libellé certes un peu obscur « Droits d’utilisation locatifs » . Bon d’accord, se dit le profane, c’est pas clair, mais on dit bien qu’il s’agit de droits, donc c’est quand même rassurant. Et puis en déplaçant son œil sur la droite, notre profane tombe sur la même rubrique à propos de l’année 2021. Et là ces droits s’élèvent à 67.207.000 euros. Bien se dit-il ! Les droits ont augmenté de près de 17% en seulement un an. Encore plus rassurant !

Passé le moment d’excitation, le profane, toujours le même, déplace alors son œil vers le bas, ce qui le conduit au passif du bilan consolidé. Il pense, sans en être sûr, comprendre à peu près les rubriques comptables détaillant le passif, mais il bute vraiment sur deux d’entre elles. En effet, dans ce que les comptables dénomment « Passifs non courants », il  s’interroge sur une rubrique intitulée « Obligations locatives à long terme »  qui s’élève à 68.195.000 euros à fin 2022 contre 61.068.000 euros à fin 2021. Tiens, se dit-il. Ca augmente aussi, mais là, c’est du passif !  Un peu échaudé, il poursuit sa lecture du passif et voilà qu’il trouve dans ce qui est dénommé « Passifs courants », cette même rubrique cette même rubrique « Obligations locatives » sauf qu’il est précisé que ces obligations sont « à court terme ».  Les montants sont loin d’être négligeables : 19.788.000 euros à fin 2022 contre 13.862.000 euros à fin 2021. Zut alors ! Ca augmente aussi ! de près de 43% en plus !

C’est quand même 28% du total du passif à fin 2022 contre 14,1% à fin 2021.
Au total, long terme plus court terme, il constate que ça pèse vraiment très lourd : 87.983.000 euros à fin 2022 contre 74.930.000 euros à fin 2021, en augmentation de 17,4%. C’est quand même 28% du total du passif à fin 2022 contre 14,1% à fin 2021.

En proie à l’inquiétude, se disant que les deux seuls rubriques comptables qui lui paraissent vraiment inintelligibles sont ces «Droits d’utilisation locatifs »  à l’actif et ces  « Obligations locatives à long terme et à court terme » au passif et voyant le terme « locatif »  pour chacune d’entre elles, il décide de voir ce que donne la balance entre droits et obligations et conclut donc qu’à fin 2022 , celle-ci s’élève à 9.546.000 euros d’obligation nette contre 7.723.000 euros à fin 2021. Ce n’est pas rien se dit-il, mais diminuer le montant des obligations du montant des droits a vite fait de le rassurer !

 

2 – Près de 80 millions d’actifs qui n’en étaient pas !

Notre profane ne pouvait pas le deviner ! Il s’était déjà un peu cassé les dents sur certaines filiales du Groupe, dont notamment la plus importante et de loin, Adrexo devenue ensuite Milee. Et il n’avait rien vu de cette histoire de « Droits d’utilisation locatifs » et de ces  « Obligations locatives à long terme et à court terme ». Et pour cause !

A quoi peuvent bien correspondre ces  près de 80 millions de droits d’utilisations locatifs inscrits à l’actif du bilan consolidé ?     

Commençons par dire ce à quoi ils ne correspondent pas. Ils ne correspondent à aucun immeuble, aucun terrain, aucun site industriel aucune plateforme logistique.

Le jour où l’activité cesse, ces « actifs » disparaissent intégralement. Ils ne sont pas cessibles. Ils sont littéralement anéantis.
Ces millions de droits représentent uniquement les droits temporaires d’occuper des locaux loués et sont conditionnés au paiement de loyers, révocables, sans valeur autonome, sans valeur de revente et sans valeur de liquidation.
Le jour où l’activité cesse, ces « actifs » disparaissent intégralement. Ils ne sont pas cessibles. Ils sont littéralement anéantis.

En revanche, les « Obligations locatives à long terme et à court terme », elles, demeurent.

La liquidation de HOPPS Group et de Milee/Adrexo, sa filiale la plus importante et celle qui est à l’origine de l’essentiel des obligations locatives, a donc pour conséquence « d’alléger », d’un coup d’un seul ,l’actif consolidé total de 78.437.000 euros  pour le faire passer à 239.369.000 euros alors que le passif reste inchangé à 317.806.000 euros. Une impasse de taille qui ne pouvait échapper à personne et surtout pas au trio PPS , aux Commissaires aux comptes et à toutes les institutions d’Etat et de Région qui ont sans cesse soutenu le Groupe. Pire, l’impasse a bel et bien été dissimulée par ceux-là mêmes qui pouvaient et devaient la mettre en évidence !

 

3 – Ces normes comptables qui anesthésient les tiers au lieu de les alerter…  si leur objectif est dénaturé

Avant d’en venir à ceux qui ont fait ce qu’il fallait pour abuser autrui, attachons nous à expliquer ces normes comptables bizarroïdes.

Il s’agit d’une norme comptable baptisée IFRS 16 qui entre en vigueur pour tous les exercices comptables ouverts à compter du 01 janvier  2019.

Ces droits d’utilisation apparaissent à l’actif. En contrepartie, des obligations locatives apparaissent au passif.
À compter de cette date, Hopps Group inscrit à son bilan consolidé ce que la norme appelle des « droits d’utilisation » : il s’agit de la valeur comptable des locaux loués (entrepôts, plateformes logistiques, agences). Ces droits d’utilisation apparaissent à l’actif. En contrepartie, des obligations locatives apparaissent au passif.

Ces droits d’utilisation ne sont ni cessibles, ni réalisables et ils ne peuvent même pas servir de garantie. En cas de faillite, ils disparaissent
Mais ce que ne peut deviner notre profane, c’est que ces droits d’utilisation ne sont ni cessibles, ni réalisables et qu’ils ne peuvent même pas servir de garantie. En cas de faillite, ils disparaissent purement et simplement et doivent donc être considérés, en cas de difficultés structurelles telles que celle vécues par HOPPS Group comme des actifs fictifs.

Les obligations locatives, elles, correspondent à des contrats juridiquement fermes qui impliquent des dettes certaines de loyers, d’indemnités de résiliation etc. Pour s’en défaire, il faut payer et à fin 2022, on parle de 87.983.000 euros !  Elles déterminent en fait l’extrême lourdeur de la dépendance immobilière du Groupe, ainsi que de celle, de manière quasi- accessoire tant la dépendance immobilière est forte, relative à la location de machines et de voitures.

L’importance et l’évolution de ces actifs fictifs en face de passifs qui, eux, sont bien réels est impressionnante. Leur importance par rapport au total du bilan ne l’est pas moins :

Confronter ces droits d’utilisation locatifs inscrits à l’actif au résultat annuel opérationnel courant est une nécessité pour apprécier leur degré de fictivité.

De 2019 à 2022, l’actif moyen qu’ils représentent en moyenne s’élève à 77,2 millions. La perte opérationnelle courante s’élève, elle, sur cette période à 283,8 millions soit 71 millions en moyenne annuelle. L’actif moyen de fin d’année en question est donc supérieur – de 8,7% – à la perte opérationnelle courante ! De quoi alarmer plus que sérieusement tout financier sérieux et encore plus tout commissaire aux comptes ! Et pourtant !

Comment un actif peut-il conserver une valeur proche de 80 M€ alors que l’activité, à laquelle il est attaché, brûle l’équivalent chaque année ?
Autrement dit, le groupe conserve à son bilan un actif dont la valeur excède chaque année la destruction de valeur de son exploitation. Comment un actif peut-il conserver une valeur proche de 80 M€ alors que l’activité, à laquelle il est attaché, brûle l’équivalent chaque année ?

Les dirigeants (PPS) tout comme les commissaires aux comptes ont porté atteinte aux normes IFRS en s’abstenant, délibérément – il n’y a pas d’autre mot utilisable -, de ne pas appliquer les règles qu’ils auraient dû appliquer.

Le graphique ci-dessous est un véritable acte d’accusation :

En rouge : les pertes opérationnelles courantes. En bleu les droits d’utilisation locatifs.

 

4 – Dévoyer les règles comptables (IFRS) pour invisibiliser l’éléphant

La norme IFRS 16 n’a pas pour objet de créer une fiction comptable. Elle a précisément pour objectif le contraire ! En effet, avant la mise en œuvre de cette norme, c’est une certaine forme de fiction comptable qui était entretenue en  inscrivant « hors bilan » ces engagements locatifs alors que dans certains cas, HOPPS en est l’illustration, ils conditionnent la survie des entreprises.

La norme IFRS 16 est une norme comptable visant à la transparence économique.
L’objectif de la norme est donc de visibiliser les engagements locatifs, responsabiliser le management sur les durées, les taux, les différentes options de fin de contrat, notamment et enfin de permettre aux tiers d’apprécier le risque réel lié aux loyers de toute nature. C’est donc une norme comptable visant à la transparence économique.

Les dirigeants et les commissaires aux comptes de HOPPS, KPMG entre autres, l’ont  dévoyée à plus d’un titre.
Les dirigeants et les commissaires aux comptes de HOPPS, KPMG entre autres[6], l’ont  dévoyée à plus d’un titre, de manière frontale.

Ils avaient le devoir de procéder à dépréciation de ces actifs eu égard aux pertes récurrentes, aux restructurations incessantes et multiples, à la dépendance quasi-totale à des soutiens externes, au premier chef desquels se trouve l’Etat et ce de manière continue.

Les spécialistes ne manquent pas d’expliquer que la norme IFRS 16 renvoie à une autre, IAS[7] 36, ce qui revient à spécifier que ces droits d’utilisation sont des actifs comme les autres, à savoir qu’ils doivent être soumis aux tests de perte de valeur, aux indicateurs de dépréciation et aux hypothèses de continuité.

Dans le cadre de comptes établis « sous IFRS », ce qu’il est convenu d’appeler « le test de continuité d’exploitation » s’impose comme un principe transversal (norme comptable IAS[8] 1) et conditionne l’évaluation des actifs, la présentation du bilan et les hypothèses de flux futurs. A partir du moment où la continuité d’exploitation est sérieusement compromise , les « valeurs d’utilité[9] » deviennent nulles ou quasi-nulles, encore plus, bien entendu, pour des actifs qui ne sont pas cessibles.

Les dirigeants et les commissaires aux comptes auraient donc dû déprécier la quasi-totalité des droits d’utilisation locatifs, inscrits à l’actif.
Les dirigeants et les commissaires aux comptes auraient donc dû déprécier la quasi-totalité des droits d’utilisation locatifs, inscrits à l’actif.

La comparaison de ces actifs avec l’importances des pertes opérationnelles courantes, leur récurrence et leur croissance ininterrompue de 2017 à 2022 suffit à la prise de décision de dépréciation à 100%. Cette dernière  est d’autant plus nécessaire, s’il en était besoin, que les capitaux propres sont négatifs, continument et pour des montants exceptionnellement élevés.

Maintenir à l’actif du bilan des droits qui auraient dû être dépréciés à 100% pose encore plus problème lorsque cette décision ne s’accompagne pas du moindre commentaire.
Maintenir à l’actif du bilan des droits qui auraient dû être dépréciés à 100% pose encore plus problème lorsque cette décision ne s’accompagne pas du moindre commentaire dans les annexes au bilan. En effet, celles-ci se limitent exclusivement à rappeler de manière générique les règles IFRS 16, alors que ces droits représentent 24,7% de l’actif total à fin 2022 (17,4% en moyenne de 2019 à 2022) et que les passifs bien réels résultant des obligations locatives court terme et long terme s’élèvent, eux, à 27,7% du passif total à fin 2022 (19,4% en moyenne de 2019 à 2022)

 

5 – Une véritable organisation de l’opacité autour de ces actifs locatifs fictifs et passifs locatifs réels

On a beau consulter tous les documents, on ne trouve quasiment rien quant à ces droits et obligations locatifs.
On a beau consulter tous les documents censés apporter les informations nécessaires et suffisantes pour comprendre chacune des rubriques comptables des comptes consolidés, on ne trouve quasiment rien quant à ces droits et obligations locatifs.

Pour les obligations locatives, c’est même rien du tout. En face de dizaines de millions d’euros, les dirigeants, approuvés par leurs commissaires aux comptes, indiquent en tout et pour tout : applications de la norme IFRS16 ! Strictement aucune information sur les différents contrats locatifs concernés, ni sur les sociétés du Groupe concernées. En moyenne sur 4 ans, de 2019 à 2022, on parle de 86 millions d’euros soit 19,4% du total du passif.

Pour les droits d’utilisation locatifs, l’information fournie se limite à une ventilation, en brut et en net, entre Constructions et terrains, Installations techniques  – matériel et outillage industriel et autres immobilisations corporelles. Mais, là aussi, strictement aucune information sur les différents contrats locatifs concernés, ni sur les sociétés du Groupe concernées, ni sur les garanties éventuelles de la holding de tête HOPPS Group ou de toute autre holding intermédiaire.

A titre d’exemple :

2019

Euros000

Constructions et terrains Inst. Techniques, matériel et out. industriel Autres immob. corporelles Total
Brut 95.410 5.038 956 101.404
Amortissements (16.214) (2.404) (338) (18.956)
Net 79.196 2.634 618 82.448
% par nature 96,1% 3 ,2% 0,7% 100,0%
Les constructions et terrains représentent l’essentiel des droits locatifs et donc des obligations locatives.
Cette information très globale permet au moins de démontrer que les constructions et terrains représentent l’essentiel des droits locatifs et donc des obligations locatives.

Lors de la première application d’IFRS 16 au 1er janvier 2019, le groupe Hopps n’était pas tenu de retraiter les périodes comparatives 2017 et 2018. En revanche, la norme impose que les effets de la transition soient explicitement présentés et que la non-comparabilité des exercices soit clairement expliquée. Or, l’absence de mise en perspective détaillée des engagements locatifs antérieurs prive le lecteur des clés nécessaires pour comprendre l’ampleur du changement introduit par IFRS 16.

L’application IFRS 16 au 01 janvier 2019 ne s’accompagne pas de commentaires justifiant du passage de 2018 à 2019 en ventilant les  engagements hors bilan 2018 entre d’une part ceux qui « remontent » au bilan et d’autre part ceux qui demeurent en engagements hors bilan.

 

6 – Transformer la comptabilité des comptes consolidés en un vaste rébus. Et la rendre insincère en ne donnant pas une image fidèle.

On sort totalement ébahis de la lecture de la rubrique comptable « Engagements donnés, hors bilan». Qu’y trouve-t-on ? Des engagements non locatifs, certes, mais ayant trait à des engagements locatifs inscrits au bilan.
Nous aurons l’occasion d’y revenir. Mais dans le cas d’espèce des engagements donnés qui ne sont pas locatifs, on sort totalement ébahis de la lecture de la rubrique comptable « Engagements donnés, hors bilan». La norme IFRS 16 étant d’application, cette rubrique doit concerner exclusivement des engagements non locatifs.

Qu’y trouve-t-on ? Des engagements non locatifs, certes, mais ayant trait à des engagements locatifs inscrits au bilan sous la rubrique  obligations locatives à court terme et/ou à long terme.

Ainsi, les comptes consolidés 2022 nous apprennent-ils que 9,6 millions d’euros sont donnés en caution ou garantie relativement à des contrats de location qui sont portés par des filiales : ADS, Adrexo, Adrexo Productions, Dispeo, Pataugas. La plus importante des garanties , fournie par la holding de tête HOPPS, concerne la filiale ADS, pour 7,5 millions à propos d’un contrat de bail signé le 26 janvier 2015 pour un loyer annuel de 1.863.270 euros, venant à échéance le 30 mars 2027. ADS est l’exception[10]qui confirme la règle : c’est la seule société pour laquelle  un contrat locatif est identifié avec une partie seulement de ses caractéristiques, pas à l’endroit où cela devrait être, dans le cadre d’une garantie donnée apparaissant en hors bilan. En passant du bilan au hors bilan, on parvient à découvrir, pour partie, 8,5% des obligations locatives totales (7,5 vs 88,0)

L’esprit de la norme IFRS 16 aurait pourtant voulu que toutes les informations par société filiale, par contrat et par porteur/type de garantie associée soient communiquées en annexe des comptes consolidés. Comment apprécier, sinon, par filiale, les risques résultant  de ces engagements locatifs dont on apprend qu’ils peuvent atteindre, pour un seul contrat, 7,5 millions  ce qui est  énorme mais qui « ne pèse que » 8,5% du total des obligations locatives inscrites au bilan 2022 !

Cela laisserait-il entendre, entre autres, que l’Etat ne serait pas détenteur de garanties ?
Que les seuls engagements non locatifs déclarés fin 2022 dans les engagements hors bilan soient exclusivement constitués de garanties afférentes à des engagements locatifs interroge au plus haut point. Comment est-il possible que d’autres engagements n’aient pas dû être pris dans un Groupe cumulant année après année des pertes opérationnelles courantes colossales et dépendant totalement d’un soutien externe, notamment de la part de l’Etat. Cela laisserait-il entendre, entre autres, que celui-ci ne serait pas détenteur de garanties ?

 

7 – Des engagements hors bilan qui s’empilent avec d’énormes obligations locatives

Ils sont selon nous insincères car incomplets, mais pour autant, il importe de les récapituler pour les montants déclarés.

Millions euros 2022 2021 2020 2019 2018 2017
Perte opérationnelle courante (112,3) (78,9) (51,8) (40,8) (43,0) (28,2)
Total obligations locatives 88,0 75,0 93,7 87,1 NA NA
% Total passif 27,7% 14,1% 18,6% 21% NA NA
Total capitaux propres 42,8 (297,3 (181,4) (79,2) 0 3
Total capitaux propres ajustés après élimination des droits d’utilisation locatifs (35,6) (364,5) (262,1) (161,6) NA NA
Total engagements hors bilan comptes consolidés 9,6 30,2 31,5 22,2 20,9 ND[11]
Total obligations locatives + engagements hors bilan 97,6 105,2 125,2 109,3 NA NA

Le montant de l’empilement auquel on parvient en rajoutant les engagements hors bilan aux obligations locatives est sidérant en tant que tel et carrément délirant au regard de l’énormité des pertes opérationnelles courantes et de l’ampleur des capitaux propres négatifs.

 

8 – Opacifier délibérément les comptes sociaux des filiales et de la holding de tête en matière, notamment, d’engagements hors bilan

On aurait pu se dire que ce que l’on ne peut appréhender par les comptes consolidés, peut être apprécié par les comptes sociaux de chacune des sociétés faisant partie du périmètre[12] de consolidation.

On aurait pu en effet compter sur une seconde chance en quelque sorte. Certes la norme IFRS 16 ne s’applique pas aux comptes sociaux, mais les engagements locatifs sont néanmoins à déclare, selon le plan comptable général français, dans les engagements hors bilan. Il aurait donc été normal de découvrir pour la société consolidante[13] HOPPS Group et par société filiale faisant partie du périmètre de consolidation, les contrats locatifs et leurs caractéristiques ainsi que les engagements non locatifs.

On ne trouve absolument rien ! 88 millions d’obligations locatives à fin 2022, 75 millions à fin 2021, 93,7 millions à fin 2021, 87,1 millions à fin 2020 et pas un mot dans les engagements hors bilan de chacune des entités juridiques constitutives de ce passif consolidé !
On ne trouve absolument rien ! 88 millions d’obligations locatives à fin 2022, 75 millions à fin 2021, 93,7 millions à fin 2021, 87,1 millions à fin 2020 et pas un mot dans les engagements hors bilan de chacune des entités juridiques constitutives de ce passif consolidé ! Et ce sans aucune exception[14], pas même pour la filiale, ADREXO, dont l’importance et les multiples implantations géographiques nous permet de dire qu’elle concentre la majeure partie de ces encagements locatifs.

Et ce que l’on y trouve est constitué d’engagements de garanties de toutes natures, exclusivement afférents à des obligations locatives, conduisant donc à déduire, ce qui n’est pas du domaine du vraisemblable, que ces entités ne connaissent pas d’autres engagements.

L’on y trouve aussi des engagements qui sont tout simplement faux.
L’on y trouve aussi des engagements qui sont tout simplement faux. C’est ainsi que  les comptes sociaux de Milee/Adrexo affichent des engagements qui sont en fait pris par la holding de tête HOPPS Group !……….

On relèvera enfin que les anciens actionnaires de Milee/Adrexo (le Groupe SPIR Communication appartenant lui-même au Groupe Ouest France) se complaisaient dans la même opacité sous les yeux tout aussi complaisants de leurs commissaires aux comptes d’alors : KPMG  et EY (Ernst & Young).

 

9 – L’État soutient à bout de bras, mais ne prend aucune garantie

L’examen attentif des engagements hors bilan tant au niveau des comptes consolidés que des comptes sociaux met en évidence que des garanties de toute nature sont accordées à des banques, à des bailleurs, mais aucune au profit de l’Etat, qu’il s’agisse de l’URSSAF, de tout autre organisme social que ce soit, de la Tva, ou de tout autre impôt ou taxe dus.

30,2 millions en 2021, 31,5 millions en 2020, 22,2 millions en 2019 et 20,9 millions en 2018. Mais pas le moindre centime pour garantir les dizaines de millions de créances de l’Etat.
On l’a vu plus tôt : 30,2 millions en 2021, 31,5 millions en 2020, 22,2 millions en 2019 et 20,9 millions en 2018. Mais pas le moindre centime pour garantir les dizaines de millions de créances de l’Etat. Même à fin 2022, après la vente de la société Colis Privé (sur laquelle nous reviendrons longuement), et alors que les garanties accordées pèsent encore pour 9,6 millions, l‘Etat est le grand absent.

Et comme si cette accablante gestion de l’argent public ne suffisait pas, les événements post-clôture intervenus en 2023, révélés comme cela est obligatoire tant dans les comptes consolidés que dans les comptes sociaux concernés, nous apprennent que l’Etat a consenti un nouveau moratoire social et fiscal de 36 millions d’euros ! Ce moratoire a été demandé par les dirigeants dès mai 2023 à la CCSF[15] de la région  PACA au bénéfice de Milee/Adrexo et de la holding de tête HOPPS Group au titre de :

-les URSSAF PACA pour 15,96 millions (dont 15,39 pour Milee et 0,57 pour HOPPS Group)

-les SIE[16]Aix en Provence pour 16,94 millions au titre de la TVA et l’impôt société 2022 (dont 13,12 millions pour Milee et 3,82 millions pour HOPPS Group)

-la C3S[17] pour 0,73 millions au titre de xxx (dont 0,69 pour Milee et 0,04 pour HOPPS Group)

-les Apicil[18] (Agirc/ Arrco) pour 2,32 millions (dont 2,15 pour Milee et 0,17 pour HOPPS Group)

Un écart de 80.000 euros qui ne choque personne à un tel niveau de dettes sociales et fiscales.
Soit au total : 31,35 millions au profit de Milee et 4,60 millions au profit de HOPPS Group soit 35,95 millions alors que les commentaires post-clôture  indiquent au total 36,03 millions dont 31,43 millions pour Milee et 4,60 millions pour HOPPS Group ; un écart de 80.000 euros qui ne choque personne à un tel niveau de dettes sociales et fiscales et certainement pas la CCSF qui a approuvé le moratoire, sans aucune garantie, le 20 octobre 2023, en 36 mensualités progressives, soit jusqu’au 20 octobre 2025, pour un Groupe à l’agonie financièrement ! Rien n’est dit sur la progressivité.

Les dirigeants dépeçaient HOPPS Group avant son dépôt de bilan en créant une nouvelle structure destinée à mettre à l’abri des filiales étant susceptibles de leur rapporter quelque chose.
Pendant ce temps les dirigeants dépeçaient HOPPS Group avant son dépôt de bilan et son règlement judiciaire suivi de sa liquidation, en créant une nouvelle structure de holding intermédiaire  (HOPPS E-Com devenue ensuite GAIOS) destinée à mettre à l’abri de HOPPS Group des filiales dont ils considéraient, étant susceptibles de leur rapporter quelque chose, qu’elles devaient échapper au massacre final. Cette incroyable affaire fera l’objet d’un épisode spécifique, tout comme le considérable enrichissement PERSONNEL du trio PPS qui, lui, fera l’objet de plusieurs épisodes.

 

Christian Savestre

TABLE DES MATIÈRES DU DOSSIER

  • PROLOGUE
  • 1er épisode : L’éléphant était dans la pièce. 80 millions d’actif fictif, 86 millions de passif réel.
  • 2ème épisode : Endetter le Groupe exsangue que l’on dirige, puis se mettre 45 millions dans les poches, tout en se goinfrant  d’honoraires annuels démesurés.
  • 3ème épisode : Capter à son profit personnel le bien immobilier du Groupe que l’on dirige, acquis pour un euro symbolique, s’enrichir de 9 millions, puis lancer un nouveau projet immobilier.
  • 4ème épisode : Utiliser 121 millions de soultes[23], exclusivement destinées à perpétuer l’exploitation de filiales du Groupe, à d’autres fins, dont celles d‘enrichissement personnel.
  • 5ème épisode : L’invraisemblable prix d’acquisition de la filiale COLIS PRIVE par CMA-CGM. Transfuser COLIS PRIVE, exsanguiner MILEE/ADREXO.
  • 6ème épisode : Les commissaires aux comptes : responsables et coupables.
  • 7ème épisode : Les commissaires aux apports : pris la main dans le sac.
  • 8ème épisode : La farandole déchaînée des moratoires sociaux et fiscaux.
  • 9ème épisode : Le Comité Interministériel de Restructuration Industrielle (CIRI) : quoi qu’il en coûte !  La Commission des Chefs des Services Financiers (CCSF) de la Région Provence -Alpes – Côte d’Azur : aux ordres.
  • 10ème épisode : Près de 100 millions de commandes de l’Etat à une filiale shootée aux reports sociaux et fiscaux.
  • 11ème épisode : L’Etat, coupable de soutien abusif. Les dizaines de millions d’argent public dilapidés.
  • 12ème épisode : Les centaines de millions dus par HOPPS Group à ses filiales.
  • 13ème épisode : Créer un syndicat maison, alimenter une guerre syndicale pour avoir la voie libre.
  • 14ème épisode : L’opacité comme religion.
  • 15ème épisode : Un étrange personnage.
  • 16ème épisode : Désosser le Groupe avant liquidation, pour se relancer, soius l’œil de son principal créancier, l’Etat.
  • 17ème épisode : Une faillite frauduleuse.
  • 18ème épisode : Plus de 11.000 personnes à la rue en 2024. Plus de 17 millions de profit net pour le financier du trio PPS (Paumier).
  • 19ème épisode : Guide du dépeceur pour repreneurs d’entreprises à sauver.
  • CONCLUSION
  • ANNEXE : Des chiffres affolants. Un château de cartes en feu, piloté par des incendiaires et des pompiers pyromanes. Quelques dates clés.

[1] Les comptes consolidés regroupent les comptes de la société mère et de ses filiales afin de présenter la situation financière, le patrimoine et les résultats de l’ensemble du groupe comme une entité économique unique, en éliminant les opérations internes.

[2] Les IFRS (International Financial Reporting Standards) sont des normes comptables internationales destinées à harmoniser la présentation des comptes des entreprises afin de les rendre comparables au niveau mondial.

[3] Les engagements hors bilan sont des obligations ou risques futurs qui n’apparaissent pas directement au bilan mais qui peuvent avoir un impact financier sur l’entreprise. A l’opposé, les engagements hors bilan reçus sont les promesses ou garanties accordées à l’entreprise par des tiers, qui ne figurent pas au bilan mais peuvent lui être favorables financièrement.

[4] Non applicable

[5] Total Passif = Total Actif

[6] Voir épisode 6

[7] Les IAS (International Acoutine Standards) sont des normes comptables internationales qui encadrent la présentation et l’évaluation des comptes des entreprises, antérieures aux IFRS. Les IAS restent applicables lorsqu’elles n’ont pas été remplacées par une norme IFRS.

IAS 36 est la norme comptable internationale qui impose de vérifier que la valeur des actifs n’excède pas leur valeur recouvrable et d’enregistrer une dépréciation le cas échéant. Elle traite des tests de dépréciation d’actifs (impairement test).

[8] IAS 1 est la norme comptable internationale qui fixe les règles de présentation des états financiers afin de garantir une information fidèle, comparable et transparente.

[9] La valeur d’utilité est la valeur actuelle des flux de trésorerie futurs qu’un actif ou une activité est censé générer.

[10] Les comptes consolidés 2021 permettent de mettre en évidence la seconde exception correspondant à un engagement de 7,8 millions pris par la holding HOPPS pour un contrat de construction et de mise à disposition d’un bien immobilier pour Colis Privé Belgique signé le 08 janvier 2021 pour une durée de 12 ans ferme à compter du 07 juin 2021pour un loyer annuel de 688.000 euros.

[11] Non disponible

[12] Le périmètre de consolidation désigne l’ensemble des sociétés incluses dans les comptes consolidés d’un groupe.

[13] La société consolidante est la société mère qui établit les comptes consolidés d’un groupe en intégrant les comptes de ses filiales.

[14] ADS mis à part

[15] La CCSF PACA est la Commission des chefs de services financiers de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, chargée d’examiner et d’accorder des plans d’apurement des dettes fiscales et sociales des entreprises en difficulté.

[16] Le SIE d’Aix-en-Provence est le Service des impôts des entreprises chargé de la gestion fiscale des entreprises (IS, TVA, CFE, etc.) implantées sur son territoire.

[17] La C3S (Contribution sociale de solidarité des sociétés) est une contribution due par les entreprises réalisant un chiffre d’affaires supérieur à un seuil fixé par la loi, destinée au financement de la protection sociale.

[18] APICIL est un groupe français de protection sociale, spécialisé dans la retraite complémentaire, la prévoyance, la santé et l’épargne.


By Christian Savestre

Journaliste chez POUR et référent pour les questions d’économie politique chez POUR et ATTAC Bruxelles 2, Christian Savestre est spécialiste de l’évasion fiscale et des grands cabinets d'audit et de stratégie. À la différence de beaucoup, il aborde cette thématique sous un angle résolument politique, à rebours des coutumières minuties techniques qui n’aboutissent souvent qu’à marchander le poids de nos chaînes (sic). A rebours (encore !) des approches traditionnelles qui se concentrent sur les gros fraudeurs, il analyse en profondeur les organisateurs de cette évasion fiscale (les Big Four et ceux qui les suivent), dont il connait bien les méthodes, pour les avoir longuement côtoyés dans sa carrière professionnelle. Christian a sorti de nombreux dossiers d’enquête. Ses analyses sont minutieuses et ses démonstrations implacables. (Surtout, ne lui parlez pas d’optimisation fiscale ! Elle est tout aussi illégitime que l’évasion fiscale ! )