Un cartel de trafiquants fiscaux

A l’issue d’un retentissant procès, il y a quelques années, la justice américaine a finalement capitulé devant une banque, une des plus importantes du monde. Elle s’appelle HSBC.

De quoi s’agissait-il ? D’une accusation de blanchiment d’argent, d’argent sale, d’argent du trafic d’armes, d’argent du trafic de drogue, de transferts d’argent liquide par camions entiers.

Et malgré toutes ces accusations prouvées, les États-Unis ont été obligés de capituler. Pourquoi ? Parce que l’importance de la banque, son caractère systémique, comme on dit maintenant, faisait que si on la condamnait, notamment à une interdiction bancaire, cela pouvait provoquer une crise financière mondiale.

Et comment s’est conclu ce procès ? Par une simple amende et aucune condamnation pénale. Une amende qui, évidemment, ne correspondait même pas à mois de bénéfices de HSBC.

Vous découvrez-là la preuve de la puissance financière. Mais vous avez d’autres acteurs, les acteurs de l’évasion fiscale, notamment, qui eux, sont beaucoup plus discrets que les narcotrafiquants qui viennent avec des valises de billets de banque aux guichets de HSBC. Ces autres acteurs sont à l’origine du crime mondial organisé de l’évasion fiscale.

Les organisateurs de l’évasion fiscale sont quasi inconnus. En matière de crime organisé, c’est une première !
La plupart des plus grands criminels, des plus grands mafieux, des plus grands trafiquants, en général, finissent par tomber entre les mailles du filet. En matière d’organisation de l’évasion fiscale, cela n’est pas le cas, pas du tout le cas, d’ailleurs ! Voyons cela…

Qui sait qu’ils sont quatre, quatre maîtres de l’évasion fiscale à détenir un quasi-monopole ? Qui sait que ces quatre-là emploient plus d’un million de personnes dans le monde ? Qui sait qu’ils sont établis dans 180 pays, de la plus minuscule des îles de l’océan indien ou de l’océan pacifique, jusqu’au plus grand pays de la planète, la Russie ? Qui sait qu’ils ont infiltré les gouvernements et les institutions internationales, qu’ils conseillent à prix d’or ! Qui sait qu’ils fonctionnent en cartel ? Qu’ils protègent leurs intérêts personnels ? Qui sait que ce sont des experts du lobbying, qui vont jusqu’à donner conseil en matière fiscale à la Commission européenne ?
Et quand les experts, qui eux les connaissent, les décrivent et les appellent les BIG FOUR – car ils sont quatre, on a très vite l’impression que l’évasion fiscale, c’est très compliqué.

Quand on prend le dictionnaire et qu’on regarde le mot « trafic », on s’aperçoit que la définition familière du mot « trafic » correspond à des activités plus ou moins mystérieuses et compliquées. Cela ressemble vraiment à l’évasion fiscale, les experts nous le disent !

Il faut lutter à la mesure des dégâts qu’ils provoquent sur l’ensemble de la planète, allant jusqu’à la mort dans les pays les moins développés ? C’est qui, leurs clients ? Ce sont les plus grosses entreprises mondiales et ce sont les plus riches particuliers.

Qu’est-ce qui peut bien pousser une grande entreprise ou un riche particulier à vouloir détenir toujours plus de milliards, de centaines de millions sinon la réelle addiction que constitue cette extrême avidité d’accumuler encore et encore les richesses, elle-même nourrie par une cupidité sans limites. Le véritable fonds de commerce des organisateurs de l’évasion fiscale, c’est cette addiction-là.

Les milliardaires veulent encore plus de milliards. Les millionnaires veulent encore plus de millions.

Cette addiction frénétique à l’argent n’a sans doute d’égale de par sa force inexorable que l’addiction à la drogue, fonds de commerce des narcotrafiquants.

Il faut affiner le portrait-robot.

Premier point : les narcotrafiquants vivent, eux, dans la clandestinité. C’est pas du tout le cas des organisateurs de l’évasion fiscale ! Ils vivent en public, mais ils ont un paravent, un paravent légal., qui est celui de certifier les comptes – c’est une mission légale – des plus grandes entreprises. Et derrière ce paravent, ils font du conseil. Du conseil en évasion fiscale. Mais, c’est un peu la police des comptes qui, une fois qu’elle a fait la police, fait du trafic.

Deuxième point important, c’est que le crime du narcotrafiquant, il est poursuivi, en principe. Celui des organisateurs de l’évasion fiscale, il n’est pas poursuivi, il est impuni. Par construction impuni. Pourquoi ? Parce que l’évasion fiscale est inscrite dans les traités européens ! Parce que l’évasion fiscale, elle est inscrite dans les traités commerciaux, par exemple entre l’Union européenne et d’autres grands pays.

La violence. La violence est un trait commun entre les deux fonds de commerce. La violence du narcotrafiquant, elle est dure. Il élimine son concurrent. La violence de l’organisateur d’évasion fiscale… s’il a un concurrent qui est un peu gênant, il l’absorbe ! C’est beaucoup plus polissé.

La violence, elle est directe chez le narcotrafiquant. Il finit par faire mourir ses clients qui sont addict à la drogue. En revanche, l’organisateur de l’évasion fiscale, son client, il est tout à fait satisfait. Il n’y a pas de problème ! Mais ce sont les concitoyens du client riche, ou de l’entreprise riche, qui, eux, ne sont pas du tout satisfaits, parce qu’ils en souffrent économiquement, socialement, jusqu’à la pauvreté et la misère dans une partie du monde. Donc, la violence, là, elle est indirecte.

La loi du plus fort, c’est toujours la même. La force brute chez le narcotrafiquant. La force du plus riche chez l’organisateur de l’évasion fiscale.

La loi. On est hors-la-loi, quand on est narcotrafiquant. On la contourne, quand on est organisateur de l’évasion fiscale, avec toutes sortes de schémas d’évasion, prétendue légale.

Il y a un point qui est très important, c’est que la dimension planétaire est une condition de succès pour les deux types d’addictions. Il faut être présent dans les paradis fiscaux, pour abriter ce qu’on a gagné tout à fait illégalement pour les narcotrafiquants, et ce qu’on a contribué à faire évader pour les organisateurs de l’évasion fiscale.

Dernier point qui mérite d’être souligné, c’est que chez les narcotrafiquants, celui qui est tout en haut de la pyramide, on l’appelle le Parrain. Chez les organisateurs de l’évasion fiscale, on l’appelle le Partner.

Parrains, et Partners. Il y a quand même un parallèle étroit à faire.

Alors, conclusion. Que dire ?
Est-ce que les organisateurs de l’évasion fiscale sont des trafiquants fiscaux ou, comme d’autres les appellent, des fiscotrafiquants ? Ou est-ce que ce sont des Monsanto de la finance ? Monsanto de la finance, c’est très grave ! On aurait pu faire la comparaison de leurs stratégies mondiales respectives où la mort est au bout du chemin en Inde, en Afrique et en Amérique Latine.

À vous de conclure !

Christian Savestre

One thought on “Un cartel de trafiquants fiscaux

  • Framboise Morandat

    … Froid dans le dos… et le sentiment désespérant d’une impuissance absolue, parce que ce sont eux qui tiennent les manettes et transforment nos vies en squelette d’existence.
    En témoigne l’impunité flamboyante de notre “président-gestionnaire” qui nous dépouille de tous nos droits, consciencieusement, méticuleusement – attentif aux ordres de ses maîtres – qui nous grignote jusqu’à l’os…

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