Rénovation de la prison de Namur et nouvelles questions dans le dossier de la mégaprison

La prison de Namur rénovée alors que le ministre de la Justice indiquait que cela n’est pas possible à Bruxelles pour justifier le projet de mégaprison / La prison de Namur est plus vieille que les prisons bruxelloises / La surface par détenu y est inférieure à celle des prisons bruxelloises / Le ministre sera prochainement interpellé à ces sujets en commission de la Chambre / Le cachier des charges de la mégaprison n’a pas intégré l’étude de cette alternative à la mégaprison malgré les demandes répétées / Un biais certain a été créé tout au long de la procédure de conception, d’analyse et d’enquête publique relative à la plus grosse et la plus chère prison du pays / Haren Observatory communiquera prochainement d’autres éléments problématiques de ce dossier.

Le 11 octobre dernier, le ministre Koen Geens, a inauguré la prison de Namur rénovée. Le mégaprojet de Haren a été présenté aux riverains et au public comme la seule solution possible aux problèmes rencontrés dans les prisons bruxelloises. Les très nombreux citoyens qui se sont opposés à ce projet d’un autre âge ont dès 2013 demandé d’envisager la rénovation des prisons de Saint-Gilles, Forest et Berkendael. Le ministre de la justice et avocat d’affaire Koen Geens n’a eu de cesse de leur répondre que cela n’était pas possible, les prisons bruxelloises étant trop vétustes et trop petites pour répondre aux normes préconisées, et qu’il ne serait pas possible de réaliser les travaux dans des prisons occupées puisqu’il faudrait déplacer les détenus. Le même ministre et avocat d’affaire vient pourtant d’inaugurer la rénovation de fond en comble de deux ailes de la prison de Namur, et de lancer la suite des travaux pour deux autres ailes[1].

La prison de Namur est plus vieille que les prisons bruxelloises

La prison de Namur a été inaugurée en 1876. Celle de Forest-Berkendael date de 1910. Celle de Saint-Gilles de 1884. On peut imaginer qu’une gestion calamiteuse des prisons bruxelloises en ait accéléré la dégradation, plus vite que celle de Namur, mais l’argument de l’ancienneté du bâtiment n’est pas valable.

Dans son arrêt 244.971 du 26 juin 2019, le Conseil d’Etat cite un extrait du permis d’urbanisme attaqué par les opposants à la mégaprison pour justifier que la rénovation des prisons bruxelloises n’était pas une alternative valable[2]. On y lit page 66 que « une superficie de 116,137,27 m² bruts hors sol serait nécessaire alors que les bâtiments de Saint-Gilles, Forest et Berkendael ne disposent que de 59,400 m² bruts hors sol ; que la construction d’une nouvelle prison à l’emplacement des actuelles prisons de Saint-Gilles, Forest et Berkendael entrainerait la nécessité de construire des bâtiments d’environ 5 étages, ce qui aurait un impact significatif sur la vue depuis le voisinage ».

La surface par détenu est plus importante dans les prisons bruxelloise qu’à Namur

Comment avec une superficie de 59,400 m² hors sol, 5 étages sont nécessaires pour atteindre la superficie visée de moins de deux fois la surface au sol (59.400 x 2 = 118.800) ? Il semble que la surface de la prison de Namur, rénovée, soit de 2.480 m²[3]. Le nombre de place y a été augmenté lors de la rénovation et y est porté à 144 détenus[4]. Cela donne donc une surface par détenu de 2480 m²/ 144 = 17,22 m². La surface des prisons de Bruxelles dans le permis attaqué est de 59.400 m², pour 1190 détenus. Cela nous donne donc une surface par détenu de 59.400 m² / 1190 = 49,92 m². Soit presque trois fois plus de surface par détenu qu’à Namur. Si ces chiffres sont corrects, la surface par détenu qui n’a pas empêché la rénovation de la prison de Namur est très inférieure à celle disponible à Bruxelles qui était pourtant dans ce cas un obstacle insurmontable. Il est crucial de comprendre ces réalités pour saisir la nature du projet de mégaprison de Haren dont les prix restent inconnus du public, et même des députés. La député fédérale Sophie Rohonyi (Défi) interpellera prochainement le Ministre à ces sujets en commission de la Chambre.

Le cahier des charges du projet de mégaprison ne prévoit pas l’étude de l’alternative « rénovation des prisons bruxelloises » malgré les demandes pressantes des harenois qui en faisaient partie.

La différence de traitement étonnante entre la prison de Namur et celles de Bruxelles est d’autant plus surprenante que le Conseil d’Etat a établi que l’examen de l’alternative au projet de Haren – la rénovation des prisons Bruxelloises – n’avait pas été envisagé parce qu’il n’avait pas été retenu par le maître d’oeuvre ni imposé par le comité d’accompagnement dans le cahier des charges définitifs.

Rappelons que plusieurs habitant de Haren ont participé à ce Comité d’accompagnement, et n’ont eu de cesse de demander que cette alternative y figure. Cette demande, et d’autres notamment relatives à l’étude d’incidences sur la mobilité, n’ayant pas été prises en considération par les autres membres du Comité d’accompagnement pour des raisons qu’ils ignorent, les habitants de Haren ont décidé de ne plus y participer

Les multiples demandes d’étude de l’alternative à la mégaprison n’ont pas été prises en compte

Ces mêmes habitants, appuyés par de nombreux autres citoyens, ont introduit à nouveau cette demande d’étude de l’alternative de la rénovation des prison bruxelloises dans des lettres de réclamations lors des enquêtes publiques liées aux demandes des permis. Sans succès.

Et alors que le maître de l’ouvrage n’a pas retenu cette option pour Bruxelles, il l’a appliqué à

Namur, de mai 2017 à mai 2019. Soit après l’introduction des recours contre les permis pour la mégaprison. La communication sur ces travaux ayant été extrêmement réduite, les opposants à la mégaprison n’en ont pas eu connaissance avant l’expiration des délais de procédure, si bien que cette réalité est restée totalement étrangère aux débats tenus au sein du Conseil d’état sur les alternatives possibles au projet de mégaprison de Haren.

Bien évidemment, vu la date de réalisation des travaux à la prison de Namur, ce type de rénovation ne pouvait pas être donné en exemple lors de l’écriture du cahier des charges de l’étude des incidences du mégaprojet de Haren.

Il est préoccupant d’observer dès lors, qu’un biais certain a été créé tout au long de la procédure de conception, d’analyse et d’enquête publique relative à la plus grosse et la plus chère prison du pays.

Lors de l’inauguration de la prison rénové de Namur, le ministre et avocat d’affaire Koen Geens a déclaré : « Cette rénovation montre bien comment l’on peut moderniser une prison du 19e siècle pour qu’elle soit adaptée à la réalité et aux exigences d’aujourd’hui ». « Sa situation, à proximité directe du tribunal correctionnel, en fait également un exemple à suivre.[5] »

L’éloignement de la mégaprison du palais de justice est l’une des raisons évidentes pour lesquelles ce projet ne doit pas être réalisé. En le soulignant, le ministre de la justice et avocat d’affaire indique de manière nouvelle l’absence complète de pertinence du projet qu’il porte à bout de bras depuis des années.

Le ministre doit désormais s’expliquer sur les raisons objectives qui ont conduit à écrire le cahier des charges de ce projet dont il cache toujours le coût, sans que l’alternative évidente et nettement moins onéreuse ait été étudiée, malgré les demandes pressantes de membres du Comité d’accompagnement, de la société civile et des experts.

Alors que le coût réel de la mégaprison est toujours caché aux citoyens et aux députés, la rénovation de la prison de Namur indique que le dossier a été vicié dès l’origine.

Haren Observatory communiquera prochainement d’autres éléments problématiques de ce dossier.

Communiqué Haren Observatory


[1] https://www.regiedesbatiments.be/fr/projects/prison-12
[2]http://www.raadvst-consetat.be/Arrets/244000/900/244971.pdf#xml=http://www.raadvst-consetat.be/apps/dtsearch/getpdf.asp?DocId=35971&Index=c%3a%5csoftware%5cdtsearch%5cindex%5carrets%5ffr%5c&HitCount=2&hits=18+19+&01092420191523
[3] https://www.bpcnamur.be/realisation/prison-de-namur/
[4] https://www.regiedesbatiments.be/fr/projects/prison-12
[5] https://www.dhnet.be/regions/namur/koen-geens-heureux-de-la-renovation-exemplaire-de-la-prison-de-namur-5d9f2b6ff20d5a27817655ea