Comme son titre l’indique, cette note vise à mieux comprendre la crise énergétique actuelle. Elle le fait sur base de 14 graphiques qui mettent en perspective et, par là même, permettent de mieux saisir ce qui se passe.
Mettre en perspective ? D’abord en se donnant un peu de recul historique, sans pour autant remonter à Mathusalem. Concrètement on a choisi 2019 comme point de départ des graphiques. C’est une année relativement “normale” et calme sur le front de l’énergie et elle précède deux crises majeures (Covid et crise énergétique). Ensuite en comparant avec les évolutions de l’indice-santé et du revenu disponible.
Voici quelques commentaires sur les graphiques de la note, même si j’invite le lecteur à faire ses propres analyses en les parcourant.
- Certes, cette crise-ci ne l’emporte pas encore sur celle de 2022, mais on doit constater que le prix de l’essence n’est plus très loin de son niveau maximum de la mi- 2022 tandis que le prix du diesel a dépassé de 7% environ le précédent maximum historique.
- Même si on divise l’évolution des prix énergétiques par celle de l’indice-santé (pris comme proxy de l’évolution tendancielle des allocations sociales), tous les prix énergétiques si situent aujourd’hui au-dessus du niveau moyen de 2019. Par exemple +64% pour le gaz et +14% pour le diesel.
- Le pouvoir d’achat énergétique – défini comme la capacité d’acheter un certain nombre de quantités d’énergie – est aujourd’hui, pour les énergies domestiques (électricité, gaz et mazout), inférieur à celui de 2019. Celui du gaz a tendanciellement reculé depuis la mi-2023 et celui du mazout recule depuis la mi-2025.
- Sur le moyen terme, le prix de l’électricité a augmenté moins vite que celui du gaz, ce qui est plutôt favorable à l’usage de pompes à chaleur.
- Par rapport à 2019 le pouvoir d’achat pour le diesel est en recul d’environ 11% ; il a baissé de 25% par rapport à la mi-2025.
- Le pouvoir d’achat pour l’essence est revenu pile-poil à son niveau de 2019 mais a lui aussi fortement reculé au cours des derniers mois.
- Sur le moyen terme, les prix des carburants routiers ont augmenté plus que le prix des transports en commun. Mais entre la mi-2022 et la mi-2025 le prix des transports en commun a augmenté plus que ceux des carburants routiers.
- Depuis la mi-2025 jusqu’à aujourd’hui le diesel augmente plus vite que le prix de l’électricité et il semble que cela fasse réfléchir certains automobilistes sur le choix de la motorisation de leur prochaine voiture. Mais le prix relatif de l’électricité a augmenté plus que celui des carburants routiers entre la mi-2023 et la mi-2025, période pendant laquelle on a commencer à essayer de soutenir l’électromobilité.
- Une maman seule au CPAS dépense aujourd’hui 6,5% de son revenu d’intégration annuel à l’énergie si on fait l’hypothèse d’une consommation d’électricité de 2.500 kWh et de gaz de 15.000 kWh. Certes, le tarif social représente un soutien important, mais
- le pourcentage du revenu consacré à l’énergie est aujourd’hui supérieur à celui de 2019 ;
- comme la charge locative de ces ménages est souvent importante, une telle facture représente une part importante du « reste à vivre » ; dans le cas d’un loyer équivalent à 40% du revenu d’intégration, c’est 11% du reste à vivre ; or, dans beaucoup de situations, notamment à Bruxelles, le loyer représente plus de 40% du revenu d’intégration.
- Une personne/ménage au revenu d’intégration peut aujourd’hui acheter 25% de mazout en moins qu’en 2019. Son pouvoir d’achat pour le mazout a très fortement reculé depuis le début de 2026 : -38%.
Au total, ces graphiques illustrent l’absence d’un pilotage anticipé et cohérent des prix énergétiques.
Plus dans la note ici.
A votre disposition.
Philippe Defeyt, 24 septembre 2026.
Publication intégrale autorisée.
