Lutte contre l’évasion fiscale : « Fake news », la preuve par le Luxembourg

Pas de mois depuis des années sans que le scandale de l’évasion fiscale ne soit évoqué, notamment par ceux qui nous gouvernent et qui sempiternellement nous affirment leur ardente volonté d’y mettre un terme, tout en précisant tout aussi constamment que de nombreux progrès ont déjà été faits en la matière. Et puis quoi ? Les données globales de l’évasion fiscale sont en constante augmentation. Alors, qu’en penser? Et si le Luxembourg nous donnait la réponse ?

Dans le monde, ils sont quatre (Deloitte, PwC, EY, KPMG, « les Big Four» pour les initiés) à organiser industriellement l’évasion fiscale. Ils emploient plus d’un million de personnes et sont à eux quatre la troisième plus grande entreprise au monde en termes d’effectifs. Au sein de l’Union Européenne, ils sont 272.000 environ. Au Luxembourg, l’un des six membres fondateurs de l’Union Européenne (U.E), ils sont plus de 8.200 (soit plus de 3 %  du total UE) et sont les plus gros employeurs privés d’un pays qui présente les caractéristiques suivantes:

–  sa superficie représente 8,5 % de celle de la Belgique, 0,4 % de celle de la France.
–  sa population s’élève à 591.000 personnes (sensiblement égale celle du département du Vaucluse, sans le soleil, mais visiblement avec d’autres atouts)
– sa population active est de 287.000 personnes (5,7 % de la Belgique, 0,96 % de la France et 0,1% de l’U.E)
– son PIB est de 59,9 milliards de dollars ; 12,8 % de celui de la Belgique, 2,4 % de celui de la France et 0,37% de l’U.E.

Ce pays dispose donc de tels attraits que ces fameux Big Four y emploient 1 personne sur 36 actifs Luxembourgeois !

Mais que font-ils donc, ces  8.200 employés,  au sein de 4 sociétés mondiales spécialisées dans l’audit et le conseil ?

Avant de répondre, posons la question: combien devraient-ils être ? Combien devraient-ils être si leur effectif était calculé proportionnellement à la population active totale de la France et de l’Allemagne (à elles deux, 3ème puissance économique mondiale) qui emploient environ 68.000 « Big Four »  et qui ne sont pas qualifiées de paradis fiscaux ? (le calcul proportionnel au PIB a été exclu puisque ce dernier intègre déjà les effets d’une activité économique « non réelle », cela se voit  dans l’ampleur relative prise par le PIB Luxembourgeois vs les PIB Belge et Français comparée à la population active Luxembourgeoise vs les populations actives Belge et Française).

Ils devraient être 264 au Luxembourg !!!!  Et ils sont plus de 8.200. Leurs employeurs ne sont pas du genre à les payer à ne rien faire ! Alors que font-ils? Ils ne gèrent pas des agents économiques luxembourgeois actifs  au Luxembourg, ils gèrent des évadés fiscaux qui ne font rien au Luxembourg (grandes entreprises et riches particuliers)  mais qui affluent du monde entier pour profiter des avantage fiscaux phénoménaux offerts par la loi luxembourgeoise. C’est d’ailleurs pour cela que 70 nationalités y sont employées par les Big Four, une véritable Tour de Babel. L’anglais ne suffit pas, il faut bien parler à tout le monde évadé.

Si la lutte contre l’évasion fiscale avait une quelconque réalité, on est en droit de se dire qu’elle devrait se traduire dans l’évolution des effectifs des Big Four au Luxembourg. Or c’est l’inverse que l’on constate : non seulement ils sont en très forte augmentation, mais celle-ci est constante, à aucun moment on ne constate d’arrêt dans la croissance, pas même de ralentissement qui soit significatif. Qu’on en juge sur une longue période : ils étaient 4.800 en 2010 contre 8.200 maintenant, soit + 71%, ils réalisaient un chiffre d’affaires de 588,1 millions d’euros en 2010 contre 1.205,6 millions d’euros maintenant, soit + 105%. Dans la bande des quatre, chacun des 4 progresse de manière extravagante tant en effectifs qu’en chiffre d’affaires.

Big Four Effectifs Chiffre d’affaires (millions euros)
2010 4.800 588,1
2011 5.085 655,4
2012 5.757 701,2
2013 6.025 786,6
2014 6.405 849,0
2015 6.938 904,7
2016 7.466 1.014,0
2017 7.900 1.095,0
2018 8.210 1.205,6

 

A noter, d’ailleurs que les six autres sociétés d’audit et de conseils qui suivent les Big Four dans les classements mondiaux connaissent aussi une forte croissance au Luxembourg.

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Christian Savestre