Le vote : frein à la participation des citoyen∙ne∙s ?

Nous serons ce dimanche en Belgique plus de 8 millions d’électeurs à nous rendre dans l’isoloir pour choisir nos représentants régionaux, fédéraux et européens. 578 au total (tout parlement confondus). Une fois notre « devoir » accompli, nous retournerons à notre rôle de citoyen passif, spectateur d’une vie politique qui ne nous permet de nous impliquer qu’à la marge. Dès ce lundi, notre politique fiscale, environnementale, énergétique, économique, sociale, de mobilité… seront ainsi définies pour ces 4 et 5 prochaines années par ces seuls 578 représentants et leurs partis politiques à qui nous aurons, à travers le vote, déléguer l’essentiel de notre pouvoir politique et l’entière gestion de la chose publique.

S’il a sans nul doute constitué un progrès social indéniable lors de son adoption progressive tout au long du XIXe siècle, le droit de vote comme principal et presque unique mécanisme de participation politique pose de plus en plus question. Pourquoi dans une société aussi éduquée que la nôtre, l’essentiel de nos droits politiques continuent à se limiter au droit de vote ?[wcm_nonmember]

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Cela fait tout juste 100 ans que le suffrage universel masculin a été adopté en Belgique. 100 ans que le principe « un homme, une voix » a été adopté mettant ainsi fin au vote plural et à son injuste système qui permettait à certains électeurs masculins de glisser jusque trois votes dans l’urne. Les femmes, elles, durent attendre 1948 et deux guerres mondiales pour disposer des mêmes droits de vote que les hommes. Les jeunes entre 18 et 21 ans ne peuvent voter aux élections régionales et fédérale que depuis 1981. Droit qui est toujours refusé aux résidents européens et extra-communautaires (même s’ils sont nés en Belgique).

Bien que le mécanisme de la représentation politique s’est constitué historiquement en opposition aux pouvoirs absolus du roi et a permis à la bourgeoisie émergente de s’emparer du pouvoir politique dès la fin du XVIIIe siècle, et dans une moindre mesure aux classes ouvrières à partir du début du XXe siècle, on peut se demander si ce système politique, que certains nommaient hier aristocratie élective et qu’on désigne aujourd’hui comme démocratie représentative, n’entrave pas l’implication des citoyen∙ne∙s à la participation aux décisions politiques en la limitant aux seuls vainqueurs de la course électorale ?

Si l’élargissement du corps électoral, fruit d’évolutions culturelles et de luttes sociales, a constitué une avancée importante dans la démocratisation de notre société, il semble que celle-ci ne peut se poursuivre qu’à travers la mise en place de dispositifs qui permettent la participation des citoyens à la décision politique. Notre système politique doit pouvoir accompagner et s’adapter à la réalité sociale et politique de notre pays en se faisant le reflet d’une société belge en mouvement, de plus en plus éduquée, ouverte sur le monde et extrêmement consciente des défis sociétaux du XXIe siècle.

La communauté germanophone a ouvert la voie en approuvant en février dernier la création d’une assemblée citoyenne permanente tirée au sort en complément de son parlement. Si cela pose certaines questions, il n’en reste pas moins que cette initiative, unique au monde, mérite d’être soulignée et applaudie. D’autres mouvements à Bruxelles (Agora) et en Wallonie (Collectif Citoyen, La voix est Libre) ont fait du renouvèlement des règles du jeu politique leur cheval de bataille. Encore embryonnaires, les questions posées par ces mouvements ne pourront être éludées, même par les gagnants du 26 mai.[/wcm_restrict]

Julian Lozano Raya[1]


[1] Citoyen, politologue et formateur en ECMS – Jlozanoraya.ocb@gmail.com .