Boureima Ouedraogo : « Aussi longtemps que durera la nuit, le jour viendra »

Dans un précédent article, Jérome Duval interrogeait le journaliste d’investigation Boureima Ouedraogo, directeur du journal du Burkina Fasso Le Reporter, sur l’affaire Norbert Zongo, ce journaliste assoiffé de justice sociale assassiné il y a 20 ans pour avoir voulu révéler les affaires de corruption proches du pouvoir de Blaise Compaoré. Aujourd’hui, Boureima Ouedraogo revient sur l’assassinat du Président Thomas Sankara et les années difficiles que vit le Burkina Faso depuis l’élimination de celui qui avait incarné, pour son pays et plus largement pour beaucoup de pays africains, les espoirs de justice sociale, de lutte contre la corruption et la dette illégitime ou encore de libération des femmes. Thomas Sankara est assassiné le 15 octobre 1987, trois mois après avoir prononcé son célèbre discours dans lequel il conteste la légitimité de la dette lors du sommet de l’Organisation de l’unité africaine à Addis-Abeba. Blaise Compaoré, qui va lui succéder pendant 27 ans au pouvoir avant d’être lui-même renversé par un soulèvement insurrectionnel, est soupçonné d’être le principal responsable de son assassinat.

Jérôme Duval : Alors que Macron affirmait en novembre 2017, que « tous les documents produits par les administrations françaises pendant le régime de Sankara et après son assassinat [seront] déclassifiés », seule une partie des archives a été transmise au juge d’instruction en charge du dossier. Le gouvernement français va-t-il transmettre la totalité des documents comme il l’a annoncé ? Dans quel délai ? Y a-t-il une pression exercée en ce sens ?

Boureima Ouedraogo : La France a décidé de procéder par étape à cette déclassification. Un premier lot a été transmis à la justice burkinabè fin 2018 et un 2ème devrait arriver sous peu. Ces premiers documents ont déjà permis d’inculper une 17ème personne, le colonel-major Serge Alain Bonkian début décembre 2018. Malheureusement, il est décédé peu après son inculpation, le 25 décembre 2018, des suites d’une maladie. Il était malade, mais la question se pose de savoir si quelqu’un aurait pu précipiter sa disparition de crainte qu’il ne parle ? Ces premiers documents ont aussi permis au juge de vérifier un certain nombre d’informations par rapport à des suspicions d’implication de la France dans l’assassinat de Thomas Sankara. Mais, le dossier mis à disposition ne permettrait pas (selon les informations que nous avons pu obtenir) d’établir, en l’état, la responsabilité de la France.

J.D. : Poursuivi pour assassinat, Blaise Compaoré fuyait l’insurrection d’octobre 2014 grâce au soutien du président François Hollande qui avait alors dépêché un hélicoptère, puis affrété un avion pour l’aider à s’évader. Réfugié en Côte d’Ivoire, il est sous mandat d’arrêt international pour son implication présumée dans la mort de l’ancien chef d’État Thomas Sankara. Peut-on espérer une extradition vers le Burkina Faso pour qu’il soit jugé ?

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Jérôme Duval