Aux origines du « confessionnalisme » libanais

Le système se rétablira-t-il au prix de sanglantes épreuves ?
Après Diab, Abid… L’anagramme auquel autorisent les noms des derniers premiers ministres libanais[2] pourrait illustrer une réalité : le fait qu’en ce qui concerne sa « classe politique », rien, depuis l’indépendance en 1946 et malgré deux guerres civiles, en 1958 et en 1975-1990, ne change vraiment au pays du Cèdre. Si ce n’est en apparence. Face aux drames qui se multiplient, nul ne sait si l’on assistera dans les mois qui viennent à un tournant ou si, à nouveau, le système se rétablira-t-il au prix de sanglantes épreuves ? Mais, quelles sont les origines de ce système ?

Une majorité de Libanais semble consensuellement désigner comme coupable les élites politiques et économiques
L’explosion de près de 2.750 tonnes d’ammonium de nitrate qui, le 4 août, a fait 203 morts enregistrés et ravagé le port de Beyrouth et les quartiers avoisinants a quelque peu estompé, aidée par la pandémie du Coronavirus, une autre explosion, sociale celle-ci, qui, depuis octobre 2019 a vu des dizaines de milliers de manifestants tenir les rues de Beyrouth et d’autres villes. Ce 11 septembre, un nouvel incendie, toujours dans le port, d’un entrepôt loué par la Croix Rouge internationale[4], aurait entraîné celui d’un dépôt de pneus du Hezbollah. À l’origine de l’une comme de l’autre de ces tragédies, une majorité de Libanais semble consensuellement désigner comme coupable les élites politiques et économiques kleptocrates qui dirigent le pays. Et dont la corruption, la gabegie et l’incompétence sont plus que jamais montrées du doigt.

Quelle est l’origine de ces « élites » et quelles sont les circonstances historiques qui les ont vus naître ? Retour sur les origines, trop souvent ignorées ou mal perçues, de ce « système » libanais.


Paul Delmotte

By Paul Delmotte

Professeur de Politique internationale, d'Histoire contemporaine et titulaire d'un cours sur le Monde arabe à l'IHECS, animé un séminaire sur le conflit israélo-palestinien à l'ULB. Retraité en 2014.