ACTIRIS : une ouverture sans précédent, une nouvelle dynamique.

Rencontre avec Abdelhak Ziani[1], travailleur communautaire au projet « Meeting »

Serge Noël : Parle-nous un peu de Meeting

Abdelhak Ziani : C’est un projet qui travaille essentiellement avec les sans-papiers, sur trois volets :

-l’accès à l’information ;
– l’aide personnalisée ;
-le travail collectif pour la sensibilisation, l’information, la mobilisation.

Dans le cadre de mon travail, j’ai saisi l’occasion de l’ouverture d’Actiris pour développer un travail de groupe. Il y a un groupe de travail réunissant Actiris, Agoria, les deux syndicats, la FEB (Fédération des Entreprises de Belgique) et le CIRE, qui ont discuté sur base d’une demande des patrons de la question des métiers en pénurie à Bruxelles. L’objet de la discussion tourne notamment autour de l’ouverture d’Actiris en direction des sans-papiers, pour combler les vides des métiers en pénurie. Ce groupe a été lancé il y a un peu plus d’un mois, suite à un article d’Actiris sur les réseaux sociaux. Nous avons rencontré la collaboratrice de Gregor Chapelle, le directeur, qui nous a confirmé la volonté d’ouverture, qui répond à un besoin émis par la FEB. Actiris planche sur ce projet depuis des mois.

Donc, je résume. Étape 1 : confirmation, c’est fait. Etape 2 : une assemblée générale d’un nouveau collectif (« Collectif des travailleurs clandestins ») est organisée le 24 avril à l’Allée du Kaaï. C’est une assemblée constituante du nouveau collectif qui va d’abord informer les sans-papiers des dispositions d’Actiris. Nous allons aussi mobiliser pour la manifestation du 28 avril organisée par la Coordination des sans-papiers. Etape 3 : élection d’un groupe de représentants qui sera amené à travailler sur cette question.

Après, avec ce noyau, nous allons établir le contact avec le ministre Gosuin et la FEB pour essayer de débloquer la situation politiquement en se mobilisant.

S.N. : Tu me parles de blocages politiques…

A.Z. : Il y a une réalité économique formulée par la FEB et Actiris et à partir de là nous allons étudier la faisabilité juridique et politique du projet. Là, on verra un peu ce qui se passera avec les élections. Le projet est pour le moment en standby. On vit une époque où les partis ont une attitude essentiellement électoraliste et ont peur d’aborder ce genre de question, pour ne pas perdre des voix. Après les élections, on va essayer de mobiliser les sans-papiers avec ce nouveau « Collectif des travailleurs clandestins », pour relancer une dynamique positive, dans un contexte où le mouvement s’essouffle un peu. On va répertorier les métiers maîtrisés par les sans-papiers à Bruxelles.

S.N. : Avec qui allez-vous travailler ?

Nous voulons lancer cette dynamique autour d’un objectif précis et atteignable, non seulement avec tous les collectifs de sans-papiers, mais aussi en développant des efforts importants en direction des sans-papiers qui sont en errance. Nous allons aussi travailler sur un modèle de collectif politique des sans-papiers, avec un noyau élu par les sans-papiers, représentatif de la diversité, du genre, qui va mettre en place un agenda décidé avec les sans-papiers, en gardant au maximum un rapport de concertation et d’information avec la base.

S.N. : Comment allez-vous préparer cette AG ?

A.Z. : Elle aura le double objectif d’informer sur le projet d’Actiris et de mettre en place le noyau élu. Nous faisons des rencontres préparatoires avec les sans-papiers, nous diffusons des flyers dans les quartiers et lieux fréquentés par les sans-papiers : aux Abattoirs, à Lemonnier, au Matonge, au Petit Château, dans les mosquées, etc.

S.N. : Parle-nous du projet d’Actiris ?

A.Z. : Ils ont rédigé une note interne où l’on constate une vision très progressiste de la question, avec une grande ouverture aux sans-papiers. Concrètement ça permettrait aux sans-papiers de s’inscrire chez Actiris, cela ouvrirait des possibilités de formations pour eux, ainsi que de réactualiser la liste des métiers en pénurie. La mission d’Actiris s’arrête là, pour la suite la balle est dans le camp des politiques. Les partis pour le moment se taisent à ce sujet, c’est la campagne électorale et ils marchent sur des œufs.

Propos recueillis par Serge Noël


[1] Contact : abdddelhak.ziani@samenlevingsopbouw.be .
Illustration: La Voix des Sans papiers