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Augmentation des licenciements
De plus, nous constatons une forte augmentation des licenciements sous prétexte de force majeure médicale. Les employés les plus âgés, notamment, qui rencontrent des problèmes de santé après des années de loyaux services, sont ainsi poussés vers la sortie de l’entreprise de manière irrespectueuse.
Le travail du dimanche est devenu un nouveau modèle d’entreprise
Le travail du dimanche est devenu un nouveau modèle économique. Presque tous les magasins franchisés Delhaize sont ouverts toute la journée le dimanche, alors que la loi stipule clairement que le personnel ne peut travailler que le dimanche matin, sauf dans les zones touristiques. Lorsque tant de magasins enfreignent simultanément la réglementation, il ne s’agit plus d’infractions isolées, mais d’un problème systémique.
Dans le même temps, le dialogue social disparaît dans les magasins. Là où les syndicats étaient autrefois des interlocuteurs naturels, le silence règne aujourd’hui, voire une aversion manifeste. La voix des employés est de plus en plus exclue du processus décisionnel.
Pression sur l’ensemble du secteur
Mais les conséquences ne se limitent pas à Delhaize. La franchise exerce une pression sur l’ensemble du secteur. D’autres acteurs ouvrent plus souvent le dimanche, la flexibilité est mise à rude épreuve et les règles sont de plus en plus ignorées parce que « les autres le font aussi ».
Parallèlement, les consultations sectorielles dans la grande distribution sont au point mort. Un nouvel accord sectoriel reste hors de portée. De ce fait, nous devons négocier les salaires, les horaires et l’équilibre vie professionnelle-vie privée magasin par magasin. Pour un secteur qui emploie des milliers de personnes, cette situation est intenable et conduit inévitablement à une fragmentation.
Un caissier gagne moins dans un magasin que dans un autre, même si le travail est exactement le même.
Un autre problème persiste depuis longtemps : la multitude de comités paritaires au sein du secteur, où syndicats et employeurs négocient des accords sur les salaires, les conditions de travail et la réglementation. Aujourd’hui, un caissier ou un employé de rayon gagne moins dans un magasin que dans un autre, alors que le travail est exactement le même. En 2026, cela sera difficilement justifiable. À travail égal, salaire égal devrait être une évidence.
Parallèlement, les défis structurels s’accumulent : numérisation, pénurie de personnel, augmentation de la charge de travail et une flexibilité devenue insoutenable pour de nombreux salariés. Pourtant, à ce jour, la fédération professionnelle Comeos refuse tout débat public sur l’avenir du commerce de détail.
Changement de cap
C’est pourquoi il est temps de changer de cap. Le secteur a besoin d’un véritable dialogue social et d’une vision d’avenir pour le commerce de détail belge. Les salariés doivent être associés à cette vision, car ceux qui travaillent quotidiennement en magasin savent mieux que quiconque ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas.
Par ailleurs, la multiplication des magasins doit également faire l’objet d’un débat. Dans un petit pays comme la Belgique, l’hyper-concurrence entre supermarchés n’est plus viable. Elle exerce une pression sur les marges, dégrade les conditions de travail et compromet le respect de la réglementation.
Le commerce de détail belge doit changer de cap.
Enfin, il est impératif de réappliquer la loi avec rigueur, notamment en ce qui concerne le travail du dimanche. Les inspections doivent être efficaces et les sanctions suffisamment sévères pour que les infractions ne représentent plus qu’un risque commercial calculé.
Trois ans après la mise en place de la franchise Delhaize, la conclusion est brutale mais sans équivoque : le choix de ce modèle a entraîné tout le secteur dans une spirale descendante, et ce sont les employés qui en paient le prix.
Le commerce de détail belge doit changer de cap. Autrement, nous risquons de nous diriger vers un secteur qui prospère grâce à la flexibilité, l’incertitude et les infractions, au détriment de la qualité, du savoir-faire et des emplois équitables.
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Kristel van Damme
responsable du secteur de la vente au détail chez ACV Puls.
10 mars 2026.
A LIRE, en accès libre, sur le dossier Delhaize.
■Sur POUR Press, Enquetes Ouvrières – 28.
●”Le droit de grève en Belgique après Delhaize, un état des lieux”, Hind Riad et Leila Lahssaini, avocates, Progress Lawyers Network,
1avril 2025, article publié sur le site du Gresea, Novembre 2024.
■Sur Progress Lawyer Network, les jugements sont annexés à chaque article.
●”Grèves chez Delhaize : le tribunal de première instance de Gand interdit la procédure sur requête unilatérale lors de grèves”.
●”Suite dans l’affaire Delhaize”.