Remettre les banques centrales au service de l’économie

Avec le réchauffement climatique et l’écroulement de la biodiversité se pose la question de la durabilité de notre mode de vie et de notre organisation économique et sociale. L’humanité, au mode vie occidental surtout, consomme trop de ressources non renouvelables, trop d’énergie et trop de matière ; elle occupe aussi trop d’espace, ne laissant à la faune et à la flore naturelles qu’une portion congrue. Aujourd’hui, l’aspiration à la modification de notre mode de vie devient assurément « LE » clivage politique émergent se surimposant aux clivages traditionnels. Les gilets jaunes en sont l’illustration la plus emblématique. Eux qui opposent « la fin du mois » à « la fin du monde » surimposent l’équité à la durabilité.

« La fin du monde » et « le changement » sont sources d’angoisses et de résistances alors que la réponse politique est jugée peu rassurante. Les gilets jaunes et les jeunes qui manifestent pour le climat soulignent en chœur la tétanie et l’absence de vision de nos représentants politiques. Pour ma part, convaincu qu’il faudra évoluer, je voudrais vous soumettre quelques réflexions sur les modifications à apporter à notre conception de la banque et du crédit dans une optique de durabilité et d’équité.

Croissance économique basée sur le crédit

Si l’on se penche sur l’histoire du développement bancaire, on est frappé par son caractère récent et inséparable du développement industriel à forte intensité capitalistique (c’est-à-dire avec une forte immobilisation financière, généralement à crédit). A mon sens, le développement industriel de ces 300 dernières années n’a été possible que par le développement parallèle des techniques du crédit bancaire. Le crédit, véritable pouvoir multiplicateur de la monnaie, n’a lui-même été possible que par un processus sans cesse plus poussé de dématérialisation de la monnaie passant de la pièce d’or à la monnaie fiduciaire (billet de banque) puis à la monnaie scripturale (écritures en comptes) pour aboutir à la monnaie électronique. Ce processus a permis de s’affranchir progressivement des contraintes physiques pour aboutir à une monnaie « hors sol » qui a favorisé l’expansion du crédit, l’expansion des investissements, de la production et de la consommation, parfois jusqu’à l’excès comme l’a montré la crise des crédits subprimes en 2007.

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André Peters


[1] Bien sûr, afin d’éviter tout abus de création monétaire par le pouvoir politique, il convient d’encadrer ce mécanisme de garde-fous institutionnels, de normes juridiques et de processus de décision alimentés par des analyses se basant sur des indicateurs économiques, des indicateurs sociaux et des indicateurs environnementaux. La prise en compte de ces critères permettra de ré-encastrer la création monétaire « hors sol » dans la réalité physique et humaine de l’économie.


André Peters

By André Peters

Vivant dans la périphérie bruxelloise, André Peters se dit être « ket van Brussel et fils d’ouvrier ». Cadre à la Banque Nationale de Belgique en tant qu’analyste-statisticien, il est en charge de dossiers transversaux dans différents domaines : statistiques financières, balance des paiements et comptabilité nationale, méthodes statistiques d'estimation des revenus, principalement des dividendes et des intérêts, échanges de données entre institutions financières internationales. Il a été conseiller d’une ministre bruxelloise sur les matières budgétaires, finances publiques, statistique, informatique, fonction publique et organisation dans différents secteurs sociaux de la fédération Wallonie-Bruxelles (aide à la jeunesse, jeunesse et aide aux détenus), de la Cocof, (personnes handicapées) et de la Commission communautaire commune (Maisons de retraite bicommunautaires). Se présentant comme « sociologue de la monnaie », il travaille à de nouvelles règles indispensables au financement et à la réalisation de la transition écologique et solidaire