Pôle, quand tu nous tiens !

Petit rappel : « Celui qui prétend qu’une croissance exponentielle peut continuer indéfiniment dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste [1]». (Mais aussi un homme politique dans nos partis traditionnels.)

Si les initiatives de transition émergent un peu partout, il semble bien que ses chemins soient complexes et variés. Ainsi lors d’un récent débat sur une transition intégrale, d’aucuns souhaiteraient qu’il y ait une boussole pour se guider dans cet entrelacs. Comme chacun sait, un compas est un instrument de navigation bien utile pour se situer et choisir une direction par rapport à un pôle. Mais ne vaudrait-il pas mieux changer le pôle plutôt que chercher une boussole ?

Expliquons-nous. Le pôle sur lequel nous sommes actuellement axés est né avec la révolution industrielle de la fin du XVIIIe siècle. Elle n’a cessé de s’épanouir avec les révolutions successives du pétrole, de l’électricité, de la chimie, du téléphone, de l’atome, de l’informatique… qui nous ont lancés dans une spirale infernale de production de biens et de services.

Tout a commencé avec la relation nouée entre la production, la productivité et le profit. Pour prendre un exemple rudimentaire, supposons qu’une centaine d’ouvriers produisent 100 chemises. En d’autres termes, leur productivité est égale à 1 (1ouvrier = 1 chemise). Maintenant, imaginons qu’avec un changement de machine, une meilleure organisation du travail, des nouveautés dans la façon de fabriquer les chemises…, la productivité passe à 2. Avec 50 ouvriers seulement, il est maintenant possible de fabriquer les 100 chemises. Que faire avec les 50 autres ? Passons sur les nombreux conflits qu’a engendrés ce genre de situation au fil de l’industrialisation pour aboutir au constat que, finalement, il valait mieux pour tout le monde produire 200 chemises et les vendre et, par conséquent, pousser résolument, par n’importe quel moyen, les consommateurs à les acheter.

La recherche du profit comme motivation

Pour accéder à l’intégralité de cet article, vous devez vous connecter (connexion) ou souscrire à l’Abonnement numérique.

Alain Tihon


[1] Kenneth E. Boulding, 1966
[2] D’autant plus que selon Thorstein Veblen (père du concept de la consommation ostentatoire) « Toute classe est mue par l’envie et rivalise avec la classe qui lui est immédiatement supérieure dans l’échelle sociale, alors qu’elle ne songe guère à se comparer à ses inférieures ni à celles qui la surpassent de très loin. »
[3] https://www.attracteur.be/images/PDF/Droit_a_lalimentation_ONU_decembre_2014_ODS.pdf
[4] Une syndémie est un entrelacement de problèmes de santé pour une personne qui se renforcent mutuellement les uns les autres, et portent atteinte à la santé globale de la personne. Pour illustrer ce type de problème, voir l’étude du Lancet sur les liens entre l’obésité, la malnutrition et le secteur agro-alimentaire. https://www.thelancet.com/pdfs/journals/lancet/PIIS0140-6736(18)32822-8.pdf.
[5] « Les nareux, la peur et l’impossible » Pour du 4/3/2019


Alain Tihon

Par Alain Tihon

Alain Tihon a fait des études classiques, complétées par un diplôme en économie appliquée (ICHEC Bruxelles). Il possède une longue expérience professionnelle dans de nombreux secteurs, en particulier celui des banques, et une expertise de consultant pour les entreprises et organisations non marchandes (voir le site). Depuis longtemps, il s’est intéressé aux problèmes posés par une croissance débridée et à la nécessité de remettre l’économie et la finance au service de la société.