Mourons, mais démocrates !

« La démocratie est le pire des régimes », disait Winston Churchill. Qui ajoutait : « à l’exception de tous les autres ». Une sentence très dialectique. Des gogos en ont toutefois conclu que le Vieux Lion aristocrate volontiers cynique et défenseur aguerri de l’Empire britannique considérait la démocratie parlementaire comme le meilleur des systèmes politiques…­

Pour ce qui est de la conjoncture actuelle et des alarmes croissantes que suscitent les questions environnementales, il semble que nous devions nous en tenir à la première partie de la proposition churchillienne : nos démocraties ne peuvent en effet « sauver la planète ». Parce que la démocratie – LA-Démocratie, c’est-à dire la démocratie parlementaire, « bourgeoise » – n’est, comme l’a rappelé le politologue polono-américain Adam Przeworski, rien d’autre qu’un système qui permet de « processer » les conflits et qui n’a vocation ni à éliminer les inégalités socio-économiques ni à remettre en cause un système économique – capitaliste – dont le moteur principal est la recherche inlassable et contraignante du profit. Quitte à condamner à terme la vie sur Terre. Une éventualité qui semble aujourd’hui nettement se dessiner.

Comment, dès lors, dans le cadre de LA-Démocratie, songer à arracher leur toute-puissance aux maîtres de l’économie ? Comment aussi – électoralisme oblige – songer à enlever à ces moindres bénéficiaires du système, dont nous sommes, les gadgets (automobile individuelle, tourisme low cost, fashion hystérisée, besoins sans cesse accrus d’énergie…) qui leur rendent la vie moins intolérable…

Si l’on ajoute à cela que nous vivons aujourd’hui – nouvelle Guerre froide, une véritable guerre idéologique entre partisans de LA-Démocratie et « tous les autres », le temps ne pourra que manquer pour pouvoir brandir à nouveau des objectifs tels que le rejet du profit privé et de la « liberté économique ». Ou celui de la démocratie économique.

Les écolos s’en réjouiront ils ? Nous risquons fort bien de tous périr… démocrates.

Paul Delmotte


Paul Delmotte

Par Paul Delmotte

Professeur de Politique internationale, d'Histoire contemporaine et titulaire d'un cours sur le Monde arabe à l'IHECS, animé un séminaire sur le conflit israélo-palestinien à l'ULB. Retraité en 2014.