L’avenir du militarisme américain en Amérique Latine

En novembre 2026, les États-Unis organiseront des élections de mi-mandat, au cours desquelles seront renouvelés la Chambre des représentants et un tiers du Sénat. Plusieurs scénarios sont envisageables concernant la composition des majorités absolues et relatives au sein des deux chambres, ce qui pourrait jouer en faveur ou en défaveur du président Donald Trump. Aux fins de cette analyse, nous nous concentrerons sur trois scénarios :

  1.  la perte de la majorité dans les deux chambres,
  2.  le maintien d’une majorité républicaine dans les deux chambres, et
  3.  le maintien du contrôle du Sénat par les républicains, mais la perte de la Chambre des représentants.

Il s’agit d’un moment crucial pour le pays, car ce n’est que par le biais de mécanismes internes que le système politique américain peut freiner ou influencer les politiques de Trump.

Au cours du second mandat de Trump, qui a débuté en janvier 2025, le président a bénéficié d’une majorité républicaine dans les deux chambres. Cependant, la baisse de popularité de Trump et de ses politiques a ouvert la voie à plusieurs scénarios législatifs, ce qui signifie que les résultats locaux dans les circonscriptions où la lutte est serrée seront décisifs. La question centrale est de savoir comment la Chambre des représentants et le Sénat pourront influencer les politiques, les positions et les actions du président Trump sur toute une série de sujets, notamment les budgets, le commerce extérieur et les droits de douane, l’immigration et les interventions militaires. Pour l’Amérique latine, les enjeux majeurs comprennent également la lutte contre ce que le gouvernement américain appelle le « narco-terrorisme », la présence de la Chine comme contrepoids à la posture traditionnellement interventionniste des États-Unis dans la région, ainsi que le soutien de Trump aux dirigeants néoconservateurs d’Amérique latine qui partagent ses idées.
Dans la Stratégie de sécurité de novembre 2025, les États-Unis ont réaffirmé que l’hémisphère occidental constituait leur principale sphère d’influence, en mettant l’accent sur l’unilatéralisme et le recours à la force. Ce document a défini ce qui est désormais connu sous le nom de « corollaire Trump à la doctrine Monroe » (souvent appelé « doctrine Donroe »), qui met en garde les autres puissances étrangères – à savoir la Chine – contre toute ingérence dans la région. Au cours de cette période, la politique étrangère américaine en Amérique latine s’est orientée vers un interventionnisme direct (comme en témoigne la capture de l’ancien président vénézuélien Nicolás Maduro), ainsi que vers des menaces d’intervention au Mexique et à Cuba – dans le premier cas pour lutter contre le trafic de drogue, et dans le second pour faire pression en faveur d’un changement de régime.
Le militarisme américain dans la région a été justifié par la lutte contre le narcoterrorisme et l’immigration clandestine. Une politique stricte d’arrestations et d’expulsions a eu un effet dissuasif, entraînant une chute de l’immigration vers les États-Unis pouvant atteindre 90 % au cours de l’année écoulée. Les États-Unis ont également poussé les gouvernements du Panama et du Mexique à endiguer eux-mêmes les flux migratoires. De plus, en qualifiant les cartels de la drogue d’organisations terroristes, les États-Unis ont pu mener des frappes aériennes contre des navires jugés suspects dans les Caraïbes dans le cadre de l’opération « Southern Spear », la plus grande opération militaire en Amérique latine depuis la Guerre froide, sous la direction du Commandement Sud des États-Unis. Ce faisant, ils continuent d’exercer une pression sur les pays de la région pour qu’ils concentrent leurs efforts sur la lutte contre les organisations criminelles désignées.
L’initiative « Shield of the Americas », lancée en mars 2026, a publiquement proposé d’aligner les gouvernements d’Amérique latine et des Caraïbes alliés au président Trump sur la stratégie militaire américaine. Les récentes victoires de la droite en Amérique du Sud (José Antonio Kast au Chili, Abelardo de la Espriella en Colombie, Keiko Fujimori au Pérou) élargiront cette coalition, et avec elle la présence militaire américaine dans la région.

 

Trump perd les deux chambres

Une forte majorité démocrate au Congrès pourrait signifier que le président Trump fera à nouveau l’objet d’une procédure de destitution pour plusieurs activités contestables ou illégales menées au cours de son second mandat. Celles-ci vont de son enrichissement personnel à la guerre en Iran, en passant par l’imposition de droits de douane sans autorisation législative. S’il est peu probable qu’une procédure de destitution de ce type aboutisse réellement, Trump lui-même a déclaré que si les démocrates remportaient les élections en novembre, ils trouveraient certainement un motif pour engager une procédure à son encontre, tout comme ils avaient tenté de le faire sans succès au cours de son premier mandat. Quoi qu’il en soit, une procédure de destitution exercerait une pression intense sur l’administration Trump, ce qui pourrait la pousser à adopter des mesures encore plus agressives tant en matière de politique intérieure qu’en matière de politique étrangère.
Dans ce premier scénario, l’administration Trump pourrait être contrainte de distinguer plus clairement les cartels de trafic de drogue des organisations terroristes, et d’évaluer leurs capacités respectives. L’approche politique actuelle a régulièrement utilisé le trafic de drogue comme prétexte à une intervention militaire ; pourtant, Trump a gracié l’ancien président hondurien Juan Orlando Hernández, qui avait auparavant été condamné pour trafic de drogue, afin d’aider Nasry Asfura, membre du même Parti national, à remporter les élections. Sa priorité n’est manifestement pas de lutter contre le trafic de drogue, mais d’installer et de soutenir des régimes alliés ou sympathisants. Ces actions pourraient toutes être remises en cause par les démocrates, qui mettraient davantage l’accent sur la coopération et la coordination avec les pays d’Amérique latine. Des programmes tels que l’Initiative Mérida (un accord entre les États-Unis et le Mexique visant à lutter contre le trafic de drogue et le crime organisé) et le Plan Colombie (une stratégie militaire américaine visant à affaiblir les cartels et les groupes de guérilla colombiens) ont fait l’objet d’un suivi plus étroit de la part du Congrès, car ils disposaient de budgets spécifiques, même si cela ne s’est pas nécessairement traduit par des résultats en matière de réduction de la production et de la distribution de drogue.
Une majorité démocrate au Congrès pourrait toutefois limiter les actions illégales des États-Unis – telles que les frappes directes contre des navires, voire la menace d’interventions sur le sol mexicain ou cubain – par le biais d’efforts diplomatiques. Elle aurait une motivation claire pour cela : une intervention militaire directe des États-Unis incite les pays d’Amérique latine à chercher, au-delà des Amériques, des contrepoids politiques en Europe et en Asie.
La présence de la Chine dans la région a été guidée par un besoin en produits industriels de base et par la volonté de garantir un approvisionnement régulier en matières premières grâce au commerce et à l’investissement, ce qui reflète l’importance accordée par le pays aux projets économiques et d’infrastructure. Un Congrès à majorité démocrate pourrait permettre d’aborder cette question par le biais d’un dialogue sur l’Amérique latine. Dès 2006, sous les administrations Bush et Obama, des mécanismes ont été mis en place pour que le gouvernement chinois puisse garantir à son homologue nord-américain que ses activités en Amérique latine ne compromettraient pas les intérêts américains.
La Chine et les États-Unis tiennent tous deux à s’implanter dans les pays d’Amérique latine et à pouvoir y opérer sans qu’aucun conflit ne surgisse entre eux. La Chine reconnaît l’autonomie de l’Amérique latine comme une caractéristique distinctive de la région, étant donné qu’elle a elle-même suivi une voie autonome en matière de développement et de politique étrangère. Il est toutefois important de rappeler que les États-Unis restent une priorité pour le gouvernement chinois, qui a déclaré vouloir éviter à la fois tout conflit direct avec les États-Unis et toute rhétorique digne de la Guerre froide.
Dans ce scénario, l’objectif serait de gérer la relation de manière diplomatique en résolvant les différends et les tensions, évitant ainsi une situation de polarisation dans laquelle les deux nations se disputeraient l’hégémonie dans la région. La position de la Chine face à l’invasion américaine du Venezuela illustre bien cette diplomatie stratégique : elle a condamné l’intervention et déclaré qu’elle violait la Charte des Nations unies, mais n’est pas allée jusqu’à offrir un soutien militaire ni à accroître son implication d’une manière qui aurait franchi une ligne rouge avec les États-Unis. Cela reflète la volonté de la Chine d’éviter toute escalade dans les Amériques.

 

Une majorité républicaine dans les deux chambres

Si les républicains parviennent à conserver leur majorité dans les deux chambres, une intervention directe pourrait être soutenue dans les pays d’Amérique latine que l’administration Trump juge importants, à savoir Cuba et le Mexique. Dans le premier cas, cette intervention prendrait une forme plus permanente, tandis qu’au Mexique, les actions consisteraient en des attaques ciblées avec précision contre les principales cellules criminelles.
Trump pourrait continuer à faire pression sur les pays d’Amérique latine pour qu’ils se militarisent afin de faire avancer son propre programme de sécurité régionale, ce qui entraînerait une montée des tensions, des violations des droits de l’homme et une augmentation des migrations forcées. Trump a déclaré que d’autres pays de la région devraient s’inspirer de la politique de sécurité de Nayib Bukele au Salvador. Le gouvernement d’Abelardo de la Espriella, récemment élu en Colombie, prévoit justement de le faire, bien qu’il se heurtera à une forte résistance de la part des groupes armés, avec le risque d’une déstabilisation accrue sur l’ensemble du territoire.
Dans ce scénario, le gouvernement Trump serait également en mesure d’intervenir plus directement pour s’assurer que des dirigeants latino-américains qui lui sont favorables accèdent au pouvoir, ce qui lui permettrait d’élargir sa coalition de gouvernements alliés alignés sur des programmes néoconservateurs et régressifs en matière de droits de l’homme. Cela se traduirait par un budget accru pour la militarisation et la répression en Amérique latine, une réduction des dépenses sociales et la privatisation des services publics, ce qui aggraverait les problèmes structurels de pauvreté et d’inégalité. Un tel virage vers l’unilatéralisme américain et une influence accrue par le biais de gouvernements latino-américains alignés pourrait conduire à l’affaiblissement, voire au démantèlement, des institutions multilatérales du système interaméricain. Cela alimenterait en fin de compte les conflits armés entre pays voisins – un phénomène que la diplomatie latino-américaine semblait avoir éradiqué.
Dans ce scénario, la présence de la Chine dans la région serait considérée comme une ingérence extrarégionale et comme un défi géopolitique par l’administration Trump et ses alliés au Congrès. À l’heure actuelle, la Chine s’est déjà positionnée comme le principal partenaire commercial de la plupart des pays de la région, à l’exception du Mexique, dont le principal partenaire est les États-Unis. Le Congrès maintiendrait son soutien à la stratégie de Trump consistant à cibler des zones stratégiques d’Amérique latine, telles que le Panama, où la présence chinoise représente une menace pour l’hégémonie américaine. Depuis le début de son deuxième mandat, Trump s’est efforcé de faire pression sur le gouvernement du président panaméen José Raúl Mulino au sujet de ses accords avec la Chine concernant le canal de Panama, et de veiller à ce que les intérêts américains soient respectés. Même lors du sommet « Shield of the Americas » de mars 2026, auquel Mulino a participé, Trump a réaffirmé l’importance stratégique du canal pour les États-Unis.

 

Un Congrès divisé

Ce scénario pourrait susciter un débat houleux concernant l’intervention tant directe qu’indirecte en Amérique latine. Le Congrès devrait rester constamment vigilant pour examiner et bloquer toute action de Trump que la Chambre des représentants souhaiterait empêcher, en soulignant qu’il doit d’abord obtenir l’autorisation du Congrès. C’est une démarche que le président a déjà refusé d’accomplir, affirmant que l’effet de surprise est le meilleur moyen d’atteindre des objectifs militaires. Cette position a été justifiée par la nécessité de protéger les États-Unis contre des menaces telles que le trafic de drogue, et face à des gouvernements d’Amérique latine trop effrayés ou compromis pour y faire face.
Cela susciterait également un débat au sein des États-Unis, où non seulement les démocrates et les républicains, mais aussi différents groupes sociaux seraient divisés quant au soutien à apporter aux actions du président sur le plan intérieur et à l’étranger. Dans les médias, Trump a tenté de discréditer les positions de ses adversaires au Congrès et a concentré l’attention sur ses actions militaires et leurs résultats, qu’il présente comme un succès à ses électeurs. Mais ce débat et cet examen minutieux au sein d’un Congrès dominé par l’opposition créeraient des impasses dans diverses décisions politiques nécessitant une majorité législative. À la Chambre des représentants, cela affecterait en particulier les débats sur les budgets et les programmes de dépenses sociales.
Cependant, les divergences entre le vote des législateurs américains et les opinions réelles de leurs électeurs concernant l’Amérique latine font que, pour les pays disposant d’un pouvoir de lobbying important, il est souvent plus facile d’influencer la politique étrangère américaine en tirant directement parti de leurs relations avec les membres du Congrès. Le Mexique, par exemple, possède une vaste expérience en matière de lobbying depuis le début des négociations sur l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) au début des années 1990.
De même, le Brésil dispose d’une plus grande capacité à exercer une influence et à proposer des alternatives. Par exemple, lorsque les États-Unis ont lancé des frappes aériennes contre des trafiquants de drogue présumés dans les Caraïbes – soi-disant pour réduire l’afflux de stupéfiants vers les États-Unis –, le gouvernement de Lula da Silva a choisi de conclure un accord direct avec l’administration Trump, qui répond aux préoccupations du Brésil concernant le trafic d’armes américaines saisies par les autorités brésiliennes. Cet accord, baptisé « Mutual Interdiction Team », a été annoncé en avril 2026. Il consiste en une alliance opérationnelle entre les services douaniers des deux pays, à savoir le Département spécial des recettes fédérales du Brésil et le Service des douanes et de la protection des frontières des États-Unis.

 

Scénarios pour le Mexique

Deux enjeux importants se posent pour le Mexique : la possibilité d’une intervention militaire américaine sur le sol mexicain et la fin de l’Accord trilatéral États-Unis-Mexique-Canada (USMCA). Ces menaces étaient déjà présentes lors du premier mandat de Trump, mais elles ont refait surface lors du second. L’approche de la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum repose sur ce qu’elle appelle une « collaboration coordonnée sans subordination ». Ce principe a été appliqué tant au commerce qu’au trafic de drogue, dans le but de concilier les intérêts du Mexique et les relations bilatérales avec les États-Unis.
Au Mexique, la menace de Trump d’une intervention militaire américaine contre les cartels de la drogue du pays est un sujet sensible, qui touche à la souveraineté territoriale et au nationalisme. Au cours du premier mandat de Trump, ce sujet avait été contourné grâce à l’élaboration d’un nouveau cadre de collaboration en matière de sécurité, connu sous le nom de « Cadre du Bicentenaire ». Au cours du second mandat de Trump, Sheinbaum a montré qu’elle était disposée à poursuivre cette collaboration en remettant des criminels aux États-Unis.
En février 2025, 29 trafiquants de drogue capturés par le Mexique ont été extradés vers les États-Unis, et 37 autres criminels ont été envoyés en janvier 2026, sans toutefois que les procédures formelles d’extradition aient été respectées. Interrogée à ce sujet, Sheinbaum a déclaré que ces mesures avaient été prises à la demande du ministère américain de la Justice, en vertu d’accords bilatéraux entre les deux pays, mais que la décision avait été prise par le Conseil national de sécurité du Mexique, ce qui en faisait une décision souveraine prise par le Mexique dans l’intérêt de la coexistence afin de préserver sa sécurité nationale et publique.
En avril 2026, les États-Unis ont renouvelé leurs pressions concernant le trafic de drogue en demandant l’arrestation et l’extradition de dix responsables politiques mexicains liés au cartel de Sinaloa, qui appartiennent également au parti de Sheinbaum, le MORENA. Cela a créé un dilemme : accéder à la demande, ou risquer que les États-Unis déclarent que le gouvernement mexicain protège ouvertement des « narco-politiciens » qui soutiennent ou participent au narco-terrorisme, infraction pénalement répréhensible.
Sur le plan commercial, l’ALENA a été remplacé, au cours du premier mandat de Trump, par l’USMCA, qui fait l’objet d’un réexamen régulier. Cela a permis à l’administration Trump d’exercer une pression constante sur le Mexique et le Canada en menaçant de dénoncer le traité. Bien que le bloc commercial nord-américain ait renforcé la compétitivité et intégré de vastes chaînes d’approvisionnement, de fabrication et d’investissement, l’administration Trump préfère négocier et exercer une pression unilatérale sur le Canada et le Mexique séparément. En conséquence, l’USMCA pourrait être dissous.
Les résultats des élections de novembre 2026 seront décisifs pour l’accord, car les membres du Congrès et leurs électeurs pourraient faire pression pour qu’il soit maintenu ou résilié. Bien que la résiliation de l’accord soit coûteuse, c’est un risque que l’administration Trump est prête à prendre. De son côté, la stratégie du Mexique a consisté à promouvoir des négociations mettant en avant les avantages économiques de l’USMCA pour divers secteurs aux États-Unis, et à s’appuyer sur les liens transnationaux tissés par les milieux d’affaires mexicains avec leurs homologues américains.
La stratégie de politique étrangère de Sheinbaum se caractérise par une position ferme vis-à-vis des États-Unis, tout en manifestant un intérêt pour le maintien de la coopération bilatérale. Elle n’a pas exprimé de colère, ni pris ses distances par rapport aux déclarations de Trump, ni rejeté celles-ci directement, mais elle continue de souligner publiquement l’importance de la souveraineté mexicaine.
Au-delà des États-Unis, les relations entre le Mexique et la Chine ont été gérées avec discrétion par le gouvernement mexicain. Les échanges bilatéraux se sont développés ces dernières années, mais le gouvernement mexicain gère ses liens économiques avec la Chine de manière à minimiser sa vulnérabilité géopolitique face aux États-Unis en donnant la priorité à l’accord trilatéral USMCA. Cependant, à l’instar d’autres pays d’Amérique latine, le Mexique pourrait à terme devoir se tourner vers la Chine pour faire contrepoids aux États-Unis.

 

Alternatives transnationales et résistance populaire

Les flux migratoires historiques et contemporains entre les États-Unis et l’Amérique latine ont donné naissance à un vaste réseau transnational de relations familiales et sociales. Naturellement, les familles et les communautés de migrants ont directement ressenti l’impact des politiques répressives de Trump, même si cet impact n’a pas été uniforme sur tous les territoires.
La première administration Trump, tout comme l’actuelle, a également permis aux communautés et aux organisations de la société civile d’étendre leur action politique transnationale et d’élargir leur champ d’intervention. Les organisations œuvrant sur les questions de migration et de droits de l’homme adoptent souvent une approche qui rassemble différents domaines liés aux causes de la migration, apportant un soutien direct tout en développant des alternatives. Leur travail auprès des migrants met en lumière toute une série de problèmes liés aux déplacements causés par la violence, les inégalités structurelles et le développement capitaliste, la guerre contre la drogue et la criminalisation, ainsi que les déplacements provoqués par le système judiciaire et la militarisation.
De la même manière, les communautés historiquement racialisées et marginalisées aux États-Unis tirent parti de la présence de migrants au sein de leurs réseaux transnationaux pour étendre la portée de leurs actions politiques. Il existe un vif intérêt pour ce qui se passe en Amérique latine, pour comprendre comment la politique étrangère américaine a affecté les pays d’Amérique latine, et pour saisir pourquoi il est nécessaire de mener une action conjointe susceptible d’avoir un impact réel. Cela peut se faire depuis l’intérieur des États-Unis – tant par le biais des freins et contrepoids législatifs nationaux que par l’intermédiaire des autorités locales – mais aussi au niveau transnational, par le biais des communautés de migrants latino-américains.
Le néoconservatisme américain et sa propagation à travers l’Amérique latine font sonner l’alarme dans tous les segments progressistes de la société, car les dangers sont évidents : le recul des droits de l’homme et la montée des régimes répressifs et du militarisme. Il est donc d’une importance vitale de reconnaître le potentiel de l’organisation collective transnationale et des efforts coordonnés pour construire des alternatives sociales. L’Amérique latine, pour sa part, possède une forte tradition de résistance pour la défense des droits collectifs, et la prise de conscience généralisée dans la région que les modèles imposés par les États-Unis ont fait leur temps devrait servir de leçon au monde entier.

 

Adriana Sletza Ortega et Luis Miguel Morales Gamez,
10 octobre 2026.

Adriana Sletza Ortega Ramírez est maître de conférences et chercheuse en relations internationales à la Faculté des sciences politiques et sociales de la Benemérita Universidad Autónoma de Puebla (BUAP). Ses travaux de recherche portent sur la politique migratoire, les relations internationales au niveau des collectivités locales (paradiplomatie), les droits de l’homme, la théorie des relations internationales et les relations entre le Mexique et les États-Unis en matière de migration.

Luis Miguel Morales Gámez est professeur associé à l’Institut d’administration publique de l’État de Puebla A.C. et chercheur de longue date à l’Institut des sciences gouvernementales et du développement stratégique (ICGDE) de l’Université autonome benémérite de Puebla (BUAP), où il est spécialisé dans la sécurité nationale et la politique étrangère mexicaine.

Fondation Rosa Luxemburg, publication intégrale autorisée.
Traduction POUR Press.
A LIRE, en accès  libre, sur POUR Press.
■La Trumperie qui est là-33.
Giorgio Trucchi est journaliste, basé en Amérique Latine depuis 1998, et correspondant notamment de l’Union Internationale des Droits de l’Homme.
●”L’expansion militaire américaine en Amérique Latine”, Giorgio Trucchi, 25 mai 2026, via Agence de Presse Pressenza.
illustration : Groupe opérationnel de bombardiers – U.S. Air Force video by Staff Sgt. Jason Allred, Public domain, via Wikimedia Commons