Point de vue
Partie 1
D’où vient John-Alexander Bogaerts?
Qu’est-ce que le journal PAN et le club d’affaires B19?
Le fils issu de la bourgeoisie bruxelloise
John-Alexander Bogaerts n’a jamais connu le besoin, (très) loin de là. Sa mère est issue d’une grande famille de chocolatiers industriels (Leonidas et Daskalidès). Son père, Rudolph Bogaerts (appelé Rudy), est connu pour avoir fondé le Jury Bogaerts, une école de cours particuliers qui permet aux familles disposant des moyens nécessaires d’assurer la réussite de leurs enfants. Cette école est « une boite à BAC pour gosses de riches » comme le reconnaît John-Alexander Bogaerts. Sur une page Facebook à la mémoire du père Bogaerts, une photo montre le jeune John-Alexander posant aux côtés de sa famille avec le labrador familial et comme légende « Les Kennedy du Fort-Jaco »… Le décor est posé.
Après avoir échoué en droit à l’UCL, il obtient une licence en histoire à la Brussels University, autre école fondée par son père. C’est pourtant dans l’évènementiel qu’il se lance en fondant la boite d’évènements « 4J Concept » avec John-John Goossens (fils de l’ancien patron de Belgacom John Goossens) et Jérôme Fabry. On fera l’hypothèse que les investissements nécessaires sont d’abord venus des avoirs familiaux… Lancée en 1996, l’aventure se terminera en 2007.
En 2004, il lance également la société Inside Editions, active dans la presse « hyper spécialisée ». Cette société lance un premier magazine gratuit mais bourré de publicités de luxe – « Zoute People » – qui propose uniquement des photos de bourgeois participant à des événements à Knokke. Devant le succès de la formule du Zoute People, celle-ci sera déclinée également en « Hockey People » ou encore « Anderlecht People », allégorie d’une bourgeoisie qui adore se regarder.
Le B19 et le networking
Quelques années plus tard, en 2014, émerge l’un des projets phares de John-Alexander Bogaerts : le B19. L’entrepreneur annonce vouloir créer « un club d’affaires pour les petites boites et les PME ». L’initiative rencontre un certain succès. Lancée à l’origine à Uccle – à partir d’un bâtiment hérité de son père – plusieurs nouvelles « antennes » ont été lancées depuis : Anvers, Liège, Gand, Diegem, Namur, en Brabant Wallon etc.
En 2019, le B19 ouvrait une antenne supplémentaire – Avenue Louise – lorsque John-Alexander Bogaerts hérite d’un bâtiment au décès de sa grand-mère. Lors du lancement de l’antenne carolo en mars 2024 du B19, la chaîne de clubs d’affaires annonce disposer de 19 « bases » lui permettant de couvrir toute la Belgique ainsi que le Luxembourg. Des partenariats ont également été signés avec la France dont Paris en 2020 et la Région Hauts-De-France en septembre 2025 (annoncé sur la page instagram de John-Alexander Bogaerts). Par ailleurs, en 2020, John-Alexander Bogaerts met également la main sur le Cercle de Lorraine, institution bourgeoise historique de Bruxelles, en partenariat avec Bruno Pani.
Aujourd’hui, la chaîne B19 organise des conférences, afterworks, speed-datings d’entreprises, visites d’entreprises, et autres activités de networking. Son site internet revendique plus de 2000 membres et plus de 150 événements par an. La galerie de photos donne un aperçu de la diversité des personnes invitées à venir parler aux différents évènements du B19.
En voici une petite liste absolument non-exhaustive : personnalités entrepreneuriales et économiques (Marc Raisière (CEO de Belfius), Thomas et Piron, Yannick Bolloré, CEO de Walibi, Ghelamco), personnalités politiques (Maxime Prévot, Georges-Louis Bouchez, Théo Francken, David Clarinval, Nicolas Sarkozy, Sophie Wilmès, Bart de Wever, Valérie Glatigny, Adrien Dolimont, Alexander De Croo, mais également… Thomas Dermine), personnalités judiciaires (Michel Claise, Julien Moinil…), religieux (Eric de Beukelaer), scientifique (Marius Gilbert), journalistiques(Pascal Vrebos, Nicolas Vados, visite des imprimeries Rossel, VTM…), artistiques (Kev Adams, Dany Boon, Stéphane De Groodt, Frank Dubosc…), ou encore sportifs(Mathieu Van der Poel, club de l’Antwerp, club de Charleroi).
En 10 ans, le B19 est devenu un réseau de networking – et donc d’influence – assez en vue en Belgique. Mais c’est également un QG. À partir de ses antennes, John-Alexander Bogaerts « déploie » ses différentes activités. Cela lui permet d’entretenir ses réseaux aussi bien à droite… qu’à l’extrême droite. Et notamment le journal PAN dont il est propriétaire.
Le Journal Pan
Historiquement, le journal PAN actuel est l’héritier de deux organes de presse belge : le journal PAN et son concurrent « Père-Ubu ».
Le journal PAN apparaît à la fin de la Seconde Guerre Mondiale et entend imiter le Canard Enchaîné. Au cours des décennies suivantes, diverses tendances politiques cohabiteront au sein du journal mais il sera régulièrement catalogué à l’extrême droite. Plusieurs personnalités associées à l’extrême droite et à la Collaboration y officieront : le dessinateur Alidor (Paul Jamin) qui a dessiné pour Le Pays Réel, l’organe de presse du parti Rexiste de Léon Degrelle, l’intellectuel Robert Poulet ou Félicien Marceau. En 1990, Alidor et Henry Vellut quittent le PAN à l’arrivée d’un nouveau propriétaire et fonde Père Ubu, un journal concurrent.
Rudy Bogaerts (le père de John-Alexander) devient le rédacteur de ce dernier à la fin des années 1990. Il faut dire qu’il semble disposer des bonnes idées politiques pour cela. Il a milité dans sa jeunesse dans les organisations étudiantes d’extrême droite au Centre des Étudiants nationaux et à la Fédération Générale des Étudiants Européens. En 2004, chroniqueur de Radio Judaïca (radio où son fils est régulièrement présent aujourd’hui), il tient des propos racistes et homophobes. « Il y a à Bruxelles, un très grand nombre d’élus maghrébins, donc le ver est dans le fruit et, un jour proche, ces gens vont dire ce qu’ils pensent réellement, ils vont créer leur propre parti parce qu’ils ne peuvent pas rester dans le PS avec Di Rupo et toutes les folles qu’il y a là, qui parlent de mariage homo et qui se promènent avec les seins à l’air […] Une marocaine a six gosses à Bruxelles alors qu’au Maroc elle n’en a que trois… et donc il est clair que la natalité est une arme ». Lui-même étant par ailleurs contre le mariage homosexuel. À sa mort en 2007, il recevra les hommages du Front National, de Belgique et Chrétienté et du Vlaams Belang.
Plus récemment, ont collaboré au Père Ubu également Jean-Paul Dumont, passé du PSC (ancêtre des Engagés) au Front démocratique bruxellois, scission du Front National belge, et Baudoin Peeters, issu des milieux nostalgiques de la colonisation et ancien collaborateur d’Alain Destexhe au Sénat. Alain Escada, ancien porte-parole du Front Nouveau de Belgique, parti d’extrême droite, et actuel président de l’Institut Civitas revendique également avoir collaboré à l’hebdomadaire. Selon ce dernier, Rudy Bogaerts aurait été membre de l’OAS, d’Occident et d’Ordre Nouveau… rien que ça.
John-Alexander Bogaerts hérite du Père Ubu en 2007 à la mort de son père. En 2010, il rachète le magazine PAN et opère une fusion qui redeviendra peu à peu le Journal PAN.
Qu’en est-il aujourd’hui ? Force est de constater que le PAN défend toujours dans ses pages et sur ses réseaux des idées racistes et réactionnaires.
Pour commencer ce tableau, nos ami.es de RésistanceS avaient déjà noté la grande mansuétude avec laquelle le journal PAN a accueilli l’arrivée du parti Chez Nous dans le paysage politique belge, ex-parti d’extrême droite disparu après les élections de 2024 : « Des initiatives crédibles comme le mouvement « Chez Nous » semble arriver dans le paysage politique. A-t-on besoin d’un tel parti ? » Parti qu’il désigne comme « Parti de droite décomplexée »… bien que soutenu par le Vlaams Belang et le Rassemblement National. Le journal leur avait d’ailleurs accordé une interview, faisant complètement fi du cordon sanitaire.
Toujours côté extrême droite francophone, on retrouve parmi les « plumes » du PAN Drieu Godefridi, climato-sceptique et fan de Trump anciennement proche de Corentin de Salle, un idéologue du MR. En 2025, cet « intellectuel » avait d’ailleurs été recruté par la NV-A pour être sa tête de liste en Wallonie. Plusieurs médias lui avaient alors opposé le cordon sanitaire médiatique.
Dans le numéro 4215 de PAN (paru ce 24 octobre 2025), il vante dans un article la politique migratoire de Donald Trump (politique dont vous pouvez trouver des extraits ici), en espérant que l’Union Européenne s’en inspirera un jour. Il félicite le « primat de la volonté sur la fatalité » au sens selon lui du juriste allemand et antisémite Carl Schmitt dans « la Théorie de la Constitution » dont il spécifie la date de parution : 1928.
S’il spécifie la date, c’est peut-être pour se préserver de ceci : au printemps 1933, Carl Schmitt rejoint le parti Nazi dont il sera un membre éminent avant de tomber en disgrâce. Mais déjà dans les années 1920, Carl Schmitt fera les louanges du régime de Mussolini et ses idées – dont celles développées dans la Théorie de la Constitution – seront grandement utilisées par le régime nazi, notamment dans sa constitution juridique. Selon le spécialiste du nazisme Johann Chapoutot « [Carl Schmitt] était un vrai juriste et un vrai nazi. Que ce soit par opportunisme ou par conviction, il a accompagné le national-socialisme de l’éclosion à l’implosion ».
Et Drieu Godefridi de finir son argumentation en nous indiquant ce qui est selon lui le « sens de l’histoire » : la « remigration ». Cette « solution » – prônée par les tenants de la théorie raciste et conspirationniste du « grand remplacement » – consiste peu ou prou à une déportation forcée des personnes issues de l’immigration ou non-blanches. En janvier 2024, les révélations concernant une rencontre secrète entre l’AfD, des néonazis et des personnalités de l’aile la plus droitière de la CDU concernant cette remigration avaient suscité l’effroi en Allemagne et des manifestations d’une ampleur rarement vue avaient eu lieu… Ça commence à faire beaucoup de (néo)nazis dans cette histoire.
Ironie de l’histoire ? Le siège du PAN – renseigné sur leur site – est l’antenne B19 à Ixelles. Il s’agit du bâtiment 347 Avenue Louise, aussi connu… Pour avoir héberger les activités de la Gestapo dans ses caves. « C’est au 347 que les flics nazis ont tenté d’écraser la Résistance en plein en 1943, c’est là qu’ils ont organisé la chasse aux Juifs dans les rues ainsi que l’ultime rafle du 3 septembre« .
Drieu Godefridi a par ailleurs comme autre « qualité » d’être climato-sceptique, caractéristique qu’il partage avec deux autres de ses co-auteurs dans ce numéro : Samuel Furfari, et Rémy Prud’homme. Ce dernier écrit également dans le magazine d’extrême droite français Causeur et la revue Front Populaire, revue crée par le philosophe Michel Onfray…récemment invité aussi par le journal PAN.
Le 6 mars 2025, le PAN a fêté ses 80 ans d’existence. Pour cela, John-Alexander Bogaerts invite le pseudo-philosophe français séduisant fortement l’extrême droite. Celui-ci est d’ailleurs un habitué de la chaîne CNEWS, appartenant à Vincent Bolloré. Lors de cette soirée anniversaire organisée au Mix de Boisfort, le philosophe n’avait d’ailleurs pas tari d’éloges au sujet de Bolloré : «Surgit Bolloré, qui crée des médias qui disent ce qui est. Ce que cette gauche médiatiquement omnipotente ne peut supporter ».
Ce qui parait insupportable ce sont peut-être les 52 sanctions contre les chaînes C8 et CNEWS pour des mensonges concernant le droit à l’IVG, mensonges islamophobes, propos racistes, propos climato-sceptiques, propos validistes, agressions sexuelles en plateau, diffusion de théorie du complot, etc. On notera notamment la sanction de 200.000€ pour des insultes d’Eric Zemmour contre les personnes migrantes.
Mais, CNEWS et Eric Zemmour, ça ne dérange pas John Alexander Bogaerts, que du contraire. Car le journal PAN n’est pas le seul lien qui lie ce dernier aux réseaux d’extrême droite. On vous raconte les autres dans cet article. On vous y parle également des liens forts avec certains médias et avec le Mouvement Réformateur qui n’est jamais très loin quand on parle d’extrême droite. Enfin, on tire les leçons de cette enquête et on vous partage nos pistes pour lutter avec vos collectifs
Partie 2
Quels sont les liens de John-Alexander Bogaerts avec l’extrême droite? Malgré cela, pourquoi entretient-il des liens avec le MR et certains médias? Et comment lutter contre ces réseaux?
Le 5 décembre, Mathieu Bock-Côté, chroniqueur de CNEWS, la chaîne de télévision du milliardaire Vincent Bolloré, donnera une conférence dans un lieu encore inconnu d’Ixelles. La conférence est organisée par le Club de Pan, émanation du journal éponyme « PAN », propriété de l’homme d’affaires John-Alexander Bogaerts. Ce dernier, figure de la bourgeoisie bruxelloise, entretient des liens importants avec l’extrême droite franco-belge, ce qui devrait suffire à le rendre largement infréquentable. Toutefois – notamment grâce sachaîne de clubs d’affaires « B19 » – il dispose d’un réseau impressionnant dans les milieux économiques, politiques, journalistiques… et jusqu’au gouvernement. Portrait de ce bourgeois d’extrême droite que tout le monde connaît.
Implication dans les réseaux d’extrême droite : Destexhe, de Lamotte, Stérin et Bolloré
La proximité de John-Alexander Bogaerts avec l’extrême droite ne se résume pas uniquement aux écrits du PAN – dont nous vous parlons dans cet article-ci, celui-ci parlant également également de sa chaîne de club d’affaires B19. Il connaît et s’organise avec plusieurs personnalités françaises ou belges issues des milieux conservateurs et réactionnaires, et met ses moyens à leurs dispositions.
En 2014 déjà, il accueillait – malgré les contestations – Éric Zemmour au B19 à Uccle. À l’époque, le racisme et le sexisme du commentateur politique ne font déjà aucun doute, il a d’ailleurs déjà été condamné en 2011 pour provocation à la discrimination raciale.
Autre personnage qui compte parmi les proches de John-Alexander Bogaerts : Alain Destexhe. Cet homme politique, dont nous vous avons déjà parlé ici, est un ancien membre du Mouvement Réformateur. Il quittera le parti – pas assez à droite à son goût – en 2019 pour fonder ses propres listes pour les élections législatives. Le B19 se fera donc une joie d’accueillir les réunions publiques des « Listes Destexhe » en vue des élections.
Après un résultat (très) décevant, Alain Destexhe rejoindra l’équipe de campagne d’Éric Zemmour pour les élections présidentielles de 2022. Encore aujourd’hui, Alain Destexhe anime de nombreuses conférences du Club de Pan au B19.
Toujours dans cette galaxie – qu’on commence à bien connaître – Aymeric de Lamotte est également un habitué du B19. Celui-ci – proche d’Alain Destexhe et ancien du MR – est l’avocat de toutes les causes réactionnaires via le collectif Justicia et membre de l’Institut réactionnaire Thomas More, comme nous vous l’expliquions ici.
En 2022, après avoir été chassé de l’Institut Marie Haps par la mobilisation antifasciste, c’est au B19 qu’Aymeric de Lamotte organisera la venue de Mathieu Bock-Côté (déjà) avec son think tank l’Institut Thomas More. Rebelote pour la venue du Mathieu Bock-Coté en décembre 2023 où c’est Alain Destexhe qui animera cette fois la conférence. En 2024, Aymeric de Lamotte invitera également les militantes transphobes Dora Moutot et Marguerite Stern dans les locaux du B19 à l’Axis Parc de Mont-Saint-Guibert. L’événement devra être délocalisé, une nouvelle fois suite à la mobilisation militante. En effet, l’Axis Parc – dont le B19 occupe un « espace événementiel géré de manière autonome » – s’était opposé à la tenue de cet évènement après avoir été alerté par la mobilisation du collectif Louvain-la-déTERF. Selon l’Axis Parc « les thèmes annoncés pour cette conférence ne reflètent en rien les valeurs de l’Axis Parc, qui se veut un lieu d’innovation, d’ouverture, d’inclusivité et de respect de toutes les personnes, quelles que soient leur identité de genre ou leur orientation ».
Derrière Aymeric de Lamotte et l’Institut Thomas More plane l’ombre du milliardaire Pierre-Édouard Stérin, dont nous vous parlions également ici. Le journal l’Humanité a révélé en 2024 le plan PERICLES de ce catholique intégriste pour faire parvenir l’extrême droite au pouvoir. Le milliardaire finance notamment le collectif Justicia dont fait partie Aymeric de Lamotte, et très probablement l’Institut Thomas More. Il n’est donc pas étonnant de voir Pierre-Édouard Stérin à la conférence de Mathieu Bock-Côté en 2022 au B19.
Le milliardaire est également l’organisateur des Nuits du Bien Commun, « galas de charité » organisés partout en France au profit d’associations conservatrices et réactionnaires, notamment anti-IVG. Une version belge de ces nuits du Bien Commun a eu lieu à trois reprises également. Si les associations belges en bénéficiant ne peuvent clairement pas être rattachées à des idéologies d’extrême droite, ces évènements servent malgré tout de de vitrine à l’entreprise politique du milliardaire. Une mobilisation de collectifs avait eu lieu pour dénoncer l’édition de cette année. La Fondation Roi Baudouin a d’ailleurs retiré son soutien à l’événement en août 2024. Ce qui n’a pas empêché John-Alexander Bogaerts d’être le co-animateur de l’édition 2025 semblant confirmer les bons liens qu’il entretient avec la galaxie Stérin.
Mais l’homme d’affaires bruxellois est également lié à un autre milliardaire raciste et conservateur : Vincent Bolloré. En octobre 2023, le fils de celui-ci, Yannick Bolloré est accueilli pour un afterwork au B19. Il est PDG de Havas, société de communication de l’empire Bolloré et a co-fondé H20, boite de production de Touche Pas à Mon Poste de l’animateur Cyril Hanouna, autre figure de cette nébuleuse d’extrême droite.
Mais ce n’est pas tout, John Alexander Bogaerts est devenu récemment chroniqueur sur l’émission « 100% Politique » de la chaîne CNEWS, figure de proue de l’entreprise idéologique du milliardaire breton. Là il peut discuter avec de nombreux représentants de l’extrême droite dont notamment Erik Tegnér, fondateur du magazine raciste Frontières. En tenant le rôle du belge rigolo de service – qu’il incarne à merveille – il peut dire au sujet des mariages de personnes en situation irrégulières que c’est exactement « le symbole de la décadence de l’Occident et de notre Europe qui est complètement morte » et traiter la RTBF de « télé trotskyste ». Il peut également renseigner ses amis français sur le fait que nous vivons en Belgique en « dictature trotskyste[…]dictature de la presse [où] CNEWS serait malheureusement impossible » devant un plateau abasourdi par cette « dictature de la bien-pensance ».
Ce mercredi 26 novembre, Reporters Sans Frontière a sorti une enquête démontrant comment CNEWS contournait le règlement en matière de pluralisme et de temps de parole pour servir l’extrême droite. Cette chaine a par ailleurs servi de rampe de lancement pour la campagne électorale d’Éric Zemmour. Avec l’autre chaine de Vincent Bolloré, C8, CNEWS a reçu 52 sanctions pour des mensonges concernant le droit à l’IVG, mensonges islamophobes, propos racistes, propos climato-sceptiques, propos validistes, agressions sexuelles en plateau, diffusion de théorie du complot, etc. On notera notamment la sanction de 200.000€ pour des insultes d’Éric Zemmour contre les personnes migrantes.
Un infréquentable si fréquenté : proche du MR, ex-animateur sur LN24 et chroniqueur sur RTL
En étant propriétaire du Journal PAN et compagnon de route de l’extrême droite franco-belge, John-Alexander Bogaerts devrait être un infréquentable dans un pays où les cordons sanitaires politiques et médiatiques – bien que subissant des nombreuses entailles et attaques – sont toujours bien réels. Bien sûr, l’existence et la fréquentation du B19 viennent immédiatement contredire ces intuitions. Mais au-delà du B19 – et aussi grâce à lui sans doute – John-Alexander Bogaerts connait beaucoup de monde, et notamment au Mouvement Réformateur, qui semble entretenir des liens privilégiés avec le club d’affaires.
Le MR constitue – et de loin – le parti le plus représenté parmi les invités du B19. Certains évènements sont labelisés « B19 » quand d’autres sont des évènements du « Club de Pan ». Mais ils sont également présents aux festivités organisées par celui-ci. Sur les photos des fêtes organisées par le club d’affaires, on peut régulièrement croiser David Leisther et Françoise Schepmans. John-Alexander Bogaerts est également proche d’Olivia Bodson, conseillère communale et présidente du centre culturel d’Uccle (oui, celui qui a déprogrammé Guillaume Meurice) qu’il a soutenu lors des élections via un statut Facebook et par extension avec Boris Dillès. Ce dernier était d’ailleurs présent au Gala du Pan de 2019 au coté de Clémentine Barzin et… Sophie Wilmès.
Sophie Wilmès semble bien connaître John-Alexander Bogaerts puisqu’elle se rendra au B19 en février 2020 en tant que première ministre et reviendra en mai 2025. Si on peut imaginer que Sophie Wilmès se rende à un évènement pour entrepreneurs du B19, il est nettement plus compliqué de comprendre sa présence au Gala d’un journal raciste, d’autant plus qu’elle est déjà ministre du Budget. Le nombre d’évènements liés à John-Alexander Bogaerts où Sophie Wilmès est présente laisse imaginer une proximité certaine entre les deux personnalités.
George-Louis Bouchez a l’air lui d’être très apprécié du Journal Pan et il a lui aussi déjà été invité par le B19. Deux personnalités font encore le lien entre le Pan, le B19 et le président du parti « libéral ». D’une part la caricaturiste « Oli » du PAN travaille régulièrement pour Georges-Louis-Bouchez et le MR (ainsi que pour les médias de Sudpresse). D’autre part, le nouveau « Spin Doctor» – quel mot on inventerait pas pour se faire mousser – de GLB, Yassine Rafik, est ambassadeur du B19 afin « d’incarner les valeurs et la vision de leur nouveau business club ».
John-Alexander Bogaerts a également des affinités importantes avec le monde médiatique. Chez LN24 d’abord où on lui confie une chronique avant de lui donner une émission en soirée – le John Late Show – de 2020 à au moins 2023. Il y recevra toute une série d’invités dont notamment plusieurs membres du MR.
Cette émission est peut-être due à la proximité de John-Alexander Bogaerts avec le journaliste Martin Buxant, fondateur et ancien journaliste de la chaîne, présent régulièrement au B19 en tant qu’invité ou animateur d’évènement. Le journaliste quittera LN24 en 2023 pour rejoindre RTL… que John-Alexander Bogaerts rejoindra également en tant que chroniqueur chez Thibaut Roland, journaliste qui officie à la fois chez RTL et LN24.
En dehors des journalistes, John-Alexander Bogaerts a également des amis chez les patrons de presse.. Ainsi il est proche de Christian Van Thillo, administrateur de DPG Media, qui détient notamment VTM, Het Laatste Nieuws, de Morgen et 50%… de RTL Belgium. et Philippe Delusinne, ancien patron de RTL-TVI mais également… un temps vice-président et ambassadeur actuel du B19.
Tout ceci n’est qu’un aperçu des réseaux dont dispose probablement John-Alexander Bogaerts. Faire un état des lieux complet demanderait peut-être de faire un scan de la grande galerie photo disponible – pour le moment ? – sur le site du B19. Mais il est sûr et certain que celui-ci dispose de nombreuses relations et réseaux parmi les plus grandes fortunes et entreprises du pays. Sans parler de son école de programmation informatique Ecole 19, où on retrouve encore Marc Raisière (CEO de Belfius) et Christian Van Thillo (Persgroep) et de la Bogaerts International School à 19.000€ l’année, ou du tournoi franco-belge de golf de grands patrons auquel il participe. Par ailleurs, le B19 a organisé égalemet au moins u voyages d’affaires en République Démocratique du Congo. Il serait intéressant d’investiguer davantage ces liens avec la RDC, le néo-colonialisme n’étant jamais bien loin dans ce genre de relations. En 2019, le B19 accueillait d’ailleurs la « première université d’Eté » de l’URBA, organisation d’anciens colons et de nostalgiques de la colonisation.
Après Adrien Dolimont en novembre à Liège, Bernard Quintin à Ixelles en janvier 2026 : un rendez-vous à ne pas manquer ?
Début novembre c’est Adrien Dolimont Ministre-Président de la Wallonie qui était présent lors d’une soirée au B19 de Liège, démontrant que la proximité de son hôte avec l’extrême droite ne le dérangeait nullement.
Le 13 janvier, le B19 organisera également une rencontre avec Bernard Quintin, ministre de l’intérieur, et auteur du projet de loi du même nom « le Projet de Loi Quintin ». La conférence prévue s’intitule « La sécurité est notre première liberté » paraphrase du fameux slogan du FN de Jean-Marie Lepen « La sécurité… première des libertés ». Le ministre y défendra sûrement son projet de Loi au sujet duquel de nombreux collectifs (Réseau Ades, Soulèvements de la Terre – Bruxelles, AFA, C3, PCP, BX Dévie), associations (LDH, Greenpeace, Amnesty, syndicats,…) et institutions (Institut Fédéral pour les Droits Humains) ont alerté : dérive autoritaire, violation de la séparation des pouvoirs, mesures visant à dissoudre les collectifs antifascistes qui luttent contre l’extrême droite, le projet – soutenu par tous les partis de l’Arizona dont les Engagés et Vooruit – est clairement nauséabond. Ce n’est pas étonnant que ce projet de loi plaise au B19 et à son tenancier.
Une occasion pour les associations, syndicats, et collectifs de se réunir et protester ?
Conclusion et comment lutter ?
L’insertion de John-Alexander Bogaerts dans les réseaux économiques, politiques et journalistiques ne doit pas spécialement nous étonner. Elle démontre encore une fois l’importance de l’héritage d’un capital (financier, social et culturel) dans la reproduction des différentes élites (économiques, journalistiques, politiques,…). C’est un petit monde où tout le monde se connaît, en particulier dans un petit pays comme la Belgique.
Toutefois, cela démontre aussi à quel point les idéaux et idées de l’extrême droite sont présents ou tolérés dans ces milieux. Si tous les proches de John-Alexander Bogaerts ne partagent pas forcément les vues de celui-ci, ses activités devraient suffire à le rendre infréquentable auprès de toute personne à qui l’extrême droite est insupportable. Par ailleurs, John-Alexander Bogaerts met clairement le B19 au service de ses idées d’extrême droite, les membres et entreprises de ce club d’affaires sont complices s’ils continuent de le fréquenter une fois au courant de ces liens.
C’est également dans ce genre de lieux plus ou moins cachés du grand public que la séparation entre l’extrême droite et le reste du champ politique s’affaisse. C’est le travail des collectifs de lutte contre l’extrême droite, de montrer ces compromissions et de les dénoncer… Car visiblement les médias mainstream n’ont pas envie de le faire.
Ses émissions et chroniques sur nos médias démontrent chez ces derniers au mieux une incompétence au moment de repérer le danger de l’extrême droite, au pire un cynisme, voire une complicité. Le cas de LN24 doit singulièrement nous alerter tant la chaîne de télévision semble être un oiseau pour le chat Bolloré. Celui-ci pourrait rapidement transformer la chaîne d’info en CNEWS version belge. On sait par exemple que 21 News, média proche voire créé par le MR, est déjà infiltré par Vincent Bolloré. Le milliardaire pratique souvent la stratégie des petits pas pour prendre le contrôle d’entreprises ou d’organes de presse, ne nous laissons pas avoir et protestons dès maintenant. (Dans le cas de 21 News, c’est sûrement avec la complicité du média, à boycotter au plus vite).
La proximité du MR et de ses membres avec l’homme d’affaires ucclois n’est pas non plus une surprise. C’est une nouvelle pièce au dossier de l’extrême droitisation du MR. Nous vous renvoyons vers notre article écrit à ce sujet à notre lancement, mais également concernant le cordon sanitaire. Idéalement, il devrait y avoir une prise de conscience chez la presse mainstream. Malheureusement, on en est loin. C’est parce que ces médias ne comprennent pas le danger auquel nous faisons face avec le Mouvement Réformateur qu’ils ne sont pas capables de comprendre les moyens de protestation de plus en plus déterminés que la population met en place pour se protéger.
L’extrême droite ne débarque jamais uniquement avec des grosses bottes et des slogans racistes. L’extrême droite, c’est également un ensemble d’idées conservatrices, de pensées élitistes et réactionnaires présentes au sein de la petite et grande bourgeoisie qui préfèrent l’ordre et les systèmes de dominations – capitalistes, racistes, sexuels et genrés – aux idéaux progressistes. L’extrême droite n’arrive pas uniquement par les urnes mais également par les alliances, compromissions et aveuglements des élites.
Comment lutter ?
La chaîne B19 comprend de nombreuses « antennes ». Si certains de ces bâtiments lui appartiennent, d’autres antennes ne semblent être que des locaux qui leurs sont prêtés (aéroport de Charleroi, de Liège etc.) Les collectifs locaux peuvent mettre la pression sur les propriétaires de ces lieux d’accueil pour qu’ils cessent d’accueillir les activités du B19. Cela avait d’ailleurs fonctionné lors de la conférence transphobe qui devait avoir lieu dans l’Axis Parc de Mont-Saint-Guibert. Il est également possible de trouver sur le site les entreprises et personnalités (politiques, judiciaires, culturelles, économiques…) qui côtoient et participent aux activités du B19 et qui sont autant de personnes à contacter pour qu’elles cessent de collaborer avec le B19 et John-Alexander Bogaerts, ce bourgeois d’extrême droite que tout le monde connaît.
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