Des smartphones pour sortir de la pauvreté ?

Le 22 janvier 2019, Melinda Gates, notamment via ses activités dans le cadre de la fondation Bill&Melinda Gates, a été reçue par Bruno Le Maire, ministre de l’économie français dans la perspective du G7 de Biarritz (24 au 26 août 2019) présidé par la France. Cette entrevue avait pour but pour Mme Gates d’inciter les gouvernements et les organisations multilatérales, par le biais du G7, d’accélérer le développement de la bancarisation dans le monde (notamment au Sud) à travers « l’élaboration de plateformes technologiques ouvertes, qui favorisent la mise en concurrence ».

Sur la base d’une étude intitulée The long-run poverty and gender impacts of mobile money qui vante les vertus du paiement mobile au Kenya, Melinda Gates affirme que « si, au cours des 5 prochaines années, les populations des pays les plus pauvres accèdent à des services financiers, l’économie mondiale pourrait croître de 3.600 milliards de dollars » et qu’« en Afrique, mais aussi en Inde, de nombreuses études de terrain ont prouvé que si l’on procure à une femme une identité numérique et un compte en banque accessible par mobile, elle acquiert un statut différent et elle investit dans le bien-être de sa famille et de sa communauté » ou encore qu’« avec un accès aux services financiers, une femme se voit différemment et qu’on la regarde différemment ».

Si l’objectif de vouloir aider à sortir de la pauvreté les populations les plus fragiles de planète semble un objectif louable, les moyens d’y parvenir proposés par la fondation Gates et notamment la bancarisation de tout un chacun sur la planète entière posent question. Cet article propose, dans un premier temps, d’analyser les affirmations faites par l’article sur lequel se base Melinda Gates pour faire la promotion de ses programmes de bancarisation mais également de pousser la réflexion autour de la bancarisation à outrance de nos sociétés.

Le paiement mobile, un réel outil pour sortir les plus fragiles de la pauvreté ?

L’étude intitulée The long-run poverty and gender impacts of mobile money avance plusieurs éléments pour justifier que le service de paiement mobile M-pesa ayant cours au Kenya aurait permis à près de 194.000 foyers de dépasser le seuil de pauvreté de 1,25$/jour/personne. Ses auteurs affirment notamment que les services de paiement mobile permettent :

  • aux femmes de quitter les activités agricoles et ainsi d’augmenter leurs revenus ;
  • d’augmenter la protection des foyers face aux risques de la vie grâce à une mobilisation d’aide extérieure facilitée
  • d’augmenter le niveau de consommation des populations rurales.

Les auteurs constatent cependant que le paiement mobile n’a pas d’impact direct sur les revenus des personnes utilisant ce service mais pourrait tout au mieux améliorer l’allocation des revenus et de l’épargne au sein des foyers.

Plusieurs des arguments sur lesquels se base Melinda Gates pour demander une généralisation des services bancaires auprès des dirigeants les plus puissants de la planète, notamment via les smartphones, semblent peu concluants. En premier lieu, une étude financée par la fondation Bill&Melinda Gates elle-même a montré que l’accès aux smartphones et aux services bancaires qu’ils procurent ne permettait pas aux ménages pauvres du Kenya d’améliorer la gestion de leur budget, mais qu’au contraire il créait des phénomènes de dépendance, notamment aux jeux en ligne.

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Robin Delobel et Adrien Peroches


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Illustration: Un mineur de Kamatanda, une des zones minières de la province du Katanga dans la partie Sud-Est de la R. D. Congo. Il est de notoriété publique que des milliers d’enfants travaillent également dans ces mines.


Robin Delobel

Par Robin Delobel

Journaliste de formation, militant et permanent au CADTM (coordinateur de la revue Les autres voix de la planète). Décroissant et technocritique.