De la frontière sanitaire aux frontières migratoires

Le 2 février 2020, les États-Unis fermaient leurs frontières à tou·te·s les ressortissant·e·s étranger·e·s ayant séjourné récemment en Chine et, à partir du 11 mars, à ceux venant d’Europe. Le 17 mars, l’Union européenne fermait ses frontières extérieures. Ont ensuite suivi l’Inde, l’Australie, la Chine, l’Afrique du Sud, la Russie… Au total, le 30 mars 2020, plus de 90% de la population mondiale vivait dans un pays ayant établi des restrictions de voyage (Bloj, Lenoir et Maximin, 2020). Quelques semaines auparavant, cette situation nous aurait été inimaginable. Jamais les ressortissant·e·s européen·ne·s n’avaient connu de telles restrictions de déplacement de leur vivant, si ce n’est durant la guerre. Pour d’autres, cependant la fermeture des frontières est une réalité quotidienne depuis longtemps, à laquelle la crise sanitaire donne de nouveaux reliefs.

 

Les citoyen·ne·s belges – comme la majorité des citoyen·ne·s européen·ne·s – possèdent l’un des passeports les plus puissants du monde
Après tout, les citoyen·ne·s belges – comme la majorité des citoyen·ne·s européen·ne·s – possèdent l’un des passeports les plus puissants du monde : en 2019, nous avions accès, sans visa (ou avec visa réalisé sur place), à pas moins de 185 destinations sur 220[1]. Un statut bien différent pour les Syrien·ne·s (ayant accès à 32 destinations sans visa), Pakistanais·e·s (33 pays) ou Yéménites (37 pays) (Férard, 2019). La situation était donc inédite : bien étrange de devoir se connecter sur le site internet du Service public fédéral des Affaires étrangères afin de savoir si nous avions le droit de passer nos vacances… dans le pays voisin. Pour certain∙e·s, la difficulté était quotidienne : par exemple, ne pas pouvoir traverser la frontière pour exercer un métier considéré comme « non essentiel ». Pour d’autres encore, la conséquence a été de ne pas pouvoir avancer dans un parcours migratoire déjà long et périlleux afin d’introduire une demande d’asile.