Conférence : le sol, base de la pyramide du vivant

On va vous parler d’un milieu qui est très très mal connu qui est le sol. C’est assez curieux qu’il soit mal connu, ça fait 7000 ans que nous le cultivons. Claude et Lydia Bourguignon, les deux micro-biologistes les plus connus de la francophonie sont allés à la rencontre de nos agriculteurs belges. Ardent défenseur d’une agriculture vivante et pérenne, le couple de chercheurs français milite depuis maintenant plus de 30 ans pour que nous quittions le modèle actuel de “pétroculture” qui repose exclusivement sur les énergies fossiles. Les Bourguignons ont ainsi présenté le fruit de leurs travaux pendant deux heures, le tout suivi par une série de questions-réponses avec un public très intéressé par les applications concrètes de ces analyses. Cette conférence a été organisée par un collectif de citoyens et d’agriculteurs de Genappe et s’est déroulée en l’Espace Le Monty .

Ladite conférence a donné une suite à la demande des agriculteurs présents ce jour là. Le même collectif citoyens et d’agriculteurs auquel s’est adjointe la Commune de Genappe ont organisé la projection du film “Au Nom de la Terre” d’Édouard Bergeon à la suite duquel une conférence débat s’est déroulée sous la houlette de M. Philippe BARET, Doyen de la faculté d’agronomie à l’UCL. Ils ont la volonté de poursuivre ces événements rassembleurs. Le programme sera publié sur le site du Monty.

C’est de décisions politiques que découle la situation actuelle, et c’est de décisions politiques que naitra une agriculture soutenable. La conférence se divise en trois parties :

  • Claude Bourguignon : “dessiner des chemins pour l’agriculture de demain”40 min 41 sec
  • Lydia Bourguignon : “restaurer le patrimoine sol, un processus lent”45 min 31 sec
  • Questions/réponses : “concrètement, on fait quoi ?”45 min 41 sec

La retranscription écrite complète de la conférence se trouve au bout de l’article.

[wcm_restrict]

 

PARTIE 1
Claude Bourguignon : “dessiner des chemins pour l’agriculture de demain”

 

 

“Les sols en ce moment souffrent d’érosion hydrique, vous avez remarqué que dès qu’il pleut sur terre les rivières sont pleine de boues. C’est notre patrimoine sol qui s’en va. Érosion éolienne, dès qu’on touche le sol en été, il s’envole. Salinisation, comme nos sols sont en mauvais état, nous irriguons pour essayer de maintenir les rendements, l’irrigation salinise les sols parce qu’on irrigue avec de l’eau sous des profondeurs qui est une eau qui est en contact avec les roches qui donc contient des sels. Et la salinisation détruit 10 millions d’hectares de terre agricole chaque année. La perte d’humus, nous avons en Europe perdu plus de la moitié de notre humus depuis que nous avons développé l’agriculture chimique. Déforestation, comme nous détruisons 30 millions d’hectares de terre agricole chaque année, il faut le compenser. Et nous détruisons 30 millions d’hectares de forêt, essentiellement tropicale équatoriale, qui est en train de modifier complètement le climat planétaire. Perte de la biodiversité, les champignons sont en train de disparaître complètement de nos sols. Les sols sont capables de travailler avec de l’humus. Nous arrivons à la situation où nos sols ne peuvent plus produire d’humus à cause de la disparition des champignons. Et bétonisation, dans un pays comme la France, nous bétonnons un département tous les six ans, et je pense qu’en Belgique vous devez être dans le même type de record. C’est-à-dire qu’il y a de moins en moins de surface pour nourrir de plus en plus de monde. Puis enfin la pollution, nous apportons beaucoup de produits chimiques dans nos sols qui l’écoule. La contraction, nous avons industrialisé l’agriculture, nous avons amené des engins très lourds qui compactent les sols. Et l’acidification, c’est le déséquilibre des ions à l’intérieur de nos sols. Donc les activités humaines, les écosystèmes terrestres reposent tous sur ce capital qu’il faut apprendre à fructifier, à protéger, qu’est le sol. Et vous allez voir que nous le connaissons encore très mal.”

 

PARTIE 2
Lydia Bourguignon : “restaurer le patrimoine sol, un processus lent”

 

 

“Tout le monde a entendu parler : polluées par du nitrate, il y a trop de nitrate dans les sols. Moi je me souviens quand je travaillais à l’INRA, la dose où on commençait à écrire dans les villages et les villes en France, c’était 30 milligrammes de nitrate. Et puis un jour, on a reçu un papier en disant ah ben non non non, c’est plus 30 milligrammes, on va tolérer 50. Et à l’époque quand c’était à 30, on disait qu’il ne fallait pas que les femmes enceintes boivent cette eau, qu’on les donne plus aux bébés et pas aux personnes âgées. Et du jour au lendemain, on a dit : ah ben non, on passe à 50 et la dose où les femmes enceintes et les bébés ne boivent plus, c’était 100 milligrammes. Donc on est passé du simple au double, sans donner la moindre explication. La seule explication c’est que les sols en Bourgogne, dans la zone où on travaillait, l’INRA était là, mais c’était qu’il n’y avait plus de nappes phréatiques ou d’eau qu’on buvait, qui avait moins de 30 milligrammes ou moins de 50 milligrammes. Donc on a relevé le seuil mais sans se poser la question pourquoi il y en avait autant.”

 

PARTIE 3
Questions/réponses : “concrètement, on fait quoi ?”

 

 

“Les maraichers de Paris au 19ème siècle produisaient dix fois plus au mètre carré que les maraichers modernes. Ils faisaient neuf cultures par an, sur 2000 hectares ils nourrissaient deux millions de parisiens. Nous sommes incapables dans le maraichage chimique d’avoir ces taux de rendement au mètre carré. Parce que qu’est-ce qu’ils faisaient les maraichers de Paris ? Ils descendaient tous les jours leurs légumes sur les Halles, ils remontaient le fumier de cheval, parce que Paris, à l’époque, était hippomobile, ils remontaient tous les fonds de tinettes parce qu’il n’y avait pas d’égout encore, on remontait tous l’excrément des gens et leurs urines, ils les remettaient, et ils recyclaient. Ils mettaient cent tonnes de compost à l’hectare chaque année, et avec ça ils faisaient neuf cultures par an. Ils avaient inventé la contre-plantation, où ils plantaient tous les quatre centimètres des plantes qui avaient des cycles différents, donc ils mettaient du radis à côté de la salade, à côté de la carotte, à côté du chou. Le radis au bout de 18 jours, ils le retiraient et ils le vendaient, la salade grandissait, ils retiraient la salade, la carotte grossissait, ils retiraient la carotte, le chou grossissait, et au même emplacement, ils avaient fait quatre cultures. Mais on est incapable de faire ça ! Maintenant qu’on a mis des tracteurs… À l’époque, les maraichers nourrissaient une famille sur mille mètres carrés, maintenant un maraicher moderne avec un tracteur a du mal à nourrir une population avec deux hectares. C’est-à-dire avec 20 fois plus de surface. Donc faut pas dire qu’on a fait du progrès. On a fait des choix technologiques, mais on n’a pas fait du progrès. Nous produisons beaucoup moins au mètre carré que le maraicher du 19ème siècle.”

 

Retranscription de la conférence : “Le sol, base de la pyramide du vivant”

 

Claude Bourguignon : Bonsoir, on va vous parler d’un milieu qui est très très mal connu qui est le sol. C’est assez curieux qu’il soit mal connu, ça fait 7000 ans que nous le cultivons. Et c’est le milieu de la planète qui est le plus mal connu. On a extrêmement peu investi de connaissance scientifique dans les sols, et on va vous parler de ce milieu complexe et d’essayer, puisque ça n’a encore jamais été fait depuis 7000 ans, de dessiner des chemins pour l’agriculture de demain. C’est une agriculture qui sera capable de cultiver le sol sans le détruire, ce que pour le moment on n’a pas encore été capable de faire puisque nos ancêtres en 7000 ans ont détruit un milliard d’hectares de terres cultivées et nous en un siècle on en a détruit un milliard. C’est-à-dire qu’on a détruit 60 fois plus vite que nos anciens. Donc pour le moment, on n’a pas encore trouvé une façon de gérer le sol pour s’en nourrir sans le détruire.

Les sols en ce moment souffrent d’érosion hydrique, vous avez remarqué que dès qu’il pleut sur terre les rivières sont pleine de boues. C’est notre patrimoine sol qui s’en va. Érosion éolienne, dès qu’on touche le sol en été, il s’envole. Salinisation, comme nos sols sont en mauvais état, nous irriguons pour essayer de maintenir les rendements, l’irrigation salinise les sols parce qu’on irrigue avec de l’eau sous des profondeurs qui est une eau qui est en contact avec les roches qui donc contient des sels. Et la salinisation détruit 10 millions d’hectares de terre agricole chaque année. La perte d’humus, nous avons en Europe perdu plus de la moitié de notre humus depuis que nous avons développé l’agriculture chimique. Déforestation, comme nous détruisons 30 millions d’hectares de terre agricole chaque année, il faut le compenser. Et nous détruisons 30 millions d’hectares de forêt, essentiellement tropicale équatoriale, qui est en train de modifier complètement le climat planétaire. Perte de la biodiversité, les champignons sont en train de disparaître complètement de nos sols. Les sols sont capables de travailler avec de l’humus. Nous arrivons à la situation où nos sols ne peuvent plus produire d’humus à cause de la disparition des champignons. Et bétonisation, dans un pays comme la France, nous bétonnons un département tous les six ans, et je pense qu’en Belgique vous devez être dans le même type de record. C’est-à-dire qu’il y a de moins en moins de surface pour nourrir de plus en plus de monde. Puis enfin la pollution, nous apportons beaucoup de produits chimiques dans nos sols qui l’écoule. La contraction, nous avons industrialisé l’agriculture, nous avons amené des engins très lourds qui compactent les sols. Et l’acidification, c’est le déséquilibre des ions à l’intérieur de nos sols.

Donc les activités humaines, les écosystèmes terrestres reposent tous sur ce capital qu’il faut apprendre à fructifier, à protéger, qu’est le sol. Et vous allez voir que nous le connaissons encore très mal.

Alors pourquoi apprendre à le gérer ? Pour ne pas perdre ce patrimoine. Parce que ce n’est pas nous seulement qui mangeons sur cette planète, les générations futures auront droit aussi de s’y nourrir, donc il faut arrêter de perdre la terre comme nous la perdons dans nos rivières… Il faut aussi permettre aux racines des plantes de s’enfoncer, plus nous avançons, moins nos racines descendent profondément dans les sols, parce que les sols sont de plus en plus compacts donc de plus en plus inhospitaliers aux racines des plantes. Et enfin apprendre à respecter la dimension biologique du sol, parce que le sol héberge 80% des êtres vivants du globe, ils sont dans le sol. Vous ne les voyez pas, mais ils sont beaucoup plus abondants que ce qu’il y a à la surface et il va falloir apprendre à travailler avec eux, et non pas contre eux.

Donc, face à ce défi, il va falloir essayer de réfléchir, de repenser complètement nos façons d’aborder le sol, et c’est un petit peu le travail que nous faisons depuis 30 ans. Repenser complètement différemment l’agriculture.

La vie se développe dans trois milieux : l’atmosphère que nous respirons, cette atmosphère est formée de gaz, c’est-à-dire de molécules qui sont constituées d’attaches atomiques, c’est donc quelque chose extrêmement solide. Nous ne savons pas détruire l’atmosphère, nous savons la polluer, nous ne nous en privons pas, mais nous ne savons pas la détruire. Le deuxième grand milieu c’est l’eau. Il n’y a pas de vie sans eau. Et l’eau elle est aussi une molécule formée d’attache atomique, c’est quelque chose de très solide. Nous ne savons pas détruire l’eau sur cette planète, nous savons la polluer, mais pas la détruire. Le sol est complètement différent. Lui, ce n’est pas un milieu minéral, c’est un milieu organo-minéral, c’est-à-dire qu’il est formé d’humus attaché aux éléments minéraux, les argiles. Or, les attaches qui lient l’humus et l’argile sont des attaches électriques, et ce sont des attaches extrêmement fragiles. Donc, si vous ne gérez pas bien le sol, il va partir, il va disparaître et c’est l’érosion et c’est la perte des sols dans les rivières et vers la ville. Alors le sol, du fait de cette constitution de matière organique et de matière minérale est un milieu dynamique, ce n’est pas un milieu stable, contrairement à l’air et à l’eau qui n’ont pas changé de composition depuis trois milliards d’années, les sols passent leur temps à naître, s’épaissir et si on les gère mal à les nourrir, et si on les gère mal, à être emporté dans les rivières.

Alors autre trait, le fait que le sol s’est un milieu organo-minéral, le milieu du sol n’existe que sur notre planète. Donc, les anciens ont eu raison d’appeler notre planète la terre, s’ils avaient résonné en quantitatif comme notre époque, ils auraient dû appelé l’océan, il y a 75% d’océan par rapport à la terre, ils auraient pu l’appeler atmosphère, qui est beaucoup plus épaisse que le sol, ils ont eu une très bonne approche sensitive de notre planète en l’appelant la terre, parce qu’effectivement la seule planète que nous connaissons qui possède de l’humus et de l’argile, c’est notre planète terre. Parce qu’il faut de la vie pour qu’il y ait du sol.

Alors comment on fait, si vous êtes alchimiste, pour attacher le monde des roches avec le monde organique, le monde du carbone, lui il connaît le silicone, il connaît des molécules extrêmement coûteuses pour faire ce type de réaction. La nature elle fait ça tranquillement, gratuitement, tous les jours. Alors comment elle fait ? Hé bien les roches vont être attaquées par les racines et les microbes du sol grâce à des secrétions d’acide organique qui vont dissoudre les roches en pierre, en sable, en limon et en argile. L’évolution finale d’une roche, c’est l’argile. Et il n’existe d’argile que là où il y a de la vie puisque c’est la vie qui la fabrique. Il n’y a pas d’argile en Antarctique, il n’y en a pas dans le Sahara. Cette argile a comme propriété d’être un colloïde, c’est-à-dire qu’il est chargé négativement, donc elle se met en suspension dans l’eau, c’est ce qu’on appelle une suspension colloïdale, c’est l’eau boueuse que vous voyez dans les rivières. Or, s’il n’y avait que cette loi minérale, chaque fois que l’argile apparaîtrait sur terre, la pluie entraînerait cette argile en solution dans les rivières, et il n’y aura jamais production de sols. Pour que le sol se produise, il va falloir que cette argile ne reste pas en suspension dans l’eau, mais s’attache avec les composés qui sont les humus.

Or, les humus proviennent de la dégradation de la litière par les microbes et par la faune, ce qui aboutir à la formation des humus. Alors, les premières plantes sont apparues sur terre, c’étaient des plantes acidifiantes à l’époque du carbonifère, les résineux, les frêles, les fougères. Ce sont des plantes toxiques, la faune du sol n’existait pas, vous savez qu’une aiguille de pin ça tue un ver de terre, donc il n’y a pas de faune dans les sapinières. Si vous allez dans une forêt de résineux, vous voyez une litière extrêmement épaisse et aucuns animaux dedans. Et dans l’ordre. Les épines sont dans la position où elles sont tombées. Donc l’évolution de cette litière se fait uniquement grâce aux microbes, en partie dû aux champignons et vont mettre beaucoup de temps, parce qu’une épine de pin pour un champignon c’est comme si vous avez un sandwich grand comme un gratte-ciel, c’est assez long à manger. Donc il faut à peu près dix ans pour décomposer une aiguille de pin et à peu près un an pour décomposer une feuille de chêne.

Alors ça va donner naissance à des humus. Et ça va donner des qualités qu’on appelle des morts, c’est pour ça que les sols derrière les résineux ne sont jamais fertiles, c’est que c’est le plus mauvais humus qui existe. Coup de chance pour nous, quand la terre a commencé à s’épuiser, à se fabriquer et donc d’être capable de nourrir des immenses diplodocus et de faire arbres gigantesques, donc quand elle commence à s’épuiser, on pense qu’il y a eu une météorite qui la heurté à la fin du cétacé et il y a une mutation des plantes et l’apparition des plantes améliorantes que sont les dicotylédones et les monocotylédones qui, elles, ne sont pas toxiques. Donc, elles s’associent avec les animaux du sol, on voit l’apparition des vers de terre, des acariens, des collemboles qui vont mâcher cette matière organique, la manger, la mettre sous forme d’excréments très sains qui seront attaqués rapidement par les champignons et transformé en humus. Alors, il y a la formation de deux types d’humus, dans les sols acides, dans les Ardennes par exemple, sous forêts de hêtres, vous aurez formation de modères, et dans les sols calcaires, une formation des meilleurs humus qui existent, ce sont les mules.

Tous ces humus sont chargés négativement donc soluble dans l’eau, si vous regardez un tas de compost, les jus marrons qui s’écoulent, ce sont des humus qui partent avec l’eau. Alors comment argiles et humus s’attachent ? Les humus sont négatifs, les argiles sont négatives, elles devraient donc se repousser, mais au moment de la décomposition de la litière et des roches, il va se libérer dans l’eau du sol des ions qui ont deux charges positives : le calcium, le fer, le magnésium, l’aluminium, qui vont attacher ensemble l’argile et l’humus et vous avez formation du complexe argilo-humique. Alors, à quelle vitesse il se forme ? Dans nos régions, c’est de l’ordre de deux à trois tonnes de terre par hectare et par an. En ce moment, nous perdons entre dix et vingt tonnes de terre par hectare et par an, mais normalement, le bilan doit être positif.

Alors, le sol va donc se caractériser en fonction de son évolution en sable, limon et argile. Et on appelle ça la granulométrie. Et c’est l’organisation des particules qu’on appelle la structure qui va être fait par la faune, qui va organiser une porosité dans le sol, pour permettre à l’eau et à l’oxygène de descendre. Alors les argiles sont les minéraux les plus complexes de l’univers. Ils sont fabriqués par la vie, et ce qui est intéressant, c’est que la vie elle fabrique de la complexité pour lutter contre les forces physiques de mort qui sont des forces entropiques qui crée du désordre. Et nous en l’agriculture qu’est-ce qu’on fait ? On fait exactement l’inverse de la nature. Au lieu de faire de la complexité, on apporte des engrais chimiques simples et on détruit les humus et les argiles, ce qui est une absurdité. Si on veut faire une agriculture pérenne, il faut garder cette complexité.

Alors les argiles ils sont des minéraux très complexes qui sont en fait des feuillets de vivre, et c’est entre ces feuillets que viennent se stocker les cations, c’est-à-dire le calcium, l’hydrogène, le magnésium, le potassium, le sodium et donner une capacité d’échange en cation. Alors dans notre laboratoire, nous travaillons pour le service de l’agriculture, nous caractérisons les argiles, parce que la nature des argiles est un secteur important de la fertilité des sols et on mesure ce qu’on appelle leur surface interne, c’est-à-dire qu’on mesure la surface entre les feuillets. Et elle varie de 30 mètres carrés par gramme jusqu’à 800 mètres carrés par gramme. Si vous prenez un gramme d’argile, si vous mettez tous les feuillets côte à côte, vous pourrez couvrir 800 mètres carrés. Or, on sait depuis longtemps qu’il vaut mieux être Beauceron avec 20% d’argile à 700 mètres carrés par gramme, que d’être Breton avec 40% d’argile à 50 mètres carrés par gramme. Mais ça, vous n’y pouvez rien, les sols ne sont pas politiquement corrects, hélas pour notre société égalitaire. Il y a des sols plus riches que d’autres. Et les hommes ont joué sur cette différence des sols en cultivant des cultures différentes adaptées aux différents types de sols. Ils n’ont jamais parlé de sols pauvres, mais de sols de vivre, de sols d’arboriculture, de sols de céréales, de sols de pâturage, pour faire du lait, pour faire de la viande… Il n’y avait pas de jugement de valeur sur le sol, il y avait adaptation de l’agriculture au type de sols qu’on avait sous nos pieds.

Alors, évidemment, la géologie va faire que vous aurez tel ou tel type d’ions qui seront libérés par l’attaque des roches, les roches qui sont divisées en trois grands groupes : les roches métamorphiques, qui sont dû au choc des continents entre eux, qui sont les schistes 75% et les granites 15%, vous avez 90% des sols sont donc acides. Il y a les roches sédimentaires qui reprennent que 7%, en grande partie des sols calcaires qui sont très recherchés par l’agriculture. Et les sols volcaniques, les plus riches du monde puisque ce sont des roches toutes neuves qui sortent du ventre de la terre, mais très rares, 3% seulement des roches du monde. Et la nature de ces roches va faire que vous aurez des sols plus ou moins riches en calcium, en silicium, en manganèse… Donc des goûts différents aux aliments. Les schistes de Porto qui donnent les fameux vins de Porto avec des enracinement qui descendent à plus de 30 mètres de profondeur et qui fait que la ville de Porto en plein soleil reste toujours verte. Les calcaires de Bourgogne qui font les fameux vins de Bourgogne, ce sont des calcaires fissurés qui vont permettre aux racines de descendre très profondément, le record en Europe étant de 75 mètres de profondeur pour une vigne, donc la vigne est capable d’aller très très bas, et de sortir ce goût du terroir.

Donc la matière organique quand elle arrive sur le sol, il y a trois voix qui l’attendent : la voie de minéralisation qui est accompli par les bactéries, vous aurez d’autant plus de minéralisation que vous aurez un rapport carbone/azote qui sera donc bas. Plus il y aura de l’azote dans un sol, plus il y aura de minéralisation, c’est ce que nous faisons depuis 70 ans. Nous apportons trop d’azote dans nos sols, donc nous favorisons les bactéries et à l’heure actuelle, on a une situation où nous perdons des matières organiques parce que les bactéries se développent vingt fois plus vite que les champignons. Si vous leur donnez l’avantage en leur donnant du phosphore et de l’azote, elles vont prendre la place des champignons, et vous n’aurez plus que la minéralisation dans vos sols et les champignons vont disparaître. Vous avez ensuite la réorganisation, c’est-à-dire la transformation de cette matière organique en faune. Les vers de terre mangent. Et enfin l’humification qui est réalisée par les champignons qui eux vont fabriquer les humus qui vont ensuite fabriquer le sol. Donc l’importance de ces voies va dépendre de la façon dont l’agriculteur va gérer son sol. S’il met trop d’azote, il minéralisera, s’il beaucoup de carbones, il favorisera les champignons et créera du sol. Il enrichira son patrimoine.

Maintenant on va regarder les organismes qui vivent dans le sol. Vous avez trois grands pôles d’organismes : vous avez d’abord les animaux, la faune du sol. Juste pour vous donner un idée, les vers de terre sont plus lourds que tous les autres animaux du monde réunis, c’est les animaux les plus importants de la planète. Cette faune a comme propriété d’une part de créer l’humus. C’est dans l’intestin du ver de terre que l’argile et l’humus se mettent en contact grâce à la présence de morelle qui est très riche en calcium. Si vous prenez une crotte de ver de terre, vous verrez que c’est extrêmement stable, c’est du complexe argilo-humique pure. Ça pratique l’aération, c’est-à-dire qu’ils créent des galeries sans arrêt, il va transformer le sol en couscous, ce qui va lui permettre d’absorber l’eau et d’absorber l’oxygène. Si on veut faire une agriculture – et c’est le travail que nous faisons depuis 30 ans avec Lydia – pérenne, il faut étudier les milieux sauvages. Ces milieux sauvages ils ont énorme intérêt : c’est qu’ils existent depuis des milliers, voire des millions d’années, et ils continuent à nourrir des arbres, ils continuent à nourrir la flore sans que rien n’y personne ne leur ait amené le moindre gramme d’engrais chimique.

Donc ils sont très intéressant à étudier. C’est en étudiant les milieux sauvages qu’on comprend comment fonctionne le sol et donc le travail de l’agriculture, c’est une domestication des milieux sauvages. Donc si on veut faire de l’agriculture pérenne, il faut d’abord avoir l’humilité de regarder ce qui se passe dans les milieux naturels. Donc nous quand on est appelé dans un pays, la première chose qu’on fait, on demande d’aller voir, soit la forêt si on est dans un milieu forestier, soit la savane si on est dans un milieu de savane, ça dépend de l’endroit où on arrive, et on va étudier le milieu. Alors évidemment les habitants nous engueule en nous disant : “ou vous a pas payé un billet d’avion Paris-Buenos Aires pour aller regarder et faire des trous dans la forêt, on vous a demandé de venir étudier notre sol. Et on leur explique que tant qu’on ne sait pas comment la nature fonctionne, ben on peut pas le savoir.

Alors on va regarder dans une forêt tempérée. Nous sommes dans un milieu tempéré donc on va regarder comment il fonctionne. La zone tempéré se caractérise par un hiver, par une zone où la température descend en dessous de sept degrés et les microbes vont arrêter de travailler, donc il n’y a plus rien à manger pour les arbres, et comme il n’y a plus rien à manger, qu’est-ce qu’ils font les arbres ? Ils se mettent en hibernation. Ils sont comme des marmottes. Ils ont laissé tomber leurs feuilles, laissé tomber le bois mort, et ils vont créer une litière à la surface du sol. Cette litière va être attaquée par une faune épigée, donc “épi” en grec c’est “au-dessus, qui va manger cette litière, faire des crottes, et c’est sur ces crottes que les champignons vont attaquer et transformer en humus. Donc, première observation du milieu sauvage, la fabrication de l’humus se fait à la surface du sol. Donc première erreur agronomique : enfouir la matière organique dans le sol. Vous arrêtez le processus d’humification. Le labour moderne, pas le labour quand on grattait avec les chevaux, est une arme de destruction massive du sol, car elle empêche la fabrication des humus puisqu’elle enfoui la matière organique au fond. Je vois beaucoup de jardinier, qui, pour planter un arbre font un trou, mettent du compost au fond, mettent l’arbre par-dessus, vous êtes sûr que l’arbre à 20 ans il sera mort. Vous l’aurez empêché de se développer parce que vous avez mal positionné la matière organique.

La matière organique doit toujours resté en contact avec l’oxygène pour être transformé en humus, car tous les champignons du monde sont aérobiques, il n’existe pas de champignons anaérobique. Il suffit de retirer un piquet en bois qui a été planté dans le sol, vous verrez qu’il a été attaqué en surface, mais la pointe est intacte. Il n’existe pas de champignons capables de travailler à cette profondeur. Heureusement, pour la ville de Venise, qui repose sur des piquets de bois, sous l’eau, donc inattaquables par les champignons. Donc première observation : on n’enfouit jamais la matière organique dans un sol, on doit la laisser se former à la surface du sol. Ensuite les arbres, eux, ils ont développé un système racinaire qui est double. Un système de racine qui vient se mettre sous la matière organique. On peut se demander pourquoi la sélection naturelle a fait cet enracinement horizontal, hé bien c’est parce qu’au printemps, quand le sol va se réchauffer, les bactéries vont minéraliser l’humus déposé par les champignons, alors elles vont libérer du nitrate, du sulfate, qui va descendre avec l’eau de pluie, qui va être récupéré par les racines horizontales de l’arbre et qui va être recyclé. Deuxième observation du milieu naturel : il n’y a pas de fuites. Le milieu sol/plante est fermé. Aucune pollution sous forêt, parce que la matière organique est au-dessus des racines. Avec le labour, vous avez les matières organiques sous les racines. Vous voyez ce sont des observations très simples mais elles sont très importantes parce qu’elles nous permettent de réfléchir l’agriculture de façon complètement différente.

Les animaux qui ont attaqué cette litière qui tombe sur le sol, ils se divisent en trois grands groupes : les collemboles, trois à quatre milliards dans un sol de forêt, dans les sols agricoles on ne les trouve plus. Eux ils attaquent toutes les parties tendres des feuilles, c’est eux qui font les feuilles en dentelle que vous voyez dans les forêts. Ensuite vous avez les acariens qui eux attaquent les nervures, attaquent déjà des choses beaucoup plus dures. Eux ils sont plus résistants aux produits phytosanitaires, ils arrivent à résister, on arrive toujours à en trouver dans les sols agricoles. Et puis enfin les animaux qui attaquent carrément les bouts de bois, les trognes de maïs, les tiges de colza. C’est la famille des myriapodes, qui va donc manger, attaquer les parties très dures de la litière. Et vous avez des crustacés adaptés aux sols, les cloportes qui vont aussi attaquer les parties dures. Il y a des prédateurs dans le sol qui régule ces. Puis enfin, les derniers de la faune épigé sont les bébés vers, ce qu’on appelle les vers épigés. De petite taille, ils vont manger les excréments des autres et continuer à assimiler cette matière organique.

Un sol forestier actif, on ne s’en rend pas compte mais il y a énormément d’animaux qui brassent le sol, qui le transforme en couscous, qui vont l’aérer. Alors on ne voit pas ces animaux de très petite taille, ils sont inférieurs au millimètre, mais avec une très grosse loupe, vous pouvez les voir travailler, c’est un travail incessant. Et il y a une grande biodiversité, on connait très mal cette faune. On en connait 5% des espèces, c’est un monde qui est encore très mal connu. Et donc à la surface du sol, ils vont former ce qu’on appelle l’horizon des boulettes fécales, c’est-à-dire un horizon incroyablement aéré qui va conférer à la forêt une propriété remarquable qui est de boire les eaux de pluie. Une forêt, dans nos régions, a une perméabilité qui varie selon les écosystèmes, entre 150 et 300 millimètre d’eau à l’heure. Pour vous donner une idée, un limon labouré par l’homme a une perméabilité d’un millimètre d’eau à l’heure. Il en a 200 fois moins que la forêt. Une haie, c’est 100 millimètre d’eau à l’heure. Donc on a arraché les haies, on a labouré profondément les limons et on se plaint d’avoir des inondations. Mais oui mon sol ne boit plus l’eau, alors que dans la nature ça se passe très bien. Donc les racines elles descendent, elles arrivent jusqu’à la roche même. Si la roche est fissurée, l’arbre va continuer. Record d’enracinement sous chêne en Europe,150 mètres de profondeur, donc ça va très loin. Et il va attaquer avec ses acides la roche et la transformer en argile. Ça, ça se fait en profondeur, à cette profondeur-là il y a des racines qui meurent, de nouvelles racines qui arrivent, et il y a une faune très spécialisée dans le travail de nettoyer les racines mortes. C’est la faune endogée.

Donc on retrouve des collemboles, mais ils sont aveugles, on retrouve des acariens. On connait encore moins ce qui vit dans la nuit du sol en profondeur, très difficile à étudier. Les animaux qui sont vraiment spécialisés pour nettoyer les racines. Pour vous donner un ordre de grandeur, un blé, ça fait 200 kilomètres de racines. Mettons 200 pieds de blé au mètre carré, ça fait 4 milliards de kilomètres de racines de blé à l’hectare, tout ça c’est nettoyé par cette faune. Si les drains fonctionnent, c’est grâce à eux. C’est eux qui nettoient toutes ces racines mortes qu’il y a dans les drains. Ils passent leur temps à nettoyer les sols. Et quand on arrive au contact de la roche-mère. La roche dans un sol vivant est entièrement couvert d’excrément de cette faune, et c’est pour nous un très bon indicateur quand on arrive sur le terrain, savoir si le sol a encore une bonne santé. On va jusqu’à la roche pour observer ces crottes d’animaux.

Donc, je vous ai expliqué que le sol c’était un complexe argilo-humique. Or, les humus se forment en surface, les argiles au fond. Comment argiles et humus se rencontrent ? Ils se rencontrent grâce à la troisième faune, celle-là vous l’avez tous observé. Ce sont les lombrics, les grands vers de terre, qui vivent dans des galeries verticales. Toutes les nuits, ils viennent chercher de la matière organique, ils la digèrent, et ils remontent, ils vident leur intestins. Donc ils vont brasser constamment le sol et créer le complexe argilo-humique. Un sol vivant passe dans les intestins des vers de terre tous les dix ans. La totalité du sol est digéré tous les dix ans. Donc ils vont brasser constamment le sol et créer le complexe argilo-humique. Un sol vivant passe dans les intestins des vers de terre tous les dix ans. La totalité du sol est digéré tous les dix ans. Donc c’est un brassage rapide. Alors, il y a des espèces de grande taille en Europe, dans le sud-ouest de la France, dans le nord de l’Italie qui fait un mètre de long, c’est des gros bestiaux. Le plus classique c’est le « lombricus terrestris », qui fait 20 centimètres. Ils sont très sensibles aux pesticides. Ils ont une peau nue, donc ils deviennent tout blanchâtres et ils se déplacent très lentement. Et voilà les turricules avec lesquels ils remontent dans leurs excréments la magnésie, le calcium, le potassium. Ils passent leur temps à remonter les éléments à la surface du sol. Il y a des espèces géantes en milieu tropicales, on les a pas chez nous, dommage pour les jachères, mais il y a des engins de grosse taille.

Deuxième groupe d’organisme dans le sol, les racines. La nature a développé deux systèmes totalement différents de système racinaire. Les plantes annuires, celles que nous cultivons sont des plantes qui vont faire leurs cycles dans l’année de culture, qui ont donc des croissances racinaires très rapides et qui vont donc se protéger à l’avant de la racine par un couac en protéine pour se protéger contre un frottement du sol qui est très siliceux. Et tout de suite derrière les cellules s’allongent pour former des poils absorbants. Donc ça c’est les blés, les maïs, avec des croissances racinaires qui, au printemps, dépassent les 10 centimètres par jour, donc c’est des croissances rapides. Les arbres a l’inverse, n’ont pas de poils absorbants, et eux ils s’associent avec des mycorhizes, qui sont des champignons symbiotiques. Les plantes annuaires aussi, mais comme nous mettons trop d’azotes dans nos champs, les mycorhizes ont disparu de nos parcelles agricoles, mais normalement, les blés, les maïs tout ça, c’est des mycorhizes, mais bon avec tous les produits que nous mettons, il y a plus de mycorhizes sur nos blés. Les arbres quand ils sont pas mycorhizés, ils vont mourir très jeunes. Quand vous plantez un pommier que vous lui mettez du super phosphate et de l’azote, après un temps vous pouvez l’arracher, il est foutu. S’il a pas pu s’associer avec une mycorhize, c’est vitale pour eux, ils ont pas de poils absorbants et ils ont besoin de se nourrir, et la mycorhize va chercher de l’eau, va chercher des aliments… Un arbre qui n’est pas mycorhizés va souffrir de sécheresse en été, et au bout de X sécheresse, il va crever. Juste pour vous donner une idée de l’enracinement moyen que nous mesurons dans nos sols agricoles, c’est de l’ordre d’un mètre et demi, un mètre six. Un mètre neuf voire deux mètres pour le blé. Le maïs un mètre cinquante.

C’est des mesures très faciles, ça va assez profondément. Le record des racines de blé en France c’est à quatre mètres de profondeur. Ce sont des sols de limon. Alors dans la nature, la monoculture n’existe pas, c’est une invention humaine. Dans la nature, dans les prairies, vous avez une association d’espèce et c’est une bonne façon d’utiliser les sols parce que chaque espèce a un système racinaire particulier qui va descendre plus ou moins profond, stimuler plus ou moins différents microbes en fonction de ses besoins. Il va donc créer une exploration du sol bien meilleure que si vous faites une seule monoculture. Vous savez qu’autrefois la monoculture n’était pas pratiquée, nos anciens mélangeaient les espèces de céréales, le métaie par exemple, qui est un mélange blé, seigle, ou le champart qui est un mélange orge etc. Donc il y avait des mélanges, on associait, on ne mettait pas tous ces œufs dans le même panier.

Troisième groupe d’organisme du sol, les microbes. Alors là, totalement inconnu. On a un  milieu de biodiversité quasi inconnu parce que 95% des microbes du sol de pousser dans les milieux génosés de laboratoire. Vous savez on arrive pas à les connaître. Donc c’est un vrai problème parce qu’ils sont très nombreux, et nous avons beaucoup de mal à les comprendre. C’est eux qui sont responsables de tous les cycles nutritifs que ce soit dans votre intestin ou que ce soit dans les sols. C’est eux qui vont permettre aux organismes supérieurs de se nourrir. Voilà ce qu’il y a dans un gramme de sol vivant. Dix millions à dix milliards de bactéries. Et quand on pèse tous ces microbes, c’est deux à trois tonnes de microbes à l’hectare. Et ils ont une énergie biochimiques 350 fois supérieurs à la nôtre. C’est-à-dire que c’est la plus grosse énergie biochimique de cette planète. Et notre agriculture fait comme si ça n’existait pas, alors que c’est l’équivalent de mille tonnes d’êtres humains à l’hectare. C’est la plus grosse activité. L’agriculture de demain sera une agriculture qui utilisera l’énergie des microbes au lieu d’utiliser l’énergie du pétrole comme on le fait à l’heure actuelle. Nous faisons de la pétroculture pas de l’agriculture. Nous utilisons l’énergie du pétrole, dans le futur il faudra apprendre à utiliser l’énergie des microbes.

Alors voilà quelque chose que l’on ne voit plus du tout dans nos champs agricoles, c’est les champignons. Le rôle de ces microbes c’est de rendre ces éléments assimilables, pour qu’un élément soit assimilable par une plante, il faut qu’il soit soluble dans l’eau. Pour qu’il soit soluble dans l’eau, il faut qu’il soit sous forme ionique. Les microbes vont mettre sous forme négative, sous formes d’anions. Donc il y a trois éléments qui vont être transformés en anions par une réaction que les microbes fabriquent qui est l’oxydation. Ces trois éléments sont l’azote qui sera oxydé en nitrate, le souffre qui sera oxydé par les sulfo-bactéries en sulfates, et les phosphores oxydés par les mycorhizes en phosphate. Ce sont les seuls éléments des toxines qui sont solubles dans l’eau. Les autres éléments, tous les oligo-éléments sont insolubles, ils sont précipités. Donc les microbes vont utiliser une autre réaction qui est la chélation. On prend l’oligo-élément, on l’attache avec un acide organique pour former un chéla.

Par exemple pour le fer, vous avez du siprate de fer, du tartrate de fer, suxyde fer, ça dépend des écosystèmes. Donc ce qui est intéressant dans ce tableau, c’est que pour rendre un élément assimilable, les microbes vont fixent de l’oxygène sur l’atome à transporter. Les trois atomes XY sont l’azote, le souffre et le phosphore. Pour qu’ils puissent y glisser de l’oxygène, il faut que le sol soit comment ? Aéré. Qui aère le sol ? La faune. Donc on voit qu’en brulant la matière organique avec les engrais chimiques, en tuant la faune, plus d’oxygène, compaction par le matériel. Le paysan est obligé d’acheter du nitrate, du sulfate, du phosphate, et le marchand d’engrais chimique rigole. Alors on voit raconte que sans les engrais chimiques on va tous mourir de faim, c’est un vrai mensonge puisque les plantes elles se nourrissent très peu dans le sol, elles se nourrissent essentiellement dans l’atmosphère.

La plante ne va se nourrir que de trois atomes dans l’atmosphère : le carbone, l’oxygène et l’hydrogène. C’est une nourriture quantitative, ce n’est pas ça qui va donner le goût aux aliments. C’est la quantité. Le carbone c’est 44% du poids des plantes, l’oxygène aussi. Ça vient du gaz carbonique qui va être transformé lors d’une réaction qu’on appelle la photosynthèse, on a une enzyme qui est la chlorophylle qui va utiliser l’énergie du soleil, et qui va transformer ce gaz carbonique en sucre. L’hydrogène qui rentre dans la composition du sucre, lui vient de l’eau de pluie qui sera photo décomposée pareil grâce à la chlorophylle, par l’énergie du soleil en oxygène que nous respirons et en hydrogène qui rentre dans les sucres. Vous voyez, 94% du poids des plantes, c’est uniquement des réactions avec l’atmosphère et le soleil. Gaz carbonique plus eau donne oxygène plus sucre. Nous quand on mange les sucres, on respire l’oxygène, on recrache du gaz carbonique, ça repart dans les nuages, et le cycle dure comme ça depuis des milliards d’années, sans jamais avoir eu besoin d’apporter quoi que ce soit…

Le sol, lui c’est complètement différent, c’est que le sol lui c’est la qualité. Le sol il ne représente que 6% du poids des plantes, mais 24 atomes sont prélevés à l’intérieur du sol. Et c’est ces atomes qui vont donner le goût et la qualité à nos aliments. Alors, pendant longtemps il y a eu des théories qui se sont opposées, on a cru que l’origine du carbone du sol c’était le humus, puis on s’est rendu compte que c’était la photosynthèse. Par contre, très rapidement on s’est rendu compte que l’humus était vital pour le bon fonctionnement des sols. Et vivivier, au cours de ses recherches a montré que ces plantes apportait des formes minérales : nitrates, sulfates… Ce qui évidemment a fait énormément plaisir à l’industrie chimique naissante du XIXème qui s’est dit : mais si les plantes absorbe des éléments minéraux, on va pouvoir les vendre aux agriculteurs. Alors les gros légumes nourris à la potasse… Ce qui est intéressant c’est que vous avez des pubs pour la potasse et qu’à puis à côté vous avez des agronomes comme Gressin à la fin du XIXème qui disent : les engrais ont définitivement montré leurs incapacités à produire de la qualité, ils font grossir le volume des légumes et ils font disparaître le goût des aliments.

Donc ils avaient déjà réalisé que cette agriculture chimique était incapable de produire des produits de qualité. Alors il faut bien distinguer dans sa tête la notion de sol fertile et de sol fertilisé. Un sol fertile est un sol qui produit un aliment de qualité gustative et nutritionnel. Un sol fertilisé est un sol qui produit une quantité d’aliments dépendant de la quantité d’engrais chimique que vous mettez dedans. Alors nos sols ne sont plus fertiles, ils sont fertilisés. C’est pour ça qu’on a des problèmes de malbouffe et de déséquilibres alimentaires, c’est parce que nos sols, hélas, ne sont plus fertiles. Ils sont plus capables de donner eux les éléments qui assurent notre santé parce que nous ne donnons que très peu d’engrais chimique. Alors les anciens ils entretenaient leurs sols par ce qu’on appelait des amendements. C’est-à-dire qu’ils ne nourrissaient pas les plantes, ils nourrissaient les sols.

Et ces amendements se décomposaient en trois choses : les roches brouillés. Quand un sol était dépourvu de calcium, on apportait du calcaire, quand un sol était dépourvu de fer, on apportait du mazâte, on apportait des roches brouillées qui compensaient la géologie locale. Puis apportait les argiles, ça s’appelait le marnage. On apportait des argile calcaire, c’était empirique hein. Mais il apportait des argiles qui permettaient de s’attacher avec les humus. Et ils apportaient les composts, c’est-à-dire, ils apportaient de l’humus. Donc les agriculteurs organisaient la gestion de leur patrimoine. Et un paysan, avant de passer sa terre à son fils mettait trente tonnes de marne à l’hectare qu’il mélangeait avec du compost. Et c’était un gros boulot, c’est pour ça que ça a donné le mot marné. Ils cherchaient de l’argile durant l’hiver, il la laissait en tas dans les champs, il laissait le gel intervenir, et au printemps il mélangeait les argiles avec les humus. Ils amendaient leurs sols, ils entretenaient leur fertilité.

Alors évidemment, l’avantage des amendements, c’est que ça nourrit le sol, ça maintient le patrimoine. Le désavantage c’est que c’est une action lente. Souvent les agriculteurs ils sont pressés, donc on trouve que ça va pas assez vite, donc on met les engrais chimiques qui, eux, sont très rapides. Et ils sont rapides mais l’ennui c’est qu’on ne sait pas les doser correctement donc a vite fait de polluer les nappes, de polluer les rivières. Et c’est très difficiles à gérer quand vous mettez trop d’engrais minéraux, le sol se détoxifie et on voit ça dans les nappes et les rivières. Donc rapidement, les fertilisants qui se distinguent des amendements nourrissent directement les plantes. Vous avez des fertilisants minéraux, c’est des engrais chimiques, et des fertilisants organiques, les engrais verts, les lisiers ou les fientes, c’est-à-dire des matières organiques qui sont très riches en azote et pauvres en carbone. Si il y a des engrais à apporter, s’il y a des compléments géologiques à apporter sur un sol, il faut surtout pas apporter d’engrais toxiques. Donc pas de chlorures, le chlore est un poison violent, inutiles en plus, les plantes n’utilisent pas le chlore. Donc quand vous apportez du chlore et du potassium, 50 kilos de chlore, vous trinqueballer inutilement des produits toxiques qui tuent les vers de terre. C’est pas une bonne façon de fertiliser son sol. Donc les chlorures vous les oubliez, c’est des produits toxiques. Faut pas mettre de chaux, la chaux est un désinfectant puissant. Quand vous mettez de la chaux sur un sol, vous tuez tous les microbes du sol, donc c’est pas une bonne idée de mettre de la chaux sur le sol. Vous pouvez par contre utiliser des roches brouillées, naturelles, des nitrates de potasse, des nitrates de soutes du Chili, qui sont des excréments d’oiseaux de mer fossilisé… Vous pouvez utiliser le sulfate de potassium ou la magnésie… Et l’avantage de ces roches, c’est que tout est utilisé à 100%, et il n’y a pas de toxicité. Donc on peut les mettre en localisé dans l’arrêt de celui sans risquer… Si vous mettez de la chlorure en contact d’un épi de blé, vous allez le brûler.

Là si vous voulez le mettre directement vous pouvez, et si vous voulez apporter du calcium, vous apportez du calcaire, ou du magnésium. C’est sans danger pour les plantes. Alors pour apprendre à gérer ses quantités de compost, c’est le sol qui doit décider quelle quantité d’humus il a besoin. Donc on a mesuré la capacité d’échange d’un sol qui est celle des argiles plus celles des humus, pour qu’un sol soit équilibré pour qu’en surface, la totalité des argiles soient neutralisée par les humus pour qu’il y ait un complexe argilo-humique stable. Donc on va pouvoir calculer les doses de compost à apporter sur un sol en fonction de la teneur et de la qualité des argiles. Alors petite règle fondamentale pour éviter l’érosion : si vous voulez avoir du zéro érosion dans vos sols, il ne faut pas que le taux de matière organique descende au-dessous des 18% du taux d’argile. Par exemple, si vous avez 20% d’argile, faut pas descendre au-dessous de 3,6% de matière organique à la surface du sol. Le minimum, vous aurez de l’érosion mais au moins ce sera pas catastrophique, faut pas que le taux de matière organique soi au-dessous de 10% du taux d’argile, donc ne pas descendre au-dessous de 2% de matière organique si vous avez 20% d”argile.

Si vous respectez pas cette règle-là, vous allez envoyer vos sols dans la rivière. Pour aider les agriculteurs à changer de pratiques, on mesure l’activité biologique des sols, puisque c’est les microbes qui vont remplacer les engrais, donc il faut d’abord que les microbes travaillent si on veut pouvoir arrêter les engrais chimiques à un agriculteurs. Donc on va mesurer l’activité biologique en fonction de la profondeur. Alors la couronne noire, c’est le sol naturel, le sol naturel a une très forte activité biologique en surface qui descend. Aujourd’hui, pour la plupart des sols agricoles, on voit qu’il n’y a pas plus d’activité biologique en surface qu’au fond. Nos sols sont devenus des sous-sols. Donc on va aider l’agriculteur à changer de pratique, c’est de relancer une activité biologique en surface, pour pouvoir commencer à lui faire baisser l’azote, la potasse, tous les éléments nutritifs. Et là dessus, je laisse la parole à Lydia.

Lydia Bourguignon : Donc Claude vous a expliqué comment fonctionnait un sol, moi je vais avoir une partie un peu négative. C’est-à-dire que je vais expliquer comment on dégrade les sols, quels sont les processus, parce que pratiquement dans tous les systèmes c’est toujours la même chose, c’est toujours comme ça que ça commence et que ça finit. Et après je donnerais des solutions pour remettre les sols debout parce qu’heureusement, la nature est bonne fille et quand on s’en occupe qu’on respecte ses lois, et bien on peut remettre des sols debout qui ont été abandonné complètement par l’agronomie et par l’agriculture. Donc c’est vraiment en respectant ses lois, on peut changer et il n’y a pas une fatalité à l’heure actuelle de dire : “c’est fichu”. Si on s’occupe bien du sol, on pourrait revaloriser et avoir nettement moins de personnes qui meurent de faim sur cette planète. Là on travaille au Brésil, et dans la partie qui est cultivée, là en bas de la diapo, c’est la forêt de Ligouassou qui fait pousser des arbres de 30 mètres de hauteur, qui ne demande rien du tout. Et les sols sont identiques puisqu’on est allé travailler comme a expliqué Claude, parce qu’on essaye de comprendre comment fonctionne un sol pour pouvoir essayer d’aider le monde agricole et le monde qui travaille les sols. Vous voyez qu’il sort de la zone cultivée. Et bien le sol est chargé de limon et d’argile, et c’est le vrai problème d’érosion qu’on voit partout là. On était en avion donc ça permettait d’avoir une belle visualisation.

Mais à l’heure actuelle dans les médias, presque chaque fois qu’il pleut, on accuse toujours la pluie, c’est toujours la faute de la pluie, parce qu’il a plu trop, parce que, parce que… Mais en fait on n’essaie pas de se poser la question : pourquoi on en est arrivé là ? On règle, on essaie de régler les conséquences mais on n’essaie pas de comprendre quels sont les causes, pourquoi on des sols comme ça ? Alors la dégradation des sols commence toujours par la perte de la biologie, c’est-à-dire la faune que vous a montré Claude, et puis les microbes. Alors comment ça se passe ? Première chose, c’est l’utilisation des engrais. Et pour nous c’est un abus de mot. Les engrais dégraissent les sols puisque quand on met trop d’engrais, ou même pas trop, les engrais vont utiliser la matière organique en minéralisant, donc on a moins de champignons donc on va avoir moins de matière organique. Plus on ajoute d’engrais, plus on brule la matière organique, moins il y en a. Donc en fait on n’engraisse pas les sols, on les dégraisse. Comme vous avez moins de matière organique, cette matière organique va permettre – s’il y en a – de garder la faune.

Quand il n’y a plus cela, les sols vont se tasser. Comme on a plus de matière organique que c’est de plus en plus compliqué, les agriculteurs vont demander de plus en plus de d’irrigation puisque comme le sol n’a plus de porosité puisque la faune ne se déplace plus, et bien en fait le sol se tasse, l’eau ne rentre plus, et on demande de l’irrigation. L’irrigation les agriculteurs l’utilisent en général quand il fait chaud à midi, et une eau chaude va provoquer, elle aussi, la minéralisation de la matière organique, puisqu’en fait on emballe le système, donc on va encore perdre de la matière organique et comme les sols sont de moins en moins riches, avec cet humus et cette faune, il se compacte de plus en plus, donc on utilise des labours de plus en plus profond, du matériel de plus en plus profond qui dégrade encore la matière organique, donc il y a un moment quand il n’y a plus cette matière organique, les sols sont compacts, plus de porosité, plus d’eau qui rentre dans la terre, les racines ne descendent pas, et la faune – Claude vous a montré le turricule – ben la faune comme il y a plus de faune, les éléments ne remontent plus à la surface du sol.

Le système n’est pas clos puisqu’en fait ce n’est pas retenu, et à ce moment-là, ça va descendre dans le profil. Et là les agriculteurs, tant que c’était ça, personne ne voyait, puisque cette faune et ces microbes on les voit aux microscopes, ça ne se voit pas, sauf les vers de terre. Autrefois on comptait deux tonnes de vers de terre à l’hectare, à l’heure actuelle on est à peine 200 kilos. Donc quand Claude disait que les vers de terre représentaient un poids plus important que nous, autrefois oui. Maintenant, dans certains sols on en retrouve plus du tout. Donc le ver de terre c’est que la seule chose qu’on voit et qui est vraiment connu, mais les collemboles, les acariens, tout ce qu’on vous a montré, on les voit beaucoup moins.

Donc à ce moment-là, comme on remonte plus, on va passer dans la dégradation chimique et là on a commencé à dire aux agriculteurs : “vous êtes des pollueurs.” Parce que comme ces éléments sont descendus dans l’eau et dans les nappes phréatiques, et bien on a parlé du nitrate. Tout le monde a entendu parler : nos eaux sont polluées par du nitrate, il y a trop de nitrate dans les sols. Moi je me souviens quand je travaillais à l’INRA, la dose où on commençait à écrire dans les villages et les villes en France, c’était 30 milligrammes de nitrate. Et puis un jour, on a reçu un papier en disant ah ben non non non, c’est plus 30 milligrammes, on va tolérer 50. Et à l’époque quand c’était à 30, on disait qu’il ne fallait pas que les femmes enceintes boivent cette eau, qu’on les donne plus aux bébés et pas aux personnes âgées. Et du jour au lendemain, on a dit : ah ben non, on passe à 50 et la dose où les femmes enceintes et les bébés ne boivent plus, c’était 100 milligrammes. Donc on est passé du simple au double, sans donner la moindre explication. La seule explication c’est que les sols en Bourgogne, dans la zone où on travaillait, l’INRA était là, mais c’était qu’il n’y avait plus de nappes phréatiques ou d’eau qu’on buvait, qui avait moins de 30 milligrammes ou moins de 50 milligrammes. Donc on a relevé le seuil mais sans se poser la question pourquoi il y en avait autant. Et c’est parce qu’il y avait la lixiviation des éléments.

Alors juste pour montrer que c’est une vraie réalité, j’ai pris les turricules, donc les boules que font les vers de terre, puis la terre qui est juste à côté, et au laboratoire on mesure énormément de paramètres. En gros, la matière organique en grande culture dans différents sols, qui se trouve dans les turricules de ver de terre de cette parcelle, il y a 4,1%. Dans la terre qui est juste à côté, il y avait que 2,1%. Donc en fait, il y avait plus de matière organique dans les turricules de ver de terre que la terre à côté. Et les éléments c’est pareil, et au niveau de l’activité, dans le turricule de ver de terre qui, lui, fait vraiment ce complexe argilo-humique, tous les éléments remontent. Donc la faune permet de garder les éléments à la surface du sol. On a plus ça, les éléments vont être lixiviés.

Alors quand on arrive à ce stade-là, cette lixiviation va emmener dans beaucoup de cas, si c’est des sols qui vont perdre le calcium, les marchands d’engrais vont se frotter les mains en disant : “ben vous allez mettre du carbonate, vous allez chauler vos sols, pour diminuer l’acidification. Quand il manque le magnésium, ben ce n’est pas de problèmes, on va vous donner les produits nécessaires mais en fait ils sont passés dans les nappes phréatiques. Donc si on fait fonctionner ses microbes, ben on n’a pas besoin de ça. Donc ça c’est la dégradation biologique. La dégradation chimique c’est déjà assez grave pour l’agriculteur, et puis on va aller dans le dernier stade qui pour nous est vraiment très difficile à remonter, et qui pose à l’heure actuelle, énormément de problèmes. Aujourd’hui on était près de Lille dans le Vernois pour des problèmes d’érosions, parce que l’érosion des sols pour nous est lié à beaucoup de pourcentage parce qu’en fait les sols sont dégradés. Alors quand vous avez perdu la matière organique, Claude vous a montré comment le complexe argilo-humique était. On a perdu la matière organique donc il y en a plus. On perd le lien, le calcium est parti dans l’eau. Le magnésium est parti dans l’eau. Le fer part aussi dans l’eau. Donc ça va favoriser les argiles. Et les argiles elles ont un ennui, c’est que quand la pluie, surtout sur un sol qui est découvert. Quand la pluie va tomber sur le sol, ça va faire l’effet “splash” et à ce moment-là, l’argile qui est très très fine, qui est comme de la farine, va en fait remonter, va passer dans l’eau, elle va se mettre en suspension dans l’eau. Et l’argile, surtout les argiles de grande qualité pour les agriculteurs, en fait quand elle est en suspension dans l’eau, elle va rester 24 heures, 48 heures, 72 heures en suspension dans l’eau et à ce moment-là, si le sol est légèrement en pente, elle va devenir érosive.

Alors qu’est-ce que ça veut dire ? Quand de l’eau, cette eau que je bois, l’eau du robinet, la densité de l’eau, elle est d’un et si on la met au carré, la force érosive de l’eau est lié au carré de sa densité. Si la densité de l’eau est à un, son carré est toujours un un, donc elle pas érosive, elle va coucher l’herbe, elle va peut-être décoller le papier-peint comme on dit, mais elle n’aura pas cette force d’arracher la peau de la terre et des sols. Mais si dans cette eau, on a un peu d’argile, la densité va être de 1,002 au carré, vous allez sans arrêt augmenter la valeur et à un moment, cette eau sera capable de soulever des graviers qu’elle ne soulevait pas avant, ces graviers pourront soulever les gros cailloux, les gros cailloux vont soulever des blocs, les blocs vont soulever des voitures, vont détruire les ponts et vont détruire ce qu’on a. Donc en fait, l’érosion tel qu’on l’a à l’heure actuelle, avec la violence que ça a sur la destruction des sols, c’est parce que les sols n’ont plus cette stabilité, cette cohésion qu’avaient les sols autrefois. D’où l’érosion des sols. Comme on a perdu la matière organique, on perd l’argile. Ben à ce moment-là on a du limon, on a des sables et on a des cailloux.

Donc on perd ce complexe argilo-humique. Là c’est pour montrer qu’on peut restaurer des sols, je vais aller assez rapidement. On a peser le même poids. Regardez comment ça se dépose, il y a équilibré, battant et laboratoire. On a mis le même poids de sol, et on a agité avec la même eau les trois. Le sol est dans celui de laboratoire, on avait analysé le sol équilibré, c’est un sol d’un maraicher qui a son taux d’argile et de matière organique qui est hyper équilibré, donc c’est un sol qui est stable. Dans le sol battant, c’est un sol qui avait énormément de problèmes. Il lui manque du calcium, il lui manquait de la matière organique, c’était un sol assez abimé. Donc on a agité. Et dans ce sol, on a mis comme si on allait conseiller à l’agriculteur la quantité de calcium et de matière organique dont il a besoin pour stabiliser son sol, refaire une cohésion. Donc le sol battant il est toujours en suspension alors que trois à quatre heures après, quand on a remis en fait le sol debout, et bien en fait il devient comme un sol équilibré. Et toute la terre, le sable, les limons et l’argile se sont décantés. Et à ce moment-là, l’eau est claire, quasiment claire. Elle n’est plus érosive. Donc un sol qui était vraiment en très très mauvaise état, si on lui donne exactement ce dont il a besoin, il n’aura plus du tout cette force érosive. Donc c’est la connaissance du sol, c’est le patrimoine.

Souvent les agriculteurs nous disent : “j’ai un argilo-calcaire”, “j’ai un sablo-limoneux”… Mais la vraie connaissance du sol, qu’elle est la quantité de matière organique qu’il a en surface ? Quel type d’argile il a ? Quels sont les éléments, est-ce qu’il a du calcium, est-ce qu’il n’a pas de calcium ? Cette connaissance-là permettrait de mieux connaitre et de savoir exactement ce dont a besoin un sol. Parce qu’un sol sableux, nous on travaille avec des agriculteurs et des maraichers, et ils nous disent : “ah ben on m’a dit de mettre 50 tonnes ou 30 tonnes de compost à l’hectare.” Si vous avez un sol argilo-calcaire et qu’il y a beaucoup d’argile, peut-être qu’effectivement il aura besoin de 30 tonnes de compost pour lier son argile. Mais si vous êtes dans les landes, avec à peine 10% d’argile, il y a des sols avec 4% d’argile et 60% de sable et du limon. Et bien vous allez en mettre moins, parce que le peu d’argile ne pourra pas attacher la matière organique. En plus si on est en sol qui n’a pas beaucoup de calcaire. Et cette matière organique va descendre dans le profil et va polluer les nappes phréatiques. Et on a eu souvent des problèmes avec le monde de l’agriculture biologique qui mettait beaucoup de compost, et qui aussi, en voulant trop bien faire, en fait polluait aussi les sols. Parce que la matière organique n’étant pas retenue, et bien en fait elle partait, les nitrates et la matière organique partait et était aussi lixiviés.

Alors, les érosions… On peut parler d’érosion éolienne. Nous quand on a commencé le laboratoire, ça on ne le voyait jamais. Je peux dire, on voyait pas du tout, même si un tracteur roulait un petit rapidement, on retrouve la terre derrière. Autre chose à comprendre, c’est que le sol quand on le laisse sans rien du tout, et bien en fait, il va se dégrader parce qu’il est comme nous. Le sol il met des mauvaises herbes en fait pour se protéger. Dès que vous allez le mettre à nu, il va faire pousser ce qu’on appelle des mauvaises herbes. Je préfère dire des adventices, mais en fait il se couvre. Quand on laisse un sol complètement nu, il rentre en érosion parce qu’en fait il n’y a pas de possibilité que les racines et la matière organique soit stables. Donc en fait il va en perdre beaucoup. Là c’est une photo au moment du drame qu’on vécut tout le nord de la France il y a deux ans avec des inondations catastrophiques où la Seine était montée très très haut, ils avaient très très peur que ça déborde à Paris. Tout autour de la zone, le sol est labouré, et de l’autre côté, personne n’a labouré. La seule parcelle qui a décroché, pour nous, c’est cette parcelle qui est labouré. C’est le même type de sol, on a la même pente. Et en fait, dans la zone labourée, il y a des énormes ravines qui se sont arrêtées par la haie. Donc la nécessité de remettre des haies. Les haies empêchent l’érosion, font barrière, retiennent aussi certaines zones.

Puis après, bien entendu c’était tellement puissant que bien entendu, on a aussi de l’autre côté, une ravine qui s’est faite. Ça c’est trois rivières, avant et après orage. Bon ben voilà… Là on est dans le Lotte, il y a une rivière qui arrive près de la Roche des Arcs. Et en fait on est dans une zone qui n’est pas cultivée, mais le lotte est remplie de terre alors que l’autre ne l’est pas. Si les gens disent “bah oui il pleut, c’est normal que les rivières soient pleines de terre”. Si c’était la réalité et que c’était ça qui était tout le temps comme ça, on ne serait pas là. Ça fait 7000 ans qu’on fait de l’agriculture, et même s’il n’y en avait pas avant, si chaque fois qu’il pleut dans un sol qui est cultivé, il y a plus de terre, on n’aura quasiment pas de terre. Et on ne serait pas là, vous ne seriez pas là à m’écouter. Donc en fait c’est vraiment un phénomène qui est lié à un problème de non-stabilité des sols.

Alors les érosions – ça c’est en Italie – c’est la région d’Europe qui fait les labours les plus profonds, puisqu’en plaine du Pô on peut aller avec des labours qui sont à 80 centimètres. Donc en fait c’est d’une brutalité incroyable, d’où une nécessité de passer énormément de machines. Et autrefois, le bosquet que vous voyez, ben c’était à la même hauteur. Là en fait, c’est en Bourgogne, et c’est un agriculteur qui se rend compte qu’il y a 50 ans, il dit “en deux générations, j’ai perdu 50 centimètres de sol. Quand j’étais gamin, il n’y avait pas cette marche.” Donc lui l’a vu. En fait il nous a appelé parce qu’il a trop de cailloux au-dessus. Ça ne pousse pas bien. Et puis en bas, il dit : ça pousse bien. Ben oui, parce qu’en fait toute sa bonne terre est partie, a été érodée et il reste que les cailloux. Et on lui a fait la remarque, et il a dit : “mais oui c’est vrai quand j’étais gamin, on montait, on faisait de la luge et tout…” Donc on a perdu 50 centimètres de sol sur deux générations.

Attention à la déforestation. À l’heure actuelle, on en parle beaucoup pour le Brésil de cette déforestation massive, pour certains, ils disent : “mais pourquoi on s’intéresse autant à ça ? Qu’est-ce qu’on en a à fiche, c’est tellement loin.” Mais en fait si, ça nous impacte. Vous en Belgique et nous en France, parce que c’est vraiment un poumon à l’heure actuelle. L’Amazone, Bornée, toutes les zones qu’il y avait de la grande forêt sont en train de disparaître, et c’est vrai qu’ils sont des vrais régulateurs. Quand on dit que c’est notre poumon, à l’heure actuelle c’est le seul poumon qu’on a. Grâce à la photosynthèse, libère de l’oxygène, et cet oxygène on le respire. Plus on va détruire les arbres, moins on aura des problèmes d’érosion et de malnutrition. Juste pour montrer le drame que peut faire une déforestation massive : là on est à Haïti et c’est la même chose à Madagascar. Pour des raisons politiques, Haïti avait une rançon à payer, a été obligé de couper tous ses arbres. C’est le pays le plus pauvre de la planète. Les rivières sont chocolat. Il n’y quasiment plus de terre. Et en fait ils ont énormément de problèmes pour cultiver. Donc les arbres, c’était leurs richesses et c’était ça qui permettait aussi qu’ils puissent cultiver. Là, ce que vous voyez, c’est Saint-Domingue et Haïti, et la ligne verte c’est la frontière.

Là c’est l’Europe, avec en rouge toutes les zones qui sont sensibles à l’érosion. Vous en voyez on est quand même bien touché en Europe. Alors comment on répare un sol détruit ? Parce que c’est quand même ça qui est quand même le but de la fin et de l’espoir. C’est qu’en fait, les sols ils n’ont pas besoin d’azote. Maintenant, je pense que vous l’avez tous compris dans ce qu’on a dit et ce que Claude a expliqué. L’azote va détruire la matière organique, et la matière organique c’est vraiment de l’or pour les agriculteurs et on en a énormément perdu. La moyenne après la guerre, en 1950, les sols en France avaient 4% de matière organique. À l’heure actuelle, on est en-dessous de 2%, de manière générale. Alors que des sols ont besoin de plus que 2%, et ça ne fait que baisser. Le taux de matière organique baisse sans arrêt dans les sols. Donc il faut remettre du carbone. Le moyen de mettre du carbone, c’est remettre soit du compost pour les petites cultures, soit les vignerons ou les maraichers, les particuliers, l’arboriculture, dans le maraichage il y en a beaucoup. C’est soit paillé, soit mettre du compost, soit mettre du bois raméal fragmenté. Et chez les agriculteurs qui ont des grandes surfaces, des céréaliers, c’est impossible qu’ils en mettent. La meilleure chose qu’ils peuvent faire, c’est d’arrêter de labourer et de faire du semi-direct sous couvert.

Le problème du semi-direct sous couvert, c’est qu’il n’y a pas d’accompagnement pour les agriculteurs. C’est une technique qui est très compliqué à mettre en place et qui n’est absolument pas soutenue parce que l’agriculteur comme il va changer complètement de technique, à ce moment-là, son sol va aussi changer, puisque c’est comme si vous, du jour au lendemain, vous êtes malade, vous êtes perfusés, et puis on vous enlève toutes vos perfusions, et puis vous allez courir un cent mètre. Vous n’allez jamais pouvoir le faire. Ben un sol qui est fertilisé, qui est labouré, qui reçoit son taux d’azote, de fertilisation, du jour au lendemain, on arrête de le fertiliser, on ne le retourne pas forcément la terre, il va y avoir un changement de sa faune, de ses microbes, donc ces techniques amènent une chute de rendement, et souvent, ça met cinq ans avant de se remettre.

Si on n’accompagne pas les agriculteurs pour l’agriculture biologique aussi, il y a un arrêt. Souvent, le monde qui passe en biologie, ils disent : “ben c’est incroyable. Deux ans après ça va moins bien qu’avant.” Donc il faut soutenir les agriculteurs pendant cette période de transition, parce qu’elle est très compliquée, parce que les sols ne sont pas en très bon état. Les activités biologiques sont dans beaucoup de cas faibles, et on ne fait rien pour que cette transition dont on parle beaucoup. On dit qu’en France on veut que dans deux ans, il y ait 20% de repas bio dans les écoles, on dit qu’il faut que les agriculteurs changent, mais en fait on ne les soutient pas dans ce changement. On impose des lois en disant : faut arrêter certains produits, sans les avoir aidés et préparés à ce changement qui va être extrêmement brutal. Le jour où ce sera le couperet et qu’on dira tel et tel produit. Donc le semi-direct sous couvert, ça consiste en quoi ? On ne laboure plus la terre. Par exemple, si on a un blé, on va récolter le blé. On va essayer de récolter les épis assez haut, garder les pailles, avec un outil spécial, un semoir.

Ça c’est juste un clin d’œil, et pour nous un arrêt. Là, il faudra qu’on arrête de voir ça. C’est des concours de labour, c’est-à-dire apprendre à faire le labour le plus droit, le plus profond. C’est une destruction des sols parce qu’il faut que le labour soit extrêmement droit et très profond. L’autre diapo, ici on est en Italie. L’agriculteur est en train de labourer, il n’y a qu’un socle. Quand on regarde le sol, il n’y a pas de caillou, c’est que des limons. Ce n’est pas des sols difficiles à travailler. Donc il y va, et il y a un moment, il tourne et il ne peut plus avancer. Il va falloir qu’on vienne le chercher parce qu’il s’est planté. Alors ça fait sourire, mais en fait quand on voit ça, le sol est complètement détruit. Il y a aucune raison de faire ça. Quelles sensations on a quand on voit un sol comme ça ? Qu’en plus, c’est un sol qui avait pas mal d’argile. Là l’agriculteur il faudrait qu’il passe plusieurs fois pour qu’il casse toutes ces mottes, parce que je ne le vois pas semer quelque chose là-dedans.

Donc il n’y a pas de nécessités, et c’est dans ces endroits-là où en fait les sols bougent le plus. Keynes disait une chose : “la difficulté n’est pas de comprendre des idées nouvelles, mais d’échapper aux idées anciennes.” C’est vrai que c’est très compliqué pour les agriculteurs d’abandonner le labour qui a été au démarrage de l’agriculture peut être nécessaire, mais comme les hommes travaillaient soit à la main, puis après avec les bœufs ou les chevaux, vous ne pouviez pas faire des labours comme ça. C’était des labours superficiels pour permettre de se débarrasser des mauvaises herbes, faire un lit de semence, et semer. C’est toujours le drame des agriculteurs, ça ça n’a pas changé. Donc l’avantage du semi-direct sous couvert, c’est que comme on parle sous couvert, on ne touche plus au sol. Donc quand vous touchez au sol, vous allez le mettre à nu, vous allez remettre les mauvaises herbes, et en le couvrant, comme il n’y a plus de lumières, les mauvaises herbes ne vont pas pousser. Mais ça c’est très très compliqué. Semer dans un couvert, ce n’est pas facile.

Donc le semi-direct sous couvert, il faut un outil spécial, et c’est semé soit dans des résidus de paille, de paille de blé qu’on a gardé, soit d’un couvert qu’on connait, qui va couvrir le sol pendant la période où on est obligé d’attendre entre un blé et puis la semence d’hiver. Donc c’est quelque chose qui est compliqué puisqu’il faut gérer ce qui fait le gain à l’agriculteur, et gérer les plantes de couverture pour pas qu’il y ait de compétitions et allopathie, et il ne faut pas de monoculture. On est obligé de remettre la rotation. On ne peut pas faire blé sur blé ou maïs sur maïs comme dans le sud-ouest. Il faut qu’on réintègre la rotation. Parce que si on remet tous les ans en monoculture, on peut avoir des maladies puisque là on va laisser les pailles, on va laisser les restes de la plante, on la couche au sol. Donc obligation de faire de la rotation. Et quand on propose ça aux agriculteurs, dans un cycle de rotation, et qu’on met par exemple… Il y a quelques années on proposait de mettre du sorgo dans la rotation.

Et bien l’agriculteur a dit : “monsieur et madame Bourguignon, mais vous n’y pensez pas !” et ont demandé pourquoi. Parce que les bêtes peuvent l’utiliser comme le maïs, mais personne ne va me l’acheter. Il n’y a pas de filière, il n’y a rien, personne ne va m’acheter mon sorgo. Donc vous n’allez quand même pas me faire mettre du sorgo que je ne vais pas pouvoir vendre, donc je reste sur mon maïs. Donc si on veut faire du semi-direct sous couvert, il faudra aussi qu’il y ait des filières qui vont s’ouvrir sur les plantes qui permettront de faire la rotation. Pour l’instant la subvention elle est très étroite pour les agriculteurs : le blé, le colza, le maïs. Mais il y a bien d’autres plantes qui pourraient être utilisés : du trèfle, du lin, du chambre, ou de la lentille. Mais il y pas de filière. Ou alors, il faut trouver des niches très très particulières.

Donc ça c’est un problème aussi, il n’y a pas de valorisation du couvert. Donc c’est une machine particulière, c’est un semoir particulier. Un agriculteur aussi, s’il part là-dedans, s’il a tout son matériel avec sa charrue, le décompacteur et puis après le semoir, faut qu’il laisse tomber ça, et il faut qu’il achète cette machine qui coûte la peau des fesses. Parce que les marchands de cette machine se sont bien rendu compte qu’au lieu d’en vendre quatre, il faut qu’ils vendent une, donc en fait c’est machine-là vaut pratiquement le prix des quatre ou des cinq autres. Donc un agriculteur qui est déjà endetté jusque-là, ben il ne va pas racheter cette machine-là. Donc je disais, si on ne les aide pas, soit financièrement, soit les soutenir jusqu’au bout, ben ils ne le font pas. Donc les plantes de couverture, c’est tournesol, il y a du colza, il y a du sarrasin, il y a des céréales. Et Claude, dans une des diapos qu’il vous a montré, quand vous avez des plantes différentes, vous avez vu que les enracinements sont très très différents. Et quand vous faites un couvert comme ça, les racines sont différentes, elles vont aller chercher à différentes hauteur et profondeur du sol, les éléments. Quand l’agriculteur va le coucher avec le rouleau faca, et que la plante va se décomposer en compost, les éléments vont rester à la surface. Par contre là c’est de la phacélie, tout à l’heure on était chez un agriculteur qui avait un couvert qui était un mélange de lin, de phacélie et puis de céréales.

Là, l’agriculteur il a un rouleau qui va écraser son couvert et derrière il a le semoir qui sème les graines dans ce couvert qui est écrasé. Ce qu’on ne veut plus nous, c’est voir agriculteur labourer, comme ici. Il est en train de casser les mottes, il s’amuse, c’est les montagnes russes. A côté on a fait un semi-direct sous couvert, là c’est un sorgo qu’il est en train d’écraser avec le rouleau faca, et il est en train de semer derrière son blé. Donc voilà ce que ça donne. C’est à dire que le couvert couvre le sol, empêche les mauvaises herbes, et le blé va pousser au travers ou la plante que vous allez utiliser. Autre exemple, avec des navets. En semi-direct sous couvert, sur une terre labourée. Quand vous labourez trop souvent, on a des problèmes de semelle de labour. Vous allez voir que le navet a fait une belle racine en profondeur, alors que là, vu la compaction du sol, vous voyez les deux sols. C’est tellement compacté que la racine n’a pas pu descendre et en fait elle a fait un petit renflement et une toute petite racine parce que ça n’a pas pu aller dedans. Donc là même au niveau du rendement, ça pose un problème. Là, un sol qui n’a pas de portance, quand on est en semi-direct sous couvert, on va avoir moins de rigoles.

Il y en a une qui est pleine d’eau et l’autre qui n’en a pas. En fait les sols, comme ils sont tassés, c’est battu, l’eau ne peut pas rentrer, elle va rester à la surface et donc ça peut provoquer des destructions de culture. D’ailleurs l’année dernière quand il y a eu ces inondations à Paris, le plus gros drame ça n’a pas été l’érosion pour les agriculteurs parce que c’était en zone plate. C’est qu’en fait l’eau resté tellement longtemps à la surface qu’en fait ça a fait pourrir toutes les semences, et les agriculteurs ont perdu leurs récoltes.

Vous dans le Nord vous n’avez pas des sols si caillouteux que nous en Bourgogne. Nous en Bourgogne on n’a pas tellement de terre, on se trouve très vite sur le caillou. Un agriculteur qui retourne même vingt ou trente centimètres, en fait il va remonter systématiquement des cailloux de tout le temps, alors qu’en semi-direct sous couvert, vous ne labourez plus. Donc là on a deux champs voisins. L’agriculteur qui laboure et celui qui est en semi-direct sous couvert. Il y a le champ de celui qui laboure et d’ailleurs il se plaint qu’il a plein de cailloux. Et tous les cinq ou dix ans, il rebroie parce qu’il y en a trop, alors que son voisin n’en a plus du tout, parce qu’en fait il n’a pas remonté les cailloux de la profondeur. Autre image qui confirme que c’est certainement une technique d’avenir qui est compliqué mais qui permettrait réellement de protéger les sols. Là vous avez un sol labouré, de l’autre côté on fait une formation pour le semi-direct sous couvert. Il a plu, il y a eu une grosse ravine qui s’est arrêté chez le champ du ravin qui s’est arrêté au champ du voisin. Si c’était une fatalité, elle aurait traversé tout le champ du voisin, mais le sol est beaucoup plus poreux chez le voisin. Donc déjà l’eau n’a pas fait cette ravine, et puis la végétation a arrêté l’érosion du champ. L’activité biologique, là sur deux sols proches, un qui laboure et l’autre qui laboure pas. Et bien on a fait une étude tout les trimestres pendant quatre ans. L’activité biologique de Jean-Claude, un agriculteur qu’on connais assez bien maintenant, son activité biologique n’a pas cessé de monter. Et il a fortement diminué sa dose d’utilisation d’azote. Avant il utilisait 180 unités d’azote pour un 80 quintaux. À l’heure actuelle, il en utilise encore beaucoup, mais il est à 110 pour exactement le même rendement, il a diminué son irrigation, et il utilise quasiment plus de fertilisation, grâce au semi-direct sous couvert. Et si les études montrent que si un maximum d’agriculteurs faisaient cette technique-là, on diminuerait de 40% le problème du CO2, la quantité de CO2 dans l’atmosphère. Parce qu’en fait, comme vous augmentez la matière organique dans le sol, la matière organique c’est du carbone, donc il passe pas dans l’air, et vous utilisez moins de matériel. Donc en fait vous captez beaucoup plus de carbone dans le sol, qui va rester grâce à la matière organique. Alors que quand vous labourez, déjà le tracteur quand il laboure il consomme plus de fuel, et puis comme vous avez moins de matière organique, elle est partie dans l’atmosphère. Donc c’est une vraie révolution par rapport à ça.

L’agroforesterie, c’est aussi une autre technique de restauration parce que là on fait une symbiose, une association entre les arbres et les céréales. Les gens qui font ça disent qu’il n’y a pas de diminution d’un rendement. Et là on va permettre de faire une porosité, de permettre à l’eau de mieux s’évacuer. Le problème de l’agroforesterie, il faut que les arbres soient taillés d’une certaine manière. Là c’est des noyers, et ils ont enlevés toutes les branches basses pour ne pas faire d’ombres. Il faut que ça soit mener très droit et puis en exposition nord-sud pour que ça ne fasse pas trop d’ombres. Et surtout, il faut que l’espace des arbres soit de la taille du matériel de l’agriculteur pour qu’en fait ils puissent passer entre ces arbres. Donc là vous avez un exemple d’agroforesterie où il va récolter entre ses arbres. Ça se sont des techniques qui sont des techniques de restauration. Le bois raméal fragmenté, c’est une bombe. C’est vraiment pour des sols qui sont abandonnés par l’agriculture. Le bois raméal fragmenté, on ne le fait qu’une fois. On fait pas ça tous les ans. On va mettre une épaisse couche de rameaux de feuillus, pas plus de 25 ou 30% de résineux. Claude vous a expliqué pourquoi, avec les aiguilles qui sont très mal décomposées. Donc vous allez les pendre. Et puis là vous êtes obligés d’avoir un semoir à disque. parce que si vous mettez cette épaisseur-là de bois raméal fragmenté, si vous l’enfouissez dans le sol, vous allez avoir des problèmes d’hydromorphie. Donc on va semer. Ici ce sont les sillons faits par le semoir à disque. On voit ce mycélium qui va permettre l’élaboration de champignons qui vont venir dessus. Le bois raméal fragmenté va être décomposé. Il va devenir du compost, et vous allez faire un lit de matière organique sur des sols qui étaient comme du cailloux.

Donc c’est vraiment une bombe pour la restauration des sols. Les sols qui sont comme la table. Cette technique a été mise au point et énormément utilisé par le professeur Lemieux, et on a travaillé avec lui. C’est quelqu’un qui venait du Canada et qui a travaillé en Afrique sur les sols qui étaient latérisés. Et en effet il reconstituait du sol en très très peu de temps. Donc c’est vraiment une bombe pour tous les sols qui sont abandonnés par l’agronomie. Vous avez des champignons qui arrivent, et vous voyez les bois qui sont de taille. Et ce qui a été semé. Donc il y avait du moha et du sarrasin, il y avait différentes espèces. Et on voit le bois au travers, donc ça a poussé. Il y a eu 30 unités d’azote d’accompagnement pour aider parce que c’était vraiment un sol qui était quasiment mort. L’intérêt du bois raméal fragmenté, c’est que le faire sur des grandes cultures, il va falloir qu’il y ait un partenariat avec des instituts, avec des gens pour qu’en fait, soit on remet des haies et des entreprises qui le broient, qui laissent les haies montées à fleur pour les abeilles et qu’elles puissent donner du bois raméal, et pouvoir le vendre aux agriculteurs.

C’est vrai que pour l’instant, c’est utilisé chez les arboriculteurs, chez les maraichers et chez les vignerons. C’est très très peu utilisés chez les céréaliers parce que pour l’instant, il y en a sur le marché, mais ça coute une fortune pour épandre sur plusieurs hectares. C’est sûr que c’est pas une densité extraordinaire, mais avant il n’y avait rien. Les gens qui ont vu ça, au départ ça a été abandonné en disant : “de toute façon, nos parents ont été obligé de partir parce qu’on ne pouvait plus rien cultiver sur ces terres-là.” Donc on peut remettre même sur des sols complètement abandonné par l’agriculture. Donc c’est vraiment un message d’espoir. Je vais terminer cette conférence pour dire que nos anciens, au 19ème siècle, Élisée Reclus qui a eu énormément de problèmes et qui a été sauvé par Darwin parce qu’en fait il a failli aller aux galères, il disait dans son livre “la terre”, ce texte qui est le résumé de tout ce qu’on vous a dit. Je vais le lire parce que je ne le connais pas par cœur : “La nature reste belle quand l’agriculteur intelligent cesse d’élever et de forcer comme au hasard les plantes les plus diverses sur un sol dont il ne connait pas les propriétés.” Donc il faudra absolument qu’on remette de la science et de la connaissance dans les sols. “Quand il comprend surtout que la terre ne doit pas être violenté.” Arrêter de faire des labours. En France, peut-être en Belgique aussi, on a diminué quand même la profondeur des labours. Quand il comprend surtout que la terre ne doit pas être violenté, et qu’il la consulte d’abord.” Ça c’est pour nous très important. “en interrogeant les gouts et les préférences avant de lui confier ses cultures.” C’est-à-dire qu’en fait il faudra respecter qu’il y a des sols qui ont des vocation, qu’il y a des sols qui peuvent faire d’excellentes céréales, et des sols qui font de mauvaises céréales. Il y a des sols qui font très grands vins, et qui font des mauvais vins. La vocation des sols, ça permettra aux agriculteurs, quand ils sauront qu’un sol a sa vocation, vous interviendrez beaucoup moins pour pouvoir amener une culture jusqu’au bout. Voilà, je vous remercie.

 

[/wcm_restrict] [wcm_nonmember]

La version courte est en accès libre,
mais l’entièreté de l’entretien
est réservé aux abonnés. (S’abonner / Se connecter)

Pour accéder à l’intégralité de ce contenu, vous devez vous connecter (connexion) ou souscrire à l’Abonnement numérique.

[/wcm_nonmember]