Comment nourrir Ottignies – Louvain-la-Neuve en temps de crise ?

Pour une commune en transition
vers un système alimentaire local résilient

Comment nourrir OLLN en temps de crise ? Comment initier une transition agroécologique d’envergure pour passer à un système de production alimentaire local, écologique et résilient, capable d’assurer à terme l’alimentation de l’ensemble de la population de la commune ? Telle est la question posée par Laetitia Yigit lors d’une interpellation citoyenne au prochain conseil communal d’Ottignies Louvain-la-Neuve, ce 25 juin à 20h00.

« J’habite à Mousty et je suis professeure de théâtre, en reconversion professionnelle vers le métier de « paysanne » comme j’aime le dire. J’ai pris conscience de la vulnérabilité de nos systèmes alimentaires en 2012, en lisant Le Manuel de Transition de Rob Hopkins. Aujourd’hui, on parle partout de transition mais on a oublié qu’à l’origine, ça coulait dire rendre les collectivités locales résilientes, c’est-à-dire capables de résister à des chocs majeurs : principalement celui du réchauffement climatique et du pic pétrolier.

Si le message du réchauffement climatique est passé, la question du pic pétrolier est encore très peu médiatisée. Pourtant, il faut savoir qu’on arrive à la fin d’une période d’abondance pour ce qui est du pétrole bon marché. Très peu de gens en ont vraiment conscience. Pourtant les faits sont là. L’agence internationale de l’Énergie, dans son rapport de 2018 annonce qu’il faudrait multiplier par 2 ou 3 les extractions de pétrole de schiste pour empêcher un déclin de la production mondiale de pétrole d’ici à 2025. « Même si le boom du pétrole de schiste se poursuit aux États-Unis, le brut américain ne suffira pas à lui seul à pallier le manque. La production mondiale de pétrole restera probablement sur un plateau encore quelques temps avant de commencer à s’effondrer avant 20251« . Le directeur de Total France lui-même, annonce, dans une interview pour Le Monde publiée le 6 février 20182 : « Après 2020, on risque de manquer de pétrole » [voir encadré ci-dessous].

Or, il se fait que tout notre système alimentaire agro-industriel dépend du pétrole. Pour les intrants, les pesticides, les herbicides, les machines, l’irrigation, le transport, le stockage, la chaîne du froid, l’emballage… Ce système est donc appelé à être très fortement déstabilisé dans la décennie qui vient. Il faut s’y préparer et anticiper. C’est la raison de cette interpellation. J’incite le Collège à prendre dès maintenant des mesures très concrètes : favoriser les essences locales nourricières pour les plantations communales, mettre en place une ceinture alimentaire communale, soutenir les actuels agriculteurs de la commune pour leur permettre une transition vers une agriculture locale, écologique et résiliente, créer une régie communale agricole qui permet l’affectation d’un personnel compétent et de moyens spécifiques pour réaliser cet objectif et adopter la charte Commune paysanne, du MAP ( Mouvement d’agriculture paysanne) qui reprend tous les engagements que la ville peut prendre pour soutenir l’agroécologie sur le territoire.

Nous sommes à un tournant de civilisation, la question du pétrole et de l’alimentation n’est qu’une des facettes de la métamorphose complète qui attend nos sociétés et qui va affecter tous les aspects de notre existence dans la décennie qui vient. Cela peut faire peur, mais c’est aussi enthousiasmant. Les chocs qui s’annoncent, aussi rudes risquent-ils d’être vont nous donner l’opportunité unique de changer la donne. Allons-nous le faire ? »

Laetitia Yigit

Quelques informations supplémentaires au sujet du pétrole

 Pour ce qui est des fameux gaz et pétroles de schiste censés nous sauver, voici quelques faits(i):

  • Trois quarts des sociétés œuvrant dans le pétrole de schiste sont déjà virtuellement en faillite.
  • La production des puits décline rapidement (au bout de quelques mois), il faut donc constamment forer de nouveaux puits : du coup les investissements sont supérieurs aux gains.
  • L’industrie du pétrole de schiste, qui perd de l’argent, fonctionne essentiellement par la dette.
  • Ajoutons que les signes du ralentissement de la production de pétrole de schiste se multiplient (chute du nombre d’appareils de forage, baisse des investissements, ralentissement du rythme de croissance de la production, chute de la vente d’actions et d’obligations). Il est important de noter que la production de pétrole de l’Europe est très faible et en déclin. Les gros producteurs, comme l’Arabie saoudite, seront enclins à réduire leurs exportations. On peut donc s’attendre à des variations spectaculaires des prix de l’énergie, avec une tendance globale à la hausse, avant d’entrer dans une période d’éventuelles ruptures d’approvisionnement et de conflits géopolitiques(ii).

(i) Matthieu Auzanneau, « Pic pétrolier probable d’ici 2025, selon l’Agence internationale de l’énergie », blog Lemonde.fr, 4 avril 2019.
(ii) Pablo Servigne, Nourrir l’Europe en temps de crise, Ed. Nature et Progrès, 2014.

1 Rapport annuel 2018 de l’AIE : « Il faudrait multiplier par 2 ou 3 les extractions de pétrole de schiste, pour empêcher un déclin de la production mondiale de pétrole d’ici à 2025. Or aux États-Unis, même si le boom du pétrole de schiste se poursuit au Texas et dans le Dakota du Nord, le brut américain ne suffira pas à lui seul à pallier le manque. »
2 https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/02/06/patrick-pouyanne-pdg-de-total-apres-2020-on-risque-de-manquer-de-petrole_5252425_3234.html .