Régime d’application. Les partisans d’une ligne dure en matière d’immigration dans l’Etat américain

La Trumperie qui est là – 27.
Retour sur les politiques antiimmigration- 20.
Enquêtes ouvrières- 44.
Certains d’entre vous se souviennent  de Minneapolis, Etat du Minnesota aux USA. C’est la ville où  Georges Floyd, américain noir, fut assassiné en 2020 par des policiers de la ville, assassinat déclenchant le mouvement “Black Live Matters”.

C’est en janvier 2026 la ville où deux opposants à la politique  antiimmigration de Trump, Renée Good (poétesse et écrivaine, mère de 3 enfants, observatrice légale, tuée le 7 janvier 2026, trois jours après la grande manifestation du 3 janvier 2026) et Alex Pretti (infirmier en centre de soins pour les vétérans de la guerre du Vietnam et membre du syndicat des employés du gouvernement fédéral, dont le seul tort aura été de s’interposer à la violence des agents de l’ICE comme le montre la vidéo plus bas, tué le 24 janvier 2026, le lendemain de la grande manifestation du 23 janvier 2026, notamment contre la détention d’un enfant de 5 ans), tous deux citoyens américains, ont été assassinés par l’ICE, l’agence fédérale de police douanière et migratoire des USA.
Il s’agit des 16 ème et 17 ème victimes par balles de l’ICE depuis le début du mandat de Trump II.
Labor Notes signale que 3 autres personnes ont été également abattues par les agents de l’ICE et blessées a Minneapolis.
POUR Press vous offre
■A LIRE, en pleine page, un article sur l’ICE et les partisans d’une ligne dure en matière d’immigration aux USA, ICE dont les budgets ont été portés à 95 milliards de dollars sous Trump II et dont le personnel, notamment les unités d’intervention, a doublé en 2025.
■En premier encadré, en accès libre, A VOIR, A ECOUTER et A LIRE, une première vidéo ” Renée Good, meurtre ou légitime défense, une analyse image par image”, une seconde vidéo “Les 39 secondes qui ont mené à la mort d’Alex Pretti, seconde par seconde”, la chanson “Streets of Minneapolis” de Bruce Springsteen, avec la traduction des paroles en francais, et un texte “MinneapolICE. Quand témoigner devient un crime puni de mort” de Fintan O’Toole, écrivain et  éditeur de The New York Review et chroniqueur d’Irish Times, traduction en français par Tlaxcala-int.
■En second encadré, une chronique de Victor Serge, chroniqueur POUR Press, sur “la légère désescalade” ou le “faux pivot”, de l’annonce de Donald Trump le 26 janvier 2026, et une mise en perspective de ce point de pivot.
■Enfin, en lien, divers articles A LIRE,
●Sur “Que sont les villes sanctuaires aux USA”,  (et au Canada), une réponse aux politiques antimigratoires depuis Donald Trump I.
●Sur l’impact des décrets présidentiels de Trump depuis son investiture sur les réfugiés et les immigrants, deux catégories distinctes souvent peu distinguées, un article bilan de Global Refuge USA.
●Alors que le Minnesota (5,8 millions d’habitants en 2024) est un Etat qui n’abrite que 100000 sans papiers (un chiffre modeste par rapport au Texas ou à la Floride, Etats trumpistes), n’est pas un carrefour du trafic de drogues ou de réseaux criminels transnationaux, n’est pas un point de convergence des flux d’immigration illégaux ni un Etat transfrontalier, il  affiche une présence disproportionnée d’agents (armés) de l’immigration, supérieure aux forces de police locale. Trump l’a choisi, au nom d’un discours violent et de criminalisation, car le Minnesota incarne tout ce que Trump déteste (Trump I et II toujours battu au Minnesota démocrate. L’Etat électif d’une de ses principales opposantes, membre du DSA, au Congrès des USA. La mémoire de Georges Floyd qui a fait trembler le pouvoir de Trump I aux portes de la Maison Blanche).
●Sur l’ICE, force paramilitaire, sa présence et ses méthodes, 5 articles.
▪︎Tout d’abord, l’ICE, qui a les apparences et les agissements d’une force paramilitaire, en est effectivement une, ce qui rend son contrôle si difficile.
▪︎Ensuite, le déploiement de l’ICE,  service fédéral, au Minnesota est contestable et  contesté par l’Etat du Minnoseta au niveau judiciaire pour divers motifs constitutionnels, l’ICE se substituant à des missions de police.
▪︎Ensuite, 2 articles, l’un sur les méthodes de l’ICE, l’usage de tactiques et de techniques non recommandées par les services de police mais utilisées par l’ICE ayant impliqué le meurtre de Renée Good, et l’autre sur l’usage des perquisitions systématiques d’habitations, usage constitutif de la violation d’un droit constitutionnel.
▪︎Enfin, un article expliquant pourquoi, du fait d’une collaboration de plusieurs dizaines d’années entre ICE, CBP et forces israéliennes, les tactiques contreterroristes israéliennes ont fait leur apparition au Minnesota.
●Sur l’attitude des organisations syndicales américaines, un article du rédacteur spécialisé sur les organisations syndicales de Jacobin USA et un d’un rédacteur de LaborNotes (journal des organisateurs syndicaux aux USA).
●Sur les résistances à la politique antimigratoire de Trump et à l’ICE dans les Etats Fédérés et dans les villes américaines, six articles.
▪︎Le premier, sur la bataille de la population et des pouvoirs publics de Los Angeles contre la politique antimigrants de l’ICE à Los Angeles à l’été 2025.
▪︎Le second, la transcription en français de l’émission Democracy Now sur la journée de grèves et de manifestation à Minneapolis le 3 janvier 2026, près de 100000 personnes ont manifesté contre la politique de Trump en matière d’immigration.
▪︎Le troisième, avec VIDEO de 2 heures 47 minutes, sur le succès de la journée de la vérité et de la liberté au Minnesota, suite à la mort de Renée Good, où les réseaux activistes et communautaires associent américains anglophones et hispanophones.
▪︎Le quatrième, sur l’organisation de la résistance communautaire à  l’ICE à Minneapolis en janvier 2026 et les tactiques utilisées.
▪︎Le cinquième, sur comment étendre la grève générale en dehors des villes de Minneapolis et Saint Paul, par une rédactrice de LaborNotes, journal, mouvement de formation et de coordination des organisateurs syndicaux.
▪︎Le sixième, sur comment, avec d’outils numériques et d’outils d’intelligence artificielle, des activistes du monde entier ont identifié plus de 1500 agents de l’ICE, notamment pour documenter de potentielles exactions dans lesquelles ils seraient impliqués.
●Sur le questionnement politique qui commence à agiter les États-Unis et que pose la gauche radicale, “comment sortir de cette violence d’Etat? “
Tous les articles A LIRE, en accès libre, sauf 4 en français, sont en anglais, d’auteurs étasuniens ou canadien, avec traduction AUTOMATIQUE en français.
Victor Serge, chroniqueur POUR Press, 31 janvier 2026.

Le 30 septembre, des centaines d’agents fédéraux ont fait une descente dans un complexe immobilier de 130 appartements situé dans le quartier de South Shore, à Chicago. Après s’être descendus en rappel depuis un hélicoptère Black Hawk, les agents armés de fusils ont lancé des grenades assourdissantes, enfoncé les portes et traîné les résidents hors de leurs appartements, les attachant avec des liens en plastique et les détenant pendant plusieurs heures. Cette opération, qui visait officiellement un bastion présumé du gang vénézuélien Tren de Aragua, a abouti à l’arrestation de trente-sept personnes, pour la plupart des immigrants vénézuéliens. Des images spectaculaires ont été publiées par le département de la Sécurité intérieure (DHS) sur les réseaux sociaux, accompagnées d’une légende inquiétante : « À tous les criminels étrangers en situation irrégulière : l’obscurité n’est plus votre refuge. Nous vous trouverons. » Le DHS a par la suite admis que seules deux des personnes arrêtées appartenaient réellement à un gang.

Le raid de South Shore est un microcosme du nouveau régime imposé par les partisans d’une ligne dure en matière d’immigration au DHS, au ministère de la Justice et à la Maison Blanche. Les communautés visées par cette campagne de répression connaissent bien ses caractéristiques, de l’usage indiscriminé de la force à l’abandon de la procédure régulière, en passant par les accusations creuses de criminalité et la violence théâtrale. Les conséquences de ces tactiques sont bien documentées : un vétéran attaqué et traîné dans un bureau local de l’ICE à Portland ; la candidate au Congrès Kat Abughazaleh jetée à terre devant un centre de traitement des demandes d’immigration à Chicago ; un ressortissant mexicain abattu par balle alors qu’il tentait de s’enfuir en voiture pour échapper aux agents de l’ICE ; un homme de 79 ans plaqué au sol par des agents de la police des frontières ; le contrôleur financier de New York Brad Lander et le maire de Newark Ras Baraka arrêtés par des agents de l’ICE sous de faux prétextes. Et maintenant, le meurtre brutal de Renee Nicole Good à Minneapolis, suivi des tentatives de l’administration Trump de la diffamer en la qualifiant de « terroriste nationale ».

Les mesures répressives et les opérations de choc et de terreur de l’ICE s’accompagnent de rafles plus routinières, dans lesquelles les algorithmes de reconnaissance faciale et les caprices des agents de terrain — plutôt que le statut juridique, les documents d’identité ou la procédure judiciaire — déterminent de plus en plus qui est détenu et expulsé. Alors que l’opposition publique à l’agence atteint son paroxysme dans de nombreuses villes, il convient de s’interroger sur le caractère véritablement nouveau de ce spectacle terrifiant. D’un certain point de vue, le régime répressif actuel reflète les méthodes traditionnelles de la politique américaine, accentuées par la guerre mondiale contre le terrorisme, notamment l’intériorisation de la frontière dans le territoire américain, le maintien de l’ordre racialisé, le recours à l’expulsion contre les ennemis idéologiques et les fréquentes invocations d’états d’urgence ou d’exception mal définis.

Pourtant, ces mêmes méthodes ont été transformées au cours des dernières décennies par les cultures organisationnelles d’extrême droite opérant au sein de l’État. La deuxième administration Trump les a exploitées pour mettre en place une force de police nationale omnipotente, basée au sein du DHS et dotée de ressources considérables par le One Big Beautiful Bill Act. En reconfigurant les lignes d’autorité et en déformant les fonctions des agences, elle remet en cause l’ordre existant qui régit les droits des non-citoyens, tout en transformant la citoyenneté elle-même en une catégorie plus flexible. Comment comprendre cette dernière mutation de l’appareil de sécurité intérieure créé par l’administration Bush, renforcé par Obama et maintenu en place par Biden ? Quelles dynamiques institutionnelles sont à l’origine de l’escalade de la guerre contre les migrants ?

Pour répondre à cette question, nous devons d’abord examiner le programme d’immigration de Trump à ce jour : dans quelle mesure le cadre existant a-t-il été remodelé par cette récente vague de détentions et d’expulsions ? Nous pouvons ensuite examiner comment les agences elles-mêmes ont préparé le terrain pour ce projet au cours des dernières décennies, alors qu’elles se transformaient en acteurs rebelles avec des syndicats de plus en plus radicalisés, contribuant ainsi à l’avancée de l’extrême droite au niveau national.

 

Offensive intérieure

La première salve de l’administration dans la transformation de la police fédérale a consisté à supprimer systématiquement les obstacles juridiques et institutionnels à l’application des lois sur l’immigration. Des mesures exécutives ont démantelé les agences de surveillance, exposé des données et des espaces sensibles aux autorités d’immigration, élargi les expulsions « accélérées » et ignoré les procédures régulières pour les résidents légaux et les citoyens. Des millions de personnes ont été déclarées inéligibles pour les audiences de cautionnement et d’asile, tandis que le statut de protection temporaire (TPS) a été révoqué pour un groupe après l’autre. Ces mesures ont coïncidé avec une rupture avec la tendance qui, depuis quinze ans, s’éloignait de l’application de la loi à l’intérieur du pays. L’ICE a désormais détourné son attention de la frontière entre les États-Unis et le Mexique pour se concentrer sur les grandes villes, augmentant le taux d’arrestations à l’intérieur du pays à un rythme alarmant. Les données du gouvernement montrent que l’ICE est en passe d’expulser plus de 300 000 non-citoyens cette année.1

Ces attaques institutionnelles ont été complétées par de nouveaux investissements massifs dans l’appareil répressif national. L’été dernier, le projet de loi national phare de Trump a consacré la somme colossale de 171 milliards de dollars à la répression de l’immigration jusqu’en 2029. Un aperçu des postes budgétaires révèle l’ampleur de l’investissement : 46,6 milliards de dollars pour achever la construction du mur frontalier, 45 milliards de dollars pour agrandir les centres de détention pour immigrants, 18,2 milliards de dollars pour les installations et les initiatives frontalières, et 30 milliards de dollars en plus du budget de base de 9,6 milliards de dollars de l’ICE pour renforcer les opérations d’expulsion et de renvoi. Le budget annuel de l’ICE a triplé pour atteindre environ 28 milliards de dollars jusqu’en 2029, ce qui en fait la plus grande agence fédérale chargée de l’application de la loi dans le pays.2

La législation a résolu la « crise de trésorerie » qui menaçait l’ICE tout en augmentant son armée d’avocats, d’agents chargés des expulsions et d’autres personnels de soutien. Elle a renforcé les liens matériels qui unissent les agences américaines chargées de l’application des lois sur l’immigration, en tant que groupe d’intérêt, aux industries de la défense, de la technologie et des prisons privées, et promet désormais d’impliquer davantage les polices locales et régionales des districts coopératifs dans les activités de contrôle de l’immigration.

Le DHS n’a pas tardé à utiliser ces nouveaux fonds. Une série de mesures incitatives généreuses, notamment l’annulation des prêts étudiants et une prime à la signature de 50 000 dollars, ont été annoncées afin de faciliter le recrutement de 10 000 nouveaux agents de l’ICE.3 En octobre, l’ICE avait du mal à examiner plus de 150 000 candidatures dans son processus de recrutement. Si les objectifs fédéraux en matière de recrutement sont atteints, le nombre total d’agents chargés des expulsions de l’ICE passera de 6 000 à 16 000, tandis que celui des agents de la police des frontières passera d’environ 20 000 à 23 000. Ces augmentations s’inscrivent dans la continuité des augmentations périodiques du financement des agences lorsque la politique frontalière fait la une des journaux, mais elles marquent une nouvelle ère pour l’équipe chargée de l’application de la loi et des expulsions (ERO) de l’ICE, dont les effectifs avaient stagné depuis la précédente vague de mesures répressives à l’intérieur du pays sous Bush et Obama.

Les registres des dépenses fédérales montrent qu’en octobre, l’ICE avait également augmenté ses dépenses en armement de 600 % par rapport à 2024, principalement pour des armes légères et des gilets pare-balles. 25 millions de dollars supplémentaires ont été consacrés à des contrats pour des logiciels de reconnaissance faciale et de surveillance afin de localiser et d’arrêter les personnes figurant sur la liste de plus en plus longue des cibles de l’agence. Ces investissements reflètent non seulement une force en expansion, mais aussi une force de plus en plus militarisée et technologisée, qui se prépare à mener des opérations soutenues dans les villes américaines. Il est devenu courant pour les agents d’immigration et les agents fédéraux alliés d’utiliser des tactiques de contrôle des foules telles que les gaz lacrymogènes, les grenades assourdissantes et les balles en caoutchouc, ainsi qu’une force physique excessive pour « gérer » les manifestants et appréhender les cibles non citoyennes.

 

De la quantité à la qualité

Si les chiffres ci-dessus sont impressionnants à tous égards, le changement n’est pas seulement quantitatif. Le nouveau régime répressif fusionne les forces de l’ordre fédérales et d’autres personnels en un ensemble interopérationnel, axé sur les expulsions massives et le contrôle idéologique. La Maison Blanche a affecté au moins 33 000 employés fédéraux supplémentaires à l’ICE et aux services des douanes et de la protection des frontières (CPB), en les retirant du ministère de la Justice, du Bureau des prisons, de la Drug Enforcement Administration, du FBI, du US Marshal Service et de l’Alcohol, Tobacco, Firearms and Explosives. Les employés de la FEMA sont désormais chargés de trier des milliers de candidatures à l’ICE, tandis que les fonds d’urgence de l’agence ont été détournés pour financer des camps de détention. Un rapport publié en décembre par les démocrates du Sénat montre que 2 milliards de dollars de fonds du Pentagone ont été détournés pour financer l’application des lois sur l’immigration. Le nombre d’agents d’immigration délégués est encore plus élevé si l’on compte les troupes de la Garde nationale occupant les villes américaines ou les policiers locaux qui ont été intégrés aux forces spéciales chargées de l’immigration.

Ces mesures ont déjà compromis les autres obligations concurrentes du DHS, y compris celles qui sont les plus étroitement liées aux justifications morales avancées par l’administration pour les expulsions massives, comme la lutte contre les réseaux de trafic de drogue ou de prostitution. Même les Services de citoyenneté et d’immigration des États-Unis (USCIS), l’agence chargée de traiter les demandes de citoyenneté, d’asile et de permis de travail, ont été transformés en une branche chargée de l’application de la loi, n’hésitant pas à détenir des immigrants même lorsqu’ils se présentent pour des cérémonies de naturalisation.

La répression bénéficie également de la flexibilité de longue date des attributions de l’ICE et de la police des frontières elle-même. En théorie, la compétence de l’ICE s’étend à « l’intérieur » (prisons, lieux de travail et communautés), tandis que celle du CBP s’étend à la « frontière ». Dans la pratique, cependant, leurs activités se chevauchent souvent. Alors que Biden a dépêché des ressources intérieures à la frontière, Trump a détourné des ressources de celle-ci pour renforcer les expulsions à l’intérieur du pays. Cela permet non seulement de disposer de main-d’œuvre supplémentaire, mais aussi aux agents de la police des frontières d’opérer avec peu de transparence ou de contrôle, bénéficiant d’une autorité spéciale pour interroger et détenir des individus dans une vaste « zone frontalière » de 100 miles occupée par plus de 200 millions de personnes. En d’autres termes, tant que la situation reste calme à la frontière, cette interopérabilité fluide permet aux deux agences de concentrer leurs efforts à l’intérieur du pays.

Les données relatives aux détentions indiquent l’ampleur de cette augmentation à l’intérieur du pays. Lorsque le nombre de détenus est ventilé par agence d’arrestation, on constate que la proportion d’arrestations par l’ICE est passée de 28 % du total des détenus en janvier à 82 % au 13 décembre. Les mêmes données montrent que le nombre total moyen de détenus a atteint 50 000 en juin, un chiffre qui n’avait pas été atteint depuis 2019, et a dépassé 65 000 à la fin de l’année dernière, le plus élevé jamais enregistré.

Les nouveaux détenus ont jusqu’à présent été entassés dans un système déjà tentaculaire de centres de détention mal entretenus et improvisés, dépassant de loin la capacité maximale de 41 500 personnes justifiée par le budget précédent de l’ICE. Bien qu’il soit estimé que 45 milliards de dollars de financement supplémentaire permettront d’augmenter la capacité de détention d’« au moins 116 000 lits », ces ressources ne sont pas susceptibles d’améliorer les conditions de vie des détenus. Les mauvais traitements sont inscrits dans la conception institutionnelle du système de détention. Les procédures d’immigration pouvant prendre des mois, voire des années, les audiences de mise en liberté sous caution suspendues acheminent désormais davantage de détenus vers des centres de détention déjà surpeuplés. Cela accentue la pression sur les équipes de gestion des détentions et des services de santé de l’ICE. Censées être responsables du maintien des normes de détention et de l’administration de l’aide médicale, elles ont depuis longtemps fait preuve de négligence et d’abus, qui ne manqueront pas de s’aggraver à mesure que les partenaires à but lucratif de l’ICE s’efforcent de recruter rapidement du personnel pour les prisons privées en pleine expansion.

De nouvelles lignes de financement ont également inauguré une ère de fédéralisme en matière d’immigration. L’ICE dépend fortement de la coopération des services de police locaux et régionaux pour accomplir son travail (d’où la frustration exprimée par Tom Homan, le « tsar des frontières », à l’égard des mesures prises par les villes sanctuaires). Des programmes tels que les accords 287(g) créent des liens entre le niveau fédéral et le niveau local en subventionnant les coûts de détention et en habilitant les autorités locales à procéder à des arrestations pour des raisons liées à l’immigration. Concrètement, ces efforts multiplient les lieux potentiels (contrôles routiers, espaces publics, prisons, etc.) où un individu peut être confronté aux autorités chargées de l’immigration. Outre les 10 milliards de dollars de remboursements accordés aux « États frontaliers », 3,5 milliards de dollars supplémentaires de remboursements aux États et aux collectivités locales jusqu’en 2029 permettent aux États coopératifs d’investir dans l’application des lois sur l’immigration.

Ce flot de ressources pourrait financer des milliers d’initiatives de contrôle dans les comtés républicains à court d’argent, avec au moins 730 nouveaux accords signés depuis janvier 2025.4

 

Redéfinir la criminalité

En avril, Homan a tenté de faire chanter les villes en promettant davantage d’arrestations collatérales si les autorités locales ne coopéraient pas avec l’ICE : « Les villes sanctuaires vont obtenir exactement ce qu’elles ne veulent pas : davantage d’agents dans votre communauté, car… nous devons désormais envoyer toute une équipe pour rechercher les malfaiteurs. » Cette offre était clairement hypocrite. L’idée selon laquelle les villes sanctuaires pourraient échapper à l’ICE en sacrifiant les immigrants « criminels » était contredite à la fois par les quotas de déportation stupéfiants de l’administration Trump – statistiquement impossibles sans arrestations non criminelles – et par le pourcentage élevé de détenus sans casier judiciaire. Parmi les personnes arrêtées et détenues par l’ICE depuis début octobre, 72 % n’ont commis aucune infraction pénale. Beaucoup d’autres détenus ont été pris dans le collimateur pour des infractions mineures telles que des contraventions de stationnement ou des accusations non violentes liées à la drogue. Les récentes menaces de l’administration de « dénaturaliser » les citoyens nés à l’étranger pour des raisons idéologiques suggèrent que les actes de protestation ou de désobéissance civile pourraient bientôt entraîner l’expulsion de dizaines de millions d’Américains.

Cela s’inscrit dans le cadre d’une tentative systématique plus large de redéfinir la criminalité afin d’impliquer un plus grand nombre d’immigrants et de militants, par exemple en élargissant la définition juridique du « terrorisme » pour y inclure diverses formes de dissidence politique, ou en désignant le fentanyl comme une « arme de destruction massive ». Parallèlement à ces jeux de langage, le nouveau régime répressif a adopté une vision plus large du travail de la police de l’immigration. Comme l’a vanté un directeur régional de l’ICE lors d’un événement de recrutement à Arlington l’année dernière, ce qui différencie l’agence des autres forces de l’ordre, c’est que « [l’ICE] est experte dans la prévention de la création de victimes… nous empêchons les choses… avant qu’elles ne se produisent ».

La « criminalité » a longtemps été le pivot conceptuel des contradictions du système d’immigration. Pendant des décennies, les législateurs favorables à l’immigration ont obtenu des réformes partielles en séparant les « mauvais » immigrants des « bons », en ciblant les premiers avec des sanctions pénales sévères ou l’expulsion, tout en augmentant l’afflux des seconds. Cette approche présentait deux avantages : premièrement, la répression législative contre les immigrants « criminels » permettait aux décideurs politiques de mener des politiques d’immigration expansionnistes en négociant les droits des non-citoyens ; deuxièmement, elle accordait aux dirigeants une plus grande latitude administrative pour utiliser les expulsions comme monnaie d’échange politique, en augmentant ou en diminuant leur taux en fonction de ce qui était opportun à un moment donné. Cet arrangement convenait aux chefs d’entreprise dépendants des migrants, qui conservaient ainsi l’accès à une importante réserve de travailleurs non citoyens. Sans recours à la loi, les plus de neuf millions de travailleurs sans papiers aux États-Unis sont largement sous le pouvoir de leurs employeurs.

Cette dynamique a accentué la division juridique entre citoyens et non-citoyens au cours des décennies qui ont précédé la guerre contre le terrorisme. Par la suite, de nouveaux investissements dans la sécurité des frontières ont permis aux agences d’immigration de prospérer en tant qu’incubateurs irresponsables d’un programme d’extrême droite au sein du DHS. C’est sur cette base que l’administration Trump s’est construite. Le capital organisé n’exerçant plus d’influence modératrice sur la politique d’immigration, mais favorisant plutôt les réductions d’impôts, la déréglementation et les accords secrets sur l’application des lois en matière d’immigration, les forces qui actionnent désormais les rouages de l’État ont abandonné le statu quo d’une application sélective de la loi et se sont tournées vers une stratégie de la terre brûlée consistant en des expulsions massives. Pour bien comprendre cette transition, nous devons examiner de plus près la politique institutionnelle de l’ICE et de la police des frontières, telle qu’elle s’est développée depuis l’ère Bush.

 

Des agences voyous

Une surveillance laxiste et des contrôles internes faibles ont miné le DHS depuis sa création. Au-delà de la mise en œuvre de politiques controversées telles que la séparation des familles, les agents de la police des frontières ont été impliqués dans de nombreux scandales, notamment des enlèvements et des violences sexuelles, un usage déraisonnable de la force, des abus mineurs, la publication de messages racistes sur des pages privées de réseaux sociaux et une corruption généralisée.

La crise de la discipline est le résultat d’un État sécuritaire réorganisé pour répondre aux exigences de la guerre contre le terrorisme. Comme l’a documenté le journaliste d’investigation Garrett Graff, l’expansion rapide de l’ICE, qui est passé de 9 000 agents avant le 11 septembre à 21 000 pendant la présidence d’Obama, a entraîné une réduction spectaculaire des normes d’embauche, tandis que le CBP n’avait pas de processus cohérent en matière d’affaires internes jusqu’en 2014. Un rapport de ProPublica note que les enquêtes sur les fautes professionnelles sont devenues des concours entre « les superviseurs locaux du CBP, l’unité nationale des affaires internes du CBP, l’inspecteur général du département de la Sécurité intérieure, le bureau des droits civils de la Sécurité intérieure et, dans certains cas, le FBI et le département américain de la Justice ». Le département des affaires internes du CBP, en sous-effectif, était mal équipé pour traiter le volume croissant d’enquêtes disciplinaires de l’agence.

L’absence de responsabilité s’est accompagnée d’une crise d’autorité au sein du DHS. Si l’ICE et le CBP ont tous deux bénéficié de la refonte de l’État sécuritaire par le DHS, il serait erroné de considérer ces agences comme des bénéficiaires passifs des réformes mises en œuvre dans le cadre de la guerre contre le terrorisme. Au contraire, la relation a souvent été inverse : des acteurs militants au sein de l’ICE et de la police des frontières ont exploité les controverses politiques sur l’immigration pour accroître leurs ressources, leur autonomie et leur pouvoir au sein du DHS, façonnant activement le département à leur image. Cette mobilisation politique s’est principalement déroulée par l’intermédiaire de leurs syndicats respectifs, le National ICE Council (NIC) et le National Border Patrol Council (NBPC). En tant qu’organisations chargées de défendre les intérêts matériels des agents de base, ces deux syndicats sont devenus des incubateurs de projets d’extrême droite. Ils ont également trouvé un allié évident en la personne de Trump, qui considérait à son tour les syndicats comme une base de pouvoir potentielle au sein du DHS.

Les énergies insurrectionnelles au sein du NIC et du NBPC sont devenues particulièrement prononcées pendant le premier mandat d’Obama, lorsque l’équilibre précaire entre la protection et la répression des immigrants a commencé à vaciller. Alors même qu’Obama ordonnait des expulsions internes record dans une vaine tentative de former une coalition autour d’une réforme globale de l’immigration, des personnalités clés de l’ICE et de la police des frontières s’insurgeaient contre ce qu’elles considéraient comme des politiques « d’ouverture des frontières » trop conciliantes. Cette fracture a ouvert la voie à une longue lutte de pouvoir au sein des agences d’immigration entre les factions plus pragmatiques et les factions radicales qui ne voyaient plus de place pour l’amnistie dans le calcul global du système d’immigration américain.

En 2010, le chef du syndicat de l’ICE, Chris Crane, a déposé une motion de «méfiance» contre le directeur de l’ICE de l’époque, John Morton, invoquant son soutien aux réformes d’amnistie ainsi que le manque de personnel. Crane a ensuite poursuivi en justice l’administration Obama au sujet du décret présidentiel sur le programme DACA (Deferred Action for Childhood Arrivals) et a dû être escorte de force hors d’une conférence de presse du Sénat en 2013 où était annoncée une loi de compromis sur l’immigration. Parallèlement, la police des frontières s’est sentie de plus en plus paralysée par les contraintes institutionnelles, en proie à des scandales répétés de corruption et d’abus, ce qui a exacerbé les tensions avec la Maison Blanche d’Obama.

Un tournant s’est produit en 2016, dans un contexte de politisation croissante des agents de base, lorsque le NIC et le NBPC ont décidé de s’associer à Trump : leur tout premier soutien politique.

« Toutes les personnes responsables des problèmes qui affligent l’Amérique aujourd’hui s’opposent à M. Trump », a déclaré le NBPC, avertissant que « si nous ne sécurisons pas nos frontières, les communautés américaines continueront de souffrir aux mains des gangs, des cartels et des criminels violents qui s’en prennent aux innocents ». Le NIC a également dénoncé Hillary Clinton comme une « radicale favorable à l’ouverture des frontières » dont les politiques obligeraient les agents à « violer leur serment de faire respecter la loi ».

Cette stratégie a porté ses fruits lorsque Trump a remporté l’élection et a récompensé les agences en leur accordant des pouvoirs d’application de la loi, des ressources et un prestige accrus. Mais bien qu’il considérait la nouvelle administration comme une alliée, le NIC n’a pas hésité à critiquer Trump lorsqu’il aurait cédé aux forces pro-immigration. Les représentants syndicaux ont affirmé que l’administration Trump avait « trahi » ses promesses en laissant en place l’équipe de l’ICE mise en place par Obama (y compris Homan, alors directeur par intérim de l’ICE, qui était accusé de gaspillage et de mauvaise gestion). Crane a publié une lettre ouverte affirmant que Trump poursuivait les politiques de l’ère Obama en matière de sous-effectifs, de politiquement correct et d’accords avec les villes sanctuaires. « Je ne pense pas que vous trouverez un groupe d’agents des forces de l’ordre », écrivait-il, « plus détesté par ses propres dirigeants et responsables que les agents des opérations d’application de la loi et d’expulsion de l’ICE ».

En 2017, le NBPC a exercé son influence désormais considérable pour évincer Mark Morgan, un directeur réformateur et premier directeur extérieur à l’agence, après seulement sept mois, lui reprochant son soutien présumé aux dispositions de la réforme globale de l’immigration relatives à l’accès à la citoyenneté. À l’époque, le président du syndicat, Brandon Judd, avait déclaré dans une interview à Fox News que les immigrants étaient « pires que des animaux, à mon avis… Les animaux ne traitent pas les autres animaux comme le MS-13 traite les autres êtres humains ». Cet engagement acharné en faveur d’une politique anti-migrants de la part de ces puissantes organisations a sans doute contribué à pousser la première administration Trump encore plus à droite.

En effet, la crise d’autorité au sein du DHS avait alors commencé à inquiéter même les plus fervents partisans de la guerre contre le terrorisme. Au plus fort des manifestations Black Lives Matter de juin et juillet 2020, Michael Chertoff, chef du DHS sous l’administration Bush, a mis en garde contre la politisation croissante au sein de son ancienne agence, avertissant que le personnel du DHS avait commencé à « opérer en uniforme de camouflage sans insigne d’identification clair ». Chertoff a également affirmé que les agents de l’immigration avaient délibérément ignoré les demandes DACA, au mépris flagrant d’une décision de la Cour suprême.

Ce point de vue a été discrètement approuvé par un groupe bipartite composé de plusieurs anciens secrétaires à la Sécurité intérieure et de secrétaires par intérim qui ont servi de conseillers dans le cadre d’une étude de l’Atlantic Council de 2020 sur « l’avenir du DHS ». Le rapport détaillait une crise du moral résultant des critiques concernant la séparation des familles, du mécontentement interne à l’égard des politiques dites de « capture et libération » et du déploiement de l’ICE et du CBP lors des manifestations Black Lives Matter. Il examinait également si « un changement dans la culture de la police des frontières serait bénéfique », citant l’exposé de Graff en 2019 sur la dissidence parmi les rangs du CBP :

La plupart des agents de la police des frontières en service aujourd’hui se sont engagés dans un travail difficile au sein d’une agence quasi militaire chargée de protéger le pays contre les terroristes et les trafiquants de drogue. Ils se sont retrouvés à servir plutôt comme une agence humanitaire plus banale, la première ligne d’accueil du pays pour les familles de migrants trop heureuses de se rendre après avoir franchi la frontière. Le CBP n’a pas la culture nécessaire pour relever ce défi, ni les effectifs ou le soutien du reste du gouvernement.

Après les élections de 2020, l’administration Trump a tenté d’utiliser les syndicats de l’ICE et du CBP comme levier pour saper l’administration Biden entrante.5 Le directeur adjoint par intérim de la sécurité intérieure, Ken Cuccinelli, futur architecte du projet 2025, a déclaré de manière unilatérale que tous les changements de politique du DHS affectant les agents devraient être approuvés par le syndicat de l’ICE.

Lorsque cette manœuvre a échoué, les agents de l’ICE ont néanmoins continué à défié les directives fédérales de la nouvelle administration en matière d’application de la loi. En 2022, le NIC a déposé une plainte auprès du ministère du Travail afin d’obtenir son « autonomie » vis-à-vis de la Fédération américaine des employés du gouvernement et de demander un audit de son organisation mère, l’AFL-CIO, que Crane qualifiait d’« organisations d’extrême gauche » ayant des préjugés « anti-application de la loi ».

 

Hypertrophie

Comment comprendre la fin de partie des syndicats de l’ICE et de la police des frontières ? Ce qui frappe dans ces organisations, c’est la mesure dans laquelle leurs investissements matériels et idéologiques dans le contrôle de l’immigration tendent à se renforcer mutuellement. Les opposants à l’immigration soutiennent depuis longtemps que la restriction du nombre d’immigrants contribuera à protéger les intérêts professionnels des citoyens natifs. Souvent, le lien entre les deux est très incertain. Mais pour les agents de l’ICE et de la police des frontières, dont les moyens de subsistance dépendent littéralement du niveau d’application des lois sur l’immigration, cela ne pourrait être plus clair. Pour ceux qui sont en première ligne de la guerre contre les immigrants, la politique nativiste se combine à des incitations matérielles directes pour soutenir des politiques de tolérance zéro qui visent à éliminer toutes les formes d’amnistie. C’est précisément la culture institutionnelle que l’administration Trump a cherché à exploiter en fermant la division des droits civils du DHS et le bureau du médiateur chargé des détentions.

Fin octobre 2025, une purge majeure de la direction de l’ICE à travers les États-Unis, qui aurait été orchestrée par Corey Lewandowski, conseiller informel de Trump, a confié un plus grand contrôle des opérations d’expulsion au personnel de la police des frontières. En conséquence, l’homme qui dirige désormais les opérations est Gregory Bovino, un vétéran de la police des frontières qui incarne parfaitement la culture cowboy de l’agence et dont les raids sans merci contre les immigrants dans les zones rurales de Californie ont impressionné l’administration. Avec la bénédiction de la Cour suprême, Bovino a appliqué son style caractéristique d’arrestations aveugles et de profilage racial agressif aux villes sanctuaires « ennemies ».

Ce changement est intervenu alors que le nombre d’expulsions était inférieur à l’objectif fixé par l’administration. Cela suggère que même si l’ICE accumule les arrestations officielles à l’intérieur des États-Unis, c’est la police des frontières qui est en passe de devenir la force dominante dans le cadre du régime répressif élargi. L’expansion numérique de l’ICE servira de vecteur pour étendre la mentalité paramilitaire du CBP à l’intérieur du pays. Comme l’a fait remarquer un porte-parole du DHS à NBC News : « l’administration estime que l’ICE ne fait pas son travail », alors que le CBP « fait ce qu’on lui dit de faire ».

Paradoxalement, les relations étroites entre l’ICE/CBP et Trump ont désormais commencé à limiter la marge de manœuvre de ce dernier. Son instinct de protéger les agriculteurs et les hôteliers contre une application excessive de la loi a été contrecarré par Stephen Miller, qui a rapidement retiré un ordre visant à « suspendre l’application de la loi sur les lieux de travail ». Peu après, la Maison Blanche a fait volte-face et souligné la nécessité d’« étendre massivement » cette application de la loi sur les lieux de travail en l’absence d’un « accord » du Congrès. Cet épisode suggère que les liens hiérarchiques qui relient Trump à l’application de la loi sur l’immigration ont sapé les directives du président lui-même. Aujourd’hui, avec l’arrivée de Bovino à la tête de l’agence, cette dynamique va certainement s’accentuer.

Alors que la réalité du système d’immigration a longtemps été cachée à une grande partie de la population américaine, les changements dans l’opinion publique suggèrent que beaucoup prennent désormais conscience du caractère radical du cadre existant. Les événements récents à Minneapolis et ailleurs reflètent ses excès extrajudiciaires, avec des tactiques qui dépassent les exigences de la mission et des sanctions infligées pour le simple plaisir de le faire. Le programme de Trump en matière d’immigration – l’anarchie obtenue par l’hypertrophie des forces de l’ordre – a été mis à nu. Alors que l’ICE et le CBP continuent de gagner en puissance et en autonomie, divers groupes (résidents légaux, fonctionnaires fédéraux, militants) en sont venus à ressembler aux cibles traditionnelles des mesures répressives en matière d’immigration, incapables de s’appuyer sur des règles susceptibles de limiter le pouvoir coercitif de l’État.

Les pratiques de longue date de ces agences sont bien adaptées à notre époque actuelle de citoyenneté flexible et de disparition de la procédure régulière. Leur expansion spectaculaire marque un renforcement sans précédent de l’appareil de sécurité intérieure. Mais si cette évolution est profondément troublante, elle n’est ni soudaine ni inexplicable, et elle ne relève pas uniquement d’un projet descendant de l’administration Trump. Le flux inconditionnel d’argent, d’équipements et de ressources vers le DHS et ses agences secondaires chargées de l’immigration, supervisé par plusieurs administrations précédentes, leur avait déjà permis de fonctionner avec un minimum de responsabilité pendant des décennies. Cela a nourri une politique anti-migrants de plus en plus affirmée parmi les membres de l’agence, dont les syndicats militants se sont battus pour surmonter la résistance des employeurs et des décideurs politiques. Suivant cette logique bipartisane, les démocrates et les républicains ont passé des années à virer à droite sur la question de l’immigration. Des ressources illimitées ont ainsi permis la croissance du régime d’application de la loi d’extrême droite ; il sera nécessaire de tenir compte de ses fondements budgétaires et institutionnels pour y mettre fin.

 

Michael Macher,
2 janvier 2026.


Notes de bas de page

1. De nombreux commentateurs ont fait remarquer que les données récentes du gouvernement devaient être considérées comme peu fiables et invérifiables. Aaron Reichlin-Melnick, du National Immigration Council, note qu’un communiqué de presse du DHS publié en décembre et vantant 605 000 « expulsions » depuis janvier est artificiellement gonflé par les retours administratifs à la frontière et les départs autodéclarés à l’aide de l’application CBP Home, qui ne constituent pas des « expulsions » officielles. Un chiffre plus réaliste, reflété dans un rapport publié en août, suggère néanmoins que les expulsions au cours de la première année du mandat de Trump ont largement dépassé la moyenne annuelle de 218 000 expulsions à l’intérieur du pays sous le premier mandat d’Obama. (Retour)

2. Ce chiffre passera à 30 milliards de dollars par an si le budget du président pour l’exercice 2026 est approuvé. (Retour)

3. Les candidats à la police des frontières bénéficient également d’incitations pouvant atteindre 30 000 dollars, en fonction de leur lieu d’affectation. (Retour)

4. Cela porte le total à 866, contre 135 accords actifs à la fin de l’exercice 2024. De nombreuses localités ont éprouvé des difficultés dans le passé en raison du remboursement insuffisant par le gouvernement fédéral des frais de police et de détention engendrés par ces partenariats fédéraux. Pour mettre ce chiffre en perspective, les comtés de Mecklenburg et d’Alamance, en Caroline du Nord, ont dépensé respectivement 5,3 et 4,8 millions de dollars au cours de leur première année d’application du programme 287(g), tandis que dans le comté de Prince William, en Virginie, les coûts annuels liés à l’application des lois sur l’immigration, qui s’élèvent à 6,4 millions de dollars, ont contraint la ville à augmenter les impôts fonciers et à puiser dans un fonds de réserve. (Retour)

5. Le syndicat de l’ICE a félicité Trump pour avoir promu « les politiques fondamentales nécessaires pour rétablir la sécurité en matière d’immigration, notamment… le renforcement des contrôles à l’intérieur du pays et de la sécurité aux frontières, la fin des villes sanctuaires, la fin de la politique de « catch-and-release » (capture et remise en liberté), les détentions obligatoires… et l’annulation des directives exécutives d’amnistie et de non-application ».

Article en accès libre et à diffusion autorisée sur les réseaux sociaux.
“Streets of Minneapolis. Quand témoigner devient un crime”.
REGARDER, ÉCOUTER et LIRE.
●” Mort de Renée Good, meurtre ou légitime défense ?, une analyse image par image”, avec les mots prononcés par Renée Good et l’agent meurtrier de l’ICE, reconstitution complète des images et paroles prononcées et démontage des techniques numériques utilisées pour travestir les faits, commentaires en français, en collaboration avec barelyinfo (USA), 13 janvier 2026.
● “Mort d’Alex Pretti à Minneapolis : les 39 secondes qui ont mené à sa mort,  seconde par seconde”, commentaires en français, Ouest France, 26 janvier 2026.
● “Streets of Minneapolis”, le clip officiel, Bruce Springsteen.
Traduction française des paroles.
●”MinneapolICE. Quand témoigner devient un crime puni de mort.”, Fintan O’Toole, 28 janvier 2026,  traduction Tlaxcala-int.
Le “faux pivot” ds déclarations de Trump du mardi 27 janvier 2026.

Suite aux protestations, manifestations et journée de grève dans le Minnesota, également face aux protestations des milieux économiques de cet Etat et des milieux politiques, notamment nationaux,  démocrates mais également de certains républicains,  selon ses propres termes, Donald Trump “a procédé à une légère désescalade à Minneapolis” tout d’abord en annonçant le retrait, à  mettre en oeuvre, de 2000 agents de l’ICE sur les 3000 présents depuis fin décembre 2025 pour l’opération Metro Surge (opération contre l’immigration irrégulière, lancée dans les villes jumelles de Minneapolis et Saint Paul, puis étendue dans tout l’Etat du Minnesota, et qui n’est pas abandonnée), ensuite en annonçant le remplacement à Minneapolis de Gregory Bovino
(ancien chef de section d’une zone frontalière de Police des Frontières ou Border Patrol, nommé au rôle de commandant opérationnel de l’ICE depuis octobre 2025, après avoir été désigné au rôle de commandant tactique et grand ordonnateur des opérations de l’ICE à Los Angeles, Chicago, Saint-Louis,  aujourd’hui renvoyé comme chef de section en Californie), par Tom Homan
(nommé “tsar des frontières” par Trump II, opposant déclaré aux villes sanctuaires, ayant servi sous Obama, qui l’a décoré, et sous Trump I, ancien directeur adjoint de l’ICE et  responsable de l’expulsion de milliers d’illégaux, placé directement sous les ordres de Trump ce 26 janvier 2026), aucun  changement de politique antiimmigration n’étant annoncé si ce n’est un accent sur les “immigrés clandestins criminels”, alors qu’il est documenté que l’ICE s’en prend à des migrants présents régulièrement aux États-Unis, notamment plus d’une centaine d’activistes et organisateurs syndicaux. Les 2 agents incriminés dans le meurtre d’Alex Pretti ont été mis en disponibilité administrative (procédure standard appliquée dès qu’un agent de l’ICE est impliqué dans un usage d’arme à feu), aucun responsable ou autre membre de l’ICE n’est mis à pied, retiré du service ou sanctionné pour les 2 meurtres de Renée Good et Alex Pretti, ni aucun membre de l’administration de Trump pour leurs divers mensonges sur ces deux meurtres (le dernier en date étant qu ‘Alex Pretti, armé,  allait tirer sur l’ICE, ce que démentent tous les enregistrements de la scène d’un homme au sol, immobilisé et non armé, abattu par au moins 10 balles tirées par 2 agents de l’ICE).
Donald Trump n’est par ailleurs pas revenu sur ses propres déclarations selon lesquelles “les agents de l’ICE bénéficient d’une immunité totale et que dans le cadre de leur boulot, ils peuvent tout faire”, ce qui est constitutionnellement et légalement faux, et constitue une large porte ouverte aux situations et violences observées, Trump en remettant une couche avec l’emploi du terme “insurgés” (ce qui  référe à l’Insurrection Act, loi américaine qui autorise le président des Etats-Unis à déployer l’armée américaine pour réprimer des troubles civils et des rebellions).
Ce week-end, 2 journalistes et plusieurs activistes sont arrêtés à Minneapolis sur instruction de la Ministre américaine de la Justice.
Trump opére ainsi un “faux  pivot”, qui méduse par ailleurs l’essentiel de la presse américaine et internationale.
Observez la vitesse, “caractéristique profondément et essentiellement fasciste” du comportement trumpien.
Si Donald Trump ne peut interdire les prochaines élections législatives de mi-mandat le 3 novembre 2026 (qu’il devrait perdre comme tous les présidents des USA avant lui, sauf 2 fois sur 45, et avec elles, certainement le contrôle de la Chambre fédérale des Représentants, et très probablement, également celui du Sénat fédéral), il peut par contre les perturber par l’ouverture d’enquêtes fédérales pour de supposées fraudes dans l’inscription des électeurs (ce qui a déjà commencé en Géorgie et au Minnesota, notamment).
“L’éléphant dans la pièce” étant la question suivante. Que fera Donald fin 2026, le lendemain des élections législatives de mi-mandat, qu’il perdrait, lui qui, en 2021, n’a pas accepté sa non réélection présidentielle (et qui, accompagné de milices privées mal armées et mal commandées, s’est dirigé “vers une occupation du Capitole”) et qui, en 2026, dispose, au titre de président des USA, d’un pouvoir d’autorité sur des forces paramilitaires telles l’ICE, d’un pouvoir de mobilisation sur les Gardes
Nationales des États Fédérés (utilisée en Californie dans les opérations contre l’immigration) et d’un pouvoir de commandement sur l’armée fédérale américaine ?
Non, ce n’est pas une dystopie. It’s real. C’est une question matérialiste, “comment se dénoue les contradictions”.
“Demain, les USA, une dictature militarisée de l’Exécutif fédéral?”
Victor Serge, chroniqueur POUR Press, 1 février 2026.
A LIRE, en accès libre, tous les articles originellement en anglais étant offerts avec une traduction automatique en français.
■ Sur le mouvement des villes sanctuaires aux USA (qui existe également au Canada, Montréal, Toronto, Vancouver, Hamilton et London, cette dernière en Ontario).
●”Que sont les villes sanctuaires aux USA”, Global Refuge, janvier 2025.
■Sur l’impact des décrets présidentiels de Trump depuis le jour de son investiture sur les réfugiés et les immigrants.
●”Bilan de l’année écoulée : quel a été l’impact des décrets présidentiels depuis son investiture sur les réfugiés et les migrants. “, Global Refuge, 20 janvier 2026, article en anglais avec traduction en français automatique.
■Pourquoi avoir choisi le Minnesota.
●”Le châtiment d’un Trump haineux : Minneapolis, laboratoire punitif du pouvoir.”, Claudia Aranda, 26 janvier 2026, Rédaction Montréal de l’Agence Pressenza, article en anglais avec traduction en français possible.
■Sur l’ICEE, force paramilitaire, le fait que l’ICE vise des réfugiés présents légalement aux USA, sa présence contestable et contestée juridiquement au Minnesota, ses objectifs et ses méthodes.
●”L’ICE n’a pas seulement l’apparence et les agissements d’une force paramilitaire,  elle en est une, et c’est ce qui rend son contrôle si difficile Érica De Bruin, Collège Hamilton, 28 janvier 2026, The Conversation, article en anglais avec traduction en français automatique.
●”L’opération au Minnesota vise des réfugiés admis légalement”, 16 janvier 2026, Global Refuge, article en anglais, traduction en français automatique.
●”Le Minnesota soulève des questions préjudicielles sans précédent dans sa plainte contre le déploiement anti-immigrants de l’administration Trump”, Andréa Katz, Université Washington à Saint Louis, 26 janvier 226, The Conversation, article en anglais avec traduction en français automatique.
●”Le meurtre d’un automobiliste à Minneapolis a impliqué des tactiques que les services de police déconseillent mais pas l’ICE elle-même”, Ben Jones, Université Penn State, 8 janvier 2026, The Conversation, article en anglais avec traduction en francais automatique.
●”Nous voulons que vous soyez arrêté parce que nous l’avons dit : selon un ancien juge fédéral, la politique de l’ICE visant à perquisitionner n’importe quel domicile viole un droit constitutionnel fondamental.”, John E.Jones III, professeur au Dickinson Collège, 26 janvier 2026, The Conversation, article en anglais avec traduction en français automatique.
●”Pourquoi les tactiques contreterroristes israéliennes ont fait leur apparition au Minnesota”, Connor Echols, 29 janvier 2026, Responsible Statecraft, article en anglais avec traduction en français automatique.
■Sur l’attitude des organisations syndicales américaines.
●”Pourquoi les syndicats ne peuvent ignorer l’ICE”, Alex N. Press, rédacteur de Jacobin couvrant l’organisation syndicale, 26 janvier 2026, article en anglais avec traduction automatique en français.
●”Grève dans les villes jumelles contre l’ICE”, Luis Feliz Leon, avec Diana Varenik, 27 janvier 2026, Labor Notes, article en anglais, traduction en français automatique. Sur les grèves et manifestations du 23 janvier 2026.
■Sur les résistances à la politique “antimigratoire” de Trump et à l’ICE  dans les Etats Fédérés et dans les villes américaines.
●”Los Angeles contre l’ICE ou la bataille pour la souveraineté urbaine”, Walter J.Nicolls, Université de Californie, 27 janvier 2026, La Vie des Idées.
●”ICE dehors, des dizaines de milliers de personnes manifestent au Minnesota lors d’une grève générale contre les rafles migratoires”, traduction française de l’émission  Democracy Now du 6 janvier 2026, publiée le 26 janvier 2026. Une couverture sur place de John Hamilton, avec des
interventions de divers participant-e-s au mouvement.
●”Des rues à l’aéroport, Minneapolis mobilisée contre les politiques de l’ICE lors de la journée de la vérité et de la liberté.”, 24 janvier 2026, rédaction Pressenza, Minneapolis et Saint Paul, avec VIDEO de 2 heures 47 minutes de s manifestations du 23 janvier 2026, français disponible.
●L’interview d’un organisateur de Minneapolis sur l’infrastructure d’organisation communautaire mise en place contre l’ICE, les tactiques utilisées et pourquoi le ciblage des entreprises collaboratrices fonctionne.
 “Comment bloquer l’ICE dans votre ville”, Interview par Eric Blanc, Labor Politics, de la directrice exécutive du Sunrise Mouvement, article publié sur LaborPolitics et sur Jacobin USA, en anglais avec traduction automatique en francais.
●”Comment étendre la grève en dehors des villes jumelles”,  Stéphanie Luce, 30 janvier 2026,  Labor Notes, article en anglais, traduction en français automatique.
On y parle notamment de la coalition MAI DAY Strong, des interdictions de faire grève figurant dans de nombreuses conventions collectives et des positions et initiatives des organisations syndicales régionales du Minnesota,  notamment un.fonds de soutien judiciaire et financier pour les personnes arrêtées.
●”ICE List. Comment des activistes ont identifié plus de 1500 agents de la police migratoire américaine”, Renaud Verstraete,  29 janvier 2026, RTBF.
■Sur la question politique qui se pose aux Etats-Unis “Comment sortir de cette violence d’Etat ?”, qui interpelle et que pose notamment
la gauche radicale.
●”Même les forces de l’ordre estiment que la situation est allée trop loin”, Branko Marcetic (redacteur Jacobin), 27 janvier 2026, Jacobin USA, article en anglais, traduction en français automatique.
●”Trump et l’ICE précipitent le pays dans le vide”, Ben Burgis (auteur, professeur de philosophie à
l’Université Rutgers, Newark, New Jersey, et chroniqueur Jacobin),  25 janvier 2026, Jacobin USA, article en anglais, traduction en français automatique.
●”Où est la sortie de toute cette violence d’Etat ?”, Aziz Huq
(Professeur de droit, Université de Chicago), 27 janvier 2026, Jacobin USA, article en anglais, traduction en français automatique, article également publié sur Les Blogs de Médiapart.