On n’est pas dans l’amer !

À nos étoiles de mères

Belgique, printemps 2019,
veille de la fête des Mères,  après 5 ans d’MR…

Eh, dimanche, dis-moi, tu fais quoi ?
« Mais dimanche c’est la fête des Mères ! »
La fête des Mères, tu te souviens ?
Une fête inventée par Pétain[1]

Pour que sous l’occupant  nazi
Nous soyons tous réunis
Travail, Famille, Patrie

La mère parfaite, c’est la merveille
Qu’a conçu le patriarcat
Elle peut travailler sans salaire
Elle peut encaisser et se taire
Être un objet publicitaire
Sa vie est un beau sacrifice, se réjouir d’être au service
De nos vertus et de nos vices
et des puissants et des enfants
Et des papas et des prélats
Et des garçons et des patrons…

Pétain ! On n’est pas dans l’amer…

Mais il y a au fond de la mère
Une vérité qui n’appartient
Ni à Charlot[2], ni à Pétain ;
Aux parfumeurs, aux enfumeurs,

Ni aux marchands d’aspirateurs
C’est le courage de nos mamans, leur beauté, et leur dignité
Leurs combats pour l’égaliberté

Alors ne restons pas dans l’amer

On va faire notre fête des Mères
Le dimanche 12 mai, elles méritent toutes un vrai cadeau

Celle qui travaille à temps partiel
Et qui avait une AGR[3]
Diminuée par le MR
Un temps partiel, salaire partiel, pension partielle et droits partiels
Pour le MR, c’est bien comme ça, c’est son choix et bien fait pour elle

Celle qui fait un temps plein pour un barème de misère
Et dont le MR a bloqué le salaire

Si tu veux gagner plus, t’as qu’à travailler plus
On a créé des flexijobs[4]

Tu feras ta vaisselle demain, viens bosser au resto du coin
le samedi soir ou le dimanche, pour 9 euros de l’heure sans contrat

« Jobs, jobs, jobs » c’est quand ton emploi
Ne suffit pas à la fin du mois,
Et que l’amer Michel t’explique
Tu ne survis pas avec un emploi ? Prends en trois !

Celle qui a atteint la pension, et survit avec 900€ par mois
Son mari est parti, ses enfants sont grands et son frigo est vide
Elle a trimé toute sa vie, mais les heures à la maison ne comptent pas
Et comme elle s’est fait virer quand elle a été enceinte une seconde fois
Et qu’elle a subi 12 années de chômage, qui ne sont plus assimilées[5]
Donc grâce au MR sa pension a été recalculée vers le bas

Celle qui a échappé aux trafiquants et à Frontex
Traversé la méditerranée et les barbelés
Trouvé au Parc Maximilien la solidarité des humains,
Jusqu’à cette sortie de métro, la rafle Michel & Théo
Maintenant elle est bien au chaud et ses enfants sont sages
Enfermée au 127bis, sous les pistes d’atterrissage

Celle qui recevra une dernière fois des fleurs pour la fête des mères
Mais ce seront des chrysanthèmes
Entre trop de cris et trop de « Je t’aime »
Son mec a fini par taper trop fort, taper encore
Et la justice sous-financée
N’avait pas le temps de s’en occuper
Fallait bien de l’argent pour les avions de guerre
Et les cadeaux fiscaux aux clients du MR

Alors oui dimanche c’est la fête des Mères
On ne va pas rester dans l’amer
Nous on la fêtera dans la rue
Notre cadeau ? Des droits égaux !
Justice climatique et sociale pour toutes et tous
Tam-tam : gare du Nord à 13 heures[6]

Et deux dimanches plus tard
Par respect pour toutes les mères
Démerdez-vous, déMRdez -nous
On va faire une fête d’enfer : on va faire sa fête au MR.

Felipe Van Keirsbilck


[1] En vrai le Maréchal Pétain n’a pas vraiment inventé la fête des mères : il l’a renforcé et lui a donné sa dimension nationaliste et mystique. En mai 1941 il s’exprimait ainsi : « Mères, vous seules, savez donner à tous ce goût du travail, ce sens de la discipline, de la modestie, du respect qui font les hommes sains et les peuples forts. Vous êtes les inspiratrices de notre civilisation chrétienne. » Plus d’info sur http://8mars.info/fete-des-meres-sous-vichy .
[2] Aussi connu comme Pinocchio…
[3] AGR : Allocation de Garantie de Revenus qui garantissait aux travailleuses à temps partiel involontaire de gagner au moins un peu plus que si elles étaient au chômage ; le gouvernement Michel les a diminuées, et voulait les diviser par deux, ce que les manifestations syndicales ont pu empêcher. Beaucoup de travailleuses à temps partiel sont des travailleuses pauvres, c’est-à-dire qu’elles bossent tous les jours mais restent sous le seuil de pauvreté.
[4] Flexijobs : mesure inventée par le gouvernement Michel, réservée aux personnes qui ont déjà un boulot à temps plein (ou min. 80%) ou aux pensionné.e.s, et permettant de les faire travailler sans contrat, sans horaire, sans cotisations sociales… La logique est : plutôt qu’augmenter leurs bas salaires ou leur pension, les faire bosser dans des mini jobs ultra précaires dans le commerce ou l’horeca – avec évidemment un effet d’éviction : le mauvais empli chasse toujours le bon
[5] L’assimilation est une technique de la Sécurité Sociale qui permet que des périodes non travaillées soient comptées, dans le calcul de la carrière, comme si elles avaient été prestées. Cela évite que des périodes sans boulot (maladie, chômage, maternité …) ne conduisent à une double peine : perte de revenu au moment même, et perte sur la pension.
[6] Marche nationale pour la Justice climatique et sociale – droits égaux pour toutes et tous – et contre la violence faite aux femmes.


Felipe Van Keirsbilck

Par Felipe Van Keirsbilck

Felipe Van Keirsbilck, né en 1965 en Bolivie, est arrivé en Belgique à 4 ans : il s’y sent toujours un peu étranger, et rien de ce qui touche aux étrangers ne lui est étranger. Militant pacifiste, antiraciste, écologiste rouge vert (il est lui-même à 98% biodégradable) et féministe (pour preuve : il a le bonheur d’être père de 5 filles), il considère comme une chance, un apprentissage et un privilège de travailler depuis 22 ans pour la CNE, dont il est actuellement le Secrétaire Général. La CNE lui a appris les exigences de l’action collective et de l’éducation permanente (ou « éducation populaire » comme on dit mieux en France) Il y a trouvé un syndicalisme où penser n’est pas interdit, et où la prise en compte du réel n’est pas une excuse pour ne rien essayer. Les débats au sein de la CNE, et la radicalisation politique austéritaire en UE depuis 2010, lui ont fait abandonner la foi aux deux religions obligatoires du 21ème siècle : l’européisme et la foi en la croissance. Toujours non-violent, il est néanmoins chaque matin plus radical, pour l’évidente raison que c’est la gravité de la situation qui se radicalise, sur le triple plan social, écologique et des libertés fondamentales. Dans ces chroniques pour Pour il tentera de rendre visibles (et qui sait légitimes ?) les profonds conflits d’intérêts qui opposent les groupes sociaux, et de montrer comment l’intérêt de la classe dominante est de rendre ces conflits invisibles, pathologiques ou ridicules, et de casser les dispositifs sociaux institués durant le court 20ème siècle pour leur donner une représentation efficace.