Le droit de grève en Belgique après Delhaize : un état des lieux

Gresea Échos n°120, "Delhaize ou la citoyenneté niée"

Enquêtes ouvrières en Europe – 28

La grève et le piquet de grève ont été au cœur du conflit chez Delhaize. Ce dernier illustre une époque caractérisée par la remise en cause des droits syndicaux par le bas, à partir des entreprises. Dans les pages qui suivent, Leïla Lahssaini et Hind Riad nous livrent une analyse des répercussions que pourrait avoir le conflit chez Delhaize sur le droit et la pratique de la grève.

La reconnaissance du droit de grève et sa protection ont fait l’objet d’évolution au fil du temps, tant au niveau national, européen, qu’international. On peut schématiquement distinguer trois périodes dans cette évolution.

 

Le droit de grève et d’action collective, toujours sous pression

Jusqu’à la Première Guerre mondiale tout d’abord, les faits de grève étaient bien souvent criminalisés et les grévistes poursuivis, ce qui n’empêcha pas, dans les faits, de nombreuses mobilisations de travailleurs et de larges mouvements de grève. Ainsi, en Belgique, l’article 310 du Code pénal [1] a interdit les faits de grève jusqu’à son abrogation en 1921, et ce après de nombreuses grèves ayant abouti à des avancées sociales importantes [2].

Ensuite, après la Seconde Guerre mondiale, la reconnaissance et la protection du droit de grève se sont étendues tant au niveau international qu’en droit interne belge.

Au niveau international, le droit de négociation collective, le droit de grève et le droit d’action collective ont été reconnus dans différents textes internationaux, notamment les Conventions n°87 et 98 de l’Organisation internationale du Travail (OIT) en 1948-49, la Convention européenne des droits de l’homme en 1950 (article 11 [3]), la Charte sociale européenne en 1961 (article 6) et leur interprétation au fil du temps. Dans l’ordre juridique belge également, malgré une absence de texte législatif à ce sujet, le droit de grève est reconnu dans les décisions des tribunaux belges, notamment dans la jurisprudence de la Cour de cassation dès 1967 et 1981. Au niveau de l’Union européenne, par contre, le droit de grève est absent des Traités fondamentaux de l’Union. Néanmoins, depuis 2000, la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne prévoit une reconnaissance du droit de grève en son article 28, bien que son impact soit actuellement pour le moins limité.

Enfin, depuis la fin des années 1970, nous observons une nouvelle offensive contre le droit de grève. Cette pression est exacerbée depuis les années 1990. Elle se marque par des remises en cause de la reconnaissance du droit de grève au niveau international, au sein de l’Organisation internationale du Travail (OIT) notamment, ou à travers la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) au niveau européen, ainsi qu’au niveau de sa mise en œuvre au niveau national.


By GRESEA

Le GRESEA ou Groupe de Recherche pour une Stratégie Économique Alternative, né en 1978, est un centre de recherche et d'informations sur l'économie internationale et ses impacts sociaux, écologiques et culturels,  ainsi que les formes de résistances et d'alternatives au modèle économique dominant.