Domination ou solidarité ?

Les bombes du climat et des inégalités sur lesquelles nous étions assis ont bel et bien explosé. Comme c’étaient des engins à sous-munitions, bien chargés, celles-ci vont continuer d’exploser à qui mieux mieux et étendre leurs ravages. Les tribus climato-sceptiques, leurs têtes confortablement installées dans le sable, restent les seules à refuser de les voir.

« La question n’est pas si on va gagner ou perdre, mais comment réussir à limiter les dommages[1]». Ce n’est pas évident, car nous faisons face à une syndémie, un entrelacement de crises protéiformes qui se renforcent mutuellement les unes les autres et portent atteinte à la santé de la planète toute entière. Son traitement ne peut être que total. Il passe notamment par une réflexion en profondeur sur notre système sociétal. Notre économie est phagocytée par la sphère financière. Or, elle n’est qu’un sous-système, soumis, tributaire, dépendant de la biosphère[2]. Mais nous agissons, nous nous comportons comme si l’inverse était vrai, comme si l’économie et la finance étaient les seules régulatrices de l’univers.

Cette inversion des systèmes s’est développée exponentiellement depuis la Révolution industrielle provoquant finalement l’explosion. Les idéologies qui l’ont sous-tendue, qu’elles soient de droite ou de gauche, ont servi et servent autant aux fanatiques qu’aux cyniques, d’une part, pour forcer les sociétés à se plier aux certitudes de leurs livres sacrés et, d’autre part, pour cacher la brutalité de leurs appétits de puissance, de domination et leur avidité insatiable de richesses et de prestige.

Ces fringales furent exacerbées par la révolution néolibérale des années 80 et le Consensus de Washington qui en est l’ossature. Au nom du Marché, décrété immanent et transcendant[3], il a proclamé la liberté des capitaux, du commerce, la diminution des impôts et la privatisation de l’État.

Pour accéder à l’intégralité de cet article, vous devez vous connecter (connexion) ou souscrire à l’Abonnement numérique.

Alain Tihon


[1] François Gemenne, « Nous sommes entrés dans une nouvelle ère: bienvenue dans l’Anthropocène », Le Soir, 29/8/19
[2] Pour rappel, l’ensemble des populations végétales et animales dans un lieu donné forme un peuplement qui avec son biotope (milieu inanimé) constitue un écosystème. L’ensemble des écosystèmes forme la biosphère.
[3] Pour rappel, l’immanence et la transcendance sont les attributs qui définissent Dieu.
[4] « Pôle, quand tu nous tiens ! », Pour, 28 mai 2019
[5] Ce qui revient à respecter le principe selon lequel « à chacun selon ses besoins et de chacun selon ses capacités »
[6] Pour, ibidem
[7]Pour, 17 avril 2018


Alain Tihon

Par Alain Tihon

Alain Tihon a fait des études classiques, complétées par un diplôme en économie appliquée (ICHEC Bruxelles). Il possède une longue expérience professionnelle dans de nombreux secteurs, en particulier celui des banques, et une expertise de consultant pour les entreprises et organisations non marchandes (voir le site). Depuis longtemps, il s’est intéressé aux problèmes posés par une croissance débridée et à la nécessité de remettre l’économie et la finance au service de la société.