Grand Angle
Le Gouvernement De Wever et son Ministre Atomic Bihet ne jurent que par le nucléaire. En pratique, on voit que cette passion pour l’atome entraine aussi un manque de proactivité (pour rester poli) pour inscrire la Belgique dans la révolution renouvelable mondiale en court. Cet été, plus que jamais, le sens des priorités énergétiques de la majorité De Wever apparait incompréhensible… Car la révolution renouvelable mondiale est définitivement sur les rails.
Une révolution énergétique mondiale
Eurostat vient de sortir ces nouvelles statistiques énergétiques pour 2025. Elles montrent qu’au niveau européen, la moitié de la consommation brute d’électricité européenne est aujourd’hui couverte par les renouvelables. Au niveau mondial, le boom renouvelable est encore plus impressionnant. L’agence internationale de l’énergie sortait fin août son bilan mondial pour 2025. Les renouvelables ont cru de 5% en un an principalement poussé par la Chine et l’Inde, qui, grâce à cette croissance, ont pour la première fois diminué (légèrement) leurs émissions de CO2…

On voit que la progression des renouvelables dans un pays est évidemment liée à des conditions géographiques (côtes propices à l’éolien, ensoleillement), mais on observe aussi partout dans le monde qu’une politique volontariste et inscrite dans le long terme est une condition de succès. Des pays européens illustrent bien cette nécessité, comme le Danemark ou l’Espagne qui atteint 65% d’électricité renouvelable.
L’EnergieWende allemand est un laboratoire géant
L’Allemagne, avec son EnergieWende a bouleversé son modèle énergétique en quelques années. En 2026, 55-60% de son électricité est renouvelable en partant de presque zéro. Bien sûr, il reste du chemin (notamment sur la chaleur et le transport). Bien sûr, un tel programme de transformation énergétique est complexe, a fortiori dans une économie industrielle comme l’Allemagne.
Mais ce qui est créé dans ce gigantesque laboratoire qu’est l’Allemagne est fascinant pour toute personne qui regarde l’évolution des modèles énergétiques depuis quelques années. On voit se créer de nouvelles manières d’envisager l’approvisionnement en énergie via l’intégration du stockage, la flexibilisation des consommations, l’optimisation de la gestion du réseau… Une chose est sure, la manière dont la demande en électricité est couverte n’a plus rien à voir en 2026 par rapport à ce qu’elle était il n’y a même pas dix ans.

Autre nouveauté enthousiasmante toujours cet été. La dernière génération d’éolienne offshore de 15 MW de l’entreprise danoise Vestas, lancée sur le marché en 2021, a produit ses premiers kWh avec 100 turbines déjà installées. Elle produit son électricité 61% de l’année (ce qu’on appelle le facteur de charge), c’est-à-dire qu’apparait avec ces machines un éolien peu variable… On se rapproche ainsi des performances d’une centrale nucléaire, par exemple. Le facteur des charges des 3 EPR existants dans le monde est de 70% depuis leur mise en service d’après l’Agence Internationale de l’Energie (66% pour l’année 2023).
Les déboires climatiques du nucléaire
Pendant ce temps, l’été a plutôt rajouté de nouvelles pierres dans la hotte du nucléaire.
Le briefing de l’IEA rappelle que la France qui inspire tellement nos édiles est une exception nucléaire mondiale. Le nucléaire, c’est 4,7% de la consommation énergétique mondiale. Il croit de 1% par an au niveau mondial en 2025, en recul par rapport à 2024…
A plus long terme, la bulle financière qui avait enflé autour des entreprises de petits réacteurs SMRs s’est totalement dégonflée, les marchés financiers s’étant rendu compte qu’au-delà des récits et des annonces tonitruantes, ces projets demeurent plus qu’incertains. Ce schéma est bien connu en matière d’innovation dans le nucléaire.
C’est l’intensité en capital qui explique le fait que la « renaissance nucléaire » demeure à ce stade une renaissance de papier. Mais d’autres problèmes s’ajoutent encore à l’ardoise nucléaire.
Cet été a rappelé son extrême vulnérabilité au réchauffement climatique. Le parc nucléaire hexagonal a enregistré des niveaux d’indisponibilité inédits du fait du niveau extrêmement faible des débits des fleuves, appelé à devenir une nouvelle norme. Dimanche 9 août, la puissance manquante atteignait un niveau record de 15,6 %, selon des calculs de l’agence France Presse. Selon EDF, les pertes de production liées aux conditions climatiques estivales sont estimées à environ 1 TWh en juin et 2 TWh en juillet.
Un autre phénomène corrélé au réchauffement climatique devient de plus en plus marquant. Le 11 août 2026, EDF a annoncé l’arrêt de trois réacteurs (les numéros 2, 3 et 4) de la centrale de Gravelines, la plus grande d’Europe occidentale, à la suite d’un afflux massif de méduses dans les stations de pompage d’eau de mer. Cette situation n’est pas sans rappeler l’incident survenu en 2025, où quatre réacteurs s’étaient arrêtés automatiquement.
En Belgique, le renouvelable mis de coté…
En regardant les chiffres d’Eurostat, on découvre que la Belgique est … la dernière de la classe européenne en terme de renouvelable (avec 15 % de sa consommation d’énergie couverte par les renouvelables) évidemment, cette peu enviable position est aussi le fruit des caractéristiques géographiques et démographiques de notre pays, mais pas seulement. En termes d’éolien sur terre, la Wallonie peine à sortir du « laisser faire », et à développer une politique éolienne permettant d’atteindre ces objectifs d’une manière optimale pour la nature, les habitants et les paysages. Même si cet attentisme ne date pas d’hier, la Ministre Neven continue cette tradition de procrastination.

Au niveau de l’offshore, un an après l’annulation du précédent appel d’offres pour le projet Princesse Elisabeth en Mer du Nord, on ne sait toujours pas quand il sera effectivement relancé, même si le Gouvernement a dévoilé le nouveau système de soutien à l’éolien offshore fin juillet. On y regrette un recul pour la participation citoyenne …
… Pour un récit nucléaire de plus en plus fragile
Pendant ce temps-là, le Gouvernement fédéral s’obstine à tout prix à vouloir prolonger nos vieux réacteurs nucléaires… Quel qu’en soit le prix. On apprenait en août que simplement pour amener Engie à la table des discussions (c’est-à-dire sans aucune promesse d’arriver à un accord), l’état avait promis de reprendre à sa charge une part plus importante des coûts de démantèlement des centrales (qui s’annoncent plus importants que prévu). Un nouveau cadeau pour Engie…
Une dernière pierre pour le récit nucléaire s’est ajoutée fin août. Robert Charlier, professeur à l’Uliège qui a passé sa carrière à étudier le moyen de gérer les déchets nucléaires, admettait dans une interview dans l’Echo que :
« Comment serait-il défendable aujourd’hui de construire de nouvelles centrales ou de poursuivre l’exploitation de centrales existantes si on reconnaît qu’on a des déchets aussi toxiques à gérer? »
Ne serait-il pas temps de questionner le nouveau dogme nucléaire ?
3 septembre 2026.
