| ■Le peuple palestinien est défini comme tous ceux revendiquant la nationalité palestinienne. Ce peuple revendique un Etat propre, approuvé et reconnu par 158 Etats des 193 Etats de l’ONU. Mais pas encore à ce jour par la Belgique (comptabilisée dans les 158 Etats), qui s’est engagée à reconnaître pratiquement la Palestine à deux conditions, à savoir, dès le dernier otage libéré et dès que le Hamas n’assurera plus de responsabilité à Gaza, le Ministre belge des Affaires Étrangères ayant récemment déclaré, sans plus de précisions, le 30 janvier 2026 que la publication de l’arrêté royal officiel de reconnaissance était également liée à l’évolution positive du Conseil pour la Paix de Donald Trump et à l’évolution positive sur le terrain. La reconnaissance est par ailleurs refusée par l’Etat d’Israël. Le peuple palestinien compte 15 millions de personnes, réparties, depuis la Nabka de 1948, entre l’Etat d’Israël (Etat du peuple juif mondial, soit 15 millions de personnes, chiffre basé sur ceux se revendiquant juif par religion, ethnicité ou culture, dont 7,1 millions présents en Israël et plus de 6 millions aux USA, tous n’étant pas de nationalité israélienne et tous ne la revendiquant pas), où les palestiniens sont 2,1 millions en 2023 (citoyens israéliens, de seconde zone, et électeurs), 320000 à Jérusalem-Est (ayant perdu la nationalité jordanienne lors de l’annexion de cette partie de la ville par Israël, ne disposant pas de la citoyenneté israélienne et donc ne votant pas, considérés comme résidants spéciaux par la loi israélienne tant qu’ils restent à Jérusalem-Est, devenant apatrides quand ils quittent Jérusalem-Est), plus de 3 millions en Cisjordanie (occupée par l’armée israélienne, qui y dispose de routes militaires, de plus de 800 checkpoints et y construit un nouveau mur et une nouvelle route militaire du plateau du Golan vers le port d’Eilat à travers la Cisjordanie, plus de 500000 colons juifs israéliens étant également présents dans des colonies de peuplement qu’Israël souhaite étendre) et près de 2,2 millions à Gaza, 4,5 millions réfugiés en Jordanie (où ils constituent 40% de la population), 402000 réfugiés au Liban et 630000 réfugiés en Syrie, 1,166 million présents dans d’autres Etats et pays arabes, près de 1,1 million présents en Amérique Latine et en Amérique Centrale (pour la moitié au Chili), plus de 306000 présents au Canada et aux USA (255000 aux USA) et près de 120000 présents dans les pays européens (Allemagne et Royaume-Uni essentiellement), des communautés étant présentes au Pakistan et en Australie.
Alors que commence officiellement “la seconde phase” du (pseudo) “plan de paix” de Donald Trump et que le Gouvernement Netanahyou élargit les possibilités d’intervention de l’armée israélienne,
■POUR Press vous offre A LIRE,
●En pleine page, un état des lieux des forces politiques palestiniennes, par François Ceccaldi, Sciences Po Paris et chargé de recherches au Collège de France.
●En lien,
▪︎Un premier article sur la mise en place, l’évolution et l’état des lieux des contrepouvoirs palestiniens en Cisjordanie et à Gaza, d’Abaher El Sakka, professeur de sociologie, Université de Beir Zeit (Université palestinienne située en Cisjordanie occupée, fermée à 15 reprises par l’armée israélienne de 1975 à 2025 et cible de 26 raids de l’armée israélienne depuis 2002, membre de l’Association Internationale des Universités et de l’Agence Universitaire de la Francophonie. 150 professeurs et étudiants de Bir Zeit sont actuellement détenus dans les prisons israéliennes.).
▪︎Quatre articles, dont une interview de Aida Touma-Suleiman, députée palestinienne à la Knesset, sur la situation des palestiniens israéliens, la promesse reconstitution de la Liste Unifiée des partis arabes en Israël et ce qu’elle signifie pour la politique palestinienne en Israël (notamment à l’heure où les sondages préélectoraux montrent que l’opposition à Netanahyou aurait besoin des sièges de la Liste Arabe Unifiée pour constituer un gouvernement).
Egalement sur la hausse des violences et de la criminalité dans les communautés palestiniennes, criminalité utilisée et manipulée par certains secteurs de l’appareil d’Etat israélien. (On constate le peu d’empressement des forces de police israélienne, placée sous l’autorité du Ministre kahaniste d’extrême-droite BenGvir, à intervenir et à enquêter, et on dit notamment que plusieurs dirigeants de groupes criminels arabes israéliens sont protégés par le Shin Beth, service intérieur de renseignements, auxquels ils servent d’indicateurs rémunérés).
▪︎Un article sur le mouvement judéo-arabe Standing Togheter (Debout ensemble), fondé il y a 10 ans par des proches du parti communiste pour redynamiser la gauche en Israël, recensant 6000 membres juifs et palestiniens et 80 permanents, en expansion depuis 2 ans, avec la participation de jeunes palestiniens israéliens, considéré comme véhicule pour l’action, et les contradictions de ce mouvement, dans un contexte où monte les violences et la criminalité dans et contre les communautés arabes en Israël et dans un contexte où une grande majorité des juifs israéliens “sont considérés comme indifférents au sort des palestiniens de nationalité israélienne, des palestiniens de Gaza et des palestiniens de Cisjordanie”, selon les enquêtes d’opinion.
▪︎Deux articles sur le Comité technocratique palestinien chargé de gérer Gaza, sa mise en place, ses membres et leurs liens politiques, ainsi que le calcul politique développé par Israël pour maintenir sa présence militaire à Gaza.
■Tous les articles en anglais sont traduits automatiquement en français.
POUR Press remercie PAL SOL (Palestine Solidarité), 972Mag, l’Association France Palestine de Solidarité et l’Agence de presse Pressenza pour ces articles.
Victor Serge, chroniqueur POUR Press, 08 fevrier 2026.
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Docteur en science politique, François Ceccaldi a reçu en 2024 le prix de la Fondation Hugot du Collège de France pour ses travaux sur le système politique palestinien. Ses recherches sont à paraître aux éditions du CNRS. Il y analyse les évolutions de l’OLP depuis Oslo et notamment les débats internes au mouvement national. Alors que la perspective d’un État palestinien est à nouveau à l’ordre du jour, son analyse du mouvement national palestinien et de ses évolutions est particulièrement précieuse.
Pouvez-vous nous rappeler les origines de l’Organisation de Libération de la Palestine ?
F. C. : Si l’OLP a été créée en 1964 sous l’égide de l’Égypte de Nasser qui voulait affirmer son leadership face à la Syrie et à l’Irak, Yasser Arafat en a pris le contrôle dès 1969. Le Fatah détient alors le tiers des sièges du Conseil National Palestinien (CNP), y participent également plusieurs autres membres cooptés par le Fatah parmi les indépendants. Les autres sièges (FPLP, FDLP*, Saïka, Comité exécutif, Armée de libération, communistes, organisations syndicales et populaires, indépendants) sont attribués par le jeu de la négociation dans le cadre du système des quotas. À partir de 1988, le mouvement national entre dans une logique de négociation. Les rencontres bilatérales se multiplient (Madrid en 1991, puis Washington, jusqu’à Oslo en 1993). Arafat et quelques militants qui lui sont proches agissent alors seuls. La « gauche » laïque et démocratique de l’OLP qui apprend l’existence d’une négociation parallèle est sceptique, parfois farouchement opposée, parfois s’organisant en opposition loyaliste, n’hésite pas à critiquer les volets les plus contestables des accords. Et puisqu’ils n’ont pratiquement pas été consultés pendant ces négociations, ils appellent à une refondation de l’OLP sur les questions de fonctionnement démocratique et de représentativité des organisations.
Quelle est alors la position des islamistes ?
F. C. : Ils s’installent dans une opposition de plus en plus virulente, en particulier après Oslo. À partir d’avril 1994, ils multiplient les attentats en réponse à la campagne d’assassinats des dirigeants du Hamas menée par les services israéliens [1], au massacre d’Hébron de février 1994, ainsi qu’à la poursuite de la colonisation. L’opposition farouche du Hamas à Oslo va durer jusqu’à 2006. Ils choisissent alors de participer aux élections en acceptant de s’inscrire dans le nouveau champ politique créé par Oslo. Dès 2006, dans le prolongement du « document des prisonniers » (signé notamment par Marwan Barghouti, il témoigne d’un large consensus entre organisations palestiniennes), le Hamas exprime la possibilité d’une négociation sur la base des frontières de 1967. Selon les interprétations, cette même ouverture sera réaffirmée en 2017, dans le document d’orientation du Hamas. Cependant, 2017 est avant tout l’année d’une fracture avec l’arrivée de Yaha Sinwar au bureau politique du Hamas à Gaza. Cette fracture traduit une radicalisation de la ligne politique qui peut être interprétée comme la conséquence inéluctable du piège tendu par Israël qui condamne toute négociation à une impasse. Analysée sous cet angle, l’évolution du Hamas est à lire comme un symptôme.
La création de l’Autorité palestinienne (AP) est l’un des éléments clés des accords d’Oslo. Nombre d’observateurs parlent aujourd’hui d’un échec. Quelle lecture en faites-vous ?
F. C. : On peut affirmer qu’Oslo aura avant tout permis une ré-articulation stratégique de l’occupation. Avec la mise en place de l’Autorité Palestinienne, l’occupé se voit par ailleurs contraint de garantir la sécurité de l’occupant. Concernant la colonisation, Oslo entretient opportunément une ambiguïté que les Israéliens exploitent : alors que les Palestiniens attendaient une évacuation, les Israéliens s’en tenaient à des redéploiements. De ce point de vue Oslo est un « non-accord » en ce sens que son application peut être sujette à interprétation, sur la forme du moins.
L’échec de l’Autorité palestinienne était inévitable : la coopération sécuritaire était inadmissible pour la plupart des Palestiniens, de même que l’incapacité de l’AP à mettre un terme à la colonisation. Qui plus est, en mettant en place une Autorité sans autorité, Oslo a mécaniquement fabriqué de la corruption. Car un tel constat d’impuissance obligeait les responsables politiques palestiniens à choisir : soit refuser ce jeu de dupe et partir, soit rester et accepter les inévitables compromissions politiques ou économiques. L’AP a rapidement joué un rôle de redistribution financière et a permis le développement d’une classe sociale bourgeoise. Le piège colonial classique qui consiste à s’appuyer sur une élite pour contrôler la population a, une fois de plus, fonctionné.
Comment sortir de cette impasse ? Nombreux sont ceux qui voient en Marwan Barghouti une personnalité capable de fédérer les acteurs et de reconstruire une crédibilité politique.
F. C. : Le problème, c’est que ses moyens d’action sont particulièrement limités à cause de sa détention à l’isolement. Cet été, l’irruption du ministre israélien de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir dans sa cellule confirme que le gouvernement israélien ne semble pas enclin à le relâcher. Sauf bien sûr circonstances exceptionnelles, ce qui semble très peu vraisemblable. En l’état, les seules solutions envisageables sont celles qui seront adoubées par les Occidentaux. Par ailleurs, la perspective du remplacement de Mahmoud Abbas par Hussein al-Sheikh, l’actuel vice-président correspondrait à la désignation, dans la continuité, d’un homme de la coopération sécuritaire.
Quel sens donner dans ce contexte à la réforme de l’OLP et de l’AP qui revient comme un leitmotiv ?
F. C. : L’OLP, même très affaiblie, existe toujours et survivra vraisemblablement à cette séquence ouverte en octobre 2023. Elle a besoin de réformes, aussi bien pour sa cohésion qu’en matière de démocratie interne. Ces évolutions n’ont cependant rien à voir avec celles préconisées par les Occidentaux pour qui il s’agit de réduire l’OLP et l’AP à des collaborateurs dociles. C’est une stratégie de sape qui consiste à demander toujours davantage sans jamais concéder quoique que ce soit en retour : Abbas se plie aux diktats israéliens et américains depuis plus de 20 ans, bon gré mal gré, mais cela ne semble pas suffire. On l’accuse par exemple de ne pas condamner suffisamment le Hamas alors même qu’il est investi activement dans la coopération sécuritaire, qu’il est en conflit ouvert depuis plus de 20 ans avec le Hamas et qu’il s’est adressé à eux récemment dans des termes d’une violence extrême les accusant d’être des « fils de chiens ». Qu’est-ce que les Israéliens pourraient attendre de plus venant de lui ?
Quelle lecture faites-vous de la stratégie israélienne ?
F. C. : La stratégie israélienne consiste à s’emparer des territoires de 1967 et à liquider la question palestinienne. C’est une stratégie tous azimuts qui passe notamment par une guerre génocidaire et par le sabotage des négociations. Le Hamas a donné son accord le 18 août pour un plan de cessez-le-feu, préparé par l’Égypte et le Qatar, comprenant la libération des otages israéliens. Or ils n’ont reçu aucune réponse des Israéliens, sinon celle du bombardement contre l’équipe de négociateurs réunis au Qatar le 9 septembre qui met fin de facto à la négociation. L’argument avancé pour justifier ce bombardement s’inscrit dans la stratégie israélienne de disqualification systématique des interlocuteurs palestiniens. Cette stratégie est appuyée dans le même temps, par les USA qui soutiennent activement la politique israélienne actuelle et par une grande partie des pays occidentaux.
enseignant à Sciences Po à Paris, chargé de recherches doctorales au Collège de France, 12 janvier 2026.
Synthèse de l’entretien : Bernard Devin
François Ceccaldi mène ses recherches post-doctorales au Collège de France, à la Chaire Histoire contemporaine du monde arabe. Il enseigne également à Sciences Po Paris.
[1] Interpellés par Arafat sur cette question, les Israéliens lui rétorquent que rien dans les accords n’a été conclu sur ce point.
Article de PAL SOL publié sur le site de l’AFPS, publication intégrale autorisée.
