Une révolution sanitaire

 AGRICULTURE
Prise de position
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Pour les multinationales américaines des secteurs agricole et agro-alimentaire, le Traité transatlantique est l’occasion unique d’enfin conquérir un marché jusqu’ici peu accessible, voire inaccessible, en raison de normes européennes de production, sanitaires et phytosanitaires jugées contraignantes.

Le Gouvernement américain, sous la pression de son industrie de la viande, pousse à la levée de l’interdiction de l’utilisation en Europe de la ractopamine, utilisé comme promoteur de croissance, notamment pour le porc. L’industrie US invoque l’absence de preuve scientifique de la dangerosité de la substance, sur la santé animale et humaine. Or, cette substance est interdite aujourd’hui dans 160 pays.

Un des combats américains est d’imposer l’utilisation de produits de rinçage antimicrobiens (solutions chlorées) pour le nettoyage des carcasses de volailles. Ces produits sont interdits en Europe, seule l’eau étant autorisée pour rincer les carcasses. Au-delà des risques sanitaires pour l’homme et les animaux, l’utilisation d’acides dans les abattoirs et industries de la viande pose la question des conditions de production, dès lors que ces produits se substituent aux bonnes pratiques en matière d’hygiène, telles que celles pratiquées en Europe (normes HACCP[1]).

Dans le domaine des céréales, Monsanto et ses collègues US peuvent bénéficier de la complaisance de la Commission. Ainsi la récente réforme du processus d’autorisation européenne des organismes génétiquement modifiés (OGM) montre à quel point l’Europe se fragilise dans son combat pour en interdire la culture, face à la pression des multinationales et des producteurs de semences. En effet, en donnant aux Etats membres la capacité d’accepter ou d’interdire les OGM sur leur territoire (tout ou partie) en raison de divers critères sociaux ou économiques – dont le risque de contamination de cultures non OGM – l’Europe ouvre une brèche dans le bloc auparavant unifié qu’elle formait dans sa lutte contre les OGM. La capacité laissée aux Etats membres d’accepter ou d’interdire a de quoi inquiéter dès lors que l’on sait que la possibilité leur est laissée de négocier directement avec la société productrice de l’OGM, l’exclusion d’un territoire donné. Cette nouvelle règle place les Etats membres dans une grande zone d’incertitude juridique laissant la porte ouverte aux multinationales pour s’engouffrer dans la brèche de l’introduction massive des OGM dans nos assiettes.

Boeuf aux hormones, OGM, recours plus laxiste aux pesticides, arrivée massive de viandes produites à bas prix – particulièrement porc, volaille et bœuf – sont autant de raisons qui démontrent que le TTIP s’impose comme une véritable révolution sanitaire néfaste pour l’alimentation de qualité et le modèle agricole[2].

[1] Hazard Analysis Critical Control Point

[2] Voir également : Institute for Agriculture and Trade Policy. 10 reasons TTIP is bad for good food and farming, may 2014. http://www.iatp.org/documents/10-reasons-ttip-is-bad-for-good-food-and-farming