TTIP: vous devriez vous en soucier!

OPINION

Les conséquences possibles de cet accord de libre-échange entre les États-Unis et l’Union européenne pourraient toucher des secteurs aussi sensibles que l’assurance maladie et les soins de santé. Une opinion de Xavier Brenez, Directeur général de l’Union nationale des Mutualités libres.

Les conséquences possibles de ce traité pourraient toucher des secteurs aussi sensibles que l’assurance maladie et les soins de santé. C’est pourquoi les mutualités belges, associées à 374 autres organisations issues de 25 États membres de l’UE, ont envoyé récemment une lettre ouverte aux parlementaires européens pour les sensibiliser.TTIP. Beaucoup ignorent ce que signifient ces quatre lettres… Et pourtant, tout le monde devrait s’en soucier. En effet, les négociations en cours pour un accord de libre-échange entre les États-Unis et l’Union européenne (TTIP ou Transatlantic Trade and Investment Partnership) se déroulent dans le plus grand secret, alors que cet accord peut avoir de lourdes répercussions pour les citoyens européens.On parle souvent de TTIP d’un point de vue économique. “Plus d’échanges commerciaux et des produits moins chers pour les consommateurs, qui peut être contre ?” Mais les conséquences possibles du traité pourraient être bien plus étendues et toucher des secteurs aussi sensibles que l’assurance maladie et les soins de santé. C’est pourquoi les mutualités belges, associées à 374 autres organisations issues de 25 États membres de l’UE, ont envoyé récemment une lettre ouverte aux parlementaires européens pour les sensibiliser et leur demander une résolution forte concernant le TTIP, qui sera soumise au vote du Parlement européen dans quelques mois.De quels risques parlons-nous ? Supposons que les autorités belges décident d’introduire une taxe sur la graisse ou le sucre afin de lutter contre le problème de l’obésité. Une célèbre multinationale américaine pourrait voir son chiffre d’affaires s’effondrer et serait en droit de réclamer des dommages et intérêts aux autorités belges en vertu du mécanisme d’arbitrage prévu dans le TTIP, qui permet à des litiges de ce genre d’échapper aux tribunaux nationaux. Des entreprises pharmaceutiques américaines pourraient également faire pression pour obtenir un délai de monopole plus long pour les nouveaux médicaments, ce qui allongerait la mise sur le marché de médicaments génériques. Sans oublier la publicité sur les médicaments ou la vente sur Internet, qui ne pose aucun problème aux USA. Avec 550 euros par personne et par an, la Belgique enregistre déjà les dépenses les plus élevées en matière de médicaments, il est donc impératif d’éviter des mesures qui encourageraient encore la consommation !

Qu’en est-il des services publics et d’intérêt général ? En Europe, un consensus juridique existe depuis longtemps et permet à ces services de ne pas être soumis aux règles du marché interne. Prenons l’exemple de l’assurance maladie obligatoire ou de l’assurance complémentaire des mutualités. Comment les négociateurs européens et américains vont-ils engager des pourparlers sur cette matière ? Devons-nous craindre une privatisation ?

En Belgique, le monde politique commence à découvrir ce dossier et à se poser des questions, ce dont nous nous réjouissons. Écolo et Groen ont introduit une résolution en demandant de suspendre provisoirement les négociations sur le TTIP et de communiquer de manière plus transparente sur ce dossier. Une question parlementaire a été récemment posée à la ministre De Block concernant l’impact du TTIP sur l’assurance maladie et les soins de santé.

Tant que nous ignorons le contenu de cet accord de libre-échange, tout le monde doit se préoccuper du TTIP. En tant qu’Européens, nous avons toujours été fiers de notre tradition de solidarité, de réseau social et de services d’intérêt général. Laissons de grâce ces acquis primer sur les intérêts économiques !

Source: www.lalibre.be